Franz Joseph Haydn Biographie

L'histoire a tendance à se rappeler de Franz Joseph Haydn sous l'angle d'une image paternelle. On le qualifie de « père de la symphonie », « père du quatuor à cordes » et on lui donne le sobriquet de « papa ». En fait, il n'a ni créé la symphonie classique, ni le quatuor. Ce sobriquet lui vient plutôt de sa personnalité, laquelle était sereine, généreuse et paternelle, et de son effet séminal sur l'ensemble de la musique occidentale.

Bien que sa musique soit merveilleusement originale et sophistiquée, elle ne reflète pas ses qualités. En surface, elle nous apparaît comme une musique sans prétention provenant d'un personnage sans prétention. De plus, une grande partie de son œuvre nous est inconnue : dizaines d'opéras, concertos, symphonies, et pièces pour des instruments archaïques qui n'ont pas traversé le temps et leur époque. L'œuvre de Haydn doit être écoutée : l'humble petit thème devenant variations luxuriantes, les fausses récapitulations, et les finals bidons.


Il est né à Rohrau, en basse Autriche, le 31 mars 1732, le second de douze enfants de Matthias Haydn, un charron et musicien amateur. Tout jeune, Joseph démontra une grande passion et de brillantes aptitudes pour la musique, se faisant l'écho des chants de son père et prétextant jouer du violon. Finalement, un certain J.M. Franck, maître d'école cousin de ses grands-parents paysans, le prit sous sa férule, alors qu'il n'avait que cinq ans, promettant de lui enseigner la musique. Ce qu'il fit au cours des trois années suivantes et ce, d'une manière plutôt rude. En effet, Joseph se souvient que, durant cette période, il recevait plus de rossées que de nourriture. À l'âge de huit ans, sa voix fut remarquée par Reutter, maître de chapelle de la cathédrale St. Stephen de Vienne, qui l'a accepté comme jeune choriste.

Au cours de ce séjour, il a accumulé une expérience pratique en musique alors qu'il était soliste de chœur tout en étant soumis à une discipline encore plus sévère. Son jeune frère, Michael, aussi destiné à devenir un compositeur renommé, l'a rejoint en tant que soliste. Pour les jeunes choristes, les conditions de vie étaient si misérables que Joseph devait chanter le long des rues dans le but d'amasser quelques sous afin d'acheter de la nourriture. Il reçut, durant cette période, une éducation générale ainsi qu'une formation pour sa voix et l'apprentissage du violon et du clavecin.

En 1749, alors que sa voix mue, Joseph est renvoyé. Il est littéralement retourné à la rue n'ayant que ses habits sur le dos. Trouvant refuge chez un ex-soliste, il commença à donner des leçons et à jouer dans les rues afin de gagner sa vie tout en pratiquant et en étudiant de façon autodidacte. Il était déterminé à devenir un compositeur de musique. Ses principales sources furent la musique de Carl Philip Emmanuel Bach et les exercices de contrepoint de Johann Joseph Fux. Finalement, il eut assez d'élèves et d'engagements comme musicien pour louer une chambre dans un grenier miteux, acheter un clavecin usagé et commencer sérieusement à forger sa carrière.

Ce ne fut pas long. Dès 1751, deux ans seulement après avoir quitté St. Stephen en quêteux, il avait attiré assez d'attention pour recevoir une commande pour écrire un opéra comique (lequel est maintenant perdu), qui fut produit à Vienne et plus tard à travers tout l'Europe. Il composa aussi des pièces pratiques telles des quatuors à cordes et des divertimenti servant à accompagner les repas et les divertissements des bourgeois de l'époque.

L'année 1754 est probablement l'année charnière dans la vie de Haydn alors qu'il devient accompagnateur vocal, élève et serviteur de Nicola Porpora, compositeur italien et professeur de chant. Malgré un employeur pingre et abusif, il reçut d'inestimables leçons sur la langue et la musique italienne tout en l'introduisant à la noblesse. Comme Haydn le fera toute sa vie, il joua le rôle de serviteur, il limita ses ambitions et endura ce qu'il avait à endurer. Et comme durant toute sa vie, sa patience et son travail seront récompensés : en 1759, il devint le directeur musical du Comte Morzin pour qui il écrivit sa première symphonique à l'âge de 27 ans. Plus de cent symphonies suivront au cours des trois décennies suivantes.

Au même moment, Haydn devint amoureux d'une de ses élèves et, maintenant qu'il avait un travail, il se sentit capable de la demander en mariage mais elle décida plutôt d'entrer au couvent. Lorsque son père lui suggéra plutôt d'épouser sa sœur aînée, Maria Anna, il accepta rapidement. Celle-ci se révéla une parfaite mégère - bilieuse, avaricieuse, et indifférente à la carrière de son époux. Haydn dira, plus tard : « Tout était du pareil au même pour elle peu importe si son mari fut cordonnier ou artiste ». Elle découpa même ses manuscrits pour enrouler ses cheveux. Après quelques années mouvementées, ils se séparèrent mais il continua de la supporter pour le reste de sa vie.

Lorsque le Comte Morzin fit faillite et dut remercier ses musiciens en 1761, Haydn fut appelé auprès du prince hongrois Paul Anton Erterhazy pour occuper le poste d'assistant maître de chapelle de son extraordinaire domaine musical privé. Cette nomination, quoique considérée comme étant un poste de prestige, ne lui procurait que le statut de serviteur. Deux fois par jour, Haydn devait paraître, en uniforme, devant le prince pour recevoir ses ordres. Parmi les conditions de son contrat : « Le dit Haydn... doit être modéré et ne pas se montrer trop exigeant envers ses musiciens... Le dit Joseph Haydn doit prendre soin de... porter des bas et des vêtements blancs, être poudré et coiffé d'une natte ou d'un postiche. ... Il doit se conduire de manière exemplaire, s'astreindre de toute familiarité indue, de toute vulgarité en mangeant, en buvant et lors de conversations ». Haydn obéit; il se présenta dûment poudré, il était exemplaire, il s'astreignait. En retour, il reçut la chance de se hisser, tout seul, au statut d'artiste. Il était entré à l'emploi des Esterhazy comme tout compositeur mineur; trente ans plus tard, il émergea en tant qu'un génie qui avait changé la face de la musique. Ce serviteur avait aussi acquis pour l'illustre maison des Esterhazy sa seule importance dans l'histoire : être l'employeur de Joseph Haydn.

Lorsque le Prince Paul meurt en 1762, la succession est assurée par le Prince Nicolaus, surnommé « Le Magnifique » à cause de ses extravagances comme un uniforme garni de diamants et un gigantesque palais de campagne nommé Esterhaz construit d'après le modèle du château de Versailles. À cet endroit, Haydn logeait dans trois chambres appartenant aux locaux des domestiques. Il suivait une routine quotidienne toujours similaire qui incluait jusqu'à huit heures consacrées à la composition. Il procédait à la création, tout comme les cuisiniers le font, avec rapidité et selon les moyens disponibles pour une consommation quotidienne. S'il n'avait pas d'idées, il priait jusqu'à ce qu'une apparaisse et ensuite, il la travaillait au clavecin.

Ses devoirs, en dehors des études, étaient tels qu'ils draineraient l'énergie de la plupart des gens. Devenant maître de chapelle en 1766, il était en charge de toutes les activités musicales, des musiciens, et des instruments du palais. Le palais d'Esterhaz possédait un théâtre d'opéra, un théâtre de marionnettes, deux salles de concert, un orchestre de vingt-cinq personnes et une troupe d'opéra de douze personnes. Haydn avait à préparer et à diriger deux concerts instrumentaux et deux soirées d'opéra par semaine. On s'attendait à ce qu'une grande partie de la musique pour toutes ces représentations soit de nouvelles œuvres écrites par Haydn; au long des années, il a monté soixante-quinze opéras écrits par d'autres compositeurs. Esterhaz était, en fait, l'un des hauts lieux de l'opéra en Europe. Pour la majeure partie de sa vie, Haydn se considérait d'abord un compositeur d'opéra.

Un avantage de cet amas de responsabilités était qu'Haydn avait, à sa disposition, des musiciens et des chanteurs qui lisaient ses compositions dès que l'encre était sèche. Quelques fois il sortait de son bureau, assemblait l'orchestre pour tester une idée pour ensuite retourner au travail.

En 1765, seulement quatre ans après qu'Haydn eut débuté son travail pour les Esterhazy, ses œuvres étaient si largement publiées et exécutées qu'un quotidien de Vienne le surnommait « le chéri de notre nation ». Il le demeurera pour le reste de sa vie. Les années passèrent calmement, industrieusement, et avec grande satisfaction. Haydn était virtuellement un esclave dans un palais doré mais il accomplissait ce qu'il voulait faire et il recevait la célébrité appropriée.

Ayant vécu en isolation durant deux décennies, Haydn rencontre, en 1781, le seul pair de son époque - Mozart. Le maître de quarante-neuf ans et le jeune génie de vingt-quatre ans deviennent de proches amis qui, dans les années qui suivirent, s'influencèrent mutuellement pour former et raffiner les formes musicales qui allaient dominer dans le futur. Haydn fut le seul pair que Mozart ait reconnu : « Lui seul a le secret de me faire rire et de me toucher au plus profond de mon âme ». Peu de relations, en musique, furent aussi chaleureuses et constructives que celle de Haydn - sobre, fastidieux, effacé, et respectueux de ses supérieurs - et Mozart - enjoué, mercurien, arrogant, brillant sans effort et incapable de s'astreindre à l'indignité d'être un compositeur de cour. La générosité de Haydn envers Mozart est caractéristique de l'homme : ambitieux mais non compétitif, ancré dans son mode de vie mais ouvert aux nouvelles idées.

Haydn était sensible au charme féminin et souvent ces attractions étaient réciproques. Dans les années 1780, il entretint, apparemment de manière passionnée pour sa part, une longue affaire avec une jeune cantatrice à Esterhaz mais les intérêts de la jeune dame semblaient être axés principalement vers son argent.

La vie d'ermite que menait Haydn au palais prit fin en 1790 quand Nicolaus Le Magnifique meurt et que son successeur abolit la structure musicale de la famille. Maintenant sans devoirs, Haydn aurait pu vivre à même sa généreuse pension, des revenus provenant de ses publications et de ses élèves, et sur ses lauriers. Certainement il n'était pas chagriné de quitter cette vie familiale : « De savoir que je ne suis plus un serviteur », écrit-il après trois décennies de services sans rechigner, « me repaie pour tous mes troubles ». Plutôt que de ralentir ses activités, il s'installe à Vienne où il recommence à travailler avec son ancienne diligence.

Bien qu'âgé de presque soixante ans, quelques uns de ses plus grands accomplissements restent à venir. Sa dernière période de compositions symphoniques commença très tôt après sa retraite quand l'entrepreneur musical anglais J.P. Salomon le persuada de venir avec lui à Londres pour une série de concerts. À sa réception d'adieu, Mozart dit en pleurant à son ami et maître : « Ceci est un au revoir. Nous ne nous reverrons plus jamais. » Il avait raison; alors qu'il était en Angleterre l'année suivante, Haydn fut frappé par l'annonce de la mort de Mozart.

Il arriva à Londres le Jour de l'An 1791 et vite apprit, à sa grande surprise, qu'il était traité avec les mêmes acclamations délirantes qui furent jadis réservées à Handel. Les journaux qualifiaient sa musique de poésie burlesque enthousiaste, les visiteurs se bousculaient à sa porte, il était invité à tellement de réceptions et de banquets pour accaparer chacune de ses journées durant son séjour. Haydn s'enfuit à la campagne où il reprit sa cédule habituelle de composition (tout en demeurant assidu aux réceptions). Durant l'année et demie qu'a duré sa première visite et lors de sa seconde visite en 1794-95, il composa les douze symphonies de Londres. Il eut aussi une romance avec une veuve Schroeter, qu'il qualifia à ses amis de Vienne, « encore belle malgré ses soixante ans ». Entre ses visites à Londres, il continua, à Vienne, de composer et de s'occuper de ses élèves - parmi lesquels un jeune génie rebelle nommé Beethoven.

Plusieurs compositeurs se sont tournés vers la musique religieuse alors qu'ils avançaient en âge, sans doute espérant soudoyer le Seigneur d'oublier les quelques péchés qu'ils ont commis. Haydn consacra les années 1797 et 1798 à l'énorme oratorio « La Création », une œuvre qui, au siècle suivant, rivalisera de popularité avec le Messie de Handel. Au cours des mêmes années, il commença une série de Messes commandées par Nicolas II, le nouveau prince d'Esterhazy. En 1797, son chant « Gott erhalte Franz den Kaiser » devint, à la grande fierté de Haydn, l'hymne national autrichien. Il le recycla en une série de variations à l'intérieur d'un quatuor à cordes lequel fut surnommé « L'Empereur ». Sa femme, Maria Anna - inchangée, non repentante, et sans remords ou chagrin - était morte alors qu'il était à Londres. Il s'établit dans une maison près de Vienne qu'elle avait achetée, lui avait-elle dit, pour son veuvage.

De 1799 à 1801 Haydn travailla beaucoup à un autre grand oratorio « Les Saisons ». Alors qu'il connut et connaît encore le succès, Haydn eut l'impression que cette œuvre lui avait exigé beaucoup pour une pièce profane basée sur un libretto plutôt boîteux. En effet, il crut que les efforts requis pour écrire cet oratorio l'avaient vidé tant au point de vue physique que créatif. Que ce soit vrai ou pas, c'était presque son chant du cygne. Après de sporadiques compositions au cours des années qui suivirent, il abandonna. « Je n'eus jamais cru » dit-il, lamentablement, à un ami en 1807, « qu'un homme puisse s'affaisser de façon si complète telle celle dont je me sens maintenant. Ma mémoire est disparue; j'ai quelques fois encore de bonnes idées au clavier mais je pourrais pleurer devant mon inhabilité à les répéter et à les écrire. »

Ses dernières années furent assombries par ce déclin mais il prit un plaisir tout simple au flot d'honneurs qui lui étaient octroyées. Le monde entier semblait le connaître affectueusement sous le nom de « Papa ». Il distribua sa richesse parmi ses amis et ses bienfaiteurs lesquels remontaient à son enfance. Chaque jour, il s'asseyait à son clavier pour jouer son hymne national autrichien, s'exclamant avec un plaisir enfantin lorsqu'il le jouait bien. Lorsqu'il se sentait capable, il recevait des invités en se rappelant avec volubilité les temps anciens, et donnant aux invités un au revoir joyeux : « Rappelez-moi à toutes les jolies filles ».

Au printemps de 1809, les forces armées françaises commencèrent à bombarder Vienne et Haydn ne put supporter ce choc; il mourut le 31 mai.

Napoléon envoya un détachement de troupes françaises à ses funérailles. Deux semaines plus tard, le Requiem de Mozart fut joué à un service commémoratif. Haydn n'aurait pas pu être plus heureux.


Au travers des œuvres de Haydn, nous trouvons un changement constant, des expériences et du développement. Pour lui, comme pour tout compositeur de son temps, la composition représentait plusieurs choses à la fois : un art, un métier, un travail, une façon de se faire une renommée dans un monde de compétition avec des centaines d'autres. L'aspect artistique était l'introuvable mais toute importante composante qu'est l'inspiration laquelle ne peut être ni enseignée, ni apprise (cette portion est celle de la muse selon qu'elle vous favorise ou non, à sa volonté). La dimension du métier est quelque chose à laquelle Haydn apportait une attention infatigable, raffinant constamment ses habiletés et, non par accident, se garder au devant de ses imitateurs.

Son œuvre peut se résumer en 108 symphonies, 68 quatuors à cordes, 47 sonates pour piano, 26 opéras (dont 11 sont perdus), 4 oratorio et des centaines de petites pièces incluant les quelques deux cents items pour un instrument à cordes complexe appelé le baryton que jouait le Prince Nicolaus.

Les résultats d'une carrière aussi fructueuse et une musique aussi fertile que celle de Haydn peuvent être spectaculaires de plusieurs façons y compris l'aspect financier. Il a été adulé durant sa vie comme nul autre musicien classique ne l'a été depuis lors. Une adulation qui, aujourd'hui, semble n'être réservée qu'aux artistes de l'écran et aux musiciens pop. À l'encontre de ses compatriotes viennois Mozart et Schubert, Haydn a vécu dans sa propre légende et a récolté les fruits de son travail.

Dans une lettre écrite vers la fin de sa vie, Haydn écrivit cet admirable credo artistique :

Souvent, lorsque je bataille avec des obstacles de tout genre qui s'opposent à mon travail - souvent, lorsque mes pouvoirs physiques ou mentaux sombrent et que j'ai de la difficulté à conserver le chemin choisi - une voix interne me soupire :

« Il y a tellement peu d'hommes heureux et contents dans ce bas monde - besoins et douleurs le poursuivant - peut-être que votre travail peut, un jour, être une source à laquelle les hommes chargés d'anxiétés et accablés de travail pourront trouver quelques moments de repos et de fraîcheur ».

Ceci, en effet, était un motif puissant pour persévérer et c'est la raison pourquoi je peux maintenant regarder en arrière avec une satisfaction profonde sur ce que j'ai accompli.


retour aux oeuvres