Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 1 - Mars 1968


Dans ce bulletin:


La Société des Amis de l'orgue de Québec

Les «Amis de l'orgue» sont nés pour la deffence et illustration du roi des instruments. Les concerts ont été, jusqu'à maintenant, la seule activité de la société. Malgré une assistance nombreuse, que nous remercions de sa fidélité, il faudrait accroître le nombre de nos membres.

Il faudrait aussi avoir un programme d'activités plus diversifiées: nous pensons ici aux conférences ou aux visites commentées d'instruments anciens ou nouveaux; aux concerts de jeunes organistes.

Nous voudrions d'ailleurs répondre au désir, manifesté par plusieurs, de mieux connaître l'orgue: ses éléments, les divers types de jeux, de traction, d'harmonisation.

Ne serait-il pas bon, aussi, que nous puissions exercer une certaine influence sur la qualité des instruments et de la musique liturgique?

C'est en pensant à tout cela que nous croyons utile de lancer un bulletin, dont vous lisez, en ce moment, le premier numéro. Il est si jeune qu'il n'a pas encore été baptisé.

Il vous permettra de mieux vous tenir au courant de nos activités et projets. Vous pourrez vous y exprimer. Sans doute trouverez-vous de l'intérêt à y lire des articles sur la facture, l'esthétique ou l'histoire de nos instruments, de même qu'une chronique du disque ou de concert d'orgue.

Si vous croyez cette idée valable, écrivez-le-nous. Si vous avez des suggestions quant à la rédaction, l'administration ou le financement de cette publication, de grâce, faites-nous-en part. Et si, ô fortune!, quelqu'un voulait s'offrir à nous aider, financièrement ou autrement, comme il serait bienvenu!


Interview de M. Kamiel D'Hooge, organiste
par un groupe d'élèves de l'École de musique de l'Université Laval

Claude Beaudry: Monsieur d'Hooge, à part vos tournées de concert, en quoi consiste votre travail de musicien?

R. Je suis directeur de la section néerlandaise du Conservatoire de Bruxelles et j'enseigne l'orgue et l'improvisation à l'Institut Lemmens de Malines.

Claude Beaudry: Les jeunes sont-ils intéressés à l'orgue, en Belgique?

R. J'en suis convaincu, et je pense qu'il en est ainsi un peu partout. Qu'on songe aux festivals de Bruges, par exemple, où j'ai organisé des semaines d'orgue: il y a là un public vraiment très jeune qui suit les activités. Je crois pouvoir expliquer cela par l'attrait que l'orgue et sa littérature exercent sur eux. De plus, la découverte des anciens instruments, de la musique ancienne, a contribué beaucoup au succès de la culture organistique.

Claude Beaudry: Avez-vous de beaux instruments en Belgique?

R. En ce qui concerne la facture moderne, on fabrique, chez nous, de bons instruments qui ne sont cependant pas exceptionnels. Je dois avouer qu'on trouve de meilleurs instruments au Canada, et que les facteurs canadiens ont vraiment quelque chose à dire. Chez nous, les facteurs travaillent dans des conditions difficiles, avec cette concurrence des prix qui est absolument néfaste pour ce métier d'artiste qu'est celui du facteur d'orgue. Pour ce qui est de la facture ancienne, nous avons de petits instruments du XVIIe et XVIIIe siècles d'une qualité remarquable. Mais malheureusement, quantité de beaux instruments anciens ont été détruits pendant les guerres.

Serge Laliberté: Parlons maintenant du mécanisme de traction, à l'orgue. Quelles sont vos préférences?

R. Si vous m'avez entendu jouer ce soir, vous avez sans doute remarqué que je donne beaucoup d'importance à l'articulation précise; c'est pourquoi je préfère, de beaucoup, la traction mécanique à la traction dite électro-pneumatique, tant pour les claviers que pour les registres. Je crois qu'à ce sujet, aucune discussion n'est possible. Les organistes doivent faire le mouvement physique de tirer les registres, et ne pas considérer l'orgue comme un instrument tout à fait maniable, pratique, avec toutes sortes de combinaisons, d'ailleurs fort pratiques, j'en conviens! Je dois ajouter qu'il est beaucoup moins long et moins difficile de préparer une registration pour un concert sur un orgue à traction mécanique. Naturellement, avec l'aide des combinaisons, comme à l'orgue des Saints-Martyrs-Canadiens, on peut faire la registration tout seul, mais pour moi, cela n'a pas tellement d'importance. L'essentiel, c'est la sonorité et tout ce que l'on peut créer à l'orgue.

Serge Laliberté: C'est la tendance actuelle, au Canada, d'introduire des instruments à traction mécanique; à l'École de musique de l'Université Laval, par exemple, tous les élèves travaillent sur un instrument de ce type.

R. Vous pouvez en être heureux car moi, je suis obligé de donner mes leçons sur un orgue à traction électrique. Mais, je suis convaincu que les jeunes belges sont aussi enthousiastes que vous de la traction mécanique. D'ailleurs, tous les principes de toucher, d'articulation, de phrasé, de doigté, même, sont basés sur les principes de la traction mécanique.

Pierre Bouchard: Existe-t-il, en Belgique, une dualité entre l'école romantique ou symphonique, et l'école dite néo-classique?

R. Je pense qu'on ne pas dire qu'il existe, chez nous, vraiment deux écoles; il s'agit plutôt d'une évolution du style symphonique. Nous vivons dans la tradition de Lemmens, grand organiste belge qui fut le maître de Widor. Or, si l'on examine les traités du temps de ce dernier, on remarque qu'il n'est question que du legato le plus absolu et du staccato à l'orgue. On ignorait cette diversité de touchers que nous utilisons maintenant. Cette nouvelle façon de jouer de l'orgue vient du fait que nous faisons des recherches auprès des maîtres anciens, que nous tâchons de voir clair dans l'articulation et le phrasé des oeuvres de ces vieux maîtres. L'écriture de cette musique est comme un squelette qu'il faut habiller selon le style de l'époque pour la faire revivre.

Pierre Bouchard: Comment concevez-vous l'enseignement de l'orgue?

R. J'ai travaillé avec beaucoup de méthodes, depuis celles de Lemmens jusqu'à celles de Flor Peteers. Ces dernières sont exceptionnellement bien pour la technique, quoique parfois discutables pour le phrasé. Je suis très exigeant auprès de mes élèves, pour qu'ils acquièrent une solide formation technique et professionnelle. On doit faire en sorte qu'ils puissent jouer correctement jusque dans les moindres détails. J'insiste sur la tenue, la souplesse et la détente. Il est très important que les organistes aient une technique tout à fait relaxée et souple. Quant au phrasé et à l'interprétation générale des oeuvres d'orgue, on doit se procurer les éditions les plus fidèles, et recourir aux manuscrits, si nécessaire. Pour la musique de Bach, par exemple, on doit étudier aussi les phrasés des oeuvres pour orchestre: Bach a fait des phrasés pour le violon qui sont très utilies pour nous. Ils nous aident à acquérir un jeu expressif à l'orgue.

Yvon Larrivée: Êtes-vous optimiste sur l'avenir de l'orgue dans les églises?

R. En effet, la nouvelle liturgie crée beaucoup de problèmes chez les organistes mais je crois qu'ils ont tort d'être pessimistes. Nous devons, malgré tout, aller de l'avant et avoir une attitude positive, de sorte que les curés et les fidèles aient confiance en nous. Ainsi, nous pourrons discuter avec eux et leur faire accepter ce qui est bon et rejeter ce qui l'est moins. Personnellement, j'attache beaucoup d'importance à l'improvisation, de manière à compléter les chants de la chorale ou de la foule par des préludes, des interludes ou des postludes. C'est comme une étincelle qui vient établir le contact avec le public ou la chorale.

Serge Laliberté: Est-ce qu'en Belgique les gens veulent entendre de la bonne musique à l'église, jouée par des musiciens professionnels, sur des instruments de qualité, ou s'ils se contentent d'amateurs jouant sur des instruments mauvais ou électroniques?

R. Ma réponse doit être très nuancée; certains prêtres ont beaucoup d'estime pour les musiciens professionnels et les bons instruments; d'autres, par contre, n'ont aucun intérêt pour tout cela. Je peux dire que nous aussi, avons nos messes yé-yé. Je ne comprends pas les intellectuels qui acceptent, sans mot dire, cette mauvaise musique. Je pense qu'on a d'autres valeurs à présenter à l'Église...


Nouvelles orgues

Hôtel-Dieu de Lévis

    Dans la chapelle du monastère des Soeurs hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Lévis, un orgue Casavant, à traction électro-pneumatique, de onze jeux, vient d'être installé.

    En voici la composition sonore:

    Grand-Orgue
    Récit (expressif)
    Flûte à cheminée8'
    Bourdon8'
    Prestant4'
    Flûte conique4'
    Gemshorn2'
    Flûte à bec2'
    FournitureIII
    Larigot1 1/3'



    SesquialteraII





    Pédale

    Soubasse16'


    Principal conique8'


    Accouplements et tirasses usuels


Maison Provinciale des Soeurs Servantes du Saint-Coeur-de-Marie, Beauport

    Dans la chapelle de la maison provinciale, un orgue Karl Wilhelm, à traction mécanique, de sept jeux, a été installé.

    En voici la composition sonore:

    Grand-Orgue
    Positif
    Flûte à cheminée8'
    Bourdon8'
    Prestant4'
    Flûte à cheminée4'
    FournitureII-III
    Cor de chamois2'





    Pédale

    Soubasse16'


    Accouplements et tirasses usuels