Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 6 - Février 1969


Dans ce bulletin:


Hommage à l'abbé Mathias Pelletier
par Normand Picard

Nous reproduisons ici, pour les Amis de l'orgue de Québec, le texte de l'allocution par M. Pierre Boutet, président, lors du concert du 5 février 1969, en l'église des Saints-Martyrs-Canadiens de Québec.


Abbé Mathias Pelletier
secrétaire général
de la Société des
Amis de l'orgue de Québec
depuis sa fondation, en 1966

Mesdames, Messieurs, bonsoir,

Bienvenue à un autre concert de la Société des Amis de l'orgue de Québec.

Avant que débute le récital de ce soir, c'est avec beaucoup de peine et d'émotion que je voudrais vous entretenir quelques instants de notre bon ami à tous, l'abbé Mathias Pelletier, décédé accidentellement ces jours derniers à Bridgetown dans l'Île Barbade.

Secrétaire général de notre mouvement depuis sa fondation, l'abbé Pelletier s'est dépensé sans limite pour le succès de notre entreprise. C'était un musicien émérite qui a contribué largement à la vie musicale du Québec.

Les qualités de sa personalité en faisait un homme aimé de tous. Très sociable, l'abbé Mathias aimait la vie et, très humain, il savait comprendre nos problèmes et savait également nous encourager.

Nous avons perdu, dans la personne de notre secrétaire, un ami dévoué à la cause qui lui était si chère «La Société des Amis de l'orgue».

À la douce mémoire de l'abbé Mathias Pelletier, nous avons demandé à notre artiste invité, Sylvain Doyon, de bien vouloir nous interpréter, avant son concert, le choral «Ardemment j'aspire à une fin heureuse» de Jean-Sébastien Bach. Je vous cite ici les quelques phrases qui ont inspiré ce choral:

Ardemment j'aspire à une fin heureuse,
car ici, je suis entouré de tribulations et de malheurs.
Je soupire après mon départ de ce monde méchant, j'aspire aux joies éternelles;
O Jésus, viens sans tarder.


L'orgue de l'église Saint-Charles-Garnier de Sillery
par Paul-Émile Talbot

Un fait est certain: nous nous rendons bien vite compte, lorsqu'il s'agit de parler de «l'orgue», de l'ampleur et de la complexité du sujet. La meilleure solution pour aborder la question est de partir avec des exemples connus. Je me servirai donc, à titre de références, des différents éléments qui constituent l'orgue de l'église Saint-Charles-Garnier de Sillery où je suis organiste.

Cet instrument à tuyaux, construit par la maison Casavant, possède trois claviers et un pédalier.

En voici la composition sonore:

Grand-Orgue
Récit (expressif)
Montre8'
Quintaton16'
Flûte double8'
Principal8'
Gemshorn8'
Flûte à cheminée8'
Prestant4'
Viole de gambe8'
Doublette2'
Voix céleste8'
FournitureIII
Violon4'



Flûte harmonique4'



Nazard2 2/3'



Flageolet2'



Larigot1 1/3'



Trompette8'



Hautbois8'



Tremblant







Pédale
Positif (expressif)
Contre Basse16'
Salicional8'
Bourdon16'
Flûte creuse8'
Quintaton16'
Cor de nuit8'
Flûte8'
Flûte d'amour4'
Violoncelle8'
CornetIII
Bourdon8'
Clarinette8'
Bombarde16'
Tremblant

L'orgue comporte également une pédale de crescendo et vingt accouplements et tirasses à l'unisson, au grave et à l'aigu, selon la coutume de l'époque. Sept champignons au-dessus du pédalier sont répartis de la façon suivante: cinq généraux, une tirasse du grand-orgue à la pédale, un pour le grand jeu. Dix-sept boutons groupés sous les claviers permettent de préparer, pour un clavier, des registrations différentes. Enfin, six autres boutons facilitent l'accouplement des claviers entre eux ou du clavier à la pédale.

Ce que l'auditeur voit d'un orgue, c'est peu; ce qu'il ne voit pas, c'est beaucoup. D'abord un soubassement de bois dissimule un important matériel, plus haut, une tuyauterie en façade masque un monde sonore dont il devine la présence. Enfin la console, servo-moteur de l'instrument, en est l'âme. Point de départ, elle est point d'aboutissement (j'allais ajouter point d'orgue!).

Disons un mot de la console. Elle peut ou non être séparée du buffet; ici, elle est détachée du corps principal. Elle renferme trois claviers qui se nomment, de bas en haut, le Positif, le Grand-Orgue, le Récit. Chacun de ces claviers contient 61 notes et doit correspondre à un plan sonore. Par terre, s'étale un pédalier concave et radiant de 32 notes qui permet à l'organiste de soutenir l'édifice sonore à l'aide de quelques basses touchées au pied.

Les jeux sont placés sur des plans verticaux de chaque côté des claviers. Ces «boutons de registres» sont disposés de bas en haut en commençant par les 16', 8', 4' etc. exception faite pour les jeux d'anches situés au niveau supérieur. En partant de l'extrême gauche, se trouvent les jeux du Positif, suivent les jeux du Récit; puis à droite, les jeux du Grand-Orgue et à sa droite, ceux de la Pédale. Il faut noter: le registre est-il poussé? le jeu reste muet; est-il tiré? alors, il chante.

Les dominos, au-dessus du clavier supérieur, sont faits d'os, d'ivorine ou d'ivoire, comme les boutons sous les claviers, et sont employés pour les accouplements. Les boutons, utilisés pour préparer les registrations, et les dominos permettent, à l'organiste, certaines combinaisons qui facilitent le maniement de l'orgue.

Enfin les champignons, que l'on aperçoit au-dessus du pédalier et qui servent les uns comme «tirasses», les autres comme «généraux» sont des boules de métal maniées par le pied. Tous ces accessoires ont pour but d'alléger la tâche de l'organiste.

Un dernier détail complètera ce tableau de l'extérieur d'une console à savoir les trois «pédales»: celles des «boîtes d'expression» du Récit et du Positif et celle du «crescendo» qui permet l'entrée graduée des plans sonores et des familles de jeux.