Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 9 - Février 1970


Dans ce bulletin:


L'orgue Casavant de Saint-Pie X de Rimouski
par Antoine Bouchard

La paroisse Saint-Pie X de Rimouski possède, depuis peu, un orgue à traction mécanique réalisé par la maison Casavant. En voici la composition sonore:

Grand-Orgue
Positif (expressif)
Quintaton16'
Salicional8'
Montre8'
Bourdon8'
Flûte à cheminée8'
Flûte conique4'
Prestant4'
Doublette2'
Flûte4'
Larigot1 1/3'
Flûte2'
CymbaleIII
SesquialteraII
Cromorne8'
FournitureV
Tremblant
Trompette8'







Pédale

Soubasse16'


Flûte8'


Prestant4'


FournitureIII


Basson16'


L'abbé Raoul Roy, curé de Saint-Pie X, est un pasteur zélé et un homme cultivé. Lui et ses marguillers ont voulu que, dans cette belle église de pierre et de bois qu'ils ont fait construire, la prière commune soit enrichie et favorisée par une musique de qualité. C'est ce souci qui les a amenés tout naturellement à l'orgue classique et à la traction mécanique.

Tout au long de la consultation avec l'abbé Roy, il fut très agréable de dialoguer à plusieurs (je pense à MM. Phelps, Bertrand et Laplante de la maison Casavant, comme aussi à l'organiste Bernard Lagacé) pour établir la composition sonore de cet instrument.

Si cet orgue est beau à voir et entendre, il est bien agréable à toucher. L'harmonisation, faite sur place par M. Proulx, est des plus heureuses. Elle a d'ailleurs été facilitée par le fait que l'acoustique de l'église est une véritable merveille: le mot n'est pas excessif, surtout quand on songe à tant et tant d'édifices récents où l'architecte a pris soin de tuer toute forme de vie du son. Quant à la mécanique, elle est, à ma connaissance, la mieux réussie, à ce jour, par Casavant: ce n'est pas peu dire.

Cet orgue se prête bien, par la qualité et la variété de ses timbres, comme aussi par la précision et la souplesse de sa mécanique, à l'interprétation de tout le répertoire, ou presque. Quand on connaît la ferveur des Rimouskois pour la musique, il ne serait pas étonnant que la capitale de l'est du Québec devienne tôt un haut-lieu de l'orgue.


Instruments à traction mécanique et concerts radiodiffusés

Liste des instruments à traction mécanique installés dans la région de Québec ou la Gaspésie depuis quelques années:

    Casavant Frères (Saint-Hyacinthe)

    Karl Wilhelm (Saint-Hyacinthe)
    • Notre-Dame de Beaupré: 15 jeux
    • Couvent de Trois-Pistoles: 4 jeux
    • Saint-Ambroise de Loretteville: 18 jeux
    • École de musique de l'Université Laval: 3 jeux
    • Maison Provinciale S.S.C.M.: 7 jeux

    Paul Ott (Allemagne)
    • Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière: 7 jeux
    • École de musique de l'Université Laval: 12 jeux
    • Foyer Patro de Rivière-du-Loup: 9 jeux
    • Église protestante de Québec: 5 jeux

    Rieger (Autriche)
    • Grand Séminaire de Québec: 12 jeux

Plusieurs de ces instruments ont été entendus sur les ondes, grâce à Radio-Canada. Depuis peu, la station CHGB de La Pocatière fait entendre des jeunes organistes, sur l'un ou l'autre des ces instruments, à l'émission «Récital de l'École de Musique», diffusée le samedi soir à 20h30 en FM; le dimanche à 12h30 en AM. Nous donnons, à l'intention des Amis de l'orgue, et grâce à la bienveillance de CHGB, le programme des présentations à venir:

  • 21 février: Marie-Andrée Paré, à l'orgue historique de Deschambault;
  • 7 mars: Yvon Larrivée, à l'orgue de Saint-Pie X de Rimouski;
  • 28 mars: Huguette Robitaille, à l'orgue Ott de l'École de Musique;
  • 11 avril: Jean-Eudes Beaulieu, à l'orgue d'Edmundston;
  • 25 avril: Pierre Bouchard, à l'orgue Ott de Rivière-du-Loup;
  • 16 mai: Louise Fortin, à l'orgue de Saint-Pascal de Kamouraska.

Désormais, le bulletin vous tiendra au courant de tous les concerts d'orgue radiodiffusés.


Luigi Ferdinando Tagliavini, organiste et musicologue
par Serge Laliberté

Tous se souviennent avec plaisir du dernier concert des Amis de l'orgue alors que l'organiste italien Luigi Ferdinando Tagliavini nous a fait entendre, sinon découvrir, des pages extraordinaires du répertoire italien.

Organiste de grande classe, M. Tagliavini est également reconnu pour ses recherches sur l'interprétation de la musique italienne.

Acceptant l'invitation faite par l'École de Musique de l'Université Laval, M. Tagliavini s'est entretenu durant deux heures avec un groupe de professeurs et d'étudiants, répondant avec plaisir aux questions qui lui étaient adressées. Les principaux sujets abordés: la facture d'orgue italienne au XXe siècle, l'interprétation des maîtres des XVIIe et XVIIIe siècles.

Malgré ses nombreuses occupations, M. Tagliavini s'occupe fréquemment de rénovation ou de construction d'instruments. Aussi est-il particulièrement bien informé pour témoigner de l'essor que connaît la facture d'orgue italienne, depuis quelques années. Au nombre des réalisations intéressantes, M. Tagliavini a cité l'exemple du grand orgue mécanique de Bologne dont il est titulaire. De conception italienne, cet instrument sert pourtant très bien la musique de J.S. Bach. Ce qui l'amène à souligner qu'un instrument bien équilibré, de type national défini, permet d'exécuter de façon intéressante tout le répertoire d'orgue.

Abordant ensuite les questions relatives à l'interprétation des maîtres italiens, M. Tagliavini n'a pas caché qu'il s'agissait là d'un domaine fort vaste mais peu exploré. On sait cependant qu'à l'époque de Frescobaldi, le trille s'exécute généralement par la note réelle, bien que certains prédécesseurs pratiquent les deux manières: note réelle ou note supérieure. Il y a encore des incertitudes. D'autre part, on est certain qu'à partir de Domenico Scarlatti (1685-1757), il est d'usage de commencer le trille par la note supérieure. La période qui précède laisse encore des doutes; il semble bien qu'on ait employé les deux manières.

Le dernier sujet traité retient particulièrement notre attention: les toccates de Frescobaldi. Une partie de ces toccates, contenues dans les «Fiori Musicali» sont spécifiquement destinées à l'orgue. Quant aux deux receuils de 1633 et 1637, Frescobaldi indique «pour clavecin ou orgue». Or certaines toccates portent la mention «per organo», indication apparemment très claire de la destination voulue par l'auteur. Comme il ajoute cependant qu'on peut jouer ces mêmes pièces sans pédale, c'est qu'il pense que l'on peut les exécuter au clavecin. D'après M. Tagliavini, l'écriture des oeuvres permet d'opter pour l'un ou l'autre instrument et ce choix laisse, à l'exécutant, une certaine liberté par rapport au texte. Ainsi, selon que l'on joue à l'orgue ou au clavecin, les liaisons, notes répétées, arpèges, se feront ou ne se feront pas.

Pour terminer cette rencontre, M. Tagliavini a exécuté, à l'orgue, quelques extraits des «Fiori Musicali».