Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 10 - Mars 1970


Dans ce bulletin:


L'orgue et la vie liturgique

«Son intervention à l'office dépend de la bonne entente qui peut régner entre l'organiste et son curé, ou mieux, de la conception que le curé se fait du problème. Il est bien évident qu'il existe plusieurs types d'ecclésiastiques: les uns aiment l'orgue et lui réservent la place qui lui est reconnue par la Constitution conciliaire:

«On estimera hautement, dans l'Église latine, l'orgue à tuyaux comme l'instrument traditionnel dont le son peut ajouter un éclat admirable aux cérémonies de l'Église et élever puissamment les âmes vers Dieu et le Ciel.»
(art. 120)

Les autres n'aiment point l'orgue et le condamnent au silence. Les troisièmes l'ignorent ou le trouvent inutile. Certains prêtres prennent leur décision sans avoir demandé l'avis de leur vicaire; d'autres, plus sages, s'autorisent du conseil de leurs confrères ou de certains laïcs. Enfin, les derniers, peu captivés par le problème, laissent faire le vicaire. Or, il se trouve que le vicaire, parfois, préfère le jazz à l'orgue...

Ceci dit, il serait injuste de parler de la disparition de l'orgue à l'office. Parlons plutôt de son amenuisement au sanctuaire. Les minutes lui sont comptées...»

Ce texte, extrait d'un article de M. Norbert Dufourcq dans le numéro 131 de la revue «L'Orgue», reflète assez bien la situation au Québec. Cependant, pour être complet, il faut dire qu'on peut être indifférent ou ne pas aimer l'orgue et, néanmoins, tenir compte des directives officielles au sujet du rôle de l'orgue dans les célébrations liturgiques.

D'autre part, les directives au sujet de la liturgie sont souvent mal interprétées. C'est ainsi qu'on peut interdire à l'organiste de jouer une pièce d'orgue pendant la première partie de la liturgie eucharistique (offertoire) alors que les experts en liturgie recommandent qu'il y ait de la musique à ce moment-là. Les formules ne sont récitées à haute voix par le célébrant que lorsqu'il n'y a ni chant ni pièce d'orgue. Ce n'est qu'un exemple.

Ordinairement, on se réjouit dans une paroisse d'avoir un bel orgue à l'église, on apprécie que la prière de l'assemblée soit enrichie et favorisée par une musique de qualité. Cela se vérifie même dans les cas où on a vu, au départ, des prêtres et, à leur suite, des fidèles s'opposer à l'achat d'un orgue au nom de la charité ou de l'esprit de pauvreté.

Où en sommes-nous? Pourquoi vouloir renoncer à toute une tradition qui a tout de même fait ses preuves?

Il y a encore beaucoup de prêtres et de fidèles qui souffrent de voir les orientations actuelles de la musique dans la liturgie, mais ce qui est un peu décourageant, c'est que peu de gens protestent.

Ce n'est pas par la laideur qu'on attirera les fidèles à l'église, c'est par la beauté, la beauté de nos sanctuaires et de nos célébrations liturgiques, la beauté de la musique dans la liturgie.


Nouvelles

Saint-Ambroise de Loretteville fait des envieux

  • C'est le titre d'un petit article, paru dans «Le Soleil», sur le nouvel orgue de Loretteville. L'auteur dit que les Amis de l'orgue de Québec lorgnent depuis quelques semaines vers Saint-Ambroise de Loretteville...

    En effet, le dernier concert aura lieu à Loretteville, le mercredi 15 avril, et il nous permettra de découvrir ou redécouvrir le nouvel orgue classique à traction mécanique construit par le facteur Karl Wilhelm de Saint-Hyacinthe, avec Kenneth Gilbert comme artiste invité.

    C'est, pour notre société, une expérience nouvelle et nous espérons que les Amis de l'orgue viendront nous prouver, nombreux, que ces changements ne les rebutent pas.

Jeunes organistes

  • Grâce à une entente avec Ars organi de Montréal, nous permettrons à quatre jeunes organistes de Québec de se faire entendre en concert à Montréal; réciproquement, quatre jeunes montréalais joueront pour les Amis de l'orgue de Québec. Cela se déroulera en mai, probablement en quatre dimanches, deux à Québec, deux à Montréal, chaque concert nous permettant d'entendre deux organistes. N'est-ce pas merveilleux? Nous y reviendrons.


Publications

Facture d'orgue

  • Tous ceux qui s'intéressent à la facture d'orgue et son histoire seront ravis d'apprendre la parution, en traduction anglaise, du livre de Poul-Gerhard Andersen: «Orgelbogen», publié en danois en 1956.

    La traduction anglaise porte le titre: «Organ Building and Design» (London, George Allen and Unwin Ltd.). C'est une somme claire et bien documentée sur tout ce qui peut intéresser un organiste, un organier ou encore un amateur d'orgue. L'équivalent n'existe pas en langue française et l'autorité de l'auteur est, par elle-même, une recommandation définitive.

Nouvelle revue

  • Une nouvelle revue consacrée à l'orgue vient de naître. Il s'agit de Iso-Information. C'est l'organe de l'association internationale des facteurs d'orgues. Ce périodique est rédigé en anglais et en allemand et certains articles sont aussi en français. Il paraît trois fois l'an. La présentation en est soignée et les feuilles, détachables et munies d'une cote, permettent une classification facile et rationnelle.

    Il y a, à la rédation, une équipe prestigieuse. Citons seulement Poul G. Andersen, Georges Lhôte, Lawrence I. Phelps.

    Iso-Information entend s'adresser non seulement aux facteurs ou aux organistes, mais aussi à toute personne intéressée à la culture. On s'y abonne à l'adresse suivante:

    Iso-Information
    Geschäftsstelle D 7128
    Laufen/Neckar, Postfach 234
    West Germany


    Le prix de l'abonnement est de 6 US$ par année.

Orgues historiques

  • Connaissez-vous la revue «Orgues Historiques»? C'est une publication bimestrielle du plus grand intérêt. Chaque numéro comporte un petit disque (17cm) et un fascicule de 36 pages, abondamment illustré et présenté avec un goût exquis, le tout illustrant un orgue historique. Le spécialiste, comme l'amateur, peuvent y trouver leur compte. L'histoire, l'esthétique et la technique, tout y est.

    Vous pouvez ainsi faire, chez vous, un pèlerinage aux instruments les plus vénérables de la vieille Europe, qu'il s'agisse de la France (Saint-Maximin, Le Petit Andely, Marmoutier, L'Isle sur Sorgue, Souvigny, Saint-Jean de Losne, St-François de Lyon, St-Chinian), l'Espagne (Covarrubias, Salamanque, Ciudad-Rodrigo, Trujillo), l'Allemagne (Steinkirchen, Trebel, Altenbruch), la Corse (Bastia), la Hollande (Alkmaar), le Danemark (Frederiksborg) ou la Suède (Atvisaberg). La revue est publiée en Provence. Pour le Canada, il faut s'adresse à Y. Courville, 1385 Montpellier, St-Laurent 9e, P.Q.


Disques

Abbaye de Solesmes

  • L'Abbaye de Solesmes a maintenant un grand orgue magnifique, de 38 jeux, oeuvre du facteur Schwenkedel, de Strasbourg. Pour illustrer les vertus de cet instrument, Dom Claude Gay, organiste de l'abbaye, vient de graver un beau disque comportant des oeuvres de Cabezon, Santa-Maria, Kotter, Scheidt, Marchand, d'Agincourt et Bach. Ce disque n'est pas distribué au Canada mais on peut se le procurer en écrivant à l'Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, 72 Sablé-sur-Sarthe, France 1
  • 1 On pourrait mentionner aussi le disque en récital de Gaston Litaize pour l'inauguration de ce grand orgue. Disque SXL 20,221

Clavecin

  • Ceux qui s'intéressent au clavecin trouveront beaucoup de plaisir à écouter le beau disque, gravé par Telefunken, qui nous permet d'assister à un concert de musique anglaise et allemande jouée par Gustav Leonhardt. Le célèbre claveciniste utilise, pour cet enregistrement, quatre instruments historiques et la pochette nous renseigne bien sur ces instruments qui sont représentatifs de diverses écoles. La prise de son et l'interprétation sont tout simplement admirables. Un disque qu'il faut se procurer.

    SAWT 9512-B


Événement musical
En première à Québec ... Un événement musical à ne pas manquer

Bernard Lagacé, organiste
L'Art de la Fugue
de J.S. Bach

Audition intégrale
Église Saint-Ambroise de Loretteville

le vendredi 27 mars 1970, à 20 h 45 (vendredi-saint)
Billets à l'entrée de l'église - Adultes: $2.00 - Étudiants: $1.00

L'Art de la Fugue constitue un groupe colossal de variations qui comprend 14 fugues et 4 canons, tous construits sur un thème basique, et qui seront présentés dans un ordre choisi par l'artiste. C'est là le testament spirituel de Bach, la dernière fugue étant du reste inachevée. Si l'oeuvre démontre une science stupéfiante, elle possède surtout un sens spirituel profons et un pouvoir d'émotion extraordinaire, d'une qualité que l'on pourrait qualifier d'apocalytique et qu'illustre bien la parole de Saint-Paul: «Car toutes les créatures vivantes attendaient avec anxiété la révélation des enfants de Dieu».

«Il est un peu triste de penser que si l'autographe de Berlin était demeuré notre seule source, - il est écrit sur deux portées, comme toute la musique de clavier de Bach, alors que la première édition de 1751 fut publiée en partition, selon une coutume assez répandue pour la musique de clavier baroque, d'où la légende d'une oeuvre abstraite, non instrumentale et didactique -, nous n'aurions pas eu à souffrir toutes ces sottises comme quoi l'oeuvre n,est pas pour clavier et n'aurions pas insisté indûment sur son caractère prétendûment didactique». (Sir D. Tovey, 1931)