Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 100 - Février 2005


Éditorial

Chers Amis de l'orgue,

Voici le 100e bulletin des Amis de l’orgue de Québec: toute une aventure que ce lien qui existe depuis mars 1968 entre les membres et le Conseil d’administration! En relisant le tout premier numéro, je ne peux m’empêcher de relever une phrase qui, 37 ans plus tard, reste d’actualité: le bulletin, était-il écrit, «vous permettra de mieux vous tenir au courant de nos activités et projets. Vous pourrez vous y exprimer. Sans doute trouverez-vous de l'intérêt à y lire des articles sur la facture, l'esthétique ou l'histoire de nos instruments, de même qu'une chronique du disque ou de concert d'orgue.»

L’année 1968 n’est pas seulement celle du premier bulletin des Amis de l’orgue : elle coïncide avec les débuts véritables au Québec de la brillante carrière d’organiste et de pédagogue de notre directrice artistique, Noëlla Genest. On trouvera donc dans ce bulletin un aperçu de l’hommage que lui ont rendu ses anciens élèves le 14 janvier dernier. Un article de Claude Girard, des nouvelles brèves et quelques suggestions de lecture et de disques complètent ce premier bulletin de 2005.

Bonne lecture et au plaisir de vous rencontrer à la conférence de Simon Couture.

Irène Brisson
Coordinatrice.

Dans ce bulletin:


Échos de nos derniers concerts

Vif succès des récitals de Gaston Arel (31 octobre) et de Vincent Boucher (21 novembre). N’ayant pu y assister, je me fie sur les quelques commentaires que j’ai reçus, dont celui de l’abbé Antoine Bouchard qui souligne notamment comment Gaston Arel a su «glorifier» les ressources sonores de l'orgue de Saint-Sacrement. «Agréable concert qui nous a fait revivre quelques-unes des plus grandes pages de l'orgue», nous écrit une correspondante anonyme, «souffle musical transmis avec justesse et émotion». En ce qui concerne Robert Poliquin, «le concert de Gaston Arel a été des plus intéressants et d'une maîtrise exceptionnelle. La pièce qui m'a marqué est la Fugue sur le nom de Bach de Schumann, pièce que l'on entend très rarement et qui a été jouée de façon magistrale et poignante au niveau du tempo et des registrations».

Toujours selon Robert Poliquin, Vincent Boucher est «une étoile montante dans le domaine de l'orgue. En plus d'une technique sûre et d'un flair pour les registrations, il m'a surtout impressionné par ses sonates de Scarlatti. Pièces tout à fait charmantes et chantantes qu’on pourra entendre sur un CD qui est maintenant en préparation.» Pour notre auditrice anonyme, ce fut un «très bon concert joué avec brio et assurance, surtout pour la partie romantique. L’invité des Amis de l’orgue a su mettre l'orgue de la Basilique "à sa main". Il est précis dans le rendement du texte et très musical.»


Fête en l'honneur de Noëlla Genest

Le 14 janvier dernier, à l’église des Saints-Martyrs-Canadiens, une soixantaine de personnes ont rendu hommage à l’un des moteurs de la vie de l’orgue à Québec, Noëlla Genest, qui a pris sa retraite en juin dernier comme professeure d’orgue au Conservatoire, après y avoir enseigné pendant 25 ans.

Durant sa carrière, qui a débuté en 1965 à Trois-Rivières et au Cap-de-la-Madeleine, où elle fut organiste de la basilique durant 20 ans, Noëlla Genest a formé Raymond Perrin, Nicole Lemieux, Sylvain Barrette, Claude Doré, Jean-Pierre Tailleur, Edith Beaulieu, André Gagnon, Manon Jobin, Dominique Gagnon, Dany Wiseman et Frédéric Roberge qui ont tous obtenu un Premier Prix du Conservatoire. Deux de ses élèves (André Gagnon et Dominique Gagnon) se sont distingués au Concours d’orgue de Québec, et six ont remporté au fil des années le concours John Robb du Collège royal canadien des organistes. D’autres élèves ont également profité de l’enseignement de Noëlla Genest et sont actifs dans le monde de l’orgue. Parmi eux : Rachel Alflatt (aujourd’hui à Vancouver), Marie-Chantale Côté, Anne-Michèle Lefèbvre, Marie-Hélène Bastien, Paul Grimard, Mathieu Blain, Jean-Philippe Soucy et François Grenier. D’autres excellents musiciens qui ont choisi une autre branche que l’orgue ont également bénéficié de l’enseignement de Noëlla Genest, comme Jacques Lacombe. Ce bref inventaire ne tient pas compte des innombrables élèves auxquels Noëlla Genest a enseigné la formation auditive (à Trois-Rivières) et le piano complémentaire (à Québec).

Si elle met de côté la pédagogie, Noëlla Genest n’en demeure pas moins active comme concertiste et continue de s’impliquer dans le rayonnement et la défense de l’orgue à Québec, des Amis de l’Orgue de Québec, dont elle est depuis 1997 la directrice artistique, après avoir été durant dix ans la coordonnatrice du bulletin.

Préparée dans le plus grand secret afin de lui en faire la surprise, la fête en l’honneur de Noëlla Genest a commencé par un court récital de trois de ses anciens élèves : Dany Wiseman (œuvres de Buxtehude), Édith Beaulieu (Prélude et fugue en mi mineur de Bach) et Raymond Perrin (Litanies de Jehan Alain). La soirée s’est poursuivie par un vin d’honneur, un repas et des témoignages d’affection et de reconnaissance de ses élèves et de quelques collègues: «La vie de l’orgue au Québec n’eût certainement pas été la même sans votre présence chaleureuse et compétente» lui a écrit Yves Préfontaine de Montréal. «Vous avez fait naître et développer chez nous la passion de l’orgue», a dit Manon Jobin tandis que, de Vancouver, Rachel Alflatt et Denis Bédard soulignaient qu’ «en plus d’être une brillante organiste, Noëlla Genest a été un professeur d’orgue exemplaire : très soucieuse de donner une solide base technique à ses élèves, elle a également toujours été à l’affût des nouvelles tendances sur le plan de l’interprétation.» Une magnifique sérigraphie de Claude A. Simard a été offerte à la jubilaire.


Échos de nos églises et de leurs orgues

Les problèmes financiers et les changements d’habitudes de la pratique religieuse n’épargnent pas la région de Québec: suppression de messes, regroupement de paroisses (je songe notamment à Notre-Dame-de-Foy, qui réunit cinq églises de Sainte-Foy que se partagent deux organistes) ou fermeture d’églises; ce joyau artistique qu’est Saint-Jean-Baptiste de Québec et son orgue sont régulièrement menacés comme on le constate régulièrement en lisant les journaux.

Si ces perspectives n’ont rien de réjouissant, certaines églises tiennent bon et se mobilisent pour restaurer leurs orgues : Notre-Dame-de-l’Annonciation de l’Ancienne-Lorette (2003), Saint-Charles-Borromée (2003-2004); d’autres remplacent un instrument médiocre et désuet par un orgue acheté d’une église qui ferme.

Ainsi, par exemple, le 20 novembre dernier, avait lieu par Dany Wiseman l’inauguration de l’orgue Casavant 1917 de l’église Christ-Roi de Lévis, provenant de la paroisse voisine, Saint-Antoine de Bienville. L’instrument de trois claviers et pédalier, installé et réharmonisé par Jean-François Mailhot, comprend une trentaine de jeux et se prête particulièrement bien à la musique romantique et contemporaine. Cependant, la grandeur de l’église et certains matériaux de la voûte du jubé absorbent le son qui, selon l’endroit où l’on se place, paraît lointain et un peu sec.


Autre bonne nouvelle en cours de réalisation : le 28 octobre 2004, la paroisse Notre-Dame-de-Foy a acquis, pour l’église Sainte-Geneviève de Sainte-Foy, un orgue de deux claviers et pédalier qui se trouvait auparavant à Sainte-Croix de Shawinigan, qui est fermée depuis avril 2004. Il s'agit d'un instrument à traction mécanique fabriqué en 1973 par la firme Providence. Petit bémol: certaines transformations devant être apportées dans le chœur, cet orgue ne sera pas installé tant qu’un comité de financement ne sera pas mis sur pied pour couvrir les dépenses occasionnées, ce qui peut prendre plusieurs mois. Coût de l’orgue et de son démontage et remontage : 25500 dollars. Mécènes demandés !

Photo: Tel qu'installé dans l'église Sainte-Croix de Shawinigan.

(Sources: Robert Poliquin et feuillet paroissial Notre-Dame-de-Foy, 2 janvier 2005.)


Le voyage culturel des Amis de l'orgue de Québec
le 23 mai 2005

En avant-première, nous apprenons que cet événement attendu avec impatience par nos membres aura lieu le lundi 23 mai (fête de Dollard, des Patriotes ou de la Reine) et nous conduira à Iberville et à Montréal où il y a encore beaucoup d’orgues à découvrir. Les détails suivront dans un prochain envoi.


Lu pour vous

Même s’il date de 2003, le numéro 203 de L’Orgue, cette revue des Amis de l’orgue de Paris, est entièrement consacré à L’improvisation en France, hier et aujourd’hui : la partie historique, signée Odile Jutten, montre la transformation de l’enseignement de l’orgue et de l’improvisation, solidement étayée par des cours d’écriture, au Conservatoire de Paris, de 1819, date de la nomination de François Benoist, à nos jours. Une intéressante réflexion sur l’enseignement de l’improvisation, par Loïc Mallié, professeur d’improvisation au Conservatoire national supérieur de musique de Lyon, met en évidence le rôle du pédagogue, l’importance de connaître les différents styles harmoniques, et propose des pistes de solutions pour contrer les faiblesses des organistes actuels aux prises avec les réformes liturgiques : « le plain-chant et le choral luthérien sont sortis de leur culture, ou plutôt, pour les plus jeunes d’entre eux, n’y sont même pas entrés » (p.18).

De passionnants articles sur les grands improvisateurs tels que Rolande Falcinelli, Jean Guillou, des entrevues avec Pierre Pincemaille, Naji Hakim, Frédéric Blanc (lauréat du Concours de Chartres), Olivier Latry, permettent de comprendre ce qui se passe chez ces « compositeurs spontanés » (pour citer Rolande Falcinelli) lorsqu’ils se mettent aux claviers, de partager avec eux le « bonheur ou la difficulté d’être libre » (Gabriel Marghieri, p.85), et d’espérer que « le public sente que l’improvisateur ne va pas au hasard et qu’il œuvre dans une parfaite cohérence » (Frédéric Blanc, p. 62).


Écouté pour vous

Jane Parker-Smith, une excellente concertiste britannique, à l’orgue Goll de Saint-Martin de Memmingen (Allemagne) : enfin un enregistrement qui sort des sentiers battus et qui fera plaisir aux amateurs d’orgue postromantique! Un instrument moderne (1998) à traction mécanique de 4 claviers et pédalier, totalisant une soixantaine de jeux, est mis en valeur par un répertoire à découvrir : Marcel Lanquetuit, qui fut le premier élève de Dupré, et dont la Toccata évoque irrésistiblement celle de Widor; la grande et magnifique Sonate héroïque de Joseph Jongen; le percutant Répons pour le Temps de Pâques de Jeanne Demessieux; la noble Passacaille en ré mineur de Wilhelm Middelschutte (1863-1943), un Allemand installé aux États-Unis et qui est loin de renier la tradition de ses modèles Bach et Liszt dans cette œuvre grandiose composée à Chicago en 1897.

Entre ces pages brillantes figurent des œuvres plus contemplatives, comme un choral de Joseph Boulnois, élève de Guilmant et de Vierne, une des Esquisses byzantines d’Henri Mulet, la Fantaisie chorale n°1 de Percy Whitlock et l’exquise Melody en sol mineur d’York Bowen (1884-1961), appelé parfois le Rachmaninov anglais. Enregistré en 2003, ce beau disque est le premier d’une série consacrée à la musique romantique et virtuose pour orgue. (AVIE AV0034).

Déniché pour 5,99$ chez Renaud-Bray, un enregistrement de Pierre Cochereau (1924-1984) – réalisé à Magadino, en Suisse en 1970 et 1972 par la Radio suisse italienne (Aura AUR 180-2) – est le reflet du récital-type de celui qui fut le grand organiste de Notre-Dame de Paris, de 1955 à sa mort. Certes, on ne joue plus Bach legato comme il le faisait dans le grand Credo des chorals du Dogme (ou Clavierübung), mais quelle intensité dans la Tierce en taille et quel cran dans l’Offertoire sur les Grands jeux de la Messe à l’usage des paroisses de Couperin! L’orgue électro-pneumatique de Magadino (1951, transformé en 1965), 3 claviers, pédalier, quarante jeux, manque parfois de « corps » pour rendre justice aux deux mouvements choisis de la 2e symphonie de Vierne, mais se métamorphose sous les doigts experts de Pierre Cochereau en une de ces magnifiques improvisations d’une demi-heure dont il avait le secret.

Enfin, les débuts chez Naxos de Timothy Olsen, lauréat 2002 du réputé concours de l’American Guild of Organists (AGO). À l’approche de la trentaine, complétant son doctorat à l’Université de Rochester, ce jeune américain au jeu incisif et solide nous offre un répertoire baroque (prélude de Bruhns, dont les passages figuratifs manquent un peu d’imagination, variations de Sweelinck, choral de Bach), avec quelques pages postromantiques comme le premier choral de Franck que l’on souhaiterait plus intense et expressif, le Scherzo op. 2 de Duruflé bien enlevé et l’Introduction et passacaille de Reger menée avec noblesse et générosité. Une œuvre contemporaine américaine figure bien entendu sur ce disque : A Quaker Reader de Ned Rorem. Pour les amateurs de grand spectacle, une suite haute en couleurs de Carmen de Bizet arrangée par Edwin Lemare termine avec brio ce récital même si l’air final du Toréador est plutôt pesant. Le tout a été enregistré à Rochester (église presbytérienne unie) et à la salle de concert de l’Université de Buffalo sur deux instruments de la compagnie C.B. Fisk de facture plus classique que romantique. (Naxos, Laureate Series – Organ 8.557218).


Nécrologie
par Claude Girard

Louis-Auguste Guillemette (1908-2004)

Le 30 décembre 2004 est décédé à l’âge de 96 ans l’organiste montréalais Louis-Auguste Guillemette. Il a consacré plus de 70 ans de sa vie à la musique comme organiste, concertiste, pianiste, professeur et technicien en orgues. Natif de l’Isle-Verte située dans la région de Rivière-du-Loup, il acquiert l’essentiel de sa formation musicale au Conservatoire national de musique de Montréal. Il donne son premier récital en 1932 à la cathédrale de Rimouski. Puis, il séjourne de 1934 à 1939 à Paris et prend des cours en privé avec l’organiste français Marcel Dupré.

À son retour, il suit l’exemple de son maître à Meudon et installe un orgue Casavant et un piano à queue dans sa résidence à Terrebonne. Il fonde en 1945 la Société des Arts T.M.L. (Terrebonne, Mascouche, Lachenaie) et produit chez lui des concerts donnés par des musiciens professionnels. Il donnera plusieurs concerts avec le pianiste français Paul Loyonnet et fondera plus tard une école de piano basée sur sa méthode pianistique.

Pour son apport au niveau des arts de sa région, il reçoit plusieurs prix de reconnaissance, tels la Médaille de l'Ordre du Canada et celle de l'Assemblée nationale et, peu de temps avant sa mort, le grade d’Officier de l’Ordre des Arts et des Lettres de France. En 2000, un Fonds d’archives est créé à l’Université de Montréal et rend disponible au public de nombreux enregistrements, documents vidéo et écrits que possédait L.-A. Guillemette.

Ses funérailles ont eu lieu le 14 janvier à Terrebonne, le 15 à St-Patrice de Rivière-du-Loup et l’inhumation dans sa terre natale.


Concerts à venir

  • Mardi 15 février, 20h
    Église Saints-Martyrs-Canadiens
    Entrée libre
    Classe d'orgue de Richard Paré.
    Martine Ferland, Aubert Lavoie, Robert Gosselin
    Oeuvres de Bach, Frescobaldi, Mendelssohn, Dupré, Reger, Holst, etc.
  • Lundi 28 février, 20 h
    Église Saints-Martyrs-Canadiens
    Entrée libre
    Classe d'orgue de Danny Belisle.
    Marie-Hélène Greffard, François Grenier
    Oeuvres de Couperin, de Grigny, Bach, Saint-Saëns, Pierné, etc.
  • Vendredi, 22 avril, 19h30
    Studio 29 du Conservatoire de musique de Québec
    Classe de Danny Belisle
    Entrée libre.


Mot de la fin

Nous l’empruntons à Balzac (La duchesse de Langeais): «L’orgue est certes le plus grand, le plus audacieux, le plus magnifique de tous les instruments créés par le génie humain ».

Merci à nos informateurs Claude Girard, Antoine Bouchard et Robert Poliquin, ainsi qu’à Claude Beaudry, toujours aussi professionnel à la mise en page!

Le prochain bulletin paraîtra en avril et annoncera notamment les séries printanières et estivales de concerts. Date de tombée: 15 mars.