Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 112 - Avril 2008


Éditorial

Chers Amis de l'orgue,

Pour ce dernier numéro de la saison, nous vous proposons, comme chaque année, un calendrier des principaux concerts et des activités estivales concernant l'orgue dans notre région, une d'entre elles étant le très attendu Concours d'orgue de Québec, et l'autre, le congrès de la Fédération québécoise des Amis de l'orgue (F.Q.A.O.).

Nous vous livrons également une autre tranche du texte d'Hellmuth Wolff sur la manière originale dont naissent parfois certaines inventions en matière de facture d'orgue. Quelques nouvelles brèves et la liste des membres de notre association complètent ce bulletin.

Au plaisir de vous rencontrer lors du concert de Pierre Bouchard.

Bon printemps, bon été et bonnes vacances!

Irène Brisson
Coordinatrice.

Dans ce bulletin:


Échos de nos activités

    Très beau récital de Serge Laliberté le 24 février dernier en l'église du Très-Saint-Sacrement. Un programme varié a d'abord permis à l'interprète de mettre en valeur les écoles baroques anglaise, française et allemande, dans des ouvres de John Stanley, de Dandrieu et de Bach, avec beaucoup de goût, de plénitude et au moyen de belles registrations. La deuxième partie, consacrée à Franck, Mendelssohn, Tanguay et Jehan Alain, a montré la solide technique et la belle musicalité de l'organiste, avec des moments très inspirants comme la 4e sonate de Mendelssohn, ou la très recueillie Prière de Georges-Émile Tanguay.

    Tout un concert que celui d'Isabelle Demers, donné le 30 mars dernier aux Saints-Martyrs-Canadiens : la jeune organiste montréalaise a présenté son programme de mémoire, manoeuvrant seule, avec une aisance incroyable, le prestigieux instrument, comme si elle le connaissait depuis toujours! C'est de façon grandiose et orchestrale qu'elle a joué le Prélude et Fugue en mi bémol majeur de Bach, dans lequel elle a inséré la processionnelle cantate funèbre BWV 118 pour choeur et instruments à vent. Sous ses doigts, un vent de fraîcheur et d'audace dans la registration a parcouru le Prélude, fugue et variation de César Franck, interprété avec une infinie poésie. La Suite op.5 de Duruflé et son hallucinante Toccata, de même que l'imposante Fantaisie de Reger sur le choral Wachet auf ont confirmé son immense talent. Avec son style personnel, sa technique très solide, Isabelle Deniers est, à 26 ans, une artiste hors normes, j'oserais dire, hors concours! Pour ceux qui l'ont manquée ou qui veulent la réentendre, elle sera de retour le 24 août à Chalmers-Wesley.


Invention, quand tu nous tiens(deuxième partie)
par Hellmuth Wolff

    Une autre astuce du tirage de jeux a aussi été inventée par un médecin : le fameux tirage de jeux à double cran, qui utilise un double perçage dans le registre pour rendre disponible un seul rang dans un jeu composé.

    Il y aquelques années, je suis tombé sur un article de Kimberly Marshall, paru dans la revue italienne Informatione Organistica. L'article titré « L'héritage d'éclectisme de Fisk » décrivait le système de jeux à double cran et en attribuait l'idée à Charles Fisk. Ce dernier ne se serait certainement pas attribué le crédit de quoi que ce soit dont il ne fût l'auteur et il ne souffrit pas de ce que John Brombaugh appelle le « complexe du n.i.i. » (non inventé ici).

    Néanmoins, j'écrivis à Kimberly Marshall que j'avais vu un tel dispositif en 1965, en France, dans l'atelier de Philippe Hartmann et qu'il en était probablement l'inventeur (Hartmann utilisa même un jeu à triple cran pour séparer non seulement la quinte, mais la tierce d'une sesquialtera). Il aimait fabriquer des gadgets dans ses orgues. Par exemple, pour ouvrir le couvercle des claviers de l'orgue de choeur de Saint-Séverin (à Paris), il fallait tirer un certain nombre de jeux et le couvercle s'ouvrait de lui-même, causant toute une surprise aux non-initiés!

    Pour en revenir aux jeux à double cran, j'ai été le premier facteur d'orgues à les utiliser de ce côté de l'océan. C'était en 1970, pour mon opus 2, l'orgue de la maison des Lagacé, où la mi-position du jeu fait partir le Cornet du 3e do#, au lieu du 2e fa. Deux ans plus tard, pour l'orgue de la chapelle Anabel Taylor de l'Université Cornell, j'avais utilisé un double cran pour rendre le Cromorne du Grand-Orgue accessible à la Pédale. Je pensais honnêtement que l'idée d'envoyer une anche manuelle à la pédale au moyen d'un double cran était de moi.

    Pour en être certain, j'ai vérifié mes allégations auprès de Philippe Hartmann. Sa réponse a élucidé les questions de paternité : l'invention des jeux à double cran est l'oeuvre du docteur Olivier Bernard, un ami et un client de Philippe Hartmann qui, sur son orgue de maison auquel il manquait un jeu de pédale, a pratiqué un double perçage pour chaque note, communiquant ainsi la flûte 8' du G.-O. alternativement à partir de la gravure du Grand-Orgue et celle de la Pédale. C'était en 1962 et, ce qui était enrageant, c'était la preuve exacte que l'idée de transmettre une anche manuelle à la pédale au moyen d'un jeu à double cran n'était pas la mienne! Cependant, comme tout le monde le sait, le fait de réinventer la roue est un phénomène assez commun et pas seulement dans la facture d'orgue.

    Monsieur Hartmann avait une autre histoire intéressante à me raconter au sujet de ce qu'on appelle la mécanique flottante. Comme chacun sait, quand ce n'est pas la nécessité, c'est le hasard qui débouche sur des inventions. Ce fut le cas de la mécanique compensée : pour diverses raisons, lorsque Georges Lhôte travaillait dans un orgue, il ôtait les vis d'une barre sur laquelle les équerres étaient montées. Il laissait la barre en place, ce qui en faisait accidentellement une barre flottante et il remarquait que la mécanique tendait à se régulariser d'elle-même. Il en parla à Philippe Hartmann, qui le raconta à Poul-Gerhard Andersen, alors directeur artistique de la firme Marcussen et Fils, laquelle utilisa avec succès la mécanique compensée et à qui on en attribue généralement l'idée. (À suivre).

    Traduction : Irène Brisson, avec l'aimable assistance de Benjamin Waterhouse et d'Hellmuth Wolff.

    Les illustrations relatives à cet article seront mises en ligne prochainement sur le site web des Amis de l'orgue : vwvw.amisorguequebec.org
    En attendant, on peut consulter le site : http://www.orgelwolff.com/


Le concours d'orgue de Québec 2008

    La Fondation Claude-Lavoie vient de dévoiler les noms des cinq interprètes qui, à l'issu de l'épreuve éliminatoire, ont été retenus pour participer à l'épreuve finale du Concours d'orgue de Québec. 11 s'agit, par ordre alphabétique, de Federico Andreoni (Montréal), Vincent Boucher (Montréal), Donald Hunt (Montréal), Ryan Jackson (Braceridge, Ontario) et Jonathan Oldengarm (Montréal). Cette épreuve finale se tiendra le jeudi 5 juin prochain à l'église des Saints-Martyrs-Canadiens. Les candidats se disputeront alors deux prix : un premier de 15 000 $ et un deuxième de 7 500 $.

    Pour la première fois de son histoire, le Concours, ouvert aux organistes âgés de 35 ans ou moins, acceptait les candidatures du Canada entier. Treize organistes se sont présentés à l'épreuve éliminatoire, qui se déroulait au moyen d'un enregistrement évalué anonymement par le jury, constitué de messieurs Kevin Komisaruk, professeur d'orgue et de clavecin à la Faculté de musique de l'Université de Toronto, Patrick Wedd, organiste de la cathédrale anglicane Christ Church à Montréal, et Benjamin Waterhouse, organiste de la cathédrale anglicane Holy Trinity à Québec.

    Quant aux finalistes du Concours d'orgue de Montréal, leurs noms sont sous embargo jusqu'au début du mois de mai. Nous vous invitons donc à en prendre connaissance dans le numéro de Mixtures qui paraîtra sous peu.


Échos et nouvelles brèves

  • Félicitations à Paul Cadrin, qui vient d'être élu Doyen de la Faculté de musique de l'Université Laval.
  • Le 30 mars dernier, au Murchison Performing Arts Center de l'Université North Texas à Denton, a eu lieu le concert inaugural de l'orgue de concert Ardoin-Voertman de 60 jeux du facteur d'orgue Hellmuth Wolff. Il s'agit de son Opus ultimus, l'opus 50. Le récital a été donné par l'organiste américain Jesse Eschbach.
  • Le prochain congrès de la F.Q.A.O. aura lieu les 11 et 12 août à Québec, à la basilique Sainte-Anne de Beaupré, à Saint-Joachim, ainsi qu'au Palais Montcalm et à la cathédrale anglicane Holy Trinity. Nous vous invitons à consulter le prochain Mixtures pour en savoir davantage et pour vous inscrire à cet événement prestigieux.


Écouté pour vous

    J'ai découvert avec plaisir un enregistrement réalisé en 1992 par Massimo Rossi, sur l'orgue de chambre qu'il a construit cinq ans auparavant. Ce bel instrument, d'esprit classique italien, est remarquablement mis en valeur par un répertoire judicieusement choisi et interprété d'une façon exemplaire. Massimo Rossi a en effet consacré ce disque à l'école napolitaine, allant de la Renaissance (Antonio Valente) à l'époque baroque des Scarlatti, père et fils. Versets contrapuntiques, canzone, toccate, sonates et une belle passacaille nous font découvrir avec plaisir des oeuvres trop peu connues du grand public. Un disque réalisé sous les auspices de l'Université de Montréal, où Massimo Rossi a enseigné durant de nombreuses années (UMMUS, UMM 303).


Mot de la fin

Merci à Hellmuth Wolff et à tous ceux qui nous aident à vous tenir au courant de leurs activités. Merci également à Claude Beaudry, qui rend ces quelques colonnes agréables à consulter.

À propos d'invention, comment résister à cette délicieuse boutade de l'humoriste français Pierre Dac? « Sans l'invention de la roue, les coureurs du Tour de France seraient condamnés à porter leur bicyclette sur le dos.»

Le prochain bulletin paraîtra au début de l'automne.