Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 115 - Avril 2009


Éditorial

Chers Amis de l'orgue,

Voici déjà la fin d'une saison d'orgue qui a été très stimulante, par son originalité, par la diversité et la personnalité des artistes invités. Selon la tradition, ce bulletin est consacré aux concerts printaniers et estivaux, de quoi nous faire patienter jusqu'à l'automne qui promet d'être exceptionnel, notamment en raison de l'inauguration, en octobre, de l'orgue Richard, installé dans la chapelle du Musée de l'Amérique française.

Quelques nouvelles brèves et des suggestions de lecture et de disque complètent comme d'habitude ces quelques colonnes.

Bon printemps et bon été.

Irène Brisson
Coordinatrice.

Dans ce bulletin:


Échos de nos dernières activités


    N'ayant pu assiter au concert de Claude Lemieux, présenté le 1er mard à Saint-Thomas-d'Aquin, je vous livre quelques commentaires de Jean-Charles Castilloux, organiste titulaire à Saint-Charles-Garnier : « Ce fut un concert extraordinaire donné par un artiste et musicien dans l'âme. Un fort beau programme bien interprété tant dans la musique baroque que dans la musique du XXe siècle sur un instrument de deux claviers seulement. Sa conception du Prélude et fugue en mi bémol majeur de Bach est surprenante mais très défendable, car il a une pensée cohérente et il sait comment la rendre musicalement. Non seulement il est capable d'un discours musical, mais il sait très bien utiliser les instruments sur lesquels il se produit; les auditeurs ont pu s'en rendre compte, par exemple, dans le premier Choral de Franck.


    Donald Hunt, lauréat du Concours d'orgue de Québec en juin 2008, était de retour, le 29 mars, aux Saints-Martyrs-Canadiens pour un concert dont la première partie était consacrée à la musique baroque et la deuxième, à César Franck et à Healey Willan. Après une Toccata, adagio et fugue en do majeur de Bach au tempo prudent mais au jeu clair et bien mené, Donald Hunt a abordé trois versets du Pange lingua de Nicoals de Grigny avec goût et sobriété. J'ai particulièrement aimé son interprétation du choral O Mensch, bewein dein Sünde gross, dont on suivait bien le discours très expressif et dénué de maniérisme. Par contre, je suis restée un peu sur ma faim avec la Chaconne en do mineur de Buxtehude, qui, après une ascension plutôt colorée, s'est terminée dans la plus grande discrétion, ce qui, à mon avis, en brisait l'élan. Donald Hunt a ensuite interprété le premier Choral de Franck et la Passacaille et fugue en mi mineur de Healey Willan, deux oeuvres qu'il a rendues avec noblesse. Sans être ce qu'on appelle un tempérament flamboyant, ce jeune organiste de 23 ans possède une belle musicalité et un jeu toujours soigné.


Nouvelles brèves


    La Toccata, extraite de la symphonie pour orgue, d'Édith Beaulieu est désormais sur You Tube et suscite des commentaires élogieux! Pour L'entendre, tapez « Edith Beaulieu You Tune » dans Google.


    Sorti tout droit de l'atelier de Denis Juget, l'orgue Richard est arrivé à Québec à la mi-mars! En cours d'installation dans la chapelle du Musée de l'Amérique française, c'est-à-dire à quelques pas de son emplacement originel, la cathédrale de Québec, il sera inauguré solennellement le 4 octobre prochain. Comme nous le mentionne Hubert Laforge, président du Comité Orgue 1753, « cette victime maintenant extraite des cendres des bombardements de la ville en 1759 » est un « instrument mythique et unique par sa sonorité classique française et une facture à la dix-septière et dix-huitième siècles (mécanique suspendue, dispason ancien, tempérament mésotonique, soufflets manuels cunéiformes, absence de do# grave, etc.) Instrument de musée certes. Mémorial de 400e et de 250e aussi. Mais surtout monument vivant, permanent et précieux, pour la formation des organistes, les récitals et concerts, l'animation culturelle de Québec ».


    Le quatrième numéro de la nouvelle revue trimestrielle française Orgues nouvelles est consacré à l'orgue au Québec. Une oeuvre d'Alain LeBlond, Saint-Michel offrant ses prières à la Vierge, enregistrée par Thomas Pellerin à l'orgue Beuchet-Debierre (1965) de la cathédrale d'Angoulême, figure sur le CD-mixte qui accompagne cette revue, aux côtés du Prélude en mi bémol de Raymond Daveluy, et d'extraits du Livre d'orgue de Montréal par Hélène Dugal.

    Orgues nouvelles est disponible par abonnement à un prix très raisonnable (66 euros par année pour l'étranger) à partir du site web http://www.orgues-nouvelles.org.


Lu et écouté pour vous

    À lire : la revue L'Orgue (2008, 2e cahier, no 282), consacré à l'apparition et au développement des applications de l'électricité dans l'orgue du XIXe siècle. Deux articles, l'un de Philippe d'Anchald, l'autre de J.D.C. Hemsley font les liens entre diverses inventions du milieu du XIXe siècle et la facture d'orgue, une place de choix étant consacrée à Charles Spackman Barker et à sa « machine », sans négliger pour autant ses contemporains parfois mons célèbres.


    La parution chez ATMA des douze Hymnes pour orgue et Jehann Titelouze, par Yves Préfontaine, à l'orgue historique (1699) de Seurre (en Bourgogne) vient combler un vide discographique important. Si, pour de nombreux organistes et mélomanes, la musique d'orgue française commence avec Nevers, Couperin ou de Grigny, les oeuvres du provincial Jean Titelouze, parues en 1623, appartiennent à l'héritage du grand contrepoint de la Renaissance, ont la fluidité des messes de Josquin des Prés et de ses successeurs, et s'apparentent aux ricercari de son contemporain italien Frescobaldi. Le compositeur ayant laissé à ses interprètes le choix des registrations et de l'ornementation - qu'il utilisait avec parcimonie, ne voulant pas sombrer dans les fioritures auxquelles s'adonnent alors les chanteurs, sa musique renonce à la pure virtuosité pour rester dans sa fonction liturgique.

    Yves Préfontaine, qui ne cache pas sa passion pour cette musique, en livre une version pleine de grandeur et d'expression, qui met en valeur l'orgue historique Julien Tribuot (4 claviers, pédalier, 25 jeux) ainsi que les nobles lignes polyphoniques de ces versets que Titelouze traite de façon fuguée autour d'un cantus firmus grégorien. L'interprète a eu l'heureuse idée de s'associer aux Chantres du Roy, un trio vocal masculin qui, selon la tradition, fait alterner les versets d'orgue avec le plain-chant sur lequel ils reposent. De quoi réhabiliter un compositeur remarquable qui a souvent passé pour un « raseur »!

    ATMA ACD 2 2558 (2 CD)


Mot de la fin

Nous l'empruntons à Victor Hugo : « L'orgue, le seul concert, le seul gémissement / Qui mène aux cieux la terre! » (Les Chants du crépuscule, 1843).

Merci à mes informateurs habituels, à Jean-Charles Castilloux et à Claude Beaudry.

Le prochain Bulletin paraîtra en octobre. Date de tombée : 1er septembre.