Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 119 - Novembre 2010


Éditorial

Chers Amis de l'orgue,

Ce bulletin vous parvient à l’occasion du troisième concert d’une saison qui a démarré en flèche, avec deux récitals de haut calibre et un voyage culturel dont Gilles Lesage, ancien journaliste du Devoir, nous fait le compte rendu avec la plume colorée qu’on lui connaît.

Un bref retour sur nos activités, quelques annonces de concerts, des recensions de disques et des nouvelles brèves complètent ces quelques colonnes.

Et, selon la tradition, je prends de l’avance en vous souhaitant un joyeux Noël!

Irène Brisson
irenebrisson@sympatico.ca

Dans ce bulletin:


Nouvelles des Amis de l'orgue de Québec


    La 43e saison des Amis de l’orgue de Québec a pris fin le 24 avril sous le signe de l’originalité avec le remarquable concert de Jonathan Oldengarm qui a joué avec aplomb l’imposante ouverture des Meistersinger de Wagner, nous a charmés avec la Valse mignonne de Karg-Elert, et nous a agréablement dépaysés avec des œuvres de Percy Whitlock, de Roger-Ducasse et avec l’étonnant Choral symphonique op. 87 n° 2 de Karg-Elert.

    Le 11 septembre, le concert « Portes ouvertes » de la rentrée a été confié à Alexander Weimann, mieux connu au Québec comme claveciniste et chef d’ensembles. En cette journée anniversaire de la tragédie du World Trade Center, il a conçu son programme comme une messe d’orgue comprenant des œuvres de Bach, de Grigny, de Mendelssohn, de Brahms et de Reger. Le brillant organiste qui n’hésitait pas à entonner vaillamment, lorsque nécessaire, les thèmes de plain-chant, est doté d’une belle profondeur spirituelle. Il n’a pas manqué de surprendre l’auditoire par d’originales registrations dans le Prélude en mi bémol de Bach, de même que dans son étonnante improvisation sur Dona nobis pacem mariant des éléments de jazz sur un fond de chaconne.

    Le 24 septembre, Frédéric Champion, lauréat du premier Concours international d’orgue du Canada: Montréal 2008, a confirmé son talent exceptionnel dans un récital consacré à Liszt, à Franck et à Widor (5e symphonie) : par son jeu très inspiré et son sens orchestral de la couleur, il a mis sa solide technique et sa virtuosité au service de la musique, un des grands moments de ce concert étant sa magistrale interprétation de la légende de Liszt, Saint François de Paule marchant sur les flots.

    Lors du concert de Jonathan Oldengarm, les Amis de l’orgue ont tenu à remercier publiquement leur président Claude Beaudry qui, après plus de 35 ans au service de l’association, a choisi de ne pas renouveler son mandat. Tous ceux qui l’ont côtoyé ont pu apprécier son dévouement dans tous les rouages de notre organisation, sa gentillesse et sa courtoisie légendaires. Au nom de tous les Amis de l’orgue, merci pour tout, cher Claude!


Nouvelles brèves


    C’est avec beaucoup de peine que l’organiste titulaire des grandes orgues de Saint-Roch, Esther Clément, quitte, pour des raisons personnelles et familiales son poste d’organiste. Le facteur de la distance en est la principale raison puisqu’elle réside à Sainte-Marie de Beauce. En poste depuis 2001, Esther Clément avait succédé à Denis Bédard. Une offre dans sa région lui a permis de prendre cette décision. Elle devient en effet la nouvelle titulaire des orgues de Saint-Joseph de Beauce, un instrument très intéressant de 35 jeux répartis sur 3 claviers et un pédalier. Connaissant son sens de l’organisation d’événements, des concerts et des messes d’artistes verront sûrement le jour à Saint-Joseph! Nous lui souhaitons donc beaucoup de succès et de plaisir dans ses nouvelles fonctions et un peu plus de temps avec ses trois petits garçons.

    Le 10 octobre dernier, Le Jour du Seigneur télédiffusait la messe depuis l’église Notre-Dame-de-Jacques-Cartier. À cette occasion, le chœur La Dulciane, sous la direction de Solange Beaulieu, a interprété la Messe brève no 3, opus 6, d’Édith Beaulieu qui est aussi l’organiste titulaire de cette église.


Une mémorable Action de Grâce des AOQ:
l'excursion culturelle dans les Bois-Francs

par Gilles Lesage

    Avec grand plaisir, les Amis de l'orgue de Québec viennent de renouer avec leur traditionnelle excursion culturelle annuelle. De manière fort agréable pour quelque 60 membres. Dans la région fort accueillante des Bois-Francs, à la fois au centre du Québec, pays de l'érable et du fromage. Le lundi 11 octobre, jour de la belle fête de l'Action de Grâce, dans la splendeur automnale et rougeoyante!

    De Plessisville à Victoriaville, en passant par Arthabaska, Warwick et Ham-Nord, nous avons eu le plaisir d'entendre cinq orgues Casavant, datant de 1899 à 1940, dont les quatre premiers ont été restaurés par les Orgues Létourneau, entre 1991 et 2009, et le dernier par les Ateliers Guilbault Bellavance Carignan, l'an dernier. Tous de Saint-Hyacinthe, évidemment, la prestigieuse capitale canadienne du "roi des instruments".

    Et pour nous les faire apprécier, cinq musiciens emballants: de la brillante aînée et musicologue, Irène Brisson, à la plus jeune virtuose, Laurence Jobidon, en passant par trois jeunes hommes prometteurs, Denis Gagné, Dominic Grondin, Emmanuel Bernier. La relève se porte fort bien, merci!


    L'imposante église Saint-Calixte de Plessisville, dont les plans sont de l'architecte Georges-Émile Tanguay, de Québec, date de 1900. Elle peut accueillir 1 200 personnes, choyées par les sculptures centenaires de Louis Jobin (dont un célèbre "ange à la trompette") et le diptyque pictural de Marius Dubois, de Sainte-Pétronille (île d'Orléans), réalisé en 1998 en hommage à sainte Marguerite d'Youville, fondatrice des Soeurs Grises. L'unité pastorale de l'Érable compte deux prêtres pour cinq paroisses et six lieux de culte.

    L'orgue Casavant, opus 155, de 1902, compte 23 jeux, 26 rangs, à traction pneumatique tubulaire. Il a été restauré en 1993 par la maison Létourneau, au coût de 37 000 $. Sa composition sonore respecte ce que le facteur Casavant réalisait pour les instruments de cette dimension à l'époque de sa construction. Il en est de même pour les autres orgues entendus, bien adaptés à leurs lieux de culte catholique.

    Réputée musicologue et professeure émérite au Conservatoire de musique de Québec, Irène Brisson s'est remise à la pratique de l'orgue il y a une dizaine d'années, suivant notamment des cours privés avec Danny Belisle. Pour le plaisir, dit-elle, elle est depuis quatre ans organiste titulaire à la belle petite église anglicane St Michael de Sillery, à Québec. Et pour le plaisir des AOQ, elle a donné à Saint-Calixte un bel aperçu de sa passion renouvelée à travers des œuvres baroques allemandes et de la musique postromantique anglaise.



    À Arthabaska, c'est un autre architecte de Québec, Joseph-Ferdinand Peachy, qui fait les plans de l'église Saint-Christophe en 1871. Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté (1869-1937) est au nombre des jeunes artistes qui, en 1887, participent à la décoration intérieure, dirigée par Joseph-Thomas Rousseau, de Saint-Hyacinthe. L'illustre virtuose du dessin et de la couleur gardera jusqu'à sa mort un atelier dans son village natal. Jeune avocat et journaliste, Wilfrid Laurier résida à Arthabaska et en fut le député à Québec et à Ottawa, avant de devenir premier ministre canadien. Son banc fait encore la fierté de ses co-paroissiens. Le superbe temple aux larges dorures — abrégé d'histoire sainte — a fait l'objet d'une restauration complète pour son 125e anniversaire, en 1998, et il a été déclaré "monument historique" en avril 2001.

    L'église est dotée d'un orgue Casavant, opus 1669, de 1940; à traction électropneumatique, il compte 32 jeux, 37 rangs. Il est inauguré en 1941 par un organiste aveugle, Arthur Charlebois, qui y crée son oratorio Mariae Gloriae, pour chœur et orgue, d'une durée de deux heures et demie! En 1991, Orgues Létourneau effectue la restauration de l'orgue. Un jeu de mixture de quatre rangs remplace celui de trois rangs de Casavant.

    Denis Gagné, diplômé du Conservatoire de musique de Montréal, nous a présenté un très solide mini-récital tout français, plus un Hommage à Maurice Ravel de Jean LeBuis (1950-), qui fut le professeur de notre invité. Il est organiste à Saint-Léonard et au Sanctuaire du Saint-Sacrement, à Montréal. Fort actif dans le milieu musical, Denis Gagné est aussi vice-président des Amis de l'orgue de Montréal.



    Troisième arrêt, à l'église Saint-Médard de Warwick, dont les plans de 1874 sont dus à l'architecte Peachy, et ceux de l'agrandissement à l'architecte Georges-Émile Tanguay, il y a cent  ans. De style néo-roman, en pierre de taille et en pierre des champs, ce temple est surmonté d'un clocher de 190 pieds.

    L'orgue Casavant de 1928 porte le numéro d'opus 1252. A traction électropneumatique, il compte 28 jeux et 30 rangs. Selon des experts, c'est un bel exemple de la facture typique de Casavant, il y a quatre-vingts ans, avec son esthétique sonore de tradition anglo-américaine. Malgré un bon entretien, une remise en état s'imposait: elle a été effectuée l'an dernier par Létourneau, au coût de 150 000 $.

    Ici, un jeune Beauceron, Dominic Grondin, étudiant de Richard Paré à l'Université Laval, nous émerveille avec du Bach et encore du Bach! Depuis cet automne, il est organiste titulaire à Saint-Rédempteur de Lévis.



    D'allure plus modeste, mais aussi chaleureuse, l'église des Saints-Anges, de Ham-Nord est en bois et date de 1900. C'est la plus grande église en bois du diocèse de Sherbrooke, dotée de l'orgue le plus ancien à traction mécanique, un Casavant, opus 121, de 17 jeux et 19 rangs. Il possède un magnifique buffet orné de dorures et d'un ange à la trompette au sommet, rappelant le patronage des Saints-Anges. Son esthétique correspond aux goûts qui prévalaient au début du siècle dernier. Autre fait rare, l'orgue n'a subi aucune transformation depuis cent-dix ans. Pour son récent centenaire, il a bénéficié d'un relevage en profondeur, par les Orgues Létourneau, subventionné en partie par la Fondation du patrimoine religieux du Québec.

    Emmanuel Bernier a d'abord étudié au Conservatoire de Rimouski avec sœur Pauline Charron et Jacques Montgrain;  il étudie présentement à celui de Québec avec Danny Belisle. L'an dernier, il a obtenu la première place en orgue au Concours de musique du Canada, à Montréal. Plusieurs fois boursier, rédacteur de notes de programmes musicaux, il est aussi critique musical au quotidien Le Soleil. Il a été durant l’été dernier organiste en résidence au Musée de l’Amérique française. Il nous a présenté un programme fort éclectique, dont une pièce du québécois Conrad Letendre (1904-1977), et un extrait du Livre d'orgue de la Cathédrale anglicane de Québec.



    L'église Sainte-Victoire de Victoriaville, due aux plans de l'architecte Louis Caron, de Nicolet, a été bénie en 1900. L'orgue Casavant, opus 118, est inauguré la même année. À traction électropneumatique, il est électrifié en 1940 sous le numéro d'opus 1644. Sa composition est alors portée à 41 jeux, 42 rangs. Un positif expressif et une nouvelle console sont ajoutés, mais le buffet d'origine est conservé. L'an dernier, l'instrument a été partiellement restauré par les Ateliers GBC.

    Une belle plaque rappelle le souvenir de Lucien Daveluy, qui y a été organiste et maître de chapelle pendant 56 ans, et rend hommage à son fils Raymond, l’organiste et le compositeur.

    Jeune élève de Danny Belisle, Laurence Jobidon rend à son tour hommage au grand Bach, avec un prélude et une sonate en trio, concluant brillamment avec une suite brève de la montréalaise Rachel Laurin.


    Mille bravos et mercis pour cette mémorable excursion: à notre aimable GO (gentil organisateur) Robert Poliquin et à ses nombreux collaborateurs; au frère Martin Yelle, s.c., organiste et agent de pastorale, formidable guide, accompagnateur et conférencier; à deux dévoués anciens présidents des AOQ, Claude Beaudry et Gilles Carignan.

    Avec raison, ce dernier souligne que les AOQ nous font découvrir des orgues québécois dont la réputation déborde largement nos frontières; apprécier des organistes de grand talent, jeunes et moins jeunes; admirer de précieux lieux de culte, églises humbles ou grandioses, qui sont en quelque sorte nos châteaux.

    Un vibrant souhait final: que 2011 nous gratifie à nouveau d'une chaleureuse et enrichissante excursion culturelle dans une autre belle région québécoise. Merci et à bientôt, espérons!


Écouté pour vous


    L’organiste montréalais Denis Gagné, dont il est question plus haut, ne chôme pas et a récemment enregistré deux disques. Sous le titre de Souvenirs de Paris se cache un répertoire de musique française sacrée pour voix et orgue, réalisé en compagnie de la soprano Stéphanie Pothier. Des pages essentiellement contemplatives, certaines bien connues, comme l’Ave Mari de Gounod, le Pie Jesu de Fauré ou le Panis angelicus de Franck côtoient des œuvres à découvrir, comme le délicat Je vous salue Marie de Litaize, Au soir (Angélus op. 57) de Vierne ou le pathétique et quasi-théâtral O vos Omnes des Sept paroles du Christ de Théodore Dubois, le tout fort bien interprété. Cinq pièces d’orgue de Langlais, Boëllmann, Reboulot et Franck (3e Choral) complètent judicieusement ce programme. Ce disque a été réalisé à Sainte-Agathe-des-Monts, sur un orgue Casavant 1930 (33 jeux, 3 claviers et pédalier).
    www.stephaniepothier.com

    Dans un autre esprit, Denis Gagné nous fait découvrir, avec Laudate Dominum le bel orgue Lévesque-Roussin de la chapelle mariale de l’Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette, un instrument déjà mentionné dans nos bulletins, puisqu’il a été reconstruit à partir de l’orgue Providence de l’ancienne église de Québec, Notre-Dame-de-Pitié. Dans un répertoire essentiellement baroque (20 pièces sur 26) consacré à Bach, Buxtehude, Walther et Krebs, Denis Gagné nous donne, avec beaucoup de goût, un aperçu des possibilités de cet instrument à la sonorité chatoyante. La 2e Sonate de Mendelssohn, un choral de Brahms et une marche triomphale op. 65 (Nun danket alle Gott) de Karg-Elert s’ajoutent à ce volet. Mendelssohn et Karg-Elert me semblent cependant un peu à l’étroit sur cet instrument dont les jeux conviennent mieux à la musique baroque ou aux œuvres méditatives plus modernes qu’au grand répertoire de type symphonique. Un bel interprète, une belle réalisation et un petit regret : l’absence de notes sur les œuvres au programme.
    (Laudate Dominum, LP1008, www.st-antoine.org)


Nécrologie

    Les Amis de l’orgue de Québec présentent leurs sympathies à leur directeur artistique Alain Gagnon à l’occasion du décès de sa mère, Gaétane Leclerc-Gagnon, survenu le 22 août dernier.

    L’organiste et compositrice Édith Beaulieu est également en deuil, puisque son père, Roger Beaulieu, est décédé le 1er octobre.

    Au moment d’imprimer ce bulletin, nous apprenons le décès, le 27 octobre, du ténor Pierre Boutet qui fut le premier président des Amis de l’orgue de Québec, de 1966 à 1986, ainsi que celle de son fils, Guy Boutet, le 29 septembre dernier. Toutes nos condoléances.