Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 18 - Février 1972


Dans ce bulletin:


Les Amis de l'orgue de Québec ont cinq ans
par Normand Picard

Les Amis de l'orgue ont pensé souligner leur cinquième anniversaire de fondation en présentant un concert spécial. L'organisation de ce concert a été rendue possible grâce à la collaboration de la Société Radio-Canada à Québec et du Conservatoire de musique de Québec. Nous leur en sommes très reconnaissants.

Voici un court bilan de nos activités depuis cinq ans:

  • La fondation officielle de la société, en décembre 1966, avait été précédée de deux concerts pour lancer l'idée d'une société groupant les amateurs de musique d'orgue de Québec. Le concert spécial du 24 février est le vingt-neuvième concert depuis la fondation.
  • Parmi nos autres activités, mentionnons:
    1. le bulletin (18 numéros);
    2. la section des jeunes (5 concerts);
    3. les échanges entre Montréal et Québec (pour les jeunes organistes);
    4. deux visites d'instruments.

La moyenne d'assistance à nos concerts a été d'environ 350 personnes.

Toutes ces activités ont été rendues possibles grâce à la fidélité de nos membres, dont le nombre a augmenté chaque année, grâce aussi à la subvention du ministère des Affaires culturelles du Québec, à la Société Radio-Canada à Québec, aux journaux et aux postes de télévision et de radio, et enfin grâce au travail des administrateurs et du Comité féminin.

Nous comptons sur votre précieux concours pour que notre société continue de progresser sans cesse.


L'orgue classique italien
par Normand Picard

Parmi les différentes écoles nationales d'orgue, on peut sans doute dire que l'orgue français - classique, symphonique et néo-classique - est le mieux connu des amateurs d'orgue. Les intégrales de Helmut Walcha et de Marie-Claire Alain nous ont fait découvrir et apprécier les orgues de l'Allemagne et du Danemark. Par contre, je crois que l'on peut dire que l'orgue italien est assez peu connu de ceux que l'orgue et son répertoire passionnent. L'orgue classique italien est un orgue bien caractéristique et son importance dans l'histoire est telle qu'il est essentiel de le connaître.

Voici quels sont les traits saillants de cet orgue italien classique:

  • Les facteurs d'orgues italiens soignaient particulièrement le timbre du ripieno, leur spécialité. On peut dire que le ripieno est à lui seul l'orgue italien. La caractéristique de ce plein-jeu (ripieno) est qu'il est décomposable en jeux séparés. Ce fractionnement du ripieno constitue sans doute la principale et inépuisable ressource de la registration italienne classique.

  • Le rôle du jeu fondamental est confié uniquement au principal. L'organier italien ignore les jeux bouchés.
  • En principe, l'orgue italien ancien est à un seul clavier. Le pédalier de ces orgues est assez peu développé (18 touches). Il fonctionne en tirasse sans jeu indépendant la plupart du temps.
  • On remarque la présence d'un jeu ondulant, à mensuration de principal, la voce humana. Ce jeu est accordé de façon à constituer, avec le principal ordinaire, une registration ondulante.
  • Le sommier portant la tuyauterie du clavier principal de l'orgue est du type «à ressorts».
  • Le buffet est de style Renaissance.

Le Ripieno

Le ripieno est à l'orgue italien ce que le plein-jeu est à l'orgue français, c'est-à-dire l'ensemble des jeux appartenant à la famille des principaux.

Sa disposition est très simple: l'orgue est basé sur un principal de 8' (ou de 16') seul jeu grave, et les rangs de ripieno portent des appellations qui indiquent tout simplement l'intervalle les séparant de ce principal:

PrincipalIMontre8'
OttavaVIIIPrestant4'
QuintadecimaXVDoublette2'
Decima nonaXIXQuinte1 1/3'
Vigesima secondaXXIIOctave1'
Vigesima sestaXXVIQuinte2/3'
Vigesima nonaXXIXOctave1/2'
Trigesima terzaXXXIIIQuinte1/3'
Dans les grands instruments, on pourra trouver en plus:

XXXVI
1/4'

XL
1/6'

XLIII
1/8'
À remarquer que dans le ripieno, on ne trouve pas la quinte 2 2/3' (XII)

Ces rangs sont disposés sur des registres séparés, sauf les plus aigüs qui sont groupés en deux en général; aussi l'utilisation d'un rang isolé est-elle possible, mettant à la disposition de l'organiste une palette sonore très étendue. Notons que dans les instruments, il existe un tiratutti permettant de tirer, d'une seule manoeuvre, l'ensemble des registres composant le ripieno.

Il est bien évident que le système de «reprises» existe aussi pour le ripieno. Ce système est d'une extrême simplicité. Le «plafond d'acuité» se situe, selon les facteurs, entre 1/6 et le 1/8 du pied. La sonorité de ce ripieno italien a un éclat argentin.

Le Principal

Le principal, qui doit constituer une base naturelle et équilibrée soit pour la famille étroite des jeux de ripieno, soit pour les flûtes, était harmonisé d'une façon douce et vive en même temps par les anciens facteurs italiens. Les facteurs du XIXe siècle sont restés fidèles à cette esthétique.

Le principal est en étain très riche et la pression d'air est très faible. Il est de diapason plutôt étroit.

Un fait important est à noter: l'organier italien ignore l'usage des jeux bouchés tels que bourdons, flûtes bouchées, et s'il connaît les jeux à bouche de grosse taille, il n'utilise que la flute 4' (flauto in ottava) et la flûte 2 2/3' ou nazard (flauto in duodecima). Ces flûtes sont inspirées du son pur de l'ancienne flûte à bec.

Facteurs

Il existe encore plusieurs instruments italiens anciens qui ont été restaurés. Citons l'orgue de la Basilique Saint-Martin de Bologne, terminé en 1556 par Giovanni Cipri. C'est à cet orgue que Luigi Ferdinando Tagliavini a enregistré les Fiori Musicali de Frescobaldi.

Parmi les facteurs les plus célèbres, signalons:

  • les Antegnati aux XVIe et XVIIe siècles;
  • les Serassi de Bergame, qui dominent la scène de la facture d'orgues italienne de la moitié du XVIIIe à la seconde moitié du XIXe siècle.

Les Serassi ont apporté à l'orgue italien de nouvelles couleurs: jeux d'anches, cornets brillants, des flûtes et des violes harmoniques. Les grands instruments de Serassi ont deux claviers: un grand-orgue et un positif (organo eco). Les Serassi restent cependant fidèles aux caractères sonores fondamentaux de l'orgue italien traditionnel.

L'orgue classique italien est un orgue qui, malgré son apparente simplicité, comporte une richesse incroyable de timbres, née de la diversité presque infinie des mélanges possibles. C'est ce qui a permis à un organier-facteur comme Costanzo Antegnati de recommander plusieurs recettes de registrations en spécifiant que de jouer toujours sur les mêmes registrations pouvait engendrer la monotonie.

C'est la qualité vive de l'instrument italien qui nous explique pour une bonne part les chefs-d'oeuvre impérissables de Frescobaldi et de Gabrieli, pour ne citer que les principaux de ces auteurs qui constituent la source principale de toute la musique de clavier européenne.


Livres et Disques

Parution

  • L'orgue par Friedrich Jakob, (collection «Instruments de musique»), Lausanne, Éditions Payot, 1970, 95 pages.

    L'un des premiers ouvrages de cette collection très prometteuse est très bien fait. Il s'impose tant par la qualité des textes que par le choix judicieux des 25 illustrations et des nombreux croquis. Il renseigne le lecteur sur les éléments suivants:

    • L'histoire de l'orgue à partir de l'orgue hydraulique (aulos qui fonctionne avec de l'eau) inventé par Ctésibios en 246 avant J.C. jusqu'à l'orgue du XXe siècle. L'auteur exprime l'idée que dans l'histoire de l'orgue, on ne peut parler de perfectionnement, mais uniquement de changement continuel. Les illustrations de cette première partie sont particulièrement intéressantes.
    • Les éléments de l'orgue comme la tuyauterie, la soufflerie et la distribution du vent. À l'aide de croquis très clairs, l'auteur explique, d'une façon concise, le fonctionnement de l'orgue.
    • La musique d'orgue et son exécution. C'est la partie la moins élaborée de l'ouvrage.

    L'auteur s'est fixé un triple but:

    • initier aux choses de l'orgue tous ceux qui ne sont pas encore familiarisés avec lui, mais qui, attirés par ses timbres, souhaitent en avoir une connaissance approfondie;
    • donner, aux musicologues, une vue d'ensemble de la question et les inciter à en poursuivre l'étude;
    • combler, enfin, une importante lacune de la littérature pédagogique et satisfaire aux besoins de l'organiste débutant comme à ceux de l'apprenti facteur d'orgues.

    On peut dire que M. Jakob a très bien réalisé ces buts.

Disques

  • La maison VOX a entrepris de présenter, en plusieurs disques, groupés en volumes, un aperçu de toute la musique écrite pour orgue. Les différentes parties de l'ouvrage représenteront les différentes écoles nationales d'orgue.

    La première partie porte sur la musique d'orgue française des maîtres primitifs aux auteurs modernes et comprend six volumes.

    Les interprètes sont de jeunes organistes français comme André Isoir, Xavier Darasse, René Saorgin, Claude Terrasse et Jean-Claude Raynaud. Ils utilisent les orgues qui illustrent le mieux les oeuvres enregistrées.

    SVBX 5310 à 5315