Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 27 - Février 1976


Dans ce bulletin:


Historique des orgues de l'église St-Roch de Québec
par Richard Gagné

N.D.L.R. Cet article constitue le deuxième chapitre intitulé: Historique des orgues de la paroisse, de l'ouvrage de Richard Gagné: Un siècle d'activités musicales à St-Roch de Québec qui est une thèse inédite de musicologie présentée lors du Conours d'histoire de la musique et de musicologie, en 1975, au Conservatoire de musique de Québec.

Monsique Gagné poursuit présentement ses études en orgue au Conservatoire de musique de Québec, sous la direction de M. Claude Lavoie, et est le titulaire actuel des orgues de St-Roch.


Lorsqu'on évoque l'histoire de la paroisse St-Roch de Québec, il est nécessaire de se rappeler la construction de quatre églises successives : 1811, 1816, 1845, et 1915.

Bien qu'une lettre de Mgr. J. Octave Plessis, évêque de Québec, recommandât de prévoir lors de la reconstruction de l'église en 1816, l'installation d'un orgue, il semble que la fabrique n'ait fait l'acquisition de son premier instrument qu'en 1850; les archives ne fournissant aucun renseignement sur l'existence de claviers avant cette date. Pour justifier notre hypothèse, il nous suffit de rappeler que les organiers québécois étaient plutôt rares à cette époque.

Premier orgue

Ainsi, peu de temps après la construction de la troisième église, il fut convenu par l'abbé Zéphirin Charest (curé de 1839 à 1875), de marchander l'orgue de la cathédrale anglicane de Québec. Cet instrument, issu des ateliers du facteur anglais Thomas Eliott avait été acquis en même temps que l'ancien orgue de la Basilique de Québec qu'on retrouve aujourd'hui au musée provincial 1.

Ces démarches n'engendrèrent cependant aucun résultat puisque nous lisons quelques temps plus tard dans les procès-verbaux des réunions de marguilliers :

«… Résolu d'allouer quarante louis à sieur Fay pour avoir placer l'orgue dans l'église, et le trésorier est autorisé à payer cette somme».

Auguste Fay dont il est ici question, avait ses ateliers à Ste-Geneviève-de-Bastiscan. Les orgues installées durant cette période à Ste-Geneviève-de-Batiscan (1838), à Ste-Marie-de-Beauce, à l'Hôpital Général (1840-41) et chez les Ursulines de Trois-Rivières, lui sont attribuées. Comme la plupart des facteurs d'orgues de l'époque, Fay importait son matériel : Schiedmayer (de Stuttgart), Smith (de Boston) et Willis (de Londres) étaient avec quelques autres firmes de Paris et de Lyon, ses principaux fournisseurs.

L'orgue, qu'il disposa dans le chœur de l'église St-Roch, provenait de la maison Willis et le buffet fut réalisé par le célèbre sculpteur québécois Louis-Thomas Berlinget (1790-1863) qui était en même temps chargé de la décoration intérieure de l'église. L'inauguration eut lieu le 17 novembre 1850 et «Le Journal de Québec» nous en livre le compte rendu :

«Samedi soir, l'église de Saint-Roch était pleine de curieux qui allaient y entendre le magnifique orgue que messieurs les fabriciens de cette paroisse ont tout récemment fait venir de Londres. Cet orgue coûte £500 rendu ici, et le buffet coûtera £90. C'est M. Fée (sic) des Trois-Rivières, qui a monté l'orgue; et il l'a fait de manière à se faire honneur, au dire des connaisseurs et à rendre justice à ceux qui l'ont employé.

Cet orgue, qui contient vingt jeux, tous harmonieux et agréables à l'oreille, du plus grave au plus aigu, est un des plus beaux de l'Amérique».

Acquis en 1917 par l'abbé Georges Guy, curé de St-Louis-de-Kamouraska, il faut restauré par la maison Casavant Frères en 1949 et le chef d'œuvre de Berlinguet eut la bonne fortune d'être conservé.

À défaut d'en avoir retrouvé le devis original, nous reproduisons ci-dessous la composition actuelle de cet instrument en marquant d'un astérisque les jeux qui appartenaient au vieil orgue.

Grand-orgue
Récit (expressif)
*Montre8
*Principal8
Mélodie8
*Bourdon8
*Dulciane8
Viole de gambe8
*Prestant4
Voix céleste8
Flûte bouchée4
*Violon4
Nasard2 2/3
Flûte harmonique4
*Doublette2
CornetIII



Trompette8



*Hautbois8



Tremolo
Pédale
Basse principale16
*Bourdon16
Gedeckt16
Bourdon8

    Traction électro-pneumatique
    Accouplements à l'unisson, au grave et à l'aigu

    Étendue des claviers CC à C : 61 notes
    Étendue du pédalier CCC à G : 32 notes

En 1915, le chœur de l'ancienne église fut démoli afin de permettre la construction du temple actuel et l'orgue de Fay qui s'y trouvait situé fut probablement entreposé jusqu'en 1917, date où la fabrique de Kamouraska en hérita.

Deuxième orgue

Au mois de mai de la même année, l'abbé Robert Lagueux (curé de 1910 à 1933) obtint, par l'entremise de l'un de ses paroissiens (Cyrille Robitaille, marchand de musique), un instrument de «La Compagnie d'Orgues Canadiennes» qu'il paya 2 500$. Aménagé d'abord dans l'ancienne église, il fut définitivement installé, deux ans plus tard, dans le nouvel édifice. Relégué quelques années plus tard au sous-sol, il retrouva, en 1967, sa place à l'église supérieure. En dépit de certains troubles de mécaniques dus à son âge avancé, la sonorité de cet orgue en demeure pour le moins particulière.

Grand-orgue
Récit (expressif)
Montre8
Principal8
Mélodie8
Bourdon8
Dulciane8
Viole de gambe8
Prestant4
Voix céleste8
Flûte harmonique4
Flûte traverse4
Trompette8
Piccolo2



Hautbois8



Tremolo
Pédale
Bourdon16
Flûte8

    Traction pneumatique-tubulaire
    Accouplements à l'unisson, au grave et à l'aigu

    Étendue des claviers CC à C : 61 notes
    Étendue du pédalier CCC à F : 30 notes

Troisième orgue

La fabrique convint alors de louer à 100$ par année un petit orgue de sept jeux, en attendant que sa situation financière puisse lui permettre l'acquisition de grandes orgues «à la taille de l'église». Cet instrument que Joseph Turgeon, l'organiste du temps, qualifiait de «petit monstre» parce qu'il était harmonisé de façon très dure, fut acheté en 1934 au prix de 2 000$ puis cédé pour la somme de 1 200$ neuf ans plus tard aux Pères Assomptionnistes du Montmartre Canadien. Sans doute, le qualificatif de Joseph Turgeon était-il juste puisqu'on s'imagine difficilement la compatibilité d'un si petit orgue avec un tel édifice.

Quatrième orgue

L'idée d'aménager de grandes orgues dans la nouvelle église de St-Roch, avait été envisagée dès la fin des travaux de parachèvement. Aussi, avons-nous retrouvé deux soumissions de «La Compagnie d'Orgues Canadiennes» qui, datant de 1925, proposaient l'installation d'un instrument qui, d'une part aurait coûté 28 000$ pour un devis de 64 jeux et d'autre part aurait coûté 25 000$ pour un devis de 54 jeux.

Par la suite, sans doute en raison d'une décision de la fabrique, plusieurs démarches furent entreprises auprès de quelques autres firmes, dont l'une engendra de la part de la maison Kimball, de Chicago, une soumission pour un orgue de 67 jeux qui aurait possédé deux jeux de 32 pieds… un «Gravissima» de 64 pieds!

Par ailleurs, nous avons relevé aux archives paroissiales, quatre soumissions de la maison Casavant Frères, datées de 1933, ainsi que plusieurs projets de buffet. Une lettre jointe à ces soumissions nous renseigne quelque peu sur d'autres démarches qui auraient été entreprises antérieurement auprès de cette firme.

Il apparaît évident que les administrateurs avaient à cœur la réalisation de ce projet et c'est probablement en raison de l'urgence de travaux prioritaires qu'il dût attendre encore neuf ans son exécution. Si bien qu'après un aussi long mûrissement, une décision unanime fut prise, en 1942, par le curé et les marguilliers :

«Le vingt sixième jour de mars de l'an mil neuf cent quarante-deux (…) monsieur le curé déclare que cette assemblée est d'étudier la question de l'opportunité de faire l'acquisition d'un nouvel orgue plus proportionné à notre église. Après avoir sérieusement considéré la situation financière de la fabrique et toutes les circonstances, l'on est d'avis que le temps est arrivé d'avoir un orgue convenable. En conséquence, il est proposé (…) que l'on achète un orgue d'une valeur d'environ trente cinq mille piastres et que monsieur le curé et messieurs les marguilliers du banc soient chargés de faire exécuter ces travaux».

De nouvelles démarches furent alors entreprises auprès de Casavant Frères. Le contrat de vente fut signé le 18 juin 1942 et l'instrument fut inauguré le 8 décembre 1943 par Joseph Turgeon, l'organiste titulaire. Cet orgue de 85 jeux coûta 35 546.75$.

Grand-Orgue

Récit
(expressif)

Quintaton16' Salicional16'
Montre8' Diapason8'
Flûte8' Viole de gambe8'
Bourdon8' Voix céleste8'
Dolce8' Flûte harmonique8'
Grosse quinte5 1/3' Cor de nuit8'
Prestant4' Principal4'
Flûte à cheminée4' Fugara4'
Gemshorn4' Flûte bouchée4'
Quinte2 2/3' Nazard2 2/3'
Doublette2' Octavin2'
Tierce1 3/5' CornetV
FournitureV FournitureIV
CymbaleIII CymbaleIII


Trompette16'


Trompette8'


Hautbois8'


Voix humaine8'


Clairon4'


Tremolo



Positif
(flottant)

Solo
(expressif)

Bourdon8' Contra viola16'
Salicional8' Viola8'
Dulciane4' Octave de viola4'
Flûte douce4' CornetVI
Nazard2 2/3' Contra tromba16'
Octavin2' Tromba8'
Tierce1 3/5' Clairon4'
Piccolo1'



Choral
(expressif)

Pédale

Bourdon16' Bourdon32'
Flûte chorale8' Principal16'
Quintaton8' Contrebasse16'
Flûte creuse8' Bourdon16'
Gemshorn8' Dulciane16'
Unda maris8' Cor de nuit16'
Cor de nuit4' Gedeckt16'
Salicet4' Grosse quinte10 2/3'
Flageolet2' Spitz Principal8'
Plein JeuIII Violoncelle8'
Dulzian16' Flûte8'
Cromorne8' Bourdon8'
Cor anglais8' Quinte5 1/3'
Clarinette8' Basse chorale4'
Chalumeau4' Flûte ouverte4'
Tremolo
CornetIII


FournitureVI


Contra posaune32'


Posaune16'


Trompette8'


Clairon4'


Chalumeau4'



    Autres détails:
    • Accouplements : 16, 8, 4
    • Étendue des claviers : 61 notes
    • Étendue du pédalier : 32 notes
    • Nombre de tuyaux : 6,186
    • Traction électro-pneumatique

Il est très étonnant de prendre connaissance de la composition de cet instrument sachant qu'à l'époque, il n'était à peu près pas question des mixtures composées que nous y rencontrons. En effet, ce devis nous permet de constater que la firme Casavant abordait une période de recherche et de transition qui devait aboutir à la production de haute qualité que nous connaissons aujourd'hui. L'orgue de Saint-Roch demeure toujours un instrument de facture romantique qui manque d'équilibre et de clarté. Les premières tentatives de réduire les pressions ne furent pas concluantes puisque l'harmonie n'a pas établie en conséquence, ce qui rendit cet orgue quelque peu anémique. Aussi, la réalisation sonore de cet instrument ne fut pas accueillie avec beaucoup d'enthousiasme et provoqua une vive déception chez les organistes d'avant-garde.

Ajoutons que les grandes orgues de l'église Saint-Roch étaient prévues pour l'installation d'un orgue de chœur additionnel qui aurait pu être joué directement du jubé arrière. Les administrateurs du temps ne jugèrent pas utile d'effectuer ces dépenses supplémentaires de l'ordre de 6 000$.


1Morisset, Gérard: Coup d'oeil sur les arts en Nouvelle-France. Québec, 1941