Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 43 - Avril 1986


Éditorial

Chers Amis de l'orgue,

Deux textes à la mémoire de grands organistes de la région de Québec, un premier en hommage à Omer Létourneau, et le second à Marius Cayouette.

Noëlla Genest
Coordinatrice.

Dans ce bulletin:


À la mémoire d'Omer Létourneau
par Noëlla Genest

Le 14 août 1983, disparaissait l'un des pionniers de la musique au Québec, monsieur Omer Létourneau. Le rayonnement de ce musicien fut immense.

Aussi, quoique tardivement, les Amis de l'orgue de Québec désirent rendre hommage à sa regrettée mémoire. Ils remercient vivement Soeur Cécile Huot qui leur a donné l'autorisation de puiser dans son oeuvre 1 publiée en 1979.

Omer Létourneau naît le 13 mars 1891 dans la paroisse Saint-Sauveur de Québec du mariage de Lucien Létourneau et Eugénie Bureau. Jeune garçon, il fait partie de la maîtrise de cette paroisse dont il deviendra l'organiste en 1915. À l'âge de douze ans, il commence l'étude du piano auprès d'une dame Béliveau pour continuer ensuite chez J. Arthur Bernier. Récipiendaire du Prix d'Europe en 1913, il s'oriente vers Paris où il travaille sous la direction de Louis Vierne. Hélàs! la mobilisation en France l'oblige à rentrer au Québec. Peu après son retour en 1914, il est nommé organiste à Saint-Sauveur, succédant à J. Arthur Bernier qui tiendra désormais les orgues de la paroisse Jacques-Cartier. À Saint-Sauveur, Omer Létourneau dispose d'un instrument construit par Mitchell en 1873 et restauré par Casavant en 1903.

Il épouse Maria Coulombe le 15 juin 1915. Afin de mieux assurer leur subsistance, le jeune musicien collabore à une entreprise d'imprimerie quelques années et achète ensuite la maison Gauvin et Courchesne qui deviendra la Procure générale de musique. En 1919, avec plusieurs collaborateurs, il fonde la revue La Musique qui paraîtra jusqu'en 1924. La guerre étant terminée, il retourne en Europe pour un deuxième stage et rentre définitivement au pays en 1920. Ses activités sont partagées entre sa tâche d'organiste, l'enseignement du piano, l'éducation de l'oreille, la publication d'une Théorie musicale et de manuels de Dictées sans oublier la composition. En 1922, lors de la fondation de l'École de musique de l'Université Laval, monsieur Létourneau est invité à y dispenser l'enseignement de l'orgue au département de musique sacrée. Membre de l'Académie de musique du Québec depuis 1913, il est aussi très actif au sein de cette société à titre de juge pour les examens, membre du comité d'examens, etc.

Parallèlement à ses nombreuses activités, Omer Létourneau s'adonne régulièrement à la composition. Ainsi, au long catalogue de ses oeuvres, on retrouve plusieurs cantiques pour voix et piano, voix et orgue, choeur et piano ou orgue, des chansons, des pièces instrumentales pour piano, violon, des opérettes, des cantates, des messes.

Évidemment, une carrière aussi intense et variée fut intimement liée à la vie familiale de notre héros. Aussi, nous tournerons-nous maintenant vers la lignée de musiciens qu'il a engendrés.

Son épouse vécut jusqu'en novembre 1977. Le rôle de cette femme fut certes extrêmement important puisque notre musicien soutient, dans ses mémoires, que le succès ou l'échec d'une vie d'artiste, de sa carrière, repose en grande partie sur l'encouragement qu'il reçoit de sa femme.

Il eurent douze enfants.

Paul est violoncelliste; il fut membre de l'Orchestre symphonique de Québec et est aussi diplômé de l'Institute of Piano Tuning de Washington. Gabriel a étudié le violon pour s'orienter ensuite vers l'électronique. Madeleine, pianiste, initiée par son père, fut finaliste au Prix d'Europe de 1937 et épousa ensuite Edwin Bélanger, violoniste et chef d'orchestre. Ce couple éleva une famille de neuf enfants presque tous musiciens: Marc, violoniste, altiste, compositeur et chef d'orchestre et Guy, ténor, nous sont davantage connus. Jean fit carrière à l'opéra et il est professeur à la faculté de musique de l'Université de Victoria. Marié à Kathleen Busby, décédée en 1985, ils ont eu trois enfants qui poursuivent aussi des carrières musicales. Jeanne et Collette reçurent une formation musicale et intégrèrent celle-ci à leurs rôles de mères et d'éducatrices. Claude manifesta très tôt de l'intérêt pour le violon. Son père le confia à son gendre Edwin Bélanger qui le conduisit aux honneurs du Prix d'Europe de 1945. Des études de perfectionnement le menèrent à la Julliard School of Music de New York, à Toronto et à Paris. Il fait carrière comme violoniste et chef d'orchestre; professeur au Conservatoire de musique de Québec, il a, en outre, mis au point la méthode Suzuki et fut l'initiateur du Mouvement Vivaldi. Deux de ses enfants sont violonistes à l'Orchestre symphonique de Québec. Rachel fit du violon et de l'alto et du chant; tout en guidant ses cinq enfants qui s'adonnent à la musique, elle enseigne à l'École de musique de l'Université Laval. Denise est pianiste; elle fit ses études au Conservatoire et à l'École de musique de l'Université Laval; amateur de chant choral, elle a participé à de grandes manifestations avec ses soeurs Rachel, Yolande et Monique. Yolande est violoncelliste; elle fut membre de l'Orchestre symphonique de Québec; quatre de ses six enfants sont musiciens. Monique étudia avec son père et fit par la suite de la clarinette et du chant.

Voilà qui illustre bien l'influence du père dont le souffle rejaillit toujours à travers le temps. À l'aube artistique du Québec, Omer Létourneau a contribué largement à l'essor de la musique. Il a tenu les orgues de Saint-Sauveur pendant trente-neuf ans; plusieurs de ses oeuvres pour voix et instrument résonnent encore dans nos églises ou dans certains salons et de nombreux musiciens ou mélomanes se réclament de la formation qu'il leur a donnée.

Aussi, les Amis de l'orgue de Québec ont-ils tenu à rendre hommage à sa regrettée mémoire et à tous ceux qui le perpétuent. Puisse notre société de Québec produire toujours des êtres dont la flamme musicale vacille sans cesse!


1Cécile Huot: Entretiens avec Omer Létourneau, Montréal, Éditions Quinze, 1979


Marius Cayouette
1905-1985
Un profil d'artiste

par Claude Lagacé

Avant de m'asseoir à ma table de travail pour tirer de l'ombre les traits de cette belle figure, j'ai compulsé documents, revues et bulletins, relu de vieilles lettres et consulté certains de ses proches. Je m'en sens inondé d'une joie profonde qui rejoint comme par vases communiquants les moments nombreux et précis passés avec Marius Cayouette au fil des années. Il y avait chez lui une pureté, une intégrité presque contagieuse, dont on se sentait comme pénétré quand on s'entretenait avec lui. Souvent dans le sérieux, quelquefois dans la gravité, mais presque toujours dans une atmosphère de fête. Les scintillements de cet esprit si primesautier, d'une originalité totale, donnaient aux propos une effervescence qui pouvait faire croire à l'interlocuteur que lui aussi était homme d'esprit. Il y avait aussi en Marius un grand seigneur dont la courtoisie, jamais en défaut, semblait émaner davantage de la sensibilité que du manuel de bienséance. Tout à l'opposé, son côté gavroche, sa verve parfois gouailleuse se manifestaient dans les moments les plus inattendus. Dans la rue, à un quêteux qui lui souhaitait mer et monde «et quibusdam aliis» pour une petite pièce blanche que Marius avait mise dans sa main tendue, il répondait illico, brisant à peine le fil de la conversation: «Tout ça pour dix cents».

De le retrouver, dans sa musique, ses écrits et des souvenirs personnels qui remontent à 1931, je sens quelque chose d'insigne qui flotte dans l'air et m'enveloppe. Et je me donne tout un bonheur de faire renaître dans les lignes qui suivront les traits du personnage attachant qu'était Marius Cayouette.


Il disparaissait il y a un an presque jour pour jour, au moment où j'écris ces lignes, ce musicien dont le nom n'occupait guère les manchettes, mais dont l'importance dans la vie musicale de Québec et de la région n'en était pas moins significative.

Né à Sainte-Justine de Dorchester, où son père Alphonse était marchand général, Marius Cayouette est issu d'une famille bien enracinée dans le terroir. Il fit ses études secondaires dans son village natal et y reçut aussi ses premières leçons de piano. Entré au Collège de Lévis à 13 ans pour y acquérir la traditionnelle formation classique, il dut, vers la fin de son année de versification, interrompre définitivement ses études pour prendre une longue période de repos forcé. Déjà se manifestait une santé fragile qu'ébranlaient les moindres sautes climatiques, et qui ralentirait son activité professionnelle tout au long de sa vie (il n'accepta jamais plus qu'une demi-tâche à l'École de musique). Mais, fait à retenir, il avait rencontré, au Collège de Lévis, un musicien et pédagogue de stature, l'abbé Alphonse Tardif avec qui il aborda l'étude de l'orgue, son instrument de prédilection. L'orgue sera toute sa vie une passion et une nourriture. L'abbé Tardif eut sur Marius une influence profonde et détermina peut-être sa vocation d'organiste et musicien d'église. Ce dernier garda toujours pour son premier vrai maître un attachement et une admiration sans bornes.

On retrouve Marius tout à fait remis un peu plus tard chez Henri Gagnon où il va perfectionner son apprentissage de l'orgue, et c'est concurremment à ses études que Marius, en novembre 1925, accepte le poste d'organiste à Saint-Grégoire de Montmorency, poste qu'il n'abandonna qu'en 1975 après cinquante ans révolus de services dévoués à cette paroisse. C'est dès 1922 qu'il se lia aux pionniers qui donnèrent à l'École de musique naissante de l'Université Laval son premier souffle, les Gustave Gagnon, Joseph Vézina, Joseph Turgeon et Robert Talbot. Ce dernier accédait au poste de secrétaire de l'École de musique en 1922, et Marius se joignait à lui comme aide bénévole. Après la nomination de M. Talbot à la direction en 1932, Marius hérite de la fonction officielle de secrétaire de l'École de musique. En 1961, il devient directeur adjoint, acceptant aussi sur les entrefaites la charge d'un cours d'esthétique qu'il dispense tant au Conservatoire qu'à l'École de musique. Il est aussi chargé de l'organisation et de la supervision des cours de piano à l'extension de l'enseignement. En 1972, il prend sa retraite.

Après cet aperçu à vol d'oiseau des dates principales qui ont jalonné cette vie, voyons un peu le contenu d'une carrière modeste en apparence mais bien remplie quand on observe les hauts-lieux de la vie musicale où cet homme frêle au pas lent et mesuré sut affirmer sa présence.

Pour qui n'a connu Marius Cayouette que vers la fin de sa carrière, il est difficile de savoir qu'il était un organiste au talent remarquable, capable de tout jouer, mais dont la préférence allait aux grands maîtres de l'orgue romantique, Franck et Vierne en particulier. Et il avait une idole: Charles Tournemire. Le véritable culte qu'il vouait à ce dernier tenait sans aucun doute à la qualité de la musique de ce compositeur, mais aussi à l'inspiration de son écriture qui se nourrissait à même la profonde spiritualité du chant grégorien. Tournemire savait mieux que personne paraphraser les souples mélodies grégoriennes dans des harmonies d'ombre et de lumière où s'insinuait une subtile modalité. Trois cahiers de «L'Orgue mystique» portent une dédicace à Marius Cayouette de la griffe même du maître. C'était chez Marius l'organiste d'église qui trouvait dans cette musique l'affirmation de sa foi profonde et l'hommage de sa louange à Dieu. Cayouette se fit entendre maintes fois comme organiste de concert sur les ondes de la «Commission Canadienne de la radiodiffusion» comme on disait dans les années trente, et en maintes autres occasions. Mais il ménageait ses énergies pour son travail d'église qui était pour lui la tâche qu'il accomplissait avec zèle et à laquelle il apportait toujours une préparation soignée.

Marius Cayouette était aussi compositeur. On lui doit une vingtaine de morceaux, quelques-uns pour voix solo et orgue ou piano, mais surtout de fort belles pages d'orgue dont l'«Hymne pascal» enregistré chez ALPEC. Il n'y a de lui toutefois que des partitions manuscrites à une ou deux exceptions près. Cette musique qui puise aux sources grégoriennes surtout, d'une harmonie savamment ornée mais tributaire de la modalité, est vraiment conçue pour l'orgue symphonique dont le compositeur connaît toutes les ressources et qu'il sait empanacher de tous ses prestiges.

La facture d'orgue passionnait aussi cet esprit curieux qui ne voulait rien ignorer de ce qui touchait son métier. Deux articles fouillés sur l'orgue liturgique publiés dans la Revue Saint-Grégoire en font foi. Des paroisses et des communautés religieuses lui demandaient souvent conseil et nombreuses sont celles qui bénéficièrent de ses avis. Il connaissait mieux que personne les composantes d'un orgue liturgique bien équilibré. On le voit bien quand Marius défend l'orgue liturgique contre les marchands de gloire de l'orgue électronique Hammond. Celui-ci fait son apparition dans les années quarante et se lance à l'assaut des jubés d'église. Marius Cayouette se révèle alors pédagogue quand il explique les différences fondamentales entre l'orgue à tuyaux et sa contrefaçon, et il a des mots durs pour cet antéchrist du roi des instruments.

«Pareil instrument abolit le répertoire classique et moderne de l'orgue.

...Le musicien qui touche un Hammond se trouve en perpétuelle révolte contre l'esprit de l'orgue et la registration traditionnelle.

...L'orgue est une chose. L'électronique en est une autre. Vouloir remplacer l'une par l'autre équivaudrait à substituer le saxophone aux trompettes romaines, à la chasuble le tuxedo.

...Le Hammond déguisé en orgue est tout à fait digne de prendre place dans cet innombrable cortège de duperie et de maquillage où figurent déjà le faux-roman, le faux-gothique, le faux-marbre, le faux-bois, sans compter les faux-tuyaux de l'harmonium décoré du nom d'harmonium-orgue, et ces fausses musiques ânonnées du jubé de l'orgue...durant les heures saintes.»

Voilà bien le langage d'un homme engagé pour la cause de l'orgue et de la musique liturgique. Marius Cayouette était toujours prêt à prêcher la croisade, à endosser l'armure pour aller pourfendre le Sarrasin. C'est lui qui, avec Charles Lapointe, l'abbé Albert Roy et Robert Talbot, fondait, en 1941, le Bulletin des Musiciens d'église afin d'instruire, d'informer, de stimuler les organistes et maîtres de chapelle en poste et de réfréner les abus sous toutes leurs formes. Il fut tout aussi présent dans la Revue Saint-Grégoire qui remplaça le Bulletin. Cette revue publia de nombreux numéros, et ce jusqu'en 1959.

Organiste distingué, compositeur de qualité, chroniqueur fin et souvent mordant, défenseur d'une musique d'église authentique, esprit original et pétillant, Marius Cayouette demeura quand même dans l'ombre quand il eut pu faire une carrière en plein soleil. Mais il était, par tempérament, un homme modeste, pour qui tout désir d'«arriver» était lettre morte. Lui suffisaient l'amour du métier, la satisfaction du travail bien fait et le sens du devoir accompli. De plus, sa santé précaire ne lui laissait qu'une capacité de travail limitée. Homme réservé même dans l'amitié, il se départit un jour de son quant-à-soi et me dit les paroles suivantes accompagnées d'un regard lointain: «Je n'aurai vraiment vécu qu'une demi-vie».

Marius n'était pas seulement ce musicien remarquable. L'homme lui-même était d'une grande noblesse, habité d'un esprit intuitif et fin qui étincelait sans cesse, et possédé d'un sens de l'image qui ne le quittait jamais. Cet humaniste, amant des beaux livres, avait le verbe châtié, pittoresque et riche. Il savait manier le paradoxe comme pas un et ne s'en faisait pas faute. Jeune, il était souvent bravache dans ses idées, iconoclaste «sur les bords» et faisait volontiers des gloses même au dépens des monstres sacrés de la société du temps. Sa tournure d'esprit était unique et souvent désarmante. Elle laissait l'interlocuteur bouche bée... ou en porte-à-faux. Marius n'aimait pas l'opéra, mais pas du tout parce que, disait-il, ce n'est pas de la musique. «Que pensez-vous alors des opéras de Mozart?» lui dis-je. - «Ca, ce n'est pas de l'opéra, c'est de la musique». Et voilà! Il avait l'épigramme facile et parfois virulent. Parlant d'un musicien qu'il n'estimait pas et qui montait un «fond de tiroir» d'un grand compositeur, Marius dit tout d'un trait: «Monsieur X est un de ces primaires qui s'est érigé en docteur auréolé de médiocrité, qui exhume des cadavres et nous les présente comme des nouveaux-nés».

Marius défendait la musique, l'orgue et la liturgie parce qu'il y croyait. Cet esprit, ce brio ne faisaient pas de lui un être superficiel. Bien au contraire. C'était un homme qui avait mis des valeurs dans sa vie et, avant tout, une foi profonde qui inspirait toutes ses actions. Elle ne se manifesta pas seulement dans son âge avancé où, «privé de ses outils de travail», comme il le dit dans une de ses dernières lettres, et sans aucun contact professionnel, livré à un emphysème qui le faisait beaucoup souffrir, il vivait dans l'espérance et appelait de tous ses voeux «La Terre Promise» pour employer ses propres termes. Avec la désinvolture inconsciente de ses vingt ans, alors que je le connaissais déjà assez bien et que nous éprouvions une sympathie réciproque, je lui avais posé cette question très directe: «N'avez-vous jamais pensé à vous faire bénédictin?». Il me regarda avec un sourire où se mêlaient gentillesse et gravité et me répondit sans hésiter: «Oui, bien sûr». Il se tut un moment puis ajouta: «J'aurais trouvé trop difficile de me faire dire quoi faire... et à quel moment... et j'aime trop jouer de l'orgue quand j'en ai envie, et voir mes amis... Non jamais je n'aurais pu». Marius tenait par-dessus tout à son indépendance. Autant il pouvait être accueillant et disponible à son bureau à l'école, aussi farouchement défendait-il sa Thébaïde si l'on se présentait chez lui, dans son intimité, sans le prévenir.

Tel était le personnage. Attachant jusque dans cette ombrageuse fierté. Autodidacte par tempérament, intuitif jusqu'à ne sentir aucune gêne devant certaines contradictions, parfois emporté dans la défense des choses qu'il considérait comme sacrées, ce vivant maintenant disparu avait, au matin de sa naissance, reçu au front le baiser de la fée - un être unique, inoubliable.