Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 45 - Avril 1987


Éditorial

Chers Amis de l'orgue,

Dans ce numéro, voici d'abord un texte que Michelle Quintal nous fait parvenir relativement à Serge Provost, jeune compositeur dont une oeuvre a été récemment créée. Pour suivre, nous vous faisons part d'un article sur «les chorals de Bach en langue française» du Père Edmond Robillard. J'ai moi-même écrit ce texte pour FideArt et il me semble que tous les musiciens d'église regroupés dans nos rangs auraient intérêt à être informés de cet événement.

Noëlla Genest
Coordinatrice.

Dans ce bulletin:


Serge Provost, organiste, compositeur et professeur
par Michelle Quintal

Le 22 novembre 1986, a eu lieu, à l'église du Précieux-Sang de Repentigny, la création de Salut! Étoile de la mer, oeuvre de Serge Provost pour orgue et ondes Martenot, avec Gisèle Guibord à l'orgue et Jean Laurendeau aux ondes. L'oeuvre commandée par l'organiste Michelle Quintal a été enregistrée par Radio-Canada et diffusée à l'émission «Tribune de l'orgue» le 22 mars 1987. «Cette oeuvre se veut un prolongement, un écho aux Vêpres de la Vierge pour voix soliste, orgue, orchestre et choeur de Gilles Tremblay. «J'ai eu le bonheur d'entendre les Vêpres à l'abbaye de Sylvanis en France et j'ai été profondément touché par la grandeur et la force spirituelle de cette musique», nous confiait Serge Provost.

Né à St. Thimothée de Beauharnois en 1952, Serge Provost a d'abord fréquenté le Conservatoire de musique de Montréal de 1970 à 1979 où ses principaux maîtres ont été Gilles Tremblay pour la composition et l'analyse et Bernard Lagacé pour l'orgue. Il a également suivi les classes d'écriture, d'électro-acoustique, d'orchestration, de piano et de clavecin et remporté de Premier prix de composition en 1979. Pendant un séjour de deux ans en France, Serge Provost a travaillé la composition et l'analyse auprès de Claude Ballif, et remporté le Premieux prix d'analyse au Conservatoire de Paris en 1981. Il a aussi obtenu un Premier prix d'orgue au Conservatoire de Rouen. Depuis son retour au pays, il est professeur d'analyse aux Conservatoires de Hull et de Trois-Rivières.

Serge Provost bénéficie présentement d'une bourse du ministère des Affaires culturelles du Québec dans le cadre d'un programme d'aide à la création. Il est à Paris depuis octobre dernier et travaille avec le metteur en scène Joseph Saint-Gelais et la chanteuse Pauline Vaillancourt à un opéra intitulé Phaedra.

M.Q. Comment avez-vous été amené à choisir l'orgue comme instrument principal?

S.P. Dans ma jeunesse, le piano a été mon instrument de prédilection et l'orgue, qui n'était pour moi à l'époque que l'instrument d'accompagnement du culte, me laissait assez indifférent. Mais un jour, par hasard, je suis allé entendre un récital de Bernard Lagacé à l'orgue de l'église de l'Immaculée-Conception à Montréal. Ce fut un véritable coup de foudre. Tout était réuni: un grand interprète, un grand instrument et la musique de J.S. Bach! Il n'en fallait pas davantage pour me révéler un instrument à la fois poétique et grandiose.

M.Q. Comment se fait-il que vous n'ayez pas encore écrit pour orgue solo?

S.P. Je dois laisser se déposer certaines influences, principalement celle de Messiaen, avant de m'attaquer à la composition de pièces pour orgue. Toutefois, j'ai maintenant un certain nombre d'idées qui, je l'espère, pourront servir à une oeuvre pour orgue.

M.Q. Avez-vous déjà été organiste liturgique?

S.P. J'ai rempli cette fonction pendant plusieurs années, surtout à l'époque de mes études. Je pense que c'est une activité qui peut être très formatrice et donner un certain métier, à condition de pouvoir l'exercer de façon convenable. De toute façon, je crois fermement au rôle de la musique dans le culte. Dans beaucoup de religions, la musique fait corps avec le sacré. Ainsi je crois que les organistes et les autorités ecclésiastiques devraient travailler ensemble.

M.Q. Vous semblez écrire beaucoup sur commande, mais composez-vous aussi à la suite d'émotions provoquées par des événements?

S.P. J'ai écrit en effet plusieurs pièces à la demande d'interprètes, tel le trompettiste Daniel Doyon, les clavecinistes Marinette Extermann et Anne Gallet. Toutefois, il ne m'est jamais arrivé d'écrire une oeuvre à la suite d'une émotion ou d'un événement précis. Je dirais pourtant que chaque émotion, chaque choc positif ou négatif se produisant dans ma vie participe à la création de ma musique dans la mesure où tout cela s'inscrit et se dépose en moi à chaque moment. Je crois qu'il est illusoire et, dans certains cas, morbide de vouloir entretenir ou faire macérer une émotion quelconque croyant la transformer en oeuvre d'art. La pratique de l'art requiert une certaine disponibilité physique, intellectuelle de même qu'affective. Ainsi, les mouvances de la vie nourissent la sensibilité qui elle-même nourrit le créateur et son oeuvre.


Les chorals de J.S. Bach en langue française
par Noëlla Genest

Avec la parution de «Chantons notre Dieu» sur des chorals de Jean-Sébastien Bach du Père Edmond Robillard, la liturgie post-conciliaire s'enrichit d'un solide apport musical.

Depuis l'introduction du français dans les célébrations liturgiques, plusieurs tentatives ont été faites pour renouveler le répertoire musical. L'usage de la langue du peuple associé à la volonté de faire participer l'assemblée ont fait rejeter des oeuvres d'une qualité indéniable.

Par ailleurs, l'on sait que chez les protestants, et en particulier chez les luthériens, le culte liturgique a toujours largement utilisé le choral. Cette forme, par la verticalité de ses harmonies et la carrure de ses phrases est, de tout évidence, celle qui convient le plus adéquatement à une assemblée, tout en permettant le soutien polyphonique d'une chorale. Jean-Sébastien Bach, à la suite de ses prédécesseurs, Scheidt, Lubeck, etc., a écrit plus de trois cent cinquante harmonisations de chorals d'une richesse inouïe que les peuples de culture anglophone et germanique n'ont jamais cessé d'exploiter.

Or, au Québec, vers les années soixante, à l'instigation de musiciens d'ici, le Père Edmond Robillard, dominicain, tente d'adapter aux chorals harmonisés par J.S. Bach les textes français de nos célébrations. Récemment, le liturgiste a complété cette oeuvre gigantesque et le centre Novalis vient d'en faire la publication.

Utilisant approximativement deux cent soixante chorals, le Père Robillard y a «collé» cinq cent quatre-vingts textes. Cette volumineuse «somme» comprend:

  • L'ordinaire de la messe: Kyrie, Gloria, Credo, Prière liturgique, Anamnèse, etc.;
  • Le propre de la messe: chant d'entrée, de méditation, d'acclamation, de communion avec textes adaptés au missel, pour chaque dimanche et les fêtes de l'Immaculée Conception, saint Joseph, saint Dominique, l'Assomption, la Croix Glorieuse;
  • Un rituel funéraire complet;
  • Une messe des funérailles;
  • Un rituel pour les mariages.

À peu d'exceptions près, le parolier a conservé à chaque morceau son cycle liturgique original. Ainsi, les chorals de Noël, Pâques, etc. se retrouvent aux temps qui leur correspondaient initialement. La qualité prosodique peut sembler parfois inégale, cela est sans doute relié au fait que le Père Robillard s'est donné l'objectif d'écrire pour chaque dimanche de l'année liturgique, quatre chants sur le canevas imposé par le missel.

Il faut souhaiter que tous les responsables de la musique liturgique puisent dans ce «Chantons notre Dieu». Le nombre de pièces y étant très volumineux, il sera facile d'opérer un choix selon les possibilités de chaque assemblée. Et, parallèlement, quelle ne sera pas la satisfaction des organistes de jouer les oeuvres écrites sur ces textes! On pense ici aux préludes, variations ou fantaisies de Bach, Walther, Boehm, Pachelbel, Brahms, Reger, Dupré, Peeters, etc.

En qualité d'organiste liturgique et au nom de tous les musiciens d'église, qu'on me permette de remercier et de féliciter ici le Père Robillard pour cette oeuvre merveilleuse. À la maison Novalis, un même merci et une petite suggestion: pourquoi ne pas introduire dans le «Prions en Église» des chorals du Père Robillard avec l'harmonisation complète de J.S. Bach plutôt que la seule voix de soprano avec des accords simplifiés?