Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 49 - Avril 1989


Éditorial

Chers Amis de l'orgue,

Dans ce numéro, Simon Couture nous fait part de ses réactions suite au récital tout Bach qu'a donné Bernard Lagacé, le 4 mars dernier, au grand orgue de l'église des Saints-Martyrs-Canadiens.

Ensuite… de nouvelles orgues à Québec, celles de l'église St-Paul-Apôtre que nous présente Jean Côté; et, Claude Doré nous décrit les orgues restaurées de l'église Notre-Dame-des-Victoires.

Pour terminer ce bulletin, un billet pour souligner la création, par Lucien Poirier, d'une oeuvre pour orgue d'Alain Gagnon lors d'un concert à la cathédrale de Rimouski.

Bonne lecture et à bientôt.

Noëlla Genest
Coordinatrice.

Dans ce bulletin:


Récital Bach par Bernard Lagacé
par Simon Couture

Peu d'interprètes peuvent se permettre de donner un récital d'orgue composé uniquement d'œuvres du grand Bach sans courir le risque de tomber dans la méthode et les manières, ne sachant plus trop quoi faire, après quelques partitions, de toute cette matière contrapuntique frisant parfois l'excès, même la démesure. Il en est de même du public qui, lorsqu'il devient las de ces textures denses et de ces pleins jeux envahissants, en vient à se demander si l'idée de présenter un programme ne comprenant que des œuvres du cantor de Leipzig est une idée vraiment heureuse. On ne répond évidemment pas à cette question dans le court laps de temps qui sépare le prélude de sa fugue. Il faut peut-être même avoir vécu une expérience malheureuse – nous entendons ici un récital Bach fort ennuyeux – pour apprécier à sa juste valeur une expérience heureuse – nous entendons ici un récital Bach fort agréable.

Peu d'organistes ont la capacité de relever ce réel défi d'offrir, à un public parfois sceptique, une soirée où toutes les œuvres inscrites au programme sont signées Johann Sebastian Bach. À ceux qui s'y risquent, il faut une technique solide, une admiration presque invétérée de ce savant langage contrapuntique et, surtout, des idées.

Bernard Lagacé, qui était l'invité des Amis de l'orgue de Québec, le samedi 4 mars dernier, a donné, à l'église des Saints-Martyrs-Canadiens, un récital à la mesure de sa réputation. Dans un programme plutôt consistant, l'organiste montréalais a captivé son public, attentif jusqu'à la fin de la soirée.

Le concert s'est ouvert avec les Six chorals de Schübler où Lagacé a donné le ton au reste du programme en adoptant des tempos plutôt modérés, laissant ainsi à la musique le soin de s'exprimer elle-même. Nous retenons ici Wer nut den Lieben Gott où l'inspiration du musicien traduisait parfaitement la foi profonde du compositeur, ainsi que Meine Seele erhebet den Herrn qui, par la lenteur et le souffle, rappelait le jeu des violes.

L'audition de deux grands préludes et fugue, heureusement séparés par le toujours bénéfique entracte, a suivi. Lagacé a d'abord joué le célèbre Prélude et fugue en mi mineur, BWV 548, avec toute la puissance qui lui convient mais, y avait-il vraiment besoin d'ajouter les jeux d'anches pour rendre tout son caractère à la fugue? Le Prélude et fugue en si mineur, BWV 544, a connu un sort plus heureux. Il respirait la sincérité; le prélude était interprété tout en souplesse tandis que la fugue, d'un tempo sûr, a accompli son crescendo d'une façon bien naturelle.

Les Variations canoniques, BWV 769, est une œuvre peu souvent donnée en concert. Bach l'inscrivit trois ans avant sa mort; il est, à ce moment, au sommet de sa science. Les voix sont traitées, en canon, de façon géniale. Il en résulte donc une composition hautement savante. Lagacé nous en a donné une lecture intelligente où il a usé de registrations originales.

La dernière œuvre inscrite au programme est tout simplement magnifique. Ce

Prélude et fugue en do majeur, BWV 547, est dénué d'austérité et de lourdeurs contrapuntiques. L'organiste invité a rendu, avec brio, le caractère serein de cette pièce. Le discours a progressé sans cesse et aucun appui maniéré n'est venu l'interrompre.

Bernard Lagacé a offert, à son public conquis, un rappel de choix, le dernier choral du recueil de Leipzig, Vor deinen Thron tret ich, BWV 668. Il a montré encore une fois son humilité vis-à-vis l'œuvre de Bach.

Ce concert est probablement l'événement de plus important de la présente saison des Amis de l'orgue de Québec. Le rendez-vous avec Bach a été réussi. Bernard Lagacé a démontré les qualités profondes d'un musicien qui refuse de souscrire à cette mode actuelle qui veut qu'on joue la musique du grand Allemand le plus vite possible. Il a préféré plutôt des tempos modérés qui favorisent une naturelle déclamation du discours. C'est peut-être pour cette raison qu'il réussit à tenir un public attentif du début jusqu'à la fin de l'audition : il évite la performance flamboyante des techniciens sans âme.


Saint-Paul sur le chemin des orgues
par Jean Côté

Depuis quelques années déjà, le vieil instrument électronique donnait des signes de fatigue et, après des années de service, espérait une retraite méritée. Les discussions à ce sujet avaient été entreprises avec les marguilliers mais rien de concret n'avait été fait.

En 1988, les symptômes devinrent alarmants et l'on craignit que l'instrument rendit l'âme à tout instant. Le curé, sensibilisé à ce problème, caressait depuis longtemps le rêve d'un orgue à tuyaux pour son église. Suite à une discussion entre Paul Grimard de la maison Orgues Létourneau Ltée et le maître de chapelle de Saint-Paul-Apôtre, le rêve commença à devenir réalité. Fernand Létourneau avait, à son atelier, un petit orgue Casavant d'une quinzaine de jeux, récupéré d'une église de Montréal; cet orgue était tout à fait convenable pour une paroisse comme Saint-Paul. Messieurs Létourneau et Grimard vinrent donc rencontrer le curé et proposer l'orgue aux autorités paroissiales.

À la suite de cette visite effectuée à la fin de l'hiver 1988, les marguilliers décidèrent de préciser un peu plus cette démarche. En avril de la même année, le curé et le maître de chapelle rendirent visite à monsieur Létourneau, à son atelier de St-Hyacinthe, dans le but d'y voir et d'y entendre l'orgue tant convoité. Paul Vigeant, organiste bien connu de la région mascoutaine, accompagnait les visiteurs et procéda à une expertise sommaire de l'instrument tout en donnant de précieux conseils sur les modifications à apporter à la composition sonore de l'instrument. L'enthousiasme était fort et le désir grandissant dans les cœurs, mais rien n'était encore gagné. De retour à Québec, l'on parla de ce projet à Antoine Bouchard qui en fut vivement intéressé.

À l'invitation du curé Trudel, l'abbé Bouchard vint rencontrer les marguilliers et leur présenter un plaidoyer, pour ne pas dire un réquisitoire, en faveur de l'orgue à tuyaux. Les résultats ne furent pas bien longs à se faire connaître et les termes furent ratifiés dans les semaines qui suivirent. Le comité d'art sacré vint visiter l'église et faire ses recommandations sur le sujet; l'on parvint à s'entendre pour que l'orgue soit installé au jubé, l'endroit où il sonnerait le plus convenablement.

L'installation débuta le 22 juin 1988 et l'orgue résonna, officieusement, le matin du 14 août à la grand-messe de l'Assomption. Les autorités, pressées d'officialiser l'arrivée de l'orgue, fixèrent l'inauguration et la bénédiction au 12 novembre 1988.

Le nom de Louise Fortin-Bouchard fut retenu comme soliste invitée; madame Bouchard accepta avec joie et empressement l'offre qui lui était faite. Initiative heureuse, l'on réunit les chorales de St-Étienne-de-Lauzon, où Louise Fortin est organiste, et St-Paul-Apôtre; cette association permit, entre autres, de chanter le Psaume 150 de César Franck. Après de nombreuses heures de répétition et de discussions, nous arrivâmes au soir du 12 novembre dans l'attente fébrile du moment tant espéré. Tant de gens l'avaient préparé ce moment, les marguilliers, les comités paroissiaux, les chorales, qu'il était évident que ce serait un succès. Le clergé paroissial s'avança dans la nef vers la tribune, le curé récita les paroles du rituel puis aspergea et encensa l'orgue qui devenait ainsi officiellement réalité pour la grande joie des paroissiens.

Près de 500 personnes assistèrent au concert d'inauguration et toutes furent unanimes pour louer l'initiative du curé Trudel et de son équipe paroissiale. Un grand merci aux Amis de l'orgue de Québec qui ont gracieusement contribué à la publicité de ce concert. Un orgue de plus à Québec c'est une semence d'espoir pour l'avenir des organistes et, avec Gilles Vigneault, nous pouvons dire : « J'ai planté un chêne au bout de mon champ ».


Création d'une oeuvre pour orgue d'Alain Gagnon
par Noëlla Genest

Le 12 mars 1989, à l'occasion d'un concert public présenté à la cathédrale de Rimouski par les Amis de l'orgue de Rimouski et enregistré par Radio-Canada, l'organiste Lucien Poirier a donné, en première audition, Les Miroirs de l'ombre du compositeur québécois Alain Gagnon, son opus 35.

Écrits entre juin 1983 et décembre 1988, Les Miroirs de l'ombre comptent quatre parties, ainsi nommées : Éclosion – Miroir en cage – Murmures du silence – Reflets dans la nuit.

« Miroir » de l'univers intérieur du compositeur, l'œuvre incite à la communication de visions et d'émotions que des expériences comme le rêve ou le déchirement provoqué par la mort d'un ami cher ont laissées dans l'âme du musicien et qu'il a traduites en musique.

La durée totale est d'environ 19 minutes 30.

Le Conseil des Arts du Canada a subventionné la composition de l'œuvre de M. Alain Gagnon.


La restauration de l'orgue de
Notre-Dame-des-Victoires

par Claude Doré

Dans l'église historique de Notre-Dame-des-Victoires, on retrouvait un orgue de type tubulaire installé en 1918 par Casavant Frères. L'instrument, de taille modeste avec ses 11 jeux, était, jusqu'à l'année 1988, en très mauvais état. C'est pourquoi, l'année dernière, la fabrique a entrepris une restauration majeure de l'orgue. Les facteurs Guilbault-Thérien ont effectué un travail remarquable, redonnant ainsi un caractère brillant et éclatant aux différents jeux. On compte maintenant un total de 13 jeux; une mixture au grand-orgue et une flûte de 4' à la pédale ont été ajoutées. De plus, les facteurs ont effectué la réharmonisation complète de tous les autres jeux et l'électrification du système de traction. En conclusion, Notre-Dame-des-Victoires possède aujourd'hui un bel instrument, de petite taille, mais riche en sonorités.

Devis comparés de l'orgue
1918

1988
Grand-Orgue

Grand-Orgue
Montre8
Montre8
Mélodie8
Bourdon8
Dulciane8
Prestant4
Prestant4
Doublette2



MixtureIII





Récit (expressif)

Récit (expressif)
Bourdon8
Bourdon8
Salicional8
Flûte8
Flûte4
Flûte2
Nazard2 2/3
CornetIII
Hautbois8
Hautbois8





Pédale

Pédale
Bourdon16
Bourdon16
Bourdon8
Bourdon8



Flûte4


Paspébiac
par Michelle Quintal

Entre l'église Saint-Charles de Caplan où il y a un orgue Casavant 1905 (opus 234), à traction mécanique de 11 jeux répartis sur 2 claviers et pédalier, et la chapelle des Hospitalières de Saint-Augustin de Gaspé où il y a aussi un instrument à traction mécanique de 11 jeux mais construit en 1961, se trouve l'église de Notre-Dame de Paspébiac, dans la Baie-des-Chaleurs, où Casavant a installé, en 1987, un orgue électro-pneumatique de 33 jeux répartis sur 3 claviers et pédalier. Des pleins-jeux à chacun des claviers, un grand cornet au grand-orgue, une sesquialtera au positif et au récit, une tierce auxquels viennent s'ajouter un jeu ondulant, des anches de 16 et de 8 pieds en boîte expressive, ces timbres et leurs mélanges permettent à l'instrumentiste de jouer tout le répertoire.

Chez Casavant, Jacquelin Rochette a été responsable de la composition sonore, Gérald Archambault et Alain Gagnon de l'harmonisation, Jean-Claude Gauthier de l'architecture et Jean-Louis Coignet a été le directeur tonal.

Inauguré le 20 juin 1987 par Cécile Aspirot-Bourque, organiste du lieu depuis 1971, et Jacquelin Rochette, cet instrument de 2,396 tuyaux a coûté 230 000$. Depuis, l'abbé Antoine Bouchard, conseiller pour cet orgue, Antoine Reboulot, Jacquelin Rochette et Sylvain Doyon y ont donné des concerts solo ou des concerts avec participation des trompettistes Rémi Bouchard et Louis Larouche, du soprano Michèle Fountaine et du ténor Guy Bélanger.

Incidemment, au concert de novembre 1988, il y avait 500 personnes. Rappelons que cet orgue, situé sur le côté droit avant de l'église, permet au public de voir jouer les concertistes.

On aura sûrement le plaisir d'entendre, un jour, cet instrument sur les ondes de Radio-Canada de même qu'on a entendu ceux de Gaspé et de Caplan.


Informations diverses

Nominations

  • Marie-Hélène Bastien, à Sainte-Ursule, depuis janvier 1989.
  • Simon Couture, à Saint-Louis-de-France, depuis septembre 1988.
  • Francis Gagnon, à Chalmers-Wesley, depuis juin 1987.
  • Serge Laliberté, à Saint-Denys-du-Plateau, depuis septembre 1987.
  • Claude Lemieux, à Sainte-Odile, depuis septembre 1988.

Mention honorable

  • Marc D'Anjou, co-titulaire à l'église Saint-Jean-Baptiste de Québec, s'est vu accorder une mention honorable par la Fondation commémorative sir Ernest MacMillan, lors du concours pour le Prix des jeunes musiciens. Le jury était composé des organistes Mireille Lagacé (Montréal), Paul Murray (Halifax) et William Wright (Toronto).