Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 51 - Mars 1990


Éditorial

Chers Amis de l'orgue,

Dans ce bulletin, Mathieu Blain, organiste titulaire à l'église St-Mathieu de Ste-Foy, nous présente le nouvel instrument installé dans cette église.

Ensuite, l'abbé Antoine Bouchard nous fait part de ses réflexions concernant l'utilisation d'un instrument électronique en remplacement d'un orgue dans un cadre liturgique.

Par la suite, la relation FQAO et FFAO est expliquée.

Finalement, Michelle Quintal, notre fidèle collaboratrice, attire notre attention sur les événements organistiques de la région Mauricie-Bois-Francs et sur notre collègue Denis Bédard, compositeur et interprète.

Noëlla Genest
Coordinatrice.

Dans ce bulletin:


L'orgue de St-Mathieu, Ste-Foy
Concert d'inauguration le 31 mars 1990

par Mathieu Blain

Au printemps 1989, la Fabrique de St-Mathieu a fait l'acquisition de l'orgue Casavant qui sonnait dans l'église St-Vincent-de-Paul de Québec depuis 1955.

Les travaux de déménagement et de restauration furent confiés à la maison Létourneau. Originairement, cet instrument électro-pneumatique, d'esthétique romantique, comportait 31 jeux et 33 rangs disposés sur 3 claviers et pédalier, le buffet étant divisé en deux parties.

Aujourd'hui, suite à une totale réharmonisation et un buffet unifié magnifiquement dessiné par Denis Campbell, cet instrument présente une physionomie et une sonorité complètement renouvelées. Maintenant de style néo-classique, l'orgue est composé des trois familles de jeux répartis sur 3 claviers dont un récit expressif. Étant ainsi apte à l'exécution du répertoire des différentes époque de l'histoire musicale, l'instrument de St-Mathieu pourrait devenir un pôle majeur de la région.

Le concert d'inauguration de ce nouvel orgue aura lieu le 31 mars 1990 avec l'organiste invité Richard Paré, titulaire de l'orgue de l'église des Saints-Martyrs-Canadiens. Mathieu Blain, titulaire, participera à ce concert sous le parrainage des Chevaliers de Colomb de Ste-Foy qui ont brillamment orchestré la campagne de financement de l'instrument.

Tous les Amis de l'orgue sont donc invités à venir découvrir l'un des beaux instruments de la région de Québec dont voici la composition :

Grand-Orgue


Montre8
Réharmonisation classique; dents enlevées
Flûte à cheminée8
De la Flûte creuse, bouchons neufs
Prestant4
Réharmonisation classique; dents enlevées
Doublette2
Réharmonisation classique; dents enlevées
Fourniture 1 1/3IV
Jeu neuf
Trompette8
1-19: tuyaux neufs; 20-68: de la Trompette du Récit





Récit

Jeux réharmonisés et balancés
Bourdon16

Principal conique8

Cor de nuit8

Viole de gambe8

Voix céleste8

Principal4

Flûte d'amour4

Quinte2 2/3

Octavin2

Tierce1 3/5

Hautbois français8
Jeu neuf
Douçaine16






Positif


Bourdon8
De la Flûte à cheminée avec bouchons neufs
Cor de chamois4
Du Gemshorn 4
Flageolet2
De la Dulciane du Positif
Cornet 2 2/3 + 1 3/5II
De la Mixture du Grand-Orgue
Cymbale 1III
Jeu neuf
Cromorne8
De la Clarinette, anches ouvertes et languettes neuves
Tremblant







Pédale

Jeux réharmonisés et balancés
Contrebasse16

Bourdon16

Bourdon doux16

Principal8

Bourdon8

Basse de choral4

Trompette16

L'instrument électronique peut-il remplacer
l'orgue dans la liturgie?

par Antoine Bouchard

Depuis ses débuts, en 1966, le Bulletin des Amis de l'orgue de Québec fait mention fréquemment de nouvelles ayant trait aux orgues de nos églises, qu'il s'agisse d'instruments neufs ou de rénovations importantes. Dans les dernières années, il s'est passé tant d'événements heureux en ce domaine que nous avons pris du retard à vous en faire part, retard que nous espérons rattraper dès que possible.

Pour l'instant, permettez-moi d'abord d'exprimer ce que je crois une joie commune aux organistes à constater que dans les faits, la plus grande part de nos paroisses donnent la preuve qu'elles «estiment hautement l'orgue à tuyaux comme l'instrument traditionnel dont le son peut ajouter un éclat admirable aux cérémonies de l'Église et élever puissamment les âmes vers Dieu et le ciel.» (Const. Conc. Vatican II sur la Liturgie)

Il est cependant quelques églises qui, au lieu d'un orgue, ne disposent que d'un instrument électronique. Sans vouloir mettre en cause la bonne volonté qui a pu animer ceux qui ont décidé de l'acquisition d'un tel appareil, je voudrais expliquer ici quelques-unes des raisons pour lesquelles je pense, avec beaucoup d'organistes, que l'instrument électronique n'est acceptable que comme solution momentanée ou temporaire, parce qu'il se prête beaucoup moins bien que l'orgue aux fins de la liturgie.

L'orgue intervient dans la liturgie pour soutenir le chant des fidèles et de la chorale, et pour souligner et prolonger en musique le climat de l'action liturgique. Pour ces deux fonctions, les instruments électroniques, même ceux qui sont jumelés à une certaine tuyauterie, sont encore affligés de deux défauts très graves, l'un par rapport à l'attaque des sons, l'autre par rapport à leur timbre.

L'attaque (comme aussi l'interruption) de chacun des sons est capitale pour ce qui a trait à la netteté d'élocution des éléments de la phrase musicale. L'attaque doit être assez fine et précise pour pouvoir articuler un élan/repos et en fort/faible les notes et groupement de mots qui forment la phrase. Cette articulation est essentielle aux musiques écrites avant 1850 et elle constitue un élément capital de la formation qu'on donne aux organistes depuis vingt ans.

L'Orgue, surtout s'il est à traction mécanique, se prête à la variété d'attaques différentes requises pour jouer Bach ou Couperin de façon vivante, nette et expressive. L'instrument électronique, hélas!, avec son attaque uniforme, ne permet pas ces finesses requises pour l'énoncé naturel des éléments de base du discours musical. Bien sûr, cet appareil permet un certain phrasé mais sa faiblesse au niveau de l'articulation, altère la vivacité du message. Pour mieux expliciter cette remarque, permettez-moi une comparaison. L'attaque du son à l'instrument, c'est un peu comme la consonne du langage parlé. La variété d'attaques, c'est la variété des consonnes. Dans Bee-tho-ven, il y a B, T et V. Si on a un seul type d'attaque, on se retrouve avec une seule consonne, ce qui donnerait, par exemple, Bee-bho-ben ou Tee-tho-ten. Pour tout dire, la monotonie implacable de l'attaque électronique ne permet pas d'établir entre les sons les contrastes naturels qui, à l'image des inflexions de la voix humaine, construisent le discours musical.

Venons-en maintenant aux timbres. La composition sonore de certains appareils électroniques affiche souvent une palette impressionnante : vingt, trente ou quarante jeux baptisés à l'instar de ceux des orgues. Certaines imitations sont assez réussies. Malheureusement, les plus rétifs à l'illusion demeurent les sons de Principaux, qui sont pourtant les plus spécifiques de l'orgue et les plus nécessaires pour l'accompagnement de l'assemblée et le répertoire soliste.

L'écueil le plus grave en matière de timbre demeure l'infirmité de l'amplification. En effet, pour peu qu'on « pousse » ces timbres, leur caractère se déforme et comme l'amplification a aussi le triste effet d'accentuer la dureté de l'attaque, on aboutit facilement à la parodie monstrueuse des timbres que l'on voulait reproduire. Est-il besoin de dire que poussé à ce niveau, le timbre se « métallise » de façon offensante pour l'oreille et le cœur.

En résumé et sans être puriste, il est facile de conclure que l'instrument électronique est loin de ressembler à l'orgue. Cela n'est d'ailleurs pas, à mes yeux, un vice, surtout si on ne s'avise pas de nommer orgue cette tentative d'imitation. Mais, et cela est beaucoup plus grave, cet instrument de musique est déficient à cause de son mécanisme d'attaque des sons et parce que ses timbres peuvent devenir vilains sous l'effet de l'amplification.

Ces déficiences entraînent un manque de clarté, mélodique et rythmique, qui nuit au soutien dont a besoin le chant de l'assemblée. Pour la même raison, l'interprétation du répertoire ne peut s'y faire vraiment bien : ce qui est frustrant pour tous ceux qui s'en rendent compte et notamment pour l'interprète. Par ailleurs, cet appareil est impropre à former un bon toucher d'organiste. N'est-il pas incongru que le jeune organiste de la paroisse, pour apprendre son métier, doive s'exercer ailleurs? On objectera peut-être que plusieurs bons organistes ont chez-eux un instrument électronique. C'est vrai. On comprend qu'un professionnel doivent travailler chez-lui, même avec un instrument imparfait. Cela coûte cher et prend de la place, un orgue. On doit se débrouiller comme on peut et pour quelqu'un de formé, à part l'ennui, il n'y a pas de risque à travailler sur un appareil électronique.

Il faut signaler encore que les défauts de l'instrument électronique n'attirent pas facilement les organistes qui ont reçu une formation professionnelle, d'où la difficulté de certaines paroisses à se trouver un organiste. Tant mieux si vous trouvez quelqu'un qui accepte de se marcher sur le cœur par générosité… Trouverait-on normal de demander, par exemple, à Monsieur le Curé de prêcher chaque dimanche dans une amplification sonore qui trahit les inflexions de son discours jusqu'à le rendre inaudible ou même caricatural?

Ces instruments n'ont-ils donc aucune valeur? Ce n'est pas mon opinion. Un musicien de goût peut dissimuler certaines des insuffisances propres à l'instrument en choisissant sévèrement son répertoire et en s'en tenant à une musique douce. Pour réussir cela, il faut être très fort et expérimenté.

Je ne vois pas pour autant comment, à long terme, on asservirait la liturgie d'une paroisse aux faiblesses congénitales d'un instrument inapproprié à nos musiques liturgiques.


Affiliation FQAO / FFAO
par Noëlla Genest

Notre Association est, comme vous le savez, affiliée à la FFAO (Fédération Francophone des Amis de l'orgue). En votre qualité de membre adhérent de notre Société des Amis de l'orgue de Québec, vous pouvez devenir directement Membre Individuel de la FFAO en payant directement au CCP Paris 2 656 61 T la somme réduite de 150 Fr, en échange de quoi vous recevrez la revue semestrielle « L'orgue francophone » où vous pourrez lire des nouvelles de quelque cent associations françaises, suisses romandes, québécoises, luxembourgeoises et wallonnes qui sont, comme nous, fédérées dans la FFAO, et des articles de fond sur l'orgue, son histoire, ses nouveautés, sa littérature, une revue des revues, des parutions (musique, disques, CP, catalogues) : un excellent outil pour élargir votre horizon organologique. Votre cotisation à la FFAO vous donnera également droit à recevoir gratuitement le livret des orgues du Congrès de la FFAO, avec en plus une réduction de quelque 400 Fr sur le prix du congrès.

De notre côté, du fait de notre adhésion à la FFAO, nous profitons, en tant qu'association, de tous les avantages que la FFAO offre à ses association fédérées : elle leur ouvre ses colonne de « L'orgue francophone », leur donne accès au protocole d'accord FFAO/SACEM sur les droits dus pour toute musique protégée jouée en concert; sans oublier le climat vécu dans la FFAO où l'on veut vivre notre amour de l'orgue dans l'ouverture et le respect mutuel, et œuvrer au développement de la connaissance de l'orgue, en défendant sa cause et sa dignité.

Les deux prochains congrès de la FFAO auront lieu : en 1990, du 9 au 13 juillet, en Haute-Alsace depuis Colmar, avec un symposium, le 14 juillet, à Rouffach, sur l'École Alsacienne de Réforme de l'Orgue inspirée par Émile Rupp et Albert Schweitzer et son influence jusqu'à nos jours : édition et interprétation des œuvres pour orgue de J.S. Bach, facture de l'orgue. Et en 1991, au Québec, du 11 au 18 juillet, depuis Montréal et Québec.

Nous vous reparlerons, plus tard, de cet événement marquant, mais déjà, on aura intérêt à réserver ses disponibilités pour cette importante semaine.


Concerte d'été à Drummondville
par Michelle Quintal

À l'occasion du Festival mondial de folklore de Drummondville, monsieur Gilles Fortin, conseiller en musique du Cegep de cette ville, organise, depuis 1986, des concerts d'orgue. Ces concerts d'été ont lieu à l'heure du midi et ce, pendant cinq jours consécutifs en l'église St-Frédéric. Cette église possède un instrument électro-pneumatique de 67 jeux répartis sur quatre claviers et pédalier. Vingt organistes originaires de Cap-de-la-Madeleine, Drummondville, Montréal, Québec, Rimouski, St-Hyacinthe, Trois-Rivières, etc. y ont improvisé sur des airs folkloriques de différents pays (noblesse oblige), et y ont interprété des œuvres du répertoire dont certaines étaient construites à partir de mélodies populaires : Josée April, Gaston Arel, Suzanne Bellemare, Jacques Boucher, Claude Beaudoin, Sylvain Caron, Jean Côté, Marc D'Anjou, Francis Gagnon, Pierre Grandmaison, Lucienne L'Heureux-Arel, Jean LeBuis, Rachel Laurin, France et Hélène Panneton, Jean-Guy Proulx, Gilles Rioux, Antoine Reboulot, Catherine Todorowsky et Paul Vigeant.

Des œuvres de musique canadienne figuraient aussi au programme de ces concerts : Bengt Hambreus, Jeanne Landry, Gilles Fortin (arrangement), Rachel Laurin, Jean LeBuis, A. Paducci (Sr Solange Lefebvre s.s.n.j.m.), J.A. Thompson et Samuel Warren.

Y aura-t-il une 5e saison d'orgue à l'intérieur de ce festival? Il serait regrettable que cette belle initiative n'ait pas de suite alors qu'on comptait quelquefois 500 personnes à ces concerts.


Noëlla Genest
par Michelle Quintal

Après avoir été, pendant 24 ans, organiste titulaire à la Basilique Notre-Dame-du-Cap à Cap-de-la-Madeleine, Noëlla Genest a mis un terme à son contrat de travail à la fin de l'année 1988. Rappelons que Noëlla Genest a été co-fondatrice de Pro Organo-Mauricie et que c'est à son instigation que les Pères Oblats, gardiens du sanctuaire, organisent, depuis 1969, une série de récitals d'orgue durant les mois de juillet et d'août. Elle a donné seule tous les récitals de 1969 à 1972 mais, depuis, d'autres organistes ont été invités à se produire. Professeure d'orgue au Conservatoire de musique de Trois-Rivières de 1974 à 1980, elle a enseigné entre autres, à Pierre-Michel Bédard, Claude Beaudoin, Jacques Lacombe et Raymond Perrin.

Le 1er février 1989, Gilles Rioux, originaire de Saint-Louis-du-Ha!-Ha!, ancien élève de Pauline Charron s.s.r., 1er prix du Conservatoire de musique de Montréal en 1988 dans la classe de Gaston Arel, a été nommé organiste titulaire de la Basilique Notre-Dame-du-Cap.


Denis Bédard
par Michelle Quintal

Le 1er septembre 1988, à la Basilique Ste-Anne-de-Beaupré, Marc D'Anjou a joué Variations pour orgue sur le choral « Freu dich sehr, o meine Seele » de Denis Bédard. Cette œuvre, écrite en 1986 (d'une durée de 10'30) a été créée le 10 mars 1987 par le compositeur lui-même à la Cathédrale de Chicoutimi lors d'un concert organisé par les Amis de l'orgue du Saguenay-Lac-St-Jean. Elle a été entendue sur les ondes de Radio-Canada le 5 mars 1989 alors que Denis Bédard la jouait à l'Oratoire St-Joseph pour Les Concerts spirituels. Richard Paré l'a aussi interprétée à l'église des Saints-Martyrs-Canadiens pour les Amis de l'orgue de Québec le 20 novembre 1988.

Mentionnons également qu'une Sonate pour orgue et trompette de ce jeune compositeur a été jouée à ce concert par Richard Paré et le trompettiste Louis Larouche à qui cette œuvre est dédiée. Ce trompettiste l'a créée, le 27 mars 1988, à la Basilique Ste-Anne-de-Beaupré à l'occasion de l'inauguration de l'orgue restauré. Sylvain Doyon était à l'orgue.

Denis Bédard nous apprend « que ces deux œuvres (Variations et Sonate) seront réunies sur un disque compact qu'enregistreront, au cours du printemps 1990, Louis Larouche et Sylvain Doyon en l'église St-Jean-Baptiste de Québec. Ce disque, consacré à des œuvres canadiennes, comprendra aussi des compositions de Michael Baker, Raymond Daveluy, Léon Destroismaisons et Henri Gagnon. »