Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 52 - Avril 1990


Éditorial

Chers Amis de l'orgue,

Dans ce bulletin, Denis Pouliot nous fait part du plus important concours d'orgue du monde francophone qui se tiendra à Québec en 1992.

Ensuite, Jacques L'Italien nous présente l'orgue transformé et rajeuni de l'église St-Patrick à Québec.

Finalement, une rétrospective sur l'interprétation et la création de musique canadienne en Mauricie-Bois-Francs au cours des dernières années nous est offerte par notre fidèle collaboratrice, Michelle Quintal.

Noëlla Genest
Coordinatrice.

Dans ce bulletin:


Le plus important concours d'orgue du monde francophone
se tiendra à Québec en 1992

par Denis Pouliot

Tous les amis de l'orgue du Québec ont applaudi avec enthousiasme, en novembre dernier, à l'annonce de l'établissement de la Fondation Claude Lavoie. Au cours de la conférence de presse convoquée pour l'occasion, Claude Lavoie annonçait également le lancement du concours d'orgue qui porte son nom et divulguait les programmes musicaux qui ont été arrêtés pour la première édition de cet événement, en 1992.

Par une heureuse coïncidence, cette date marquera aussi le cinquantième anniversaire du Prix d'Europe remporté par Claude Lavoie. Relatant cette expérience déterminante dans sa carrière, il explique le rôle qu'elle a aussi joué dans la réalisation de son projet de fondation. «J'avais compris alors l'importance des grands concours de musique qui, du jour au lendemain, peuvent propulser dans la carrière de jeunes artistes au talent prometteur et leur ouvrir toutes grandes les portes du succès et de la renommée.» La Fondation Claude Lavoie se veut un instrument de la promotion de l'orgue et des interprètes de la musique d'orgue. Fidèle à l'esprit de son fondateur, son premier objectif sera de favoriser la formation d'artistes de grand talent en leur donnant la chance de lancer leur carrière vers les plus hauts sommets.

Le Concours, ouvert aux candidats québécois de 30 ans ou moins, s'adresse aux organistes qui ont déjà poursuivi des études avancées et qui envisagent une carrière de musiciens de concert ou qui se destinent à l'enseignement supérieur. Voulant assurer la qualité exceptionnelle des candidatures recherchées et garantir une préparation professionnelle des concurrents, les organisateurs ont choisi de tenir l'événement sur une base triennale et de faire connaître immédiatement les programmes musicaux des différentes épreuves du Concours de 1992.

Les organistes désirant se qualifier pour participer à l'épreuve finale soumettront un enregistrement sur lequel ils devront jouer le Final de la troisième symphonie de Vierne, seule pièce imposée, et quatre autres sélections. Ils auront alors le choix entre deux pièces indiquées par le comité artistique du Concours : une de Peraza ou de Cabanilles; un de deux chorals de Bach; une de deux œuvres plus longues du même compositeur; une pièce québécoise de Raymond Daveluy ou de Bruce Mather.

La dernière épreuve, à laquelle participeront cinq finalistes, aura lieu en public. Elle comprendra une œuvre au choix du candidat. Dans le cas des cinq autres sélections, il pourra interpréter l'une des deux œuvres choisies par le comité : un Sweelinck ou un de Grigny; la cinquième ou la sixième Sonate en trio, et l'un des deux grands diptyques de Bach; une œuvre de Messiaen, Transports de joie ou Dieu parmi nous; et une de deux œuvres de Jean Langlais.

Le programme est exigeant et se veut tel pour refléter le niveau de la compétition. On peut se procurer le programme détaillé officiel et les renseignements supplémentaires en faisant la demande auprès de la Fondation.

Le fonds initial de la Fondation, constitué par la généreuse donation de son fondateur, générera des revenus qui permettront de verser des prix dont la valeur fera incontestablement du Concours d'orgue Claude Lavoie, le plus important de tout le monde francophone. Le grand gagnant du Concours recevra une bourse de 15 000$ et sera invité à donner un récital sur les ondes de Radio-Canada. Le second prix est doté d'une bourse de 7 500$.

L'épreuve finale du premier concours se tiendra à Québec, en l'église des Saints-Martyrs-Canadiens, le 18 juin 1992. L'instrument qui y est installé, bien connu des mélomanes, fut construit par Casavant Frères selon un devis de Claude Lavoie qui en fit l'inauguration en 1960. Cet orgue constitue l'une de nos richesses patrimoniales. Par sa facture néo-classique, il fut, en effet, le premier grand instrument du renouveau esthétique de l'orgue au Québec. Il est composé de 69 jeux.

En instituant ce Concours, Claude Lavoie choisit de couronner de façon exemplaire l'œuvre de sa vie, axée toute entière sur le rayonnement de l'orgue. Comme organiste de concert et organiste liturgique, il a influencé son époque, tout autant que comme pédagogue. Sa contribution à la musique et son humanisme lui valurent d'ailleurs, cette année, de recevoir des mains du premier ministre, l'insigne de Chevalier de l'Ordre national du Québec. Assurant le prolongement de sa carrière remarquable, ce grand musicien fait la démonstration de son idéal d'excellence artistique et de sa générosité en laissant aux générations futures un héritage culturel d'envergure.


L'orgue de St-Patrick de Québec
par Jacques L'Italien

Ceux qui se souviennent de l'orgue autrefois installé dans la crypte de l'église St-Patrick, aujourd'hui démolie, ne cachent pas leur étonnement de voir à quel point celui-ci a été transformé et rajeuni. Maintenant déplacé au fond du chœur de la nouvelle église, sa façade redessinée compose, avec le grand Christ sculpté de Benoît Deschênes, un ensemble calme et noble.

Doté de 10 jeux en 1915, l'instrument en compte désormais 18. Le nouveau devis fut élaboré dans la perspective d'un maximum de registrations possibles, compte tenu des limitations d'espace et de budget. Chaque clavier se voit nanti d'un plein-jeu et d'anches bien caractéristiques. En plus du Oboe du Swell, la présence au même clavier d'un Krumhorn en augmente la polyvalence.

La somme de travail qu'il a fallu investir au niveau technique est impressionnante. Démontage, nettoyage et recuirage complets, électrification, modification des charpentes, agrandissement des sommiers et de la boîte expressive, adjonction d'un réservoir distinct pour le Swell et d'un moteur d'expression, installation d'une soufflerie neuve et fabrication de 2 sommiers neufs pour étoffer la Pédale.

Quant à la console, autrefois intégrée au buffet, il a fallu en compléter l'enveloppe pour permettre de l'installer dans la nef. Elle fut de plus élargie pour loger les tirants supplémentaires, dotée d'un pédalier concave correctement aligné en remplacement de l'ancien pédalier plat et pourvue d'un système de combinaisons électroniques à 2 niveaux de mémoire.

Enfin, l'harmonie générale a été complètement revue, ce qui a nécessité la réévaluation de chaque tuyau. Il a fallu enlever les «dents» des biseaux, corriger les tailles et les progressions de plusieurs jeux et même baisser un grand nombre de bouches, y compris celles des 12 tuyaux parlants de la façade.

Il est par ailleurs un peu navrant de constater que l'abondance de matériaux absorbants utilisés dans la finition intérieure de l'église ne nous prive quelque peu d'une part du raffinement des timbres de cet orgue auxquels tant de soins furent accordés par la firme Orgues Marcel Bertrand Inc.

Devis comparés
1915

1989
Grand-Orgue

Grand-Orgue
Open diapason8
Open diapason8
Stopped diapason8
Stopped diapason8
Dulciana8
Principal4
Principal4
Fifteenth2



1Mixture 1 1/3'IV



1Trumpet8





Grand-Orgue

Grand-Orgue
Melodia8
Chimney Flute8
Viola di gamba8
Gemshorn4
Voix céleste8
Twelfth2 2/3
Harmonic Flute4
Flageolet2
Oboe8
Seventeenth1 3/5
Tremolo

1Cymbal 2/3'III



1,2Oboe-Bassoon8



1,2Krumhorn8



Tremulant





Pedal



Bourdon16
Bourdon16



Open diapason8



Octave4



1Bassoon16

1: Jeux neufs
2: (1/12)


1988-1989
Musique canadienne en Mauricie-Bois-Francs:
Interprétation et création

par Michelle Quintal

Introduction

    En 1988 et 1989, plusieurs créations musicales ont vu le jour dans la région Mauricie-Bois-Francs et ailleurs : œuvres de Gilles Bellemare, Denis Bédard, Pierre-Michel Bédard, Hélène Caya, Raymond Daveluy, Gilles Desrochers, Stewart Grant, Jacques Hétu, Jacques Lacombe, Raymond Perrin, Gilles Rioux, Claude Sheridan et Claude Thompson. La musique canadienne a aussi été à l'honneur : des œuvres de Pierre-Michel Bédard, Jean LeBuis, Barrie Cabena, Jean Chatillon, Lucien et Raymond Daveluy, Jacques Hétu, Tallivaldis Kennis, Jeanne Landry, Rachel Laurin, Bernard Piché, Claude et J.A. Thompson ont été jouées. Je ne parlerai, dans cet article, que des œuvres d'orgue et des œuvres religieuses des musiciens nés ou ayant travaillé dans la région 04 (Mauricie-Bois-Francs), région qui s'étend de La Tuque à Drummondville et Victoriaville.

Le 9 février 1988, Pierre-Michel Bédard, compositeur et organiste établi à Paris, ancien critique du journal Le Nouvelliste et ancien élève de Bernard Piché et de Noëlla Genest au Conservatoire de musique de Trois-Rivières, a joué son Tryptique (Prélude-Duo-Adagio, écrit en 1987) à l'église de l'Immaculée-Conception de Montréal. Mentionnons que Pierre-Michel Bédard a découvert les manuscrits de Vitré dont une première partie sera éditée à Paris chez Heugel dans la collection Le Pupître. À l'automne 1989, Pierre-Michel Bédard a été nommé chef de chœur à l'église Sainte-Clothilde à Paris.

Le 15 avril 1988, à l'émission «Les Grands Concerts» de Radio-Canada, Pater, Ave et Gloria, trois motets pour chœur a cappella de l'abbé Claude Thompson (l'Ave et le Gloria étaient des créations) ont été entendus de même qu'il y a eu création de l'hymne À toi Dieu de Raymond Perrin. Ces œuvres étaient exécutées respectivement par les Petits Chanteurs de Trois-Rivières sous la direction de l'abbé Claude Thompson et la Maîtrise Notre-Dame-du-Cap que dirige Raymond Perrin. Ce concert était diffusé de l'église Saint-Jean-Baptiste de Montréal.

Le 7 mai 1988, des œuvres de J.A. Thompson et de Raymond Daveluy ont été jouées au Séminaire St-Joseph de Trois-Rivières par les organistes Gaston Arel et Raymond Perrin. Ce dernier, avec le trompettiste André Godbout, a créé un divertissement Tromporgue du compositeur Gilles Desrochers, né à Trois-Rivières et professeur suppléant à la classe d'orgue du Conservatoire régional national de Toulouse. Cette œuvre commandée par la musicologue Louise Cloutier a été entendue sur les ondes de Radio-Canada à l'occasion d'une émission spéciale consacrée à la région Mauricie-Bois-Francs, lors du colloque de l'ARMuQ.

Le 12 mai 1988, pour «Pro Organo Mauricie» et «Plateforme» à l'église Ste-Victoire de Victoriaville, Rachel Laurin a joué Prélude et Fugue en mi bémol de Raymond Daveluy et quelques œuvres et transcriptions de Lucien Daveluy. Rappelons que Lucien Daveluy, père de Raymond Daveluy, fut organiste à l'église Ste-Victoire de 1916 à 1972. Par ailleurs, le 5 octobre 1989, Raymond Daveluy a interprété sa IVe Sonate pour orgue lors du «Festival de musique actuelle de Victoriaville» et ce concert a été entendu sur les ondes de Radio-Canada le 8 décembre suivant. Mentionnons également que Raymond Daveluy, titulaire des orgues de l'Oratoire St-Joseph, a jouté cette IVe Sonate et son Concerto pour orgue au Festival de Ratzeburg (R.F.A.) en juin 1988.

Le 20 juin 1988, Le Fleuve qui chante, cantate pour soprano, chœur, orchestre et orgue de Jacques Lacombe a été entendu sur les ondes de Radio-Canada à l'émission «Les Grands Concerts». Le compositeur en a fait une deuxième version pour chœur, ensemble instrumental et orgue qui fut jouée à la Basilique Notre-Dame-du-Cap le 22 juin lors d'une cérémonie liturgique. Soulignons que cette cantate avait été composée pour commémorer le centenaire du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. Organiste, chef de chœur et compositeur, Jacques Lacombe est professeur à l'Univeristé du Québec à Trois-Rivières.

Le 12 juillet 1988, au Centre Marcel-Dionne, à l'occasion du «Festival mondial de folklore de Drummondville», il y a eu création de Chœurs de joie et de lumière d'Hélène Caya, œuvre pour chœur, soliste, piano, violon, timbales et cymbales. Cette «messe québécoise» a été diffusée à l'émission «Le Jour du Seigneur» de Radio-Canada. Auteure du livre «Du son jaillit la lumière», Hélène Caya, née à St-Germain-de-Grantham est décédée le 5 avril 1989, à l'âge de 35 ans.

Pour la série «Les Récitals d'été du Cap», des œuvres de Raymond Daveluy, Bernard Piché et Claude Thompson ont été jouées par Suzanne Bellemare, Jacques Lacombe et Michelle Quintal sur l'orgue de la Basilique. Mentionnons que Scherzo sur le mode éolien de Claude Thompson a été entendu sur les ondes de Radio-Canada le 30 juin 1988. Il était joué à l'orgue de l'église St-Zéphirin de La Tuque par Suzanne Bellemare, professeur au Cegep de Trois-Rivières.

Le dimanche 2 octobre 1988, à la Basilique Notre-Dame-du-Cap, pour «Pro Organo Mauricie», Michelle Quintal a interprété sept œuvres de Bernard Piché, ancien élève de Charles Tournemire, organiste à la cathédrale de Trois-Rivières de 1923 à 1945 et professeur au Conservatoire de musique de cette ville de 1965 à 1974. La Maîtrise Notre-Dame-du-Cap, sous la direction de Raymond Perrin, a aussi exécuté différentes œuvres canadiennes dont une messe à 4 voix mixtes et orgue de Bernard Piché. Cette œuvre a été diffusée à «En Concert» de Radio-Canada, le 6 novembre 1988. À cette occasion, l'organiste Jacques Lacombe tenait l'orgue de St-Wencesclas. Le 9 octobre suivant, la Maîtrise du Cap a de nouveau exécuté cette messe, mais cette fois à l'église St-Pierre et St-Paul de Lewiston (Maine) où Bernard Piché fut organiste de 1945 à 1966. Par ailleurs, en 1988, Monique Gendron (ancien professeur à l'U.Q.T.R.) a joué Postlude de Noël à l'église St-Jean-Baptiste de Montréal, œuvre diffusée aux «Grands Concerts» de Radio-Canada. En 1989, Michelle Quintal a consacré trois autres concerts à Bernard Piché dont un à l'Oratoire St-Joseph pour «Les Concerts Spirituels» dans la série consacrée à Charles Tournemire et à ses élèves; ce concert a été repris à la cathédrale de St-Hyacinthe, le 2 octobre, pour «Pro Organo Saint-Hyacinthe». Bernard Piché est décédé à Trois-Rivières le 4 décembre 1989. Des démarches ont été entreprises afin que ses œuvres pour orgue soient publiées.

Le 2 juin 1989, à l'émission «Les Grands Concerts» de Radio-Canada, Sextuor, œuvre pour quintette de cuivres et orgue de Claude Sheridan (tromboniste, professeur au Cegep de Trois-Rivières) a été entendue. Cette œuvre de 18 minutes qui comprend 5 mouvements (Introït – Passacaille – Fugue – Interlude pour orgue et Finale) était jouée par le quintette «Brass Camarade» de Trois-Rivières et l'organiste Raymond Perrin, professeur au Conservatoire de cette ville. Ce concert public diffusé en direct et redifusé ensuite le 31 octobre 1989 à l'émission «Les Feux de la Rampe» provenait de l'église Ste-Catherine-de-Sienne de Trois-Rivières-Ouest, église qui possède un orgue de 25 jeux répartis sur deux claviers et pédalier, signé Fernand Létourneau.

Le 5 juillet 1989, Gaston Arel (né à Trois-Rivières et ancien professeur au Conservatoire de cette ville) a créé pour la série «Les Concerts Spirituels» de l'Oratoire St-Joseph, Variations pour orgue, op. 42 de Jacques Hétu (né à Trois-Rivières). Cette même œuvre (qui sera publiée chez Jacques Ostiguy dans la collection dirigée par Lucien Poirier) a été entendue sur les ondes de Radio-Canada aux émissions «Musique actuelle» et «Récital d'orgue» (15 avril 1989).

Le 7 novembre 1989, encore à l'église Ste-Catherine-de-Sienne, lors d'un concert «Pro Organo Mauricie», il y a eu création de Triade de l'organiste Gilles Rioux par lui-même. Cette œuvre d'une durée de 15 minutes est divisée en 3 mouvements : Saga – Réminiscence – Élévation. Ce concert a été diffusé le 4 mars 1990 à l'émission «Tribune de l'orgue» de Radio-Canada. Rappelons que Gilles Rioux est titulaire des orgues de la Basilique du Cap depuis février 1989.

Conclusion

    Les années 1988 et 1989 ont été fécondes en œuvres musicales. Des musiciens de toutes générations ont participé à cet essor de la musique. Ce mouvement a été possible grâce à la collaboration des différentes associations, de Radio-Canada, des interprètes et des compositeurs eux-mêmes qui, par leur foi en leur art et leur imagination, ont ouvert de nouvelles avenues à l'expression de l'âme canadienne. On ne peut que souhaiter que ces œuvres soient éditées et diffusées au Québec, au Canada et à travers le monde!


Remerciements

Nous remercions :

  • le ministère des Affaires culturelles du Québec, dont l'aide nous permet de réaliser nos activités;
  • le journal Le Soleil, pour la publicité qu'il nous accorde à l'approche de chaque concert;
  • la société Radio-Canada à Québec pour sa collaboration à nos concerts;
  • l'équipe de Jeux d'orgue, pour son magnifique travail d'éducation musicale auprès des jeunes de nos écoles;
  • les membres du comité d'accueil, pour leur inlassable travail à chacun de nos concerts;
  • tous nos membres pour leur générosité;
  • les auteurs des textes de nos bulletins.