Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 56 - Mars 1992


Éditorial

Chers Amis de l'orgue,

Pour faire suite à l'imposante liste de concerts que nous avons communiquée en novembre dernier, voici, en fin de cette saison 1991-92, un premier bulletin.

Dans ce numéro, deux articles attirent notre attention. Tout d'abord, Claude Beaudry transmet un compte-rendu du huitième congrès international de la Fédération Francophone des Amis de l'orgue, il vous sera sans doute agréable de revivre ce grand moment qu'a connu le Québec en juillet 1991.

Pour suivre, nous sommes très heureux de vous présenter un collègue qui oeuvre intensément pour la diffusion de l'orgue. Il s'agit de Maurice Lebel, preneur de son. Louise Courville, qui l'a interviewé pour nous, est une des réalisatrices du sonographe et directrice-fondatrice de l'Ensemble Nouvelle-France de Québec.

Vous serez sans doute intéressés de connaître les suites du sondage effecté l'an dernier. Simon Couture nous en communique ici les résultats.

Finalement, nous aimons vous informer que la First Congregational Church d'Hudson, Ohio, a eu l'honneur d'entendre son orgue Wilhelm inauguré par notre célèbre collègue Denis Bédard, le 8 novembre dernier. Monsieur Bédard a interprété son «Tryptique», oeuvre qui lui avait été commandée par Karl Wilhelm pour l'événement. Bravo à Karl Wilhelm et Denis Bédard pour ces réalisations.

Noëlla Genest
Coordinatrice.

Dans ce bulletin:


Orgues au Québec
par Claude Beaudry

Du 10 au 16 juillet 1991 se tenait au Québec le huitième congrès international de la Fédération francophone des Amis de l'orgue. Fondée en 1983, la FFAO regroupe la plupart des sociétés d'orgue du monde francophone européen, auxquelles se sont jointes, récemment, les sociétés québécoises. Jusqu'en 1990, tous les congrès de cette fédération se sont tenus dans diverses régions de la France. Cette première québécoise, regroupant près de 150 congressistes, moitié européens, moitié nord-américains, en plus d'un bon nombre de personnes ayant suivi les activités sans être formellement inscrites, a permis à tous ces professionnels et amateurs d'orgue de fraterniser et de vivre des moments privilégiés.

L'objectif de cette rencontre consistait essentiellement à visiter et à entendre les orgues les plus remarquables et les plus caractéristiques que l'on puisse trouver au Québec, d'Oka à Rimouski, en passant par la région de Montréal, la Mauricie, Portneuf, Québec et le Bas-Saint-Laurent. C'est ainsi que les congressistes ont pu découvrir et admirer le nouvel orgue de 39 jeux de la chapelle du Grand Séminaire de Montréal, de type classique français et de facture tout-à-fait remarquable. Ont également été mis en valeur les plus beaux joyaux de la facture québécoise ancienne, traditionnelle et contemporaine, ainsi que ceux construits à l'étranger. De plus, les congressistes ont pu apprécier l'excellent travail de certains de nos facteurs d'orgue dans le domaine de la restauration d'instruments anciens.

Ce congrès était également l'occasion d'entendre quelques organistes parmi les meilleurs représentants des écoles d'orgue de part et d'autres de l'Atlantique, dont les français Eric Brottier, Pierre Perdigon, Sarah Soularue et Christophe Mantoux, ainsi que les québécois Dom André Laberge, Aline Letendre, Raymond Daveluy, Réal Gauthier, Gaston Arel, Robert Girard, Lucienne Arel, Jacques Boucher, John Grew, Pierre Grandmaison, Yves Préfontaine, Denis Bédard, Hélène Panneton, Pierre Bouchard, Jean-Guy Proulx, Hélène Dugal, Mireille Lagacé, Réjean Poirier, Richard Paré, Michelle Quintal et Noëlla Genest.

La plupart des organistes québécois ont eu l'heureuse idée d'inscrire à leur programme des oeuvres de compositeurs d'ici. On a peu entendre des pièces des compositeurs actuels Claude Beaudoin, Denis Bédard, Raymond Daveluy, Alain Gagnon, Bengt Hambraeus, Jeanne Landry, Rachel Laurin, Jean LeBuis, Roger Matton, Raymond Perrin, Antoine Reboulot et Gilles Rioux, ainsi que quelques représentants des générations antérieures, dont Authur Bernier, Frédéric Glackmeyer, Conrad Letendre, Clarence Lucas, Bernard Piché et Georges-Émile Tanguay.

Faisant suite au congrès se tenait, au Grand Séminaire de Montréal, les 17 et 18 juillet 1991, le quatrième symposium de la FFAO dont le thème était: «Pour un chant d'Église à la fois traditionnel et contemporain». Sept communications étaient présentées par autant de personnalités impliquées de près ou de loin dans la vie musicale liturgique, dont Hélène Dugal, Pierre Valloton, Marc Honegger, Gilles Tremblay et Antoine Reboulot. Ces communications furent précédées par une allocution de Mgr. Turcotte, archevêque de Montréal, et d'une adresse au symposium du Cardinal Lustiger, archevêque de Paris. Les actes de ce symposium seront publiés sous peu par la FFAO.

Le huitième congrès, en terre québécoise, de la Fédération francophone des Amis de l'orgue a certes été l'événement du siècle dans le monde de l'orgue au Québec et constitue un stimulant idéal pour la relance de l'intérêt de la population québécoise envers cet instrument trop souvent négligé et mal connu. Il nous rappelle avec fierté que l'on retrouve au Québec «un parc organistique très complet servi par une glorieuse école d'orgue entraînée par de très grands maîtres avec une légion d'organistes de haut niveau» (Pierre Valloton).

Cette remarquable réalisation est due à l'initiative du dynamique président actuel de la FFAO, Pierre Valloton de France, dans les Vosges, appuyé par une équipe québécoise non moins remarquable dirigée par Gaston Arel, président des Amis de l'orgue de Montréal, assisté de collaborateurs efficaces qui méritent nos plus chaleureuses félicitations.


Plein-jeux sur Maurice Lebel
par Louise Courville

Il y a des gens comme ça qui, quoi qu'ils fassent, n'arrivent pas à passer inaperçus. En soi, le métier de preneur de son semble plutôt discret, mais voilà, pas pour Maurice Lebel. Le concepteur-constructeur et grand patron du studio d'enregistrement mobile «Le Sonographe» a beau se cacher derrière une église ou l'autre, un bout de son autocar... dépasse toujours.

Non seulement Maurice connaît mieux que personne les différentes acoustiques de nos églises du Québec, mais il y a enregistré un nombre impressant de disques classiques et en particulier des disques d'orgue.

Je suis allée le rencontrer dans la petite école de rang qu'il habite à St-Patrice de Beaurivage pour lui poser quelques questions:

- Comment en êtes-vous venu à l'enregistrement de disques?

Dès mon jeune âge, j'écoutais des vieux 78 tours sur un «grammophone» dont le ressort était cassé. Alors j'ai commencé à bricoler pour améliorer le rendement de l'appareil: raccordement direct de la manivelle de remontage avec le plateau, extension du cornet acoustique et gravure de disques-maison. Résultats: des 300 tours/minute qui vous expédiaient Schubert sur un «prestissimo» ou qui procédait à un lancement de disque immédiat, matrices de gravure fabriquées à partir de résine, caoutchouc et autres ingrédients tous plus inflammables les uns que les autres, et dont la préparation a failli incendier le domicile familial. Une intuition fougueuse de fondre «art» et «technologie» présidait à ces premiers pas.

Par la suite, j'ai continué mon éducation «intégrale» au collège de Ste-Anne-de-la-Pocatière où la musique était fort à l'honneur: cours de piano et d'orgue avec l'abbé Léon Destroismaisons, chant choral, «fanfare» et concerts. Parallèlement, j'y poursuivais mes recherches en électronique de l'audio, pour faire avancer la science, bien entendu: magnétophone à ruban de fabrication artisanale, tourneur de pages électrique avec commande à mentonnière, réseau de radio-cristal avec antenne communautaire et fondation d'une «disco-cent» pour acheter des disques et les faire auditionner par les élèves.

En bref, pour répondre à votre question, c'est cet heureux mariage de la musique et de l'électronique qui m'ont conduit vers l'enregistrement de disques.

- Pourquoi notre studio, le Sonographe, est-il un studio mobile?

Tout d'abord j'aime voyager!... Et puis, j'ai constaté qu'il est plus facile d'aller vers la montagne que de faire venir la montagne à soi; non pas que je prenne les artistes pour des montagnes... encore que parfois ils m'impressionnent beaucoup. Au départ, j'ai senti qu'il était préférable de capter leur expression musicale dans un milieu naturel plutôt que dans l'environnement artificiel d'un studio.

Je peux être présent là où ça se passe avec tout l'équipement pré-installé dans mon autocar, ce qui me permet aussi de participer à la radiodiffusion de Radio-Canada.

-Dans votre abondante production de disques comment expliquez-vous la place d'honneur réservée aux disques d'orgue?

Il s'agit évidemment d'une option personnelle de liturgiste et d'ex-organiste. Mentionnons également que le fait de travailler la plupart du temps avec un organiste comme réalisateur, en l'occurrence Jacques Boucher, m'a amené souvent à me brancher sur des projets de disques d'orgue.

D'ailleurs, on dit que je suis celui qui a enregistré le plus de disques d'orgue au pays, ce qui me place en plein milieu de la confrérie!

- Quelles sont les conditions idéales pour enregistrer un orgue dans une église?

C'est comme pour faire une tarte: disposer des ingrédients de base, avoir une bonne recette, être un bon cuisinier et avoir un bon four - en langage plus «organistique» ça veut dire: une acoustique saine, un bel instrument, du beau répertoire, une ou un organiste de métier, l'expérience du preneur de son encadrée par un réalisateur(trice) compétent et un équipement de qualité.

Comme vous le voyez, c'est très simple! Ajoutons qu'il est utile d'avoir en plus des bonnes oreilles et un peu de patience...!

- Pouvez-vous nous éclairer sur votre vision de l'esthétique en rapport avec l'enregistrement de l'orgue?

Comme la notion d'esthétique se réfère au critère artistique, on peut affirmer que la prise de son peut revêtir diverses formes d'intérêt et de qualité; ce qui compte c'est de laisser passer la musique.

Ma vision personnelle est la suivante: image sonore qui respecte les dimensions et les structures de l'orgue, clarté et transparence qui permettent une écoute du répertoire confortable et adaptée, un environnement acoustique équilibré et le réalisme de la stéréophonie.

- Que représente la production de disques dans la vie musicale du Québec?

Je crois que le disque est de nature à soutenir le développement culturel québécois, pourvu qu'il véhicule des musiques de valeur et que son écoute soit accessible à l'ensemble de la population; notons que le disque est, avec le réseau FM de Radio-Canada et les concerts, l'un des rares moyens de diffusion de la bonne musique que nous possédions.

À ce titre et non pas comme produit des «industries culturelles», le disque «classique» devrait être plutôt soutenu et plus largement subventionné. Quand on est artiste et organiste par surcroît, c'est vraiement un geste courageux que de publier un disque à compte d'auteur.

-Pouvez-vous nous préciser en quoi consiste votre collaboration internationale avec REM et Harmonia Mundi?

Depuis quelques années, le Sonographe est le studio attitré de la maison REM de Lyon en France pour l'enregistrement de ses productions en Amérique du Nord. Par ailleurs, Harmonia Mundi a repiqué un disque de l'ensemble Nouvelle-France pour l'inclure dans ses collections.

Ce sont des collaborations intéressantes qui permettent à nos artistes québécois une distribution internationale de leurs disques.

-Quels sont vos projets d'avenir en rapport avec les nouvelles technologies d'enregistrement?

En premier lieu, je veux perfectionner mon «tourneur de pages» automatique, n'en déplaise à toutes les personnes qui pratiquent ce métier très valorisant...

Depuis deux ans, j'enregistre en numérique sur format R-DAT. À partir de maintenant, je m'oriente vers le format informatique: enregistrement et montage entièrement numériques sur disque dur d'ordinateur. L'installation de ces systèmes à la fine pointe de la technologie est en cours dans un nouvel autocar de 40 pieds.

Vous me direz que c'est payant d'enregistrer des disques d'orgue? Eh bien... c'est plutôt grâce à une subvention de Communication Canada que je peux mettre à jour mon studio pour le rendre plus apte à servir la musique et les musiciens.


Merci, cher monsieur Lebel; je suis convaincue que votre «tourneur de page automatique» remportera un vif succès auprès des organistes et j'espère que votre autocar, même agrandi, n'aura pas trop de mal à contenir toutes les joies musicales qui y attendent nos artistes québécois.


Retour sur le sondage
par Simon Couture

Vous vous souvenez sans doute du sondage de satisfaction que nous vous avons envoyé, en août dernier, avec l'avis de renouvellement de la cotisation. Par ce bref sondage, nous désirions connaître vos préférences en matière d'orgue et évaluer la qualité de la diffusion de l'information relatives à nos activités, de manière à effectuer une meilleure planification de la saison 1992-1993. Des 262 questionnaires expédiés, 63 d'entre vous ont répondu à l'appel, pour un taux de réponse de 24 pour cent. Voici donc, en résumé, les résultats de ce sondage:

  • Au cours de la saison 1990-1991, les membres ont assisté en moyenne à 2,5 des 7 concerts présentés.
  • Le soir de tenue des concerts, la distance, l'absence de Québec, un autre engagement et la maladie sont les principales raisons qui empêchent les membres d'assister plus fréquemment aux concerts.
  • L'ordre de préférence des orgues en concert est:
  • Saints-Martyrs-Canadiens
    Basilique de Québec
    Saint-Jean-Baptiste
    Saint-Ambroise de Loretteville

  • Le soir qui convient le mieux pour assister plus fréquemment aux concerts d'orgue:
  • le samedi: 39%
    le dimanche: 22%
    le mercredi: 19%

  • L'envoi du programme incite à assister au concert:
  • souvent: 36%
    toujours: 57%

  • Le programme envoyé par la poste est toujours lu: 92%
  • La diffusion de l'information relative aux activités des Amis de l'orgue de Québec est jugée adéquate seulement par le moyen du courrier.
  • Les commentaires et les suggestions portent principalement sur les sujets suivants: programmation, rencontres après les concerts, bulletins et programmes, publicité, visites d'instruments et conférences.
  • Ces résultats sont révélateurs. Ils vont sûrement nous permettre de répondre encore plus adéquatement à vos attentes en matière d'orgue. Depuis quelques mois déjà, le comité de programmation prépare la saison 1992-1993. Un comité de publicité, formé à l'automne, travaille activement à assurer une meilleure diffusion de nos activités. Nous vous remercions encore une fois de votre précieuse collaboration. Bonne fin de saison.