Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 59 - Septembre 1992


Éditorial

Chers Amis de l'orgue,

C'est avec une grande joie que nous inaugurons la saison 1992-1993 en vous présentant Gilles Rioux, lauréat du Concours d'orgue Claude-Lavoie 1992.

Ainsi, à l'occasion de ce concert, le présent bulletin veut-il être l'écho du grand événement qu'a connu le monde de l'orgue en juin dernier.

Grâce à la collaboration de Denis Pouliot, secrétaire général du Concours, jetons ensemble un regard sur les heures merveilleuses du premier Concours d'orgue Claude Lavoie.

Merci à Monsieur Pouliot.

Noëlla Genest
Coordinatrice.

Dans ce bulletin:


Un énévement qui aura des suites:
le Concours d'orgue Claude Lavoie 1992

par Denis Pouliot

Sur l'événement de juin dernier, sur le Concours 1992, peut-on ajouter à ce qui a déjà été dit?

À la veille du récital que donnera Gilles Rioux à l'invitation des Amis de l'orgue de Québec, le 19 septembre, le moment se prête davantage à jeter un regard sur les retombées du Concours d'orgue Claude Lavoie pour ses lauréats, tous les candidats aussi, et pour la vie de l'orgue au Québec.

Pour les candidats, en plus d'être l'occasion d'étendre leur répertoire, l'expérience aura procuré un enrichissement par le travail de préparation et la discipline qu'elle leur imposait. Elle aura sans doute aussi révélé à plusieurs des capacités de dépassement de soi encore insoupçonnées: si, par surcroît, elle leur a permis de détecter quelque faiblesse et de la maîtriser, un profit durable aura été acquis. L'intelligence servira ceux qui sauront discerner les défis qu'ils auront à relever, ceux-ci étant à la mesure des succès obtenus. Car, pour les lauréats, la rançon du succès est un prix à payer. Il en est de même pour l'organisation du Concours. Nous y reviendrons.

Dans l'immédiat, tout le Québec aura le plaisir d'entendre à nouveau, en récital, le gagnant du Prix Claude Lavoie au cours de sa tournée provinciale offerte par plusieurs sociétés de concerts. Cette tournée qui débute à Québec l'amènera ensuite à Jonquière, Montréal, Saint-Hyacinthe, Rimouski, adns Lanaudière et à Trois-Rivières.

Le lendemain, 20 septembre, le réseau FM de Radio-Canada met en ondes la première d'une série de 5 émissions consacrées à la diffusion des prestations des finalistes du Concours. Tribune de l'orgue nous fera revivre les beaux moments d'orgue et l'atmosphère de recueillement et d'enthousiasme qui ont fait de l'événement un moment privilégié. L'émission est placée, cette année, à 16h30, sur la grille-horaire de Radio-Canada.

D'autres que moi seront mieux qualifiés et plus à l'aise pour disserter sur le jeu des interprètes, leurs registrations et leur style. Le serais-je que, les préoccupations techniques et logistiques de l'organisation ayant occupé toute mon attention, l'exercice serait périlleux. Mon propos se doit donc d'être plus global et orienté sur la philosophie de la Fondation Claude Lavoie qui a présidé à la définition de ses objectifs et à la planification du Concours.

La Fondation Claude Lavoie s'est donné la vocation d'entretenir, de promouvoir et de développer la tradition de l'orgue au Québec. Le programme qu'elle a choisi de privilégier vise, par un concours d'envergure, à susciter et révéler le talent des jeunes musiciens et à fournir l'aide nécessaire à la poursuite de leurs études ou au lancement de leur carrière. L'immense avantage d'un tel programme tient à ce qu'il concentre l'attention d'un grand nombre de personnes sur une activité prestigieuse dont la réalisation fait appel à la collaboration de plusieurs intervenants. C'est en cela que, par un programme précis, la Fondation atteint ses objectifs dont la portée dépasse largement l'aide directe qu'elle apporte à ses deux lauréats. De par la nature même du Concours, loin de faire concurrence aux autres initiatives existantes, la Fondation jouera un rôle essentiel pour stimuler les milieux de l'orgue qui voudront relever des défis nouveaux. Et ils ne manquent pas.

Trop souvent entend-on répéter que le nombre des élèves décroît dans les classes d'orgue: on regrette l'époque où chaque paroisse offrait à un musicien, sinon la sécurité financière, du moins la possibilité d'exercer son art avec une certaine stabilité; on se plait aussi à rappeler la baisse des assistances aux récitals d'orgue; on se plaint de l'état ou de l'absence des instruments et de la disparition de la vraie musique dans la plupart de nos églises. Et quoi d'autre encore! Rien de mieux pour que tous croient que la musique d'orgue ne sera plus bientôt qu'un souvenir. Rien de tel pour faire fuir la clientèle que de répéter l'insuccès du produit. Vu sous cet angle, on peut même se demander s'il y a encore de l'espoir.

Pourtant, douze jeunes organistes avaient présenté leur inscription à un concours qui venait de s'établir au Québec; l'entreprise privée s'intéresse au projet et en devient partenaire; les différents paliers de gouvernement font leur large part pour le supporter; les sociétés de récitals collaborent; les facteurs d'orgue apportent leur soutien; la radio d'État est présente. Et 2000 personnes viennent applaudir les candidats à un moment ou l'autre de la journée de l'épreuve finale.

L'utilité, voire la nécessité d'un concours important ont été démontrées. La réalisation de la première édition du Concours d'orgue Claude Lavoie était déjà un exploit. Qu'il ait suscité l'intérêt dont nous avons été les témoins tient du prodige. Qu'à cela ne tienne, l'exploit et le prodige se répéteront en 1995!

Avec sa récompense pour les efforts déployés, le succès exige un prix à payer. Je le signalais plus haut. Nous devons nous réjouir que le succès du Concours ait largement dépassé nos attentes les plus optimistes. Mais il nous faut maintenant être à la hauteur des attentes que soulève cette réussite.

Les semaines et les mois qui viennent seront déterminants pour l'avenir. Des défis de taille devront retenir notre attention et des décisions importantes devront être prises. Il est évidemment trop tôt pour annoncer des projets mais ils sont déjà à l'étude. De l'extérieur, trois ans, cela semble bien long pour préparer ce que voit le public: une journée d'orgue. La réalité est tout autre. Une chose, cependant, est certaine: l'implication de tous ceux qui souhaitent donner un nouveau souffle à la vie de l'orgue au Québec sera essentielle. Comme toutes les formes d'expression culturelle, l'orgue est confronté à de nouveaux défis, de nouveaux horizons, dans un monde où, grâce à la technologie, les frontières de toutes natures sont devenues dérisoires. L'isolement qui servait de bouclier s'est retourné en arme redoutable contre ceux qui bénéficiaient de la sécurité qu'il semblait offrir.

Cet isolement, il nous faut le briser sur tous les fronts et développer encore davantage la concertation et la collaboration entre tous ceux qui jouent un rôle dans la chaîne de communication que l'expression artistique emprunte. La musique et l'orgue ne font pas exception.

L'artiste qui compose transmet ses émotions, sa foi, ses perceptions à travers un message destiné, dans le temps et l'espace, à un auditoire le plus souvent inconnu. Peut-on imaginer que celui-ci entende et comprenne ce qui lui parviendra sans qu'il existe entre les intermédiaires une pleine collaboration, une grande compréhension et une complicité de tous les instants? Qu'il s'agisse de l'éditeur, de l'interprète, du producteur, du musicologue, du pédagogue, du diffuseur, du facteur d'instruments (et j'en passe), chacun a un rôle essentiel dont le succès est indissociable de celui des autres. Tous doivent aussi, avec humilité que cela suppose, savoir respecter l'intelligence de l'auditeur à qui le message est destiné. Sans lui, l'art n'atteint pas sa finalité. L'art pour lui-même n'a aucun sens. En définitive, c'est à l'auditeur qu'appartient le jugement final.

Déjà le Concours a réussi dans cette voie en associant à la réalisation bon nombre de partenaires qui, tout en jouant des rôles différents sont tout-à-fait complémentaires et indispensables. Le Concours aura servi de catalyseur et si, comme nous pouvons l'entrevoir, ces collaborations se maintiennent et se fortifient, il aura fait franchir un pas important pour la consolidation de tous les efforts qui sont investis dans le but de maintenir, de promouvoir et de développer la tradition de l'orgue chez-nous.

Pour atteindre ses prochains objectifs et respecter ses échéanciers, le Concours fera appel à votre participation. Vous aurez ainsi le sentiment d'avoir contribué concrètement à une réalisation collégiale d'envergure.

En terminant, je tiens à réitérer ici les remerciements de la Fondation à tous ses bénévoles qui ont accompli un travail impeccable au cours de la journée de l'épreuve finale et qui en ont assuré le succès. Merci également à tous nos partenaires qui ont soutenu nos activités de diverses façons. Et merci enfin au public nombreux et enthousiaste venu encourager et applaudir les finalistes.

Félicitation à nos deux lauréats, Gilles Rioux et Benjamin Waterhouse et bonne saison aux Amis de l'orgue!


Disque: Claude Lavoie en récital

Pour souligner la première édition du Concours d'orgue Claude Lavoie et le 50e anniversaire de son Prix d'Europe, l'éminent organiste québécois lançait, en mai dernier, un disque regroupant les meilleurs extraits de ses enregistrements réalisés par Jacques Boucher et Michel Borduas entre 1978 et 1984 pour la Société Radio-Canada.

Le programme très varié propose des oeuvres de Gesualdo, Scheidt, Greene, J.S. Bach, L. Couperin, Dandrieu, Gigout, Dupré, Guilmant, Mulet et Langlais. Onze compositeurs qui nous font survoler, en 73 minutes, quatre siècles de musique interprétée à l'orgue Casavant de l'église des Saints-Martyrs-Canadiens, à Québec.

Ce disque est paru sous l'étiquette ATMA (ATM 2-9707) et est distribué par Analekta.