Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 63 - Octobre 1994


Éditorial

Déjà, en cette fin d'octobre, nous avons le plaisir de communiquer avec vous par le truchement de notre petit bulletin.

Dans cette parution, quelques semaines après l'événement marquant que fut le concert «portes ouvertes» du 17 septembre dernier, notre président livre ses impressions au sujet de cette soirée inoubliable.

Dans un deuxième temps, Irène Brisson nous communique le vibrant hommage rendu à Norbert Dufourcq par la revue «L'Orgue».

Le troisième volet se fait l'écho de l'Académie internationale de Rimouski par la voix d'Olivier Fortin qui a séjourné une seconde fois dans ce milieu enrichissant.

Finalement, vous revivrez, grâce à un autre jeune étudiant, l'excursion printanière des Amis de l'orgue de Québec partis à la découverte de quatre instruments de la métropole le 10 juin dernier.

Je vous souhaite donc, chers amis, une bonne lecture qui saura soutenir et animer votre ferveur pour l'orgue. Ainsi, serons-nous ravis de vous retrouver aux prochains concerts.

Noëlla Genest
Coordinatrice.

Dans ce bulletin:


La nouvelle technologie
au service de l'orgue

par Gilles Carignan

Le concert «portes ouvertes» présenté pour la troisième année consécutive par les Amis de l'orgue de Québec est manifestement une formule gagnante. Après les succès remportés par Gilles Rioux, premier récipiendaire du Prix Claude-Lavoie et actuel titulaire de l'orgue du sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, et par Bernard Lagacé, professeur au département de musique de l'Université Concordia, c'était au tour de Richard Paré de se faire entendre d'un large public, le 17 septembre dernier. Plus de mille personnes remplissaient alors à capacité l'église Saints-Martyrs-Canadiens où l'organiste est titulaire du superbe instrument Casavant depuis 1983.

Le concert de cette année avait toutefois quelque chose d'inédit. Si le public est accouru en si grand nombre, c'est non seulement pour entendre un organiste talentueux et très actif dans la vie musicale de la région de Québec, mais aussi pour le voir jouer. Grâce à une généreuse commandite de la Caisse populaire Belvédère, les Amis de l'orgue de Québec ont réalisé une première, ce soir-là. En effet, les administrateurs ont fait appel à une firme spécialisée pour l'installation d'un équipement vidéo permettant aux auditeurs d'être aussi spectateurs et de voir l'artiste comme s'il était devant leurs yeux. Le caméraman réussit ainsi à capter les moindres gestes de l'organiste pour les retransmettre sur l'écran géant placé à l'avant de l'église. Bien que le technicien ait été limité dans son travail de prises de vue et qu'à l'occasion les images aient manqué de synchronisme par rapport aux mouvements de l'organiste, l'expérience fut une réussite.

D'ailleurs, la réaction du public, à l'entracte et à la fin du concert, fut très favorable. Les commentaires allèrent de l'approbation très enthousiaste de la majorité des personnes à l'expression de certaines réserves. Certains trouvaient heureuse l'association ainsi faite de l'orgue et d'une technologie de pointe et demandaient que l'expérience soit répétée en d'autres occasions. Pour améliorer l'image, d'autres souhaitaient qu'on place des caméras de part et d'autre de la console de l'orgue et que les techniciens soient assistés d'un musicien connaissant bien les partitions. Concernant les réserves, certaines personnes ont signalé la difficulté de demeurer concentré sur la musique elle-même. Parmi les nombreux commentaires entendus, en voici deux plutôt amusants: «Je ne savais pas que l'organiste jouait aussi avec ses pieds!» ou encore «Moi, j'aime mieux écouter les yeux fermés».

Ce support technologique de grande qualité n'aurait pas suffi, à lui seul, à expliquer un tel engouement du public. Richard Paré a livré une performance magistrale. Il avait construit son programme avec des pièces de compositeurs espagnols et français, tout en gardant une place importante à l'incontournale Johann Sebastian Bach et en faisant découvrir, avec ravissement, un compositeur américain pratiquement inconnu: Leo Sowerby. La première partie était principalement consacrée à Diego (?) Jimenez, Sebastian Duron et Juan Cabanilles, alors que la seconde mettait en évidence Eugène Gigout, Jean Langlais et Louis Vierne. Le programme avait de quoi satisfaire à la fois les initiés et les profanes. La Société Radio-Canada était d'ailleurs là pour capter le concert afin de le diffuser en différé à l'émission La tribune de l'orgue, le dimanche 16 octobre 1994.

Somme toute, une expérience très positive et à répéter! Bien servi par la nouvelle technologie, ce concert fut remarquable. Et sourtout que la saison 1994-1995 continue sur cette lancée prometteuse!


Norbert Dufourcq (1904-1990)
par Irène Brisson

Il y a quelques mois paraissait un numéro spécial de la revue française L'Orgue, destiné à rendre hommage à ce géant de la musicologie française, mort il y aura bientôt quatre ans.

L'initiative de cet ouvrage collectif de 292 pages revient à Marcelle Benoit, fidèle élève et collaboratrice précieuse du maître. Le document qu'elle nous propose est un témoignage abondamment illustré, qui commence par quelques repères biographiques et par une évocation attachante et pittoresque de la vie bien remplie de Norbert Dufourcq.

Quatorze autres chapitres sont consacrés à la carrière aux multiples facettes de l'interprète, du chercheur infatigable et du conférencier savoureux qu'il fut. Grâce à François Sabatier (qui fut un de mes camarades de classe au Conservatoire de Paris), on le suit au fil des soixante-dix ans qu'il consacra à l'orgue: de la tribune de Saint-Merri à l'édition de partitions qu'il a contribué à faire connaître à toute une génération d'organistes, en passant par son association avec la maison d'orgues Gonzalez.

Une correspondance inédite entre Norbert Dufourcq et le comte Béranger de Miramont Fitz-James permet à Pierre Denis d'évoquer la fondation en 1926-27 à Paris des Amis de l'orgue, tandis que les écrits du musicologue ayant pour sujet l'orgue font l'objet d'une intéressante synthèse de Claude Noisette de Crauzat.

Marcelle Benoit, qui signe quatre articles, fait entre autres le point sur les activités pédagogiques de son maître au Conservatoire de Paris (1941-1975) et sur sa longue association avec les éditions Larousse (1928-1975).

Quelques 40 pages de la revue sont consacrées à Norbert Dufourcq au Canada, et plus particulièrement à Québec. La cantatrice et journaliste québécoise Renée Maheu s'est chargée de réunir quelques témoignages d'élèves et d'amis canadiens ou établis au pays (Andrée Desautels, Monique et Walter Joachim, Tania Krieger, Robert Girard, Nicole Labelle, pour n'en citer que quelques-uns) et de les intercaler habilement dans les souvenirs de Norbert Dufourcq au Canada que j'avais fait publier dans la revue Sonances en 1987. La transcription d'une entrevue accordée à Pierre Rolland dans le cadre de l'émission Les musiciens par eux-mêmes complète ce volet canadien.

Les souvenirs pleins de tendresse d'anciens élèves qui s'échelonnent sur plusieurs générations abondent et, loin de sombrer dans la redondance, ils font ressortir, chacun à sa façon, le dévouement, la compétence et l'inépuisable érudition d'un personnage exceptionnel.

Un impressionnant relevé des articles et des livres de Norbert Dufourcq complète ce volume-souvenir dans lequel figure même une courte pièce inédite pour orgue de Michel Boulnois.

Nombreux sont les mélomanes québécois qui me disent avoir découvert la musique grâce aux conférences données ici par Norbert Dufourcq à partir de 1954. Cet hommage leur permettra de revivre ces moments privilégiés.

«Norbert Dufourcq (1904-1990)». L'Orgue. Cahiers et mémoires numéros 49-50 (1993): 292 pages.


L'Académie internationale de Rimouski
par Olivier Fortin

Pour la deuxième année consécutive, l'Académie internationale d'orgue et de clavecin de Rimouski s'est déroulée du 15 au 19 août 1994 et a connu un grand succès.

Les trois principaux organisateurs, Jean-Guy Proulx, président, Josée April et Marie-Claire Bouchard peuvent se féliciter puisqu'ils ont rallié quatorze participants actifs et une quinzaine d'auditeurs venus de partout pour assister aux cours de maître de Kenneth Gilbert.

Catte académie proposait un horaire journalier très dense: trois heures de cours étaient dispensés chaque matin par monsieur Gilbert. L'heure du lunch était précieuse pour partager un bon moment avec le maître, les organisateurs et les participants. Au cours de l'après-midi, chacun avait l'opportunité de travailler individuellement.

De magnifiques concerts nous étaient réservés chaque soir. Louise Fortin et Pierre Bouchard ont donné un programme consacré aux fils de Bach. Kenneth Gilbert offrit une soirée de musique française, de même que Luc Beauséjour, Claire Guimond, Danièle Forget et Sylvain Bergeron. Le récital d'orgue de monsieur Antoine Reboulot fut un moment émouvant pour tous; il interpréta Nicolas de Grigny et César Franck.

Finalement, pour terminer cette semaine, les étudiants ont eu le plaisir de faire partager leur art au public dans un concert varié et fort sympatique.

Bref, félicitations aux initiateurs de cette académie dont on ne peut que souhaiter la récidive dans les années à venir.


Visite d'orgues à Montréal
par Jean-Pierre Soucy

Le 10 juin dernier, les Amis de l'orgue de Québec réalisaient leur périple annuel. Cette fois, c'est vers Montréal que le groupe allait découvrir quatre instruments, le thème de la journée étant: «L'orgue contemporain d'inspiration chrétienne».

Étudiant au Conservatoire de musique de Québec depuis trois ans, c'est avec curiosité et enthousiasme que je me joignis à ces fervents de l'orgue. Je vais donc tenter de vous faire revivre cette excursion exaltante.

Notre première escale se fait au Grand Séminaire de Montréal où nous avons été accueillis par Guy Thérien et Pierre Grandmaison, respectivement facteur de l'instrument et organiste titulaire. La firme Guilbault-Thérien de Saint-Hyacinthe a réalisé ici un magnifique orgue basé sur un grand jeu de seize pieds dont la construction, la composition et l'harmonisation reflètent fidèlement l'instrument classique français tel que conçu par Dom Bedos et François-Henri Clicquot au 18e siècle. Guy Thérien ayant présenté son oeuvre, Pierre Grandmaison improvisait habilement une suite française où il a su exploiter les facettes sonores de l'instrument, utilisant même le jeu de «rossignol». Des membres du groupe firent sonner l'instrument à leur tour et déjà, nous devions nous sustenter à la cafétéria du Séminaire avant de nous diriger au nord de la ville vers le plus vieux temple de la métropole, l'église de la Visitation du Sault-au-Récollet.

Marc-André Doran, titulaire de cet orgue restauré, nous accueillit chaleureusement. L'orgue de l'église la Visitation date de 1840 et est attribué à Samuel Warren. Il a été reconstruit en 1993 par la maison Wolff & Asssociés de Laval. Sa composition actuelle comprend sept jeux de l'orgue initial, quatre jeux de la restauration de 1906 et dix jeux d'Helmuth Wolff. Les claviers et le tirage des jeux sont à traction mécanique et l'orgue comporte aussi un combinateur électro-mécanique; l'harmonisation est faite selon le tempérament de Pierre-Yves Asselin (quatre quintes pures). Monsieur Doran illustra merveilleusement son instrument par l'interprétation de quelques oeuvres dont l'Alla breve de Johann Sebastian Bach. D'autres jeunes organistes s'offrirent le plaisir d'essayer cet orgue au pédalier droit un peu déroutant.

Le troisième objectif du voyage était un orgue italien construit par Karl Wilhelm à l'église de la Madonna della Difesa. Monsieur Massimo Rossi, conférencier-organiste, fit une présentation très élaborée de l'instrument et nous avons eu droit à une excellente initiation à l'orgue italien avec ses ripieno, sa voce umana, et... dans des oeuvres de Frescobaldi, Pasquini, Scarlatti, etc.

Finalement, le point culminant du jour fut la découverte du magnifique Beckerath de l'église de l'Immacule-Conception construit en 1960-61. Réal Gauthier, titulaire, nous fit une intéressante présentation de ce trois claviers d'esthétique allemande, célébré maintes fois par des intégrales de l'oeuvre de Johann Sebastian Bach. Monsieur Gauthier interpréta avec goût plusieurs chorals du maître allemand. D'autres participants eurent l'heureuse opportunité de jouer ce splendide instrument.

Après un tel menu musical, nous nous retrouvions au restaurant Jardins de Panos pour ensuite reprendre la route et atteindre Québec un peu avant minuit. Tous furent ravis d'avoir vécu un tel itinéraire musical qu'avait soigneusement préparé Paul Grimard qu'ils remercièrent.


Remerciements

Ont collaboré à ce numéro:

  • Madame Irène Brisson, diplômée du Conservatoire national supérieur de Paris et professeure au Conservatoire de musique de Québec;
  • Monsier Gilles Carignan, avocat à l'emploi du ministère de la Culture et des Communications du Québec et président des Amis de l'orgue de Québec;
  • Monsieur Olivier Fortin, étudiant qui prépare le diplôme terminal de clavecin au Conservatoire de musique de Québec sous la direction d'Anatole Gagnon;
  • Monsieur Jean-Philippe Soucy, étudiant de secondaire V au Séminaire de Québec et qui poursuit parallèlement des études d'orgue au Conservatoire de musique de Québec.