Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 74 - Novembre 1999


Éditorial

Chers Amis de l'orgue,

L'hiver est à nos portes et, pour agrémenter nos longues soirées, rien de tel que quelques articles pleins d'enthousiasme et de chaleur humaine ainsi que des suggestions de disques d'orgue, bien sûr!

Comme vous le constaterez, à nos rubriques habituelles (disques, nouvelles brèves, etc.) s'ajoutent le point sur la restauration de l'orgue de l'église du Très-Saint-Sacrement de Québec et deux facettes du congrès tenu l'été dernier, à Montréal, par la Société historique de l'orgue (Organ Historical Society).

Bonne lecture et au plaisir de vous retrouver lors du concert du 5 décembre.

Irène Brisson
Coordinatrice.

Dans ce bulletin:


Nouveau conseil d'administration

Le 15 octobre dernier, les Amis de l'orgue de Québec ont tenu leur assemblée générale, à l'issue de laquelle tous les membres du Conseil d'administration ont été réélus:

    Gaston Paradis, président
    Claude Beaudry, vice-président
    Michel Boucher, trésorier
    Jean-Pierre Retel, secrétaire
    Noëlla Genest, directrice artistique
    Suzanne Boulet, Irène Brisson, Marc d'Anjou, Monique Dupuis, Louise Fortin-Bouchard, Paul Grimard, Geneviève Paradis, Richard Paré, Louise Provencher et Stéphane Saint-Laurent, conseillers.


Hommage aux membres fondateurs des Amis de l'orgue de Québec
par Gaston Paradis, président

Avant le concert « portes ouvertes » du 2 octobre dernier, le président, Gaston Paradis, a rendu hommage aux fondateurs des Amis de l'orgue de Québec Inc., après avoir fait un court historique de l'organisme et de l'implication de chacun des fondateurs.

Messieurs Antoine Bouchard, Pierre Boutet, Claude Lagacé et Claude Lavoie ont été présentés à l'assistance, tandis que les regrettés Mathias Pelletier, Normand Picard et Paul-Émile Talbot étaient respectivement représentés par mesdames Elisabeth Lavoie, Janette Picard-Huppé et Yvette Talbot. Toutes ces personnes ont été chaleureusement applaudies par l'assistance.

Lors de la réception qui suivit le concert, chaque fondateur ou sa représentante a reçu une plaque souvenir qui mentionnait ce qui suit:

"Remerciements à [nom du fondateur]
pour sa contribution exemplaire à la défense et à l'illustration de l'orgue.
Les Amis de l'orgue de Québec Inc. 1999


Restauration de l'orgue de l'église du Très-Saint-Sacrement de Québec
par Jean Côté, titulaire

L'instrument, l'opus 1453 de Casavant, fut réalisé en 1932 pour l'asile Nazareth (Institut des jeunes aveugles) de Montréal à l'instar des recommandations de monsieur Conrad Letendre. Sa composition sonore reflète bien les idées esthétiques de cette époque; il comporte 45 jeux répartis sur trois claviers et un pédalier.

Quelques années plus tard, il est déjà en vente et la congrégation du Très-Saint-Sacrement s'en porte acquéreur pour remplacer un plus petit orgue (Casavant, 1917, opus 734, de 18 jeux) jugé alors insuffisant pour le vaisseau. C'est monsieur Jean-Marie Bussières, organiste de l'époque et le père Gabriel Chaput s.s.s. qui en font l'expertise à Montréal et en recommandent l'achat à la congrégation. L'installation en sera faite au cours de l'année 1943 sans aucune modification au devis ni à l'harmonisation originale. Depuis lors et malgré l'usure du temps, l'orgue a servi au culte et occasionnellement au concert.

Saluons ici monsieur Danny Belisle, successeur de monsieur Bussières, qui toucha cet instrument pendant 17 ans et qui a toujours eu à coeur son ministère musical et le bon fonctionnement de l'instrument qui lui était confié.

Après plus de 67 ans dont 50 à Québec, il devenait impérieux de restaurer cet orgue qui profite par ailleurs de l'acoustique assez exceptionnelle de l'église. Après avoir obtenu le consentement des autorités diocésaines, la fabrique lança un appel d'offre à quelques facteurs intéressés et dont la nomenclature nous avait été fournie par le diocèse. Les soumissions reçues furent ouvertes en présence du conseil de fabrique et de l'organiste et soumises, pour évaluation, à l'abbé Antoine Bouchard qui a aimablement accepté de nous conseiller dans ce choix.

Après mûre réflexion, le conseil de fabrique opta pour confier le travail à la maison Guilbault-Thérien. Les travaux débutèrent en mai 1999 et devraient être complétés pour avril 2000. Une restauration complète, des modifications sonores importantes qui n'altéreront cependant pas le caractère symphonique de l'instrument mais lui confèreront plus de luminosité tout en diversifiant sa palette sonore, la transistorisation de la console (système solid state logic, comprenant un combinateur électronique à 16 niveaux de mémoire) feront de cet orgue, du moins le souhaitons-nous, un fidèle serviteur de la liturgie et un instrument disponible et accessible pour les concerts d'orgue.

Nous vous tiendrons informés des activités qui entoureront l'inauguration de cette restauration.


Échos de nos artistes invités

Le concert « portes ouvertes » donné en septembre 1998 par Mireille Lagacé aux Saints-Martyrs-Canadiens a été rediffusé par la chaîne culturelle de Radio-Canada le mercredi 3 novembre dernier.

Olivier Vernet mène, à 35 ans, une carrière très active: chaque année, il donne une soixantaine de concerts à travers le monde et enregistre près de sept disques; il est organiste à Vichy et enseigne seize heures hebdomadaires au Conservatoire de Tours! Il vient de terminer son intégrale Bach en 15 disques compacts, totalisant 226 oeuvres.

Claude Lemieux et l'Ensemble de musique sacrée de Québec ont enregistré à Saint-Roch de Québec un disque consacré à des oeuvres du XVIIè siècle italien (dont un Magnificat et la Missa da cappella de Monteverdi). Claude Lemieux joue également quelques pages pour orgue de Frescobaldi et de Gabrieli. (Référence: EMSQ 2001). Il vient d'être nommé organiste à Saint-Thomas-d'Aquin de Sainte-Foy.


Congrès de la Société historique de l'orgue

Du 18 au 25 août, un évènement d'envergure s'est tenu à Montréal et dans les environs: deux organistes qui y ont participé ont bien voulu nous le raconter, chacune à la façon. Si nos lecteurs connaissent bien notre fidèle collaboratrice de Trois-Rivières, Michelle Quintal, Bridget Chatterley a fait ses études au Conservatoire de Genève sous la direction de Lionel Rogg et est organiste à l'église presbyterienne de Briarwood. Elle a également été la présidente du comité d'organisation de ce congrès, ce qui lui a permis de le voir évoluer sous tous les angles.

Le congrès vu par Bridget Chatterley

Cet été fut, pour moi, une période faite d'interminables préparatifs; et puis un beau jour, prêt ou pas prêt, ça y est, le congrès de la Société historique de l'orgue a bel et bien lieu! Logés à l'Hôtel du Parc au centre ville de Montréal, nous nous sommes promenés à bord de 6 à 7 autobus pour voir et entendre 32 orgues en sept jours. Pour moi, c'était passer soudainement du statut de citadine à celui de touriste et j'ai été surprise: j'ai vu des choses, des aspects de la ville et de notre culture qui m'avaient, jusque là, échappé au cours de mes douze ans au Québec.

Nous étions près de 400 congressistes, de véritables « enfants » fous de l'orgue, de disques d'orgue, de facture d'orgue, de chant avec orgue, de décoration de buffets d'orgue et j'en passe. En compilant les résultats du questionnaire remis aux congressistes, on se rend compte que le panache de l'orgue est indissociable du panache de l'architecture et des structures que l'orgue fait résonner. On compare souvent tel instrument à tel autre sans réfléchir aux limites imposées au facteur par le lieu d'installation: espace disponible, résonance des murs, plafonds, planchers, etc.

Pendant la semaine du congrès, ce que j'ai découvert avec des yeux de touriste, c'est principalement la beauté du Québec, sa culture fondée solidement sur des assises religieuses, assises contre lesquelles on se révolte, mais qui sont un trésor qu'on ne reconnaît pas assez. Et probablement sommes-nous trop préoccupés par le train-tain quotidien pour voir comment nos villages et même l'île de Montréal sont entourés de « phares spirituels », d'églises dont les clochers pointent vers le ciel et dont les orgues élèvent et inspirent comme il convient.

Les gens ont préféré les grands sites, tels la Basilique Notre-Dame, la cathédrale de Saint-Hyacinthe et l'église Saint-Jean-Baptiste. En passant, la cathédrale de Saint-Hyacinthe a rajeuni cette année: murs repeints, vernis refaits, couleurs claires et brillantes, des surfaces plus dures qui reflètent mieux les sons. Ces choix de blanc et de dorures conservent toute sa fraîcheur à l'intérieur de cette église. Combiné à la restauration de ce vieux Casavant (opus 8, 1885), cela crée tout un charme. Jean-Guy Proulx nous a régalés avec le choral orné sur le Pater Noster grégorien d'Antoine Reboulot, une pièce plutôt mystique jouée à partir de la console du choeur, suivie d'une sonate de Guilmant jouée à partir de la tribune.

Les artistes étaient tous excellents. Certains moments m'ont laissé une plus grande impression comme Régis Rousseau jouant l'Allegro, choral et fugue en ré de Mendelssohn dans l'église paroissiale d'Oka (orgue mécanique Casavant, 1900), à l'acoustique généreuse; comme le "Nachtigall" au Grand Séminaire que nous avons eu la surprise d'entendre à la toute fin d'une pièce, et la force débordante du jeu d'Yves Préfontaine (orgue mécanique Guilbault-Thérien, Op. 35, 1990); comme aussi le choix du répertoire canadien et d'interprération sensible d'Hélène Dugal à l'église Sainte-Cécile-de-Milton (orgue mécanique Casavant 1892 restauré par Orgues Létourneau); comme aussi le concert final avec Musica Orbium et Patrick Wedd où les choristes de Musica Orbium nous plongèrent dans un véritable bain de juxtaposition tonale contemporaine: malgré la fatigue accumulée durant cette semaine, nous étions comblés. Je revois encore le visage rayonnant d'une soeur qui écoutait le dernier cantique de la semaine, de Denis Bédard: Seigneur, en ta demeure, toute paix, toute joie.

Que de moments inoubliables en si peu de temps: des moments parfois comiques, comme l'évènement "tofu" à l'occasion duquel le cuisinier s'est fait dicter la recette au téléphone la veille et l'a plus ou moins manquée le lendemain.

Tout cela ne serait complet sans un petit mot: merci.

Une journée du congrès vue par Michelle Quintal

21 août 1999. Je me suis payé un beau samedi de fête, six récitals d'orgue dans six églises différentes situées en Montérégie et en Estrie: Clarenceville, Frelighsburg, Dunham et Chambly. Une occasion unique d'entendre, dans une même journée, non seulement un orgue Edward Lyle and Sons de Toronto (1910), mais aussi un orgue Nutting et quatre orgues Warren construits en 1854 et 1876.

[Je retrouve une âme d'enfant lorsque j'écoute un orgue Warren étant donné que c'était l'orgue utilisé à l'église Saint-Paul-l'Ermite (devenu depuis Ville Le Gardeur) où mon père était organiste.]
Une occasion unique d'entendre les organistes Monique Gendron, Catherine Todorowsky, Bridget Chatterley, Margaret de Castro, Thomas Annand et Benjamin Waterhouse dans des oeuvres très variées choisies dans le répertoire de musique espagnole, italienne, allemande, anglaise, danoise, française et canadienne. Quel talent il leur a fallu pour faire chanter l'unique clavier de ces mini orgues (quatre à neuf jeux) avec pédalier réduit ou inexistant dans des acoustiques quelquefois assez sèches! Je n'ai que de l'admiration pour la qualité de leur toucher, pour le choix judicieux des oeuvres entendues, telle la Toccata per l'Elevazione de Frescobaldi jouée par Thomas Annand sur une Dulciana d'un orgue Warren dont le pédalier était décalé (les facteurs montréalais Juget-Sinclair sont en train de restaurer cet instrument).

Étant convaincue que nous participons d'une école d'orgue de très haut niveau, j'étais d'autant plus fière que ce congrès ait donné aux Américains l'occasion de l'apprécier à sa juste valeur. Bravo au comité organisateur qui a su bien choisir les organistes pour jouer sur des instruments aussi inusités. Bravo à tous ces bénévoles qui ont rendu possible la tenue de ce congrès d'une rare qualité.

N.D.L.R. Une autre journée de ce congrès nous sera racontée par Michelle Quintal dans le prochain bulletin.


Discographie

Vu chez le disquaire

  • Intégrale Dupré
    Deux nouveaux disques viennent de s'ajouter à l'intégrale des oeuvres d'orgue de Marcel Dupré chez Naxos: le septième volume, enregistré par Mary Preston (Naxos 8.554211) et le huitième, confié à Stefan Engels (Naxos 8.553920).
  • Intégrale Rheinberger
    À surveiller également, toujours chez Naxos, le début d'une intégrale Rheinberger, par Wolfgang Rübsam (Naxos 8.554212).
  • Intégrale Pachelbel
    Les volumes 5 et 6 de l'intégrale Pachelbel par l'abbé Antoine Bouchard sont en instance de parution.

... et écouté pour vous

La mode est décidément à la transcription chez les organistes: vous me direz que ce n'est pas nouveau et que Bach et Walther s'en donnaient à coeur-joie avec les oeuvres pour violon de leurs contemporains, dont Vivaldi!

  • Olivier Vernet a enregistré, avec Laurent Cabasso, une surprenante version de Mazeppa et des Préludes de Liszt pour orgue et piano.
    Ligia, Lidi 0104067
  • Cet été, nos églises résonnaient des torrents de notes de la Moldau de Smetana, et j'ai encore en mémoire Patrick Wedd jouant, en 1996, aux Saints-Martyrs-Canadiens, la chevauchée de la Walkyrie, dans la version d'Edwin Lemarre! Alors, on ne s'étonnera pas d'entendre, sous les doigts de Rachel Laurin, la sonate en si mineur de Liszt - oui, vous avez bien lu, LA sonate pour piano de Liszt, ce monument derrière lequel se profile le rire sardonique de Méphisto. Fulgurante et grandiose version que ne désavouerait sans doute pas le compositeur, qui adaptait ses propres oeuvres à celui qu'il appelait le « pape des instruments ». Sur le même enregistrement figurent les 25 variations et fugue sur un thème de Haendel de Brahms: le tout joué d'une façon exemplaire et colorée à l'orgue Beckerath de l'Oratoire Saint-Joseph.
    Rachel Laurin joue Liszt et Bramhs (Motette CD 12621).
  • Toujours dans le domaine de la transcription, mais dans un genre plus intime, Benjamin Waterhouse a enregistré à l'orgue Mitchell (1872) de Saint-Fabien-de-Panet quelques pages pour piano de Debussy (les Arabesques et la Petite suite), adaptées à l'orgue dès 1911 (donc du vivant du compositeur) par Léon Rocques. À ces pages juvéniles et gracieuses de Debussy, très joliment rendues par l'interprète, s'ajoutent des oeuvres pour violon et piano d'Elgar (dont la Chanson du matin jouée en concert « portes ouvertes » et le Salut d'amour), transcrites elles aussi au début du siècle. Ce disque, qui permet de redécouvrir l'instrument restauré Denis Juget, y compris la soufflerie manuelle, se termine par les Vespers Voluntaries, opus 14 d'Elgar, seule oeuvre écrite véritablement pour orgue et qui sonne bien sage, à côté des autres!
    Debussy et Elgar à l'orgue (ATMA ACD 2 2214).


Nécrologie
L'orgue français est en deuil, avec la disparition, à l'âge de 78 ans, de Marie-Madeleine Duruflé-Chevalier. Cette remarquable pédagogue et concertiste avait obtenu, en 1949, son prix d'orgue au Conservatoire de Paris dans la classe de Marcel Dupré. L'assistant du maître était alors Maurice Duruflé qui allait, quelques années plus tard, devenir son mari.

Ses funérailles ont eu lieu le 8 octobre dernier à Saint-Étienne-du-Mont à Paris (près du Panthéon), église où elle fut organiste aux côtés de Duruflé et où elle joua encore occasionnellement à la messe jusqu'à l'an dernier. Son courage après le terrible accident de voiture qui interrompit, en 1975, la carrière de son mari et ralentit la sienne - elle renoua cependant avec les tournées de concerts en 1989! - son engagement envers la musique de Duruflé et son excellent enseignement lui valurent d'être surnommée la « Clara Schumann de l'orgue » par un critique du New York Times. Il reste à souhaiter que soient réédités quelques-uns de ses enregistrements.


Nouvelles brèves
  • Depuis mai dernier, Manon Jobin succède à André Gagnon au poste d'organiste à Sainte-Monique des Saules.
  • Esther Clément occupe maintenant le poste d'organiste en l'église Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle, en remplacement de Richard Loiselle. La date de son récital de maîtrise, qui aura lieu au printemps, nous sera communiquée ultérieurement.
  • Les élèves de la classe d'orgue de Noëlla Genest joueront, aux Saints-Martyrs-Canadiens, les 31 janvier et 28 février à 19h30. L'entrée est libre.

  • Noëlla Genest et Robert Girard et Irène Brisson participeront au concert des professeurs du Conservatoire de musique de Québec qui aura lieu, aux Saints-Martyrs-Canadiens, le 16 mars prochain à compter de 20 heures. L'entrée est également libre.

  • Mot de la fin

    C'était donc notre dernier bulletin du siècle! À tous les Amis de l'orgue, je souhaite un joyeux Noël et une agréable entrée dans l'an 2000.

    Je remercie nos collaborateurs Bridget Chatterley, Jean Côté, Gaston Paradis et Michelle Quintal, qui nous permettent d'être au courant de ce qui se passe dans le monde de l'orgue, sans oublier Claude Beaudry, qui assure, toujours pour notre plus grand plaisir, la mise en page de ce bulletin.

    Le prochain bulletin paraîtra à l'occasion du dernier concert de la saison. Si vous désirez proposer un article, envoyer un communiqué ou nous faire part de vos activités et de vos enregistrements, la date de tombée sera le 1er mai 2000.