Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 93 - Septembre 2003


Éditorial

Chers Amis de l'orgue,

Le temps plutôt maussade d'une partie de l'été rendra l'automne plus sympathique, avec ses belles couleurs chatoyantes, le bruit des pas sur les feuilles mortes et ... une nouvelle saison des Amis de l'orgue !

Elle commencera en grand, cette 37e saison, avec le concert Portes ouvertes présenté par Robert Patrick Girard et Geoffrey Thompson et, à cette occasion, nous vous offrons un article que Claude Girard consacre à sa famille qui, depuis 75 ans, se distingue à la tribune de Saint-Patrice de Rivière-du-Loup.

Robert Poliquin, qui a joint l'utile à l'agréable, en prenant ses vacances à Ottawa durant le congrès du Collège royal canadien des organistes (RCCO/CRCO), nous fait part de ses commentaires sur les nombreuses activités auxquelles il a assisté.

Faute d'espace, les nouvelles brèves et les suggestions de disques figureront dans le prochain bulletin.

Au plaisir de vous rencontrer nombreux durant toute la saison,

Irène Brisson
Coordinatrice.

Dans ce bulletin:


La fin de la saison 2002-2003 aux Amis de l'orgue

Le 31 mai dernier, une belle connivence entre la flûte de Richard Lapointe et l'orgue de Josée April a terminé sur une note à la fois dynamique et rafraîchissante la 36e saison des Amis de l'orgue à Cap-Rouge, sur le "Saint-Félix" de Guilbault-Thérien. Beaucoup de vigueur et de personnalité du côté de l'organiste invitée, avec un répertoire diversifié combinant des pages françaises (Marchand et Couperin) tour à tour martiales et très expressives, et des œuvres baroques espagnoles moins connues, tel ce Tiento de medio registro de tiple segundo tono de Correa de Arauxo, très contrapuntique et superbement décoratif, le tout joué avec aplomb sur cet orgue réputé pour ne pas être toujours facile. Musicalité et sensibilité du côté de Richard Lapointe et de belles réparties entre la flûte et l'orgue dans la sonate en si bémol majeur de Carl Philipp Emanuel Bach, élégance et fraîcheur d'une sonate d'un tout jeune Mozart (K.13) et grande classe dans la sonate en sol mineur de Bach. On aura apprécié le brio et le sens du dialogue des deux partenaires et leur solide métier.


Activités d'été

Il y a eu beaucoup de concerts d'orgue et de messes en musique cet été à Québec et dans les environs (Sainte-Marie de Beauce, Chalmers-Welsley, Cap-Rouge, Saint-Dominique, Saint-Jean-Baptiste, Basilique de Québec) et, malheureusement, certaines activités, dont certaines font partie des traditions estivales, avaient eu lieu le même jour, parfois à la même heure, obligeant les amateurs d'orgue, qui ne sont tout de même pas légion, à faire le marathon ou des choix cruciaux. N'y aurait-il pas lieu pour les différents organisateurs de la région de se concerter et d'alterner leurs concerts, plutôt que de diluer leur public?


Une tradition d'organistes à Saint-Patrice :
la famille Girard, titulaire du grand orgue, de 1927 à 2002

par Claude Girard
organiste titulaire de Saint-Patrice de Rivière-du-Loup

Le 24 novembre 2002, je donnais un concert spécial soulignant le 75e anniversaire de la famille Girard comme titulaire des orgues de Saint-Patrice de Rivière-du-Loup depuis 1927. À cette occasion, j'avais choisi des œuvres que mon oncle Willie et mon père Adrien avaient interprétées maintes et maintes fois. Notons : Sœur Monique de Couperin, la Toccata et fugue en ré mineur de Bach, O Salutaris de Saint-Saëns, le 1er mouvement de la Symphonie no. 6 en sol mineur de Widor et la Toccata en si mineur de Gigout. En ce début d'hiver, une foule impressionnante s'était rassemblée pour se remémorer de nombreux souvenirs à l'écoute de cet orgue Casavant (1895-1922) complètement renouvelé par la firme Guilbault-Thérien (1989-1995).

Comme on le sait, le Québec est réputé depuis 1879 pour la qualité de sa facture d'orgues et la compétence reconnue de ses organistes. Pendant très longtemps, la religion catholique a été puissante et a occupé une place importante au niveau social. Des facteurs reconnus tels Warren, Déry, Mitchell, Brodeur puis Casavant Frères ont su profiter de la situation en installant des instruments de dimensions variables un peu partout. De là s'est développée une passion pour l'orgue à tuyaux de plus en plus grandissante, qui s'est transformée en des traditions d'organistes qui se passeront le flambeau et ce, à plusieurs endroits du Québec : citons par exemple les familles Gagnon, Bernier, Daveluy, Lagacé, Poirier.

Saint-Patrice ne fut pas en reste puisqu'elle peut s'enorgueillir d'avoir eu comme titulaires des grandes orgues, des musiciens renommés tels que les Vallières et Girard. À la tribune se sont succédé deux familles qui ont marqué l'histoire musicale régionale et provinciale pendant plus d'un siècle :

  • 1895-1924 : Eugène Vallières
  • 1924-1927 : Henri Vallières
  • 1927-1942 : Willie Girard
  • 1942-1979 : Adrien Girard
  • depuis 1979 : Claude Girard

Afin de bien vous situer dans le temps, permettez-moi de faire un retour dans le temps pour bien saisir ce qui s'est passé. Nous sommes en 1924 : Rose-Anna Giguère, veuve d'Arthur Girard, demeure depuis quelques années dans la paroisse Saint-Charles de Limoilou de Québec et vit avec ses trois fils Willie (1909-1995), Maurice (1910-1978) et Adrien (1912-2000), des moments difficiles. Voyant cela, sa sœur Yvonne, mariée à Lucide Bertrand et propriétaire du Théâtre Princesse à Rivière-du-Loup, les invite à déménager définitivement dans le Bas Saint-Laurent dans le but précis de leur donner de meilleures conditions de vie. Sans se douter de la portée de son geste, elle aura été la grande instigatrice de l'évolution culturelle de sa région.

Durant les années de Québec, les trois frères Girard et leur mère assistèrent à un concert qui allait laisser des traces dans la famille : le réputé Joseph Bonnet inaugura le 21 mai 1920 l'orgue Casavant (opus 817, 45 jeux) de Saint-Charles de Limoilou. Willie et Adrien, alors âgés respectivement de onze ans et huit ans gardèrent un souvenir impérissable de cet événement qui influença grandement leur future carrière d'organistes et de musiciens.

À la mort d'Eugène Vallières (1870-1924), son fils Henri (1902-1993) lui succède à Saint-Patrice et occupera le poste jusqu'à son départ pour l'Europe en 1927. À son retour, il deviendra organiste à l'église Notre-Dame-du-Chemin (1930 à 1972) et professeur à l'École de musique de l'Université Laval. En 1927, le curé Philias Roy engage donc le jeune Willie Girard qui sera secondé de son frère Adrien.

Oncle Willie suit des cours avec l'abbé Léon Destroismaisons au Collège Sainte-Anne-de-la-Pocatière puis, vers 1927-1929 à Québec, avec Joseph-Arthur Bernier, organiste à l'église Saint-Jean-Baptiste et Omer Létourneau (piano et harmonie). Finalement, il obtient deux diplômes de l'Université Laval dont un baccalauréat en musique et veille à transmettre son savoir à son jeune frère qui obtiendra à son tour un diplôme de Lauréat en orgue (1932). Willie quitte son poste en 1942 et on le retrouve plus tard comme maître de chapelle puis organiste-titulaire à l'église Saint-François-Xavier de Rivière-du-Loup (1952 à 1984). De son côté, Adrien devient successivement organiste-titulaire à Saint-Patrice (1942) et directeur de l'Harmonie de la ville (1943-1973). En 1979, après trente-sept ans de loyaux services, il prend sa retraite et laisse sa place à son fils Claude.

Avec la complicité de Maurice, Willie et Adrien Girard auront animé la vie artistique louperivoise pendant plus d'un demi-siècle : au Théâtre Princesse en tant que directeurs artistiques, acteurs, comédiens et pianistes-accompagnateurs. Ils se démarquèrent comme interprètes aussi bien à l'orgue qu'au piano, en plus de se vouer à la composition et à l'enseignement de la musique.

Sur le plan familial, Willie a eu trois fils dont un seul, Jacques, a étudié l'orgue avec Claude Lavoie à Québec. Installé à Black Lake, il y fut organiste pendant une quinzaine d'années mais y a surtout œuvré dans l'enseignement musical au niveau secondaire. De son côté, Adrien a eu cinq enfants et tous ont appris la musique. Les deux frères, l'aîné Robert et le cadet Claude, font carrière comme musiciens et organistes professionnels depuis plus d'une trentaine d'années, ce qui est digne de mention : Robert a obtenu un Premier Prix d'orgue dans la classe de Claude Lavoie au Conservatoire de musique de Québec; Claude a obtenu à l'Université Laval une Maîtrise en interprétation sous la direction de l'abbé Antoine Bouchard et d'Antoine Reboulot. Robert est organiste à Saint-Dominique de Québec depuis 1964 et enseigne au Conservatoire de musique du Québec depuis 1973 (d'abord à Chicoutimi, puis à Québec).

Je ne saurais terminer cet article sans dire quelques mots au sujet de Claude Lavoie (né en 1918). Natif de la paroisse Saint-Patrice et cadet d'une famille de neuf enfants, Claude a sûrement hérité ses dons de sa mère qui était une excellente pianiste. Vers la fin des années 1920, il était tout jeune et faisait « la pluie et le beau temps » dans les salons de la ville. En fait, c'était le jeune prodige, l'étoile montante de la nouvelle génération. Doué d'un talent exceptionnel, il jouait tout à l'oreille et ce dans n'importe quel ton. Voyant cela, on demanda à l'oncle Willie de lui donner ses premiers cours de musique « à la note » sur un vieil harmonium à deux claviers et pédalier. À un moment donné, quand mes parents ont acheté leur maison sur la rue Du Rocher, les deux familles se sont rapprochées, puisqu'elles demeuraient sur la même rue! Plus tard, Claude Lavoie quittera définitivement la région pour aller se perfectionner au Collège de Lévis avec l'abbé Alphonse Tardif. Après avoir remporté le Prix d'Europe en 1942, il posera sa candidature comme organiste à Saint-Patrice. Toutefois, elle ne sera pas acceptée et on préférera poursuivre la tradition déjà bien établie en engageant Adrien Girard pour succéder à son frère Willie. Ce fut un mal pour un bien car cela a changé tout le profil de sa brillante carrière dont nous connaissons la suite.


Congrès RCCO/CRCO à Ottawa
par Robert Poliquin

Le congrès annuel du RCCO/CRCO s'est tenu cette année, du 20 au 25 juillet, à Ottawa. Pour plusieurs membres des Amis de l'orgue de Québec, la destination d'Ottawa rappelle certainement des moments intéressants puisque notre excursion culturelle annuelle de 2002 s'est déroulée dans cette région.

Les instruments

Aux instruments déjà visités et entendus en 2002 (Basilique/Cathédrale Notre-Dame, Chapelle du Couvent Bruyère, St. Matthew's Anglican Church, Église Saint-François-d'Assise) se sont ajoutés d'autres instruments tout aussi intéressants : Christ Church Anglican Cathedral (Casavant 1932/1969/1997), Knox Presbyterian Church (Casavant 1933/Gober 1996/Raudsepp 2001), Église Sainte-Anne (Casavant 1912/1988), St. Peter's Lutheran Church (Casavant 1977), Rideau Park United Church (Guilbault-Thérien 1989), St. John the Evangelist Anglican Church (Kney 1977) et surtout le Flentrop 1973 du Centre National des Arts, instrument donné par la communauté canado-hollandaise pour souligner le rôle qu'a joué le Canada lors de la libération de la Hollande en 1945. Aux dires des résidants de la région d'Ottawa, cet instrument est un trésor méconnu de la capitale car il est très peu utilisé (une seule fois au cours des cinq ou six dernières années). Il est installé sur une plate-forme laquelle est avancée sur scène lorsque l'orgue est utilisé pour être ensuite remisée dans une salle similaire à un placard.

Les concerts

Quatre récitals d'orgue ont marqué ce congrès. Le premier, donné par l'Allemand Ludger Lohmann au Knox Presbyterian Church, comportait un programme axé principalement sur la musique d'inspiration germanique. Le deuxième, donné par le Belge Jean Ferrard à l'église Saint-François-d'Assise, nous a introduits à la musique belge composée au cours des quatre derniers siècles. Le troisième concert était donné à la Basilique/Cathédrale Notre-Dame par l'Américain Frederick Swann qui, après une carrière de 60 ans comme musicien d'église et concertiste, en était à sa dernière tournée de concerts. Il nous a offert un programme de musique symphonique d'auteurs allemands, américains, français, et canadiens. Enfin, le quatrième, donné par la Québécoise Catherine Todorovski à St. Peter's Lutheran Church, était consacré à la musique baroque.

Deux concerts mixtes ont été présentés : d'abord au Centre National des Arts avec l'organiste et directeur Thomas Annand et le groupe Capital BrassWorks (ensemble de cuivres) et, en toute fin de la semaine, à l'église Knox avec l'organiste Danielle Dubé et le Quintette à vents Bel Canto dans un programme de musique d'auteurs contemporains.

Le concours d'orgue

Le congrès annuel est aussi l'occasion pour présenter la finale du concours d'orgue ouverts aux jeunes canadiens. Elle s'est déroulée en l'église Sainte-Anne et présentait trois candidats. Chacun devait inclure dans son programme, une œuvre majeure de J. S. Bach, une œuvre du XXe siècle, et une œuvre au choix du candidat dans un style différent de l'œuvre du XXe siècle choisie précédemment. Cette compétition est de très haut calibre et les trois candidats ont offert des prestations époustouflantes. Le gagnant fut Andrew Henderson, un Ontarien natif de Thorold, qui étudie au niveau du doctorat au Julliard School of Music de New York tout en étant assistant-organiste à l'église St. Ignatius Loyola. En seconde place, l'Albertain Gary Tong, étudiant au niveau de la maîtrise à l'Université de l'Alberta à Calgary, et enfin, l'Ontarien Geoffrey Ward, natif de Brampton, qui étudie au niveau du doctorat à l'Université du Kansas.

Les conférences

Au cours de la semaine, plusieurs séminaires/conférences ont été offerts avec traduction simultanée. Les sujets traités allaient de la vocation du musicien d'église, la sélection de la musique pour une liturgie vivante, l'articulation dans la musique romantique allemande, les éléments rhétoriques dans les œuvres de J. S. Bach, les compositions liturgiques canadiennes, les pédagogues de l'école d'orgue belge, une introduction à l'improvisation durant un service religieux, et une présentation de l'œuvre d'orgue de Johann Pachelbel par l'abbé Antoine Bouchard à laquelle les Amis de l'orgue ont déjà eu le plaisir d'assister au cours de la dernière année.

Les services religieux

Le congrès est aussi une occasion d'assister à différents services religieux : la prière du soir (Evensong) à la Christ Church Anglican Cathedral (Casavant 1932/1969/1997), la prière du matin à la First Baptist Church (Casavant 1966) et St. Alban's Anglican Church (Warren 1882/Casavant 1937) où la musique chorale polyphonique et le chant d'hymnes étaient à l'honneur. Un service œcuménique s'est déroulé en la chapelle du couvent Bruyère au cours duquel Rachel Laurin a créé deux œuvres canadiennes, l'une de Gilles Maurice Leclerc et l'autre de Deirdre Piper alors que le chœur Seventeen Voices créait le motet The Gift of Water de Frances MacDonnell. Ces œuvres avaient été spécialement commandées pour le congrès et tous ces auteurs résident dans la région d'Ottawa.

En résumé, une semaine remplie d'activités très bien planifiées et toutes aussi intéressantes les unes que les autres dans une région magnifique malgré quelques jours de pluie. Il faut souligner le travail remarquable des membres du comité organisateur, sous la direction de Gilles Maurice Leclerc, et de plusieurs bénévoles qui ont assuré le bon déroulement des activités du congrès.

Sur le plan personnel, je me suis offert un voyage en train - oui, je n'avais jamais voyagé en train auparavant - et je l'ai beaucoup apprécié. Comme certains repas étaient laissés à la discrétion des participants, j'ai découvert de petits restaurants sympathiques dans le secteur du vieux marché ou du secteur de la rue piétonnière Sparks où bonne bouffe, bon vin, bonne bière étaient dégustés en bonne compagnie. J'en ai aussi profité pour recueillir plusieurs photos d'instruments qui seront, au cours des semaines à venir, intégrées au site Internet que je diffuse.

L'an prochain... à Winnipeg. Comme le dit une chanson de Pierre Lalonde datant des années 1970, " À Winnipeg, les nuits sont longues... " Peut-être pourra-t-on prouver le contraire au cours du congrès de 2004?


Récitals d'orgue à East-Broughton
par Eric Vachon

Pour la troisième année consécutive se tiendra la série "Récitals d'orgue à East-Broughton". Les concerts ont lieu à 15 heures les dimanches après-midi. L'entrée est libre. L'orgue, un Casavant 1919 restauré en 1989 et réharmonisé en 1999-2000, possède 37 jeux répartis sur 3 claviers et le pédalier.

  • 14 septembre, Eric Vachon, organiste titulaire.
    Œuvres de Buxtehude, Bach, Widor, Bédard ainsi que des compositeurs américains.
  • 21 septembre, Gilles Rioux, organiste titulaire à la basilique Notre-Dame-du-Cap.
    Au programme, notamment des transcriptions d'œuvres connues, dont un extrait de Water music de Haendel, et la Suite de Peer Gynt de Grieg.
  • 28 septembre, Danny Belisle, organiste titulaire à l'église Saint-Patrick de Québec.
    Œuvres de Nibelle, Haendel, Lefébure-Wely, Dubois et Widor.

East-Broughton est à 45 minutes des ponts de Québec : autoroute 73 sud jusqu'à Vallée Jonction et ensuite route 112 (direction Thetford-Mines).


Mot de la fin

Remerciements à Claude Girard, Robert Poliquin et Éric Vachon pour leur précieuse collaboration, et à Claude Beaudry, toujours fidèle à la mise en page.

Le prochain bulletin paraîtra en novembre. Date de tombée : 15 octobre.