Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 97 - Juin 2004


Éditorial

Chers Amis de l'orgue,

Que d'activités musicales nous attendent cet été, que ce soit le Concours d'orgue de Québec, le Festival Bach de Sainte-Foy, les traditionnels concerts à Chalmers-Wesley ou les messes en musique de Saint-Dominique! Nous avons préparé pour vous un calendrier qui, nous l'espérons, vous sera utile.

Partisan de la relève de l'orgue à Québec dont il ne manque aucun concert, Jean-Claude Rivard, ancien journaliste du quotidien Le Soleil, nous fait un portrait attachant de Robert Gosselin et de François Grenier.

Si les météorologues nous promettent un été maussade et pluvieux, l'orgue saura bien nous l'ensoleiller!

Bonnes vacances!

Irène Brisson
Coordinatrice.

Dans ce bulletin:


Du côté des Amis de l'orgue

Avant-dernier concert pas banal le 3 avril dernier à Cap-Rouge, que celui de Vincent Brauer! Une première partie consacrée à deux incontournables du XVIIe siècle français, Titelouze et de Grigny, et à leurs contemporains espagnols, Correa de Arauxo, Bruna et Cabanilles. L'invité des AOQ fait preuve d'un beau tempérament, d'un jeu inventif et coloré, et met en valeur ce qu'il peut y avoir de noble et de flamboyant dans cette musique qui allie plain-chant et fantaisie, surtout côté espagnol, et combine rhétorique et ferveur, côté français.

Succédant au Vater unser de la 6e sonate de Mendelssohn, la deuxième partie du concert a mis quelque peu les auditeurs en déroute : deux œuvres du dernier quart de siècle, ayant pour auteurs un Polonais (Stanislaw Moryto) et un Espagnol (José Luis Turina) peu connus! Le moins qu'on puisse dire, c'est que le modeste Saint-Félix de Cap-Rouge n'a pas souvent « chauffé » à ce point, avec ces clusters, ces dissonances à la Bartok, ces coloris hérités de Messiaen. Si le Cantio polonica de Moryto s'enlise dans des répétitions dont on pourrait se passer, le brillant Punto de organo de Turina montre que l'orgue espagnol d'aujourd'hui garde bien vivante la grande tradition des tientos du passé. Un écran géant aurait été le bienvenu pour voir ce qui se passe et mieux suivre cette musique dépaysante.


Le nouvel orgue de la cathédrale anglicane de Québec
par Benjamin Waterhouse, organiste titulaire

Le buffet de l'orgue England & Sons de 1790 est maintenant installé et s'intègre à merveille à l'architecture de cette église vénérable. Les tuyaux arriveront prochainement et seront harmonisés par les soins du facteur Hellmuth Wolff et de ses associés.

L'orgue possède sept jeux : Open Diapason 8, Stopped Diapason 8 (coupé en basses et dessus), Principal 4 (coupé), Fifteenth 2, Sesquialtera (basses) et Cornet (dessus); Dulciana (dessus) et Hautbois (dessus). Le clavier s'étend du sol grave (donc une quarte au-dessous du do habituel) au fa aigu.

Le concert d'inauguration aura lieu le samedi 5 juin à 20 heures, avec la participation des Violons du Roy et de Benjamin Waterhouse. Le programme sera entièrement consacré à la musique anglaise, de Purcell à Elgar et au-delà, et comprendra un concerto pour orgue et cordes de John Stanley. Les billets sont en vente à la cathédrale et au bureau des Violons du Roy, au coût de 45 $.

Le lendemain, la chorale « The Anglican Singers » du Connecticut, sous la direction de Marianna Wilcox, chantera les vêpres traditionnelles à la façon d'Angleterre, avec la participation du nouvel orgue. Entrée libre.


Le concours d'orgue de Québec

Les trois finalistes (une femme, deux hommes) du 5e Concours d'orgue de Québec, qui aura lieu le jeudi 17 juin à compter de 18h30 sont : Sunyi Shin, Ryan Enright et Matthieu Latreille. Les trois candidats se feront entendre dans l'ordre qui aura été déterminé par un tirage au sort. Sunyi Shin et Ryan Enright (ancien élève de Gaston Arel et de Jean Le Buis) étudient tous les deux à l'Université McGill de Montréal avec John Grew. Matthieu Latreille, de Gatineau, est l'élève de Danielle Dubé au Conservatoire de Gatineau.

Le jury sera constitué de Christophe Mantoux, organiste de l'église Saint-Séverin à Paris, de Gaston Arel, organiste de l'Abbaye d'Oka, et de Gilles Rioux, organiste de la basilique Notre-Dame du Cap-de-la-Madeleine et lauréat du premier concours en 1992.

Selon la tradition, une œuvre canadienne spécialement composée pour le concours s'ajoutera au programme des trois finalistes : il s'agit de l'Étude héroïque, de Rachel Laurin.


Deux jeunes organistes réalisent un rêve lointain
par Jean-Claude Rivard

Lorsqu'ils ont respectivement fait chanter les grandes orgues de l'église du Saint-Nom-de-Jésus et de l'Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, en mai 2003, Robert Gosselin et François Grenier réalisaient un lointain rêve de jeunesse. A ce seul égard, l'excursion culturelle des Amis de l'Orgue dans la région de Montréal, l'an dernier, doit être considérée comme un succès certain, abstraction faite de la qualité des concerts présentés et du nombre record de participants qui ont rempli deux autobus. Cette dix-neuvième sortie annuelle a en effet permis à ces jeunes musiciens de se familiariser avec des instruments de prestige ainsi que de rencontrer leurs organistes titulaires, des artistes de renommée, chez eux, dans leur propre milieu.

Robert Gosselin

« Je rêvais depuis longtemps de pouvoir jouer sur le Casavant 1917 de l'église Saint-Nom-de-Jésus, un 91 jeux considéré comme l'un des orgues les plus réputés d'Amérique », raconte Robert Gosselin, originaire de Saint-Zacharie, dans la Beauce, titulaire à Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle, à Sainte-Foy. En fin de vingtaine, il termine actuellement des études de maîtrise, sous la direction de Richard Paré, à la faculté de Musique de l'Université Laval.

« C'est un instrument particulièrement représentatif de ce que les frères Casavant ont réalisé au siècle dernier », commente-t-il au sujet de l'orgue du Saint-Nom-de-Jésus en précisant qu'à son point de vue personnel, l'instrument est « particulièrement bien adapté à la musique d'orgue romantique ».

C'est avec cette ferveur, qu'assisté de l'organiste titulaire Régis Rousseau, Robert Gosselin a requis le privilège de pouvoir se familiariser avec l'instrument avant de se lancer dans l'interprétation publique du Victimae Paschali de Charles Tournemire tel que reconstitué par Maurice Duruflé. Une œuvre époustouflante chaudement applaudie!

Robert Gosselin n'est pas issu d'une famille de musiciens. À l'origine, il ne se destinait pas davantage à la musique, sa formation de base ayant été acquise dans le domaine des sciences pures au Cégep Sainte-Foy où il a complété, avec le regretté Yvon Larrivée, ses études en piano. Sauf qu'il a toujours aimé la musique. Il a commencé jeune à apprendre le piano. C'est même son professeur de piano du temps, à Saint-Zacharie, Monique Drouin, qui l'a initié à l'orgue paroissial pour qu'il puisse assumer sa suppléance... et sa relève! Des amis comme Dominique Gagnon ont fait le reste, avant que Richard Paré n'entre dans le décor, à la Faculté de Musique.

François Grenier

Sans répétition préalable, et ne pouvant compter que sur les explications et conseils du titulaire Philippe Bélanger, relativement à la registration, François Grenier, 21 ans, élève de Noëlla Genest au Conservatoire, a courageusement affronté le « monstre » de l'Oratoire Saint-Joseph. Il a surmonté l'épreuve avec le Prélude et fugue en si mineur de Jean-Sébastien Bach (BWV 544). Pourtant, avant de se river au « banc des douleurs », face à cinq claviers à traction mécanique commandant 78 jeux et pas moins de 5,800 tuyaux, qu'il semblait inquiet, sinon un peu paniqué! Imaginez : un orgue représentant la hauteur d'un édifice de huit étages avec un jeu de récit qui se trouve à 60 pieds au-dessus la tête, un clavier supérieur se situant à la hauteur des épaules, une réverbération de six à huit secondes, etc. Malgré ses craintes initiales, c'est donc avec une indicible fierté que François Grenier a réalisé son exploit, un véritable rêve d'enfance, dans le sillage et sur l'ancien instrument de Raymond Daveluy.

Musicien discret et effacé, François Grenier est originaire de Saint-Prosper, dans la Beauce, où son père, professeur de musique en milieu scolaire, ainsi que directeur de la chorale paroissiale, fut son premier professeur de piano, alors qu'il n'avait que cinq ou six ans. C'est également son père qui, plus tard, l'a initié à l'orgue pour qu'il puisse accompagner la chorale.

Un jour, un oncle lui a offert un enregistrement sur cassette de la Toccata et fugue en ré mineur de Bach, interprétée par Raymond Daveluy, à l'Oratoire Saint-Joseph. « Dans ma tête d'enfant, je me suis juré qu'un jour, je serais capable de jouer cette œuvre et peut-être d'autres, si possible, à l'Oratoire », évoque-t-il. Il a donc répété et répété la célèbre Toccata sur un clavier électronique qu'on lui a offert en cadeau. Puis, il a disséqué d'autres œuvres de Bach. Puis, quand un bon jour les paroissiens ont entendu l'une de ces œuvres interprétées par un enfant, sur leurs orgues, dans l'église de Saint-Prosper, ce fut l'émerveillement général! On n'avait jamais rien entendu d'aussi beau!

C'est à partir de ce moment que François a commencé à améliorer son jeu, grâce notamment aux conseils du collègue et ami, Dominique Gagnon, titulaire à Sainte-Marie, avant qu'il n'entre dans le giron de Noëlla Genest, au Conservatoire, pour des études d'orgue, il y a sept ans. Il vient d'obtenir son diplôme de niveau Supérieur I (baccalauréat) au Conservatoire.


Nouvelles brèves

  • Concerts du printemps
    • La saison bat son plein à Québec et dans la région. Pour n'en donner qu'un aperçu, voici un écho de Saint-Roch, signé Robert Poliquin : « C'est avec brio que Danny Belisle a inauguré la série de concerts Le Printemps de Saint-Roch le 5 mai. Heureuse découverte! Il a inscrit à son programme la 5e symphonie de Charles-Marie Widor : pas seulement la célèbre Toccata finale mais la symphonie au complet. Pur ravissement! Avec toute la finesse, le doigté et la maîtrise qu'on lui connaît, il nous a ébahis tout au long de cette œuvre. Le tout était précédé d'une page tout aussi éblouissante et peu exécutée : la Marche aux Flambeaux d'Alexandre Guilmant. Encore une fois, tout un bouquet de sonorités à saveur printanière. »
    • Rappelons que, de son côté, le Festival de Sainte-Marie de Beauce nous propose trois concerts, le dimanche à 15 heures (entrée libre) :
      6 juin: Marc d'Anjou (Québec) et le quintette de cuivres de l'Université Laval
      13 juin: Philippe Bélanger (Montréal)
      20 juin: Dominique Gagnon (Sainte-Marie, organiste-titulaire).

  • Festival Bach de Sainte-Foy
    • La troisième édition de ce festival de musique baroque aura lieu du 25 au 31 juillet à l'église Saint-Thomas-d'Aquin, au Parc de la Visitation et au parc Roland-Beaudin de Sainte-Foy. Pas moins de 17 concerts seront présentés en sept jours. Parmi eux, le 29 juillet à 20 heures (Saint-Thomas-d'Aquin) l'intégrale des concertos pour orgue transcrits par Bach. Organiste invité : Denis Bédard. Commentatrice : Irène Brisson.

      Pour la programmation complète du festival, consulter le dépliant et le site Internet www.festivalbach.com

  • Inspiré par la Pentecôte, Danny Belisle donnera le 30 mai prochain à 19h30 à l'église Saint-Michael de Sillery (1800, Chemin Saint-Louis) un concert au profit de la restauration de l'orgue Casavant de 1910 (sept jeux). Au programme : Bach, Haendel, Duruflé, Tournemire, Bédard. Coût : 20 dollars.
  • Claude Girard s'associera au hautboïste Jean-François Plante pour un concert à Saint-Félix de Cap-Rouge le dimanche 6 juin à 14h30. Ce concert s'inscrit dans le cadre du festival DécouvrArts et sera entièrement consacré à la musique allemande du XVIIIe siècle. Entrée libre.
  • La 10e Académie d'orgue et de clavecin de Rimouski se tiendra du 12 au 16 juin. Les cours seront données par Kenneth Gilbert et Jean-Guy Proulx. Des ateliers seront confiés à Josée April et à Luc Beauséjour.
  • Edith Beaulieu a été confirmée comme titulaire de l'orgue de l'église Notre-Dame-de-la-Garde, à Québec, succédant ainsi à Paul Grimard. Tout en conservant son poste à Notre-Dame-de-Jacques-Cartier, Édith Beaulieu se réjouit de cette nouvelle nomination dans une « église magnifique où règne une atmosphère stimulante et une vie musicale centrée autour de bénévoles dévoués. »
  • Mathieu Blain vient de compléter sa maîtrise en orgue auprès de Richard Paré à la Faculté de musique de l'Université Laval. Parmi les auditeurs de son récital du 6 mai aux Saints-Martyrs-Canadiens, Robert Poliquin, qui nous livre ses impressions : « Avec un programme très intéressant allant de Bach à Messiaen en passant par Mozart, Mendelssohn et Liszt, Mathieu Blain a joué avec assurance et ses interprétations ont été claires et précises. Un récital revigorant tant par la sonorité de l'instrument que par le jeu de l'organiste. »
  • Dès l'automne prochain (les dimanches 26 septembre, 3, 10 et 17 octobre à 19h30), l'intégrale de la musique pour orgue de Dietrich Buxtehude (1637-1707) sera présentée à la basilique Notre-Dame de Québec. Nathalie Gagnon, Marc d'Anjou, Claude Lemieux et Dany Wiseman participeront à cet ambitieux projet sur lequel nous reviendrons dans le bulletin de la rentrée.


Mot de la fin

Remerciements à Jean-Claude Rivard, Robert Poliquin, Benjamin Waterhouse et à tous ceux qui prennent la peine de nous tenir informés de la vie musicale de l'orgue dans notre région. Merci également à Claude Beaudry pour sa contribution inestimable à la mise en page.

Le prochain bulletin paraîtra en septembre. Date de tombée : 18 août.