Mixtures

No. 2 - Mai 1995

Dans ce numéro:


Éditorial

Par Gilles Rioux

Mixtures en est déjà à sa deuxième parution. L’un des objets de la Fédération étant de faciliter l’échange d’informations et de ressources à l’avantage des associations locales et du monde de l’orgue, je lance ici un appel à tous, organistes et mélomanes, pour nous informer de ce qui se passe dans vos régions. Tout se qui peut se passer autour de l’orgue et des organistes nous intéresse et il en va de votre collaboration pour que nous en soyons informés. Chaque région du Québec a sa couleur distinctive et je tiens personnellement à ce que le bulletin reflète cette diversité toute québécoise. Inaugurations d’orgue, restaurations, parutions de disques, partitions, littérature organistique, concerts spéciaux, anniversaires sont autant de points que nous souhaiterons connaître afin de les partager avec tout le Québec.

Nous inaugurons, dans ce numéro, une chronique de disques. Si vous voulez que nous fassions un compte-rendu de votre disque, n’hésitez pas à nous en envoyer un exemplaire en nous indiquant son prix de vente ainsi que le ou les endroits où il est possible de se le procurer. Nous nous proposons également de faire connaître les compositions pour orgue écrites par nos compositeurs québécois. Pour cela, nous vous suggérons de faire la même chose que pour les disques.

Je vous rappelle que notre premier congrès annuel se tiendra à Québec le 16 juin prochain. Nous vous invitons à vous inscrire en grand nombre.


Nos organistes compositeurs:
Antoine Reboulot
(2e partie)

par Sylvain Caron


IV. Les œuvres de la deuxième période créatrice

    Pour Antoine Reboulot, la Chaconne en rondeau marque la fin d’une époque. Après avoir écrit régulièrement pour l’orgue pendant les années 1950, le compositeur cesse toute production au début des années 1960, observant un silence qui durera près de 20 ans. Il ne reçoit plus de commande, tout en n’étant « pas affolé d’écrire pour l’orgue ». Ce silence, en apparence inquiétant, lui permettra pourtant de mûrir sa vision de la création pour orgue. Lorsqu’il se remettra à composer, il le fera dans un style complètement renouvelé et qui sera devenu encore plus personnel. En outre, les œuvres de cette « deuxième manière » n’auront plus cette retenue qu’un cadre liturgique ou un thème grégorien leur avait imposée, puisqu’elles seront cette fois écrites pour le concert. L’auteur pourra donc aller au bout de ses idées et laisser libre cours à une approche plus originale de l’orgue. « Ce que je cherche à faire, c’est avant tout de donner à l’instrument un visage différent de celui auquel le cadre liturgique l’avait confiné, de sortir de ce que je ferais si j’avais une commande pour l’église. Je désire plutôt personnaliser mes propres pensées. J’ai envie de ne pas savoir à l’avance ce que je ferai, et de traduire les climats qui m’habiteront au moment où je me mettrai à écrire ».

    La manifestation de ce nouveau langage se retrouve dans une œuvre dont les effectifs et l’ampleur dépassent de beaucoup le cadre du présent article, mais qui mérite toutefois d’être mentionnée : O Crux Ave. Lorsque, par l’entremise de Jacques Boucher, la Société Radio-Canada demande à Antoine Reboulot de composer une œuvre sur le chemin de croix de Paul Claudel, elle essuie d’abord un refus. À la fois terrifié et fasciné par la profondeur et l’originalité du texte de Claudel, le compositeur accepte finalement de se mettre à la tâche. O Crux Ave a été soumise par la Société Radio-Canada au concours Paul-Gilson Musique 1979 de la Communauté radiophonique des programmes de langue française. L’œuvre a été créée, le 3 mai 1980, dans une réalisation de Jacques Boucher.

    Quelques années plus tôt, Antoine Reboulot s’était remis à écrire pour l’orgue avec ses Variations sur le nom d’Henri Gagnon, en hommage l’ancien titulaire des orgues de la basilique de Québec. Il enregistre cette œuvre sur disque en 1974. Cependant, lorsque Lucien Poirier lui demande la partition en vue de la publier, en 1987, il y apporte quelques changements, de sorte que la version sur disque n’est pas la même que la version publiée. C’est cette deuxième version qui fait l’objet de l’analyse qui suit.

    Première œuvre de la « nouvelle manière » écrite exclusivement pour l’orgue, les Variations sur le nom d’Henri Gagnon frappent d’abord par l’originalité du thème. L’auteur, qui transcrit en musique le nom d’Henri Gagnon selon un procédé où l’on attribue à chaque lettre de l’alphabet un nom de note, écrit un thème qui n’a plus rien à voir avec les mystiques mélodies grégoriennes. Après une brève introduction, qui utilise les motifs de quinte et la quarte de la tête du thème, le cromorne fait entendre le « nom d’Henri Gagnon » dans son intégralité puis le développe en une sorte de récitatif mélancolique. La première variation, une imitation sur la tête du thème, développe une écriture qui devient progressivement très dense avant de se dissiper lentement. Dans la deuxième variation, le renversement de la tête du thème engendre deux climats qui s’opposent en alternance, l’un Allegretto scherzando et l’autre Quasi adagio. Un nouvel aspect du thème est exposé dans la troisième variation, avec un solo de cornet très ornemental, accompagné discrètement par des tenues en quintes et par une pédale qui vient élargir la texture sonore par son contre-chant. Très aérienne, la quatrième variation fait entendre une formule répétée dans le registre aigu du bourdon, alors que la dulciane complète l’harmonie par des accords qui se meuvent lentement. La pédale rappelle le thème avec des éléments empruntés à la variation précédente. Après une lente descente vers le grave, le perpetuum mobile s’immobilise en un accord tendu, avant que ne s’amorce le fugato de la cinquième variation. La texture polyphonique se dissout en des descentes et des montées qui parcourent d’abord toute l’étendue du clavier du positif, puis celle du clavier du grand orgue, avec plus d’intensité. L’entrée des anches du positif coïncide avec l’apparition de tenues qui font « crier » l’aigu de l’orgue, et qui, sur le plan rythmique, ont pour effet de freiner l’impulsion. La tension harmonique très vive de ces tenues dans l’aigu débouche sur le tutti, avec une amorce de toccata dont les accords alertes se figent rapidement. Finalement, le Molto lento achève un magistral ralentissement, avec des accords qui deviennent de plus en plus lourds avant d’atteindre l’immobilité.

    Si les Variations marquent une nette évolution par rapport aux premières œuvres, les Musiques pour orgue à deux organistes vont encore beaucoup plus loin dans l’affirmation d’un style totalement original. Grâce au concours de deux interprètes, ces Musiques occupent un espace sonore beaucoup plus vaste que dans le répertoire à un seul organiste, tant par l’étendue du registre qui peut être couvert que par la quantité d’informations sonores qu’il devient possible d’émettre simultanément.

    D’une durée de plus de 30 minutes, les Musiques se divisent en cinq mouvements. Le premier mouvement explore différentes combinaisons sur des accords qui, par leur amplitude sonore variable, créent l’effet d’une vague qui ondule lentement. Joués sur le bourdon 16’ et la flûte 2’ du récit – une registration qui allie le grave au suraigu – ces accords finissent par s’estomper pour faire place à un récit monodique sur le bourdon du grand orgue. Le procédé est ensuite repris, mais la seconde fois, il s’enchaîne avec des sixtes parallèles à la pédale, au moment où s’amorce un mouvement en quintolets confié au deuxième organiste. De cette opposition entre le statisme et le mouvement émerge une mélodie, d’abord lente, puis qui s’accélère pendant que cessent les sextolets. C’est avec l’envolée de cette mélodie vers l’aigu que se termine le mouvement, alors que des accords du récit ne subsiste que le dernier do dièse.

    L’avance inexorable des doubles croches en mouvement parallèle est la raison d’être du deuxième mouvement. Gammes, mouvements en zigzag, accord alternés, rien ne peut arrêter l’implacable volonté qui agite le premier organiste. Le deuxième organiste, quant à lui, ponctue le discours en suivant le courant, en scandant des accords ou en tentant vainement de s’opposer à la course folle des doubles croches par des accords statiques.

    Le troisième mouvement commence par une sorte de grondement, des grappes d’accords qui résonnent dans le grave de la montre 16’ du grand orgue. Ces grappes sont suivies d’un cluster, toujours dans le grave, pendant que les fonds de 16’ et 32’ de la pédale intensifient un caractère sourd et menaçant. Dans cette atmosphère insolite, le premier organiste attaque un mouvement de sextolets partagé entre le clavier de bombarde, avec le grand jeu de tierce, et le clavier de récit, avec la cymbale et le bourdon, deux sonorités qui opposent le sombre et le lumineux. Puis d’autres sonorités jaillissent : les sextolets descendent à la montre 16’, et des accords résonnent cette fois à l’aigu de la voix humaine, au récit, dans une atmosphère vraiment inquiétante! Ensuite les sextolets passent au registre suraigu de la mixture du récit, opposant leur sonorité cristalline à la gravité du grand jeu de tierce en taille, et à la sonorité rauque du cromorne dans le grave. À la fin, toutes ces textures s’entremêlent, avec des glissandos intercalés entre les grondements sombres qui avaient ouvert le mouvement.

    La forme du quatrième mouvement est celle d’une passacaille, c’est-à-dire que les huit blanches du thème qui ouvrent le mouvement seront implacablement répétées par la pédale tout au long de la pièce. Les quatre premières variations procèdent par addition de motifs, alors que les sept suivantes développent une mélodie confiée au cornet. L’ostinato s’interrompt momentanément et laisse chanter seul le cornet, avant de reprendre son cours, toutefois avec un rythme modifié et accompagné de deux nouveaux motifs – une cellule chromatique et des croches en quintes parallèles – qui seront répétés inlassablement de mesure en mesure jusqu’à la fin de l’œuvre.

    Pour le dernier mouvement, Antoine Reboulot renoue avec une forme qui lui est chère, à savoir l’opposition en alternance de deux éléments thématiques. Le premier thème, Lent et majestueux, projette vigoureusement des accords répétés, avec toute la force de l’orgue, sur un fond de longues tenues. Le deuxième thème, quant à lui, comporte deux idées, à savoir des accords scandés par le premier organiste, et un fourmillement continuel de doubles croches confiées au deuxième organiste. Puis le premier thème est réintroduit brièvement, pour ensuite faire place à une sorte d’interlude, avec des accords très lents qui semblent suspendre toute notion du temps. Le thème initial revient une dernière fois, dans une nuance pianissimo. Finalement, le fougueux thème revient, mais cette fois pour opposer les organistes, en faisant passer les deux idées qui le composent d’un interprète à l’autre. Au terme de ce combat colossal, les deux organistes se « réconcilient » en jouant ensemble les accords qui ponctuent la fin de cette œuvre magistrale.

V. Vision d’avenir

    Interrogé sur sa conception de la composition pour orgue à notre époque, Antoine Reboulot se fait prudent. « Il me semble difficile d’aller plus loin que ce que nous faisons aujourd’hui dans la recherche d’effets nouveaux et dans le domaine de l’avant-garde. Je crois que le danger d’une telle approche serait de faire dire à l’orgue ce qu’il ne peut pas dire. Quant à moi, je souhaite démontrer, dans mes compositions, que même si l’orgue est statique par nature, il porte en lui des modes d’expression subtils que je cherche à explorer, sans pour autant prétendre révolutionner le langage pour orgue ».

    Si Antoine Reboulot a commencé à écrire sans trop y croire, il le fait maintenant avec la certitude d’avoir trouvé sa voie. De nombreux projets de composition, et pas seulement pour l’orgue, occupent présentement son esprit. Il souhaite ses œuvres futures aussi improvisées que possible, dans le désir de cristalliser sa « lune du moment ».

    « Ou bien on se fossilise, ou bien on évolue », affirme-t-il avec candeur. Antoine Reboulot est un homme sensible qui, avec humilité, a su se questionner tout au long de sa vie sur la vérité de son art. La jeunesse qui anime aujourd’hui le doyen des compositeurs pour orgue québécois est donc le fruit d’une longue évolution. La spontanéité à laquelle il est parvenu dans son œuvre écrite, et même l’attitude qu’il entretient face à la musique peuvent servir de modèle aux créateurs contemporains. Antoine Reboulot, en effet, nous livre non seulement le message d’un musicien éminent, mais aussi d’un homme sensible épris d’authenticité.

VI. Chronologie des œuvres

    La chronologie des œuvres qui a servi à la rédaction de cet article a été établie d’après le témoignage d’Antoine Reboulot. Toutefois, celui-ci ne se souvient pas des dates précises de composition de ses œuvres et reconnaît ne pas être certain de leur ordre de parution. Après quelques recherches, certaines dates de publication ont pu être établies avec exactitude, tandis que d’autres demeurent approximatives, en attendant que des précisions soient éventuellement apportées par les éditeurs.

    • Ricercare (vers 1950), Orgue et liturgie, volume 5
    • Noël Bressan (vers 1950), L’Organiste liturgique, volume 3
    • Communion pour la Messe de minuit (vers 1950), L’Organiste liturgique, volume 3
    • Terra tremuit (publié en 1954), L’Organiste liturgique, volume 5
    • Pascha nostrum (publié en 1954), L’Organiste liturgique, volume 5
    • Cinq pièces liturgiques pour l’office des morts, Orgue et liturgie, volume 15 : Introït – Offertoire – Élévation – Communion – Sortie
    • Choral orné sur le Pater noster grégorien, L’Organiste liturgique, volume 25
    • Chaconne en rondeau (publiée en 1957), Orgue et liturgie, volume 33
    • O Crux Ave (composé en 1979) pour récitant, orgue, chœur, 2 clarinettes, cor anglais, 3 cors, 3 trompettes et percussions
    • Variations sur le nom d’Henri Gagnon (composé en 1974, révisé en 1987 et publié aux éditions Jacques Ostiguy)
    • Musiques pour orgue à deux organistes (inédit, composé en 1988)

VII. Enregistrements sonores

    La majeure partie (tout sauf le Ricercare, les Musiques pour orgue à deux organistes et la Chaconne en rondeau) des œuvres pour orgue d’Antoine Reboulot a été enregistrée le 31 mai 1992 par Jean-Guy Proulx, à la cathédrale de Rimouski, pour l’émission La Tribune de l’orgue diffusée par la Société Radio-Canada. Les Musiques pour orgue à deux organistes ont été enregistrées par Radio-Canada lors d’un concert donné le 17 mars 1988 par Jean-Guy Proulx et Antoine Reboulot à la cathédrale de Rimouski. De plus, la Chaconne en rondeau a été enregistrée sur disque par Gaston Arel (REM 311154) et le Choral orné sur la Pater noster grégorien a été enregistré sur disque par Jean-Guy Proulx (REM 311078). Enfin, Antoine Reboulot a lui-même enregistré sur disque sa première version des Variations sur le nom d’Henri Gagnon (ALPEC A-75008).

Addendum

    Au moment de publier cet article, nous apprenons avec joie que monsieur Antoine Reboulot sera bientôt fait chevalier de la Légion d’honneur. Toutes nos félicitations pour cette distinction grandement méritée!

    De plus, une autre œuvre a été signalée à notre attention : un Ave maris stella, composé spécialement pour la Méthode de clavier de Noëlie Pierront et Jean Bonfils, aux éditions de la Schola Cantorum. Cette courte pièce est facile à exécuter et entièrement doigtée, dans un but pédagogique. L’introduction répète et développe la tête du thème, initialement sur une pédale de la, puis un ton plus bas, sur une pédale de sol. La mélodie grégorienne est ensuite énoncée intégralement à la partie aigüe, et reprise sur un jeu d’anche (ad libitum) à la partie grave. Suit un court développement, en strette, et enfin une coda où le thème s’estompe progressivement.


Tournée Widor :
La grande tradition française d'orgue au Québec

par Simon Couture


Pour faire suite à l’article paru dans la première livraison de Mixtures, nous venons apporter quelques précisions supplémentaires au sujet de la tournée La grande tradition française de l’orgue au Québec, qui souligne, rappelons-le, le 150e anniversaire de naissance de Charles-Marie Widor et le 115e anniversaire de fondation de Casavant Frères. À cette occasion, les dix symphonies pour orgue de Widor seront interprétées, dans l’orgue, par Jacquelin Rochette (VI et V), Gilles Rioux (III et VII), Benjamin Waterhouse (II et III), Jean-Guy Proulx (I et V) et Jacques Boucher (IX et X). Un volet animation viendra compléter chaque événement. Ce projet est subventionné par le ministère de la Culture et des Communications du Québec.

  • Saint-Hyacinthe
    Cathédrale Saint-Hyacinthe-le-Confesseur, 1900 rue Girouard ouest.
    Les lundis 1er, 8,15,22 et 29 mai à 20 heures.
    Entrée gratuite. Contribution volontaire.
  • Montréal
    Basilique Notre-Dame, Place d’Armes.
    Les mercredis 3,10,17,24 et 31 mai à 20 heures.
    Entrée gratuite. Contribution volontaire.
  • Cap-de-la-Madeleine
    Basilique Notre-Dame-du-Cap, 626 rue Notre-Dame.
    Les vendredis 5,12,19,26 mai et 2 juin à 20 heures.
    Entrée gratuite. Contribution volontaire.
  • Québec
    Église Saint-Roch, attenante au Mail Centre-Ville.
    Les lundis 8,15,22,29 mai et 5 juin à 20 heures.
    Abonnement pour les cinq concerts : 40$ (adultes) et 24$ (étudiants et aînés)
    Coût pour un concert : 10$ (adultes et 6$ (étudiants et aînés).
  • Rimouski
    Cathédrale Saint-Germain, rue Saint-Germain.
    Les mercredis 10,17,24,31 mai et 7 juin à 20 heures.
    Entrée gratuite pour les membres des Amis de l’orgue de Rimouski.
    Laissez-passer pour les cinq concerts : 25$ (adultes) et 20$ (étudiants et aînés)
    Coût pour un concert : 10$ (adultes) et 6$ (étudiants et aînés)
    Une réception suivra chaque concert et tous y sont invités.

Contrairement à ce qui a été annoncé dans le premier numéro de Mixtures, la tournée ne s’arrêtera pas à Chicoutimi. En espérant que vous serez nombreux à prendre part à ce projet d’envergure autour de l’orgue, nous souhaitons que La grande tradition française de l’orgue au Québec vous permettra de faire de belles découvertes!


Concours d'orgue de Québec 1995
par Denis Morneau

L’épreuve finale du deuxième Concours d’orgue de Québec aura lieu le jeudi 15 juin 1995 à l’église Saints-Martyrs-Canadiens, de Québec (angle Père-Marquette et Murray). La soirée débutera officiellement à 19 heures, sous la présidence d’honneur du maire de Québec, monsieur Jean-Paul L’Allier. Le public pourra alors apprécier la prestation des deux candidats finalistes : André Gagnon, élève du Conservatoire de musique de Québec, et Laurent Martin, étudiant de l’École de musique de l’Université Laval.

Le jury du Concours est composé de trois membres : Dom Richard Gagné, organiste à l’Abbaye Saint-Benoît-du-Lac, Hélène Dugal, organiste-titulaire de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, de Montréal, et Michel Chapuis, titulaire de la classe d’orgue du Conservatoire national supérieur de musique de Paris.

Les résultats de l’épreuve seront dévoilés à 22 heures, toujours à l’église Saints-Martyrs-Canadiens. Le Concours est doté de trois prix : le premier (Prix Claude Lavoie) est de 15 000$; le second prix est de 7 500$. Le troisième prix, de 500$, sera attribué à la meilleure interprétation d’une œuvre commandée au compositeur Denis Bédard par la Fondation Claude Lavoie et la Société Radio-Canada.

Cordiale bienvenue.

P.S. : Rappelons que, selon les termes du règlement du Concours, le premier prix ne peut être partagé et peut ne pas être attribué par le jury.


In Memoriam
Raynald Arsenault (1945-1995)

C’est avec beaucoup d’émotion que les Amis de l’orgue de Montréal tiennent à honorer la mémoire d’un de ses membres, Raynald Arseneault, qui s’est éteint prématurément le 27 janvier dernier, à l’âge de 49 ans.

Premier prix de composition au Conservatoire de musique de Montréal dans la classe de Gilles Tremblay et récipiendaire du prestigieux Prix d’Europe en 1973, il s’est perfectionné pendant huit ans en Europe. Ses rencontres avec Yvan Wychnegradski, à Paris, et Giacinto Scelsi, à Rome, ont été fondamentales. De retour au pays, il a cumulé diverses fonctions parallèlement à ses activités de compositeur; titulaire de l’orgue et responsable de la musique à l’église Saint-Marc, de Rosemont, conseiller artistique pour la Maison de la culture Rosemont-Petite-Patrie et membre du conseil d’administration de la Société de Musique Contemporaine du Québec (SMCQ).

Au cours des dernières années, Raynald Arseneault a joué un rôle important dans la vie musicale québécoise, tant par ses compositions – il est l’auteur de plus de 60 œuvres – que par son souci de diffuser la musique contemporaine. Ses compositions, animées par un esprit de transcendance, sont en grande partie d’inspiration spirituelle.


L'orgue de l'église Saint-Denis, Montréal
par Réjean Poirier, organiste titulaire

Une restructuration sonore

    Au moment où l’actuel curé de Saint-Denis, Pierre Desroches, entra en fonction, à l’automne 1991, l’orgue de Saint-Denis n’avait plus que quelque quatre jeux en état de jouer. Le curé posa alors la question à son équipe : quelle est la vocation de cet instrument? Dans un tel état, l’orgue n’apporte pas beaucoup au culte. Il serait irresponsable de continuer de le laisser dépérir; deux choix se présentent : s’en départir ou investir. En investissant, on peut envisager le développement d’activités culturelles, en plus d’avoir un instrument propre à rehausser le culte.

    C’est cette dernière solution qui a été adoptée. Grâce à la généreuse collaboration du frère Aurèle Laramée, un relevage complet de l’instrument fut fait, les fentes de sommiers calfeutrées et tous les jeux remis en fonction. Dans un deuxième temps, la marguillère responsable du volet culturel, Lisette Palardy, et le nouveau régisseur culturel, Pierre-Yvon Lavoie, obtenaient l’autorisation d’ouvrir un poste d’organiste titulaire. On demandait que cette personne s’implique dans le développement d’activités culturelles. Un concours exigeant fut tenu. C’est alors que j’entrai dans le tableau en posant ma candidature. J’obtins la faveur du comité de sélection. En discutant de mon engagement, je plaidai que l’orgue ne pourrait être utilisé pour des concerts sans que l’on procède à une restructuration sonore d’importance. On convint du bien-fondé de mon raisonnement et une procédure d’appels d’offre fut lancée.

L’instrument avant restauration

    L’instrument, à ce moment, était donc jouable. Il possédait un potentiel certain, avec ses 45 jeux répartis sur 3 claviers. Ses faiblesses étaient celles de beaucoup d’instruments de cette époque (1932) : déséquilibre des plans sonores, avec un Grand-orgue doté d’une énorme Montre 8’ en zinc, une seule petite Mixture de III rangs (dont un rang de tierce); un Positif à l’anglais très lointain (Choir), sans Cymbale, avec un jeu de tierce anémique; un Récit énorme, basé sur un Principal 8’, avec une batterie d’anches complète, mais un Cornet aux tailles minuscules. La pédale présentait les unifications usuelles de Bourdon, Violon, Flûte et Bombarde, Trompette et Clairon.

La restructuration sonore

    La philosophie que nous avons adoptée pour la restructuration sonore a été de confirmer l’instrument dans sa vocation d’orgue symphonique d’inspiration française, en incluant les mutations indispensables à desservir les grandes œuvres du répertoire. Il va sans dire que le budget n’était pas illimité : le quartier est assez pauvre, peuplé surtout de personnes âgées ou d’étudiants, avec très peu de familles. Bref, la fréquentation à l’office est assez faible. La communauté de Saint-Denis venait tout de même de réussir à compléter d’importants travaux de restauration du lieu. L’équipe des administrateurs étaient donc prête à aller chercher les fonds nécessaires.

    Avec des ressources limitées, des choix s’imposaient. Par exemple, le fait de s’avoir que quatre combinaisons générales ajustables sur un orgue de cette dimension n’est pas idéal. Nous avons préféré investir au maximum sur le plan sonore. Un combinateur électronique peut s’ajouter plus tard alors qu’une restructuration sonore se doit d’être équilibrée à toutes les divisions.

    À la sortie de l’étude des dossiers, de diverses rencontres et avec l’approbation du Comité d’art sacré, c’est la firme Guilbault-Thérien qui a été retenue pour effectuer les travaux. Nos vues sur les grands principes de la restauration rejoignaient tout à fait celles de Guy Thérien, aussi un échange fructueux d’idées a généré un projet rigoureux dans son approche.

    Notre premier vœu a été de doter le Grand-orgue d’un beau Plenum. Le Prestant était, somme toute, le seul jeu acceptable du Plenum de départ; il a été recyclé en Montre 8’ et le reste de la pyramide a été complété de tuyauterie neuve, de meilleure qualité et aux tailles qui conviennent. Un ami, facteur d’orgues français, nous a fait parvenir copie de documents inédits provenant des ateliers de Cavaillé-Coll concernant les tailles et les différentes échelles utilisées par ce grand maître. La Montre 16’ a été conservée et égalisée. Partant d’une belle pyramide de 16’, nous n’avons pas hésité à la compléter d’une Grande Fourniture et d’une Mixture. Un Plenum aussi grandiose se doit être appuyé par des anches d’égale qualité; les trompette et clairon ont donc été dotés d’anches de type Cavaillé-Coll de fière allure. Le choix le plus difficile a été de sélectionner les jeux bouchés; dans son esthétique romantique, l’instrument réclame une bonne pâte de 8’. Le Bourdon étant le choix le plus évident comme premier support à la Montre, la Gambe nous apparaissait aussi indispensable pour préserver la définition de l’enveloppe sonore. À la Flûte 4’, nous avons préféré la Quinte.

    Les grands instruments d’esthétique française romantique offrent une progression remarquable des plans sonores dans la combinaison usuelle : Récit, Récit/Positif, et Récit-Positif/Grand-orgue. Sur notre instrument, il fallait donc rétablir une meilleure complémentarité entre les deuxième et troisième plans. C’est ce qui nous a amené à descendre les Principaux du Récit au Positif et à compléter la pyramide avec une Doublette et une Cymbale progressive. Le jeu de tierce a été recomposé avec des tailles françaises, les flûtes réharmonisées, de même que la Clarinette.

    Un Plenum basé sur le 4’ a été ajouté au Récit avec un Plein-Jeu; les Bourdons 16’, 8’ et la Flûte 4’ ont été retouchés, tout comme les Gambe et Céleste. La batterie d’anches a été égalisée mais conservée de nature harmonique.

    La division de pédale a été égalisée et rééquilibrée en fonction du nouveau paysage d’ensemble. Nous avons aussi modifié l’extension existante du Bourdon 16’ du Récit pour en faire une Quinte 10 2/3’.

    À mentionner enfin : nous avons doté la console d’un inverseur Positif/Grand orgue afin de pouvoir exploiter cette partie du répertoire, propre à un instrument de ce type, qui requiert un Grand orgue au premier clavier. Deux appels d’anches (Récit; GO & Pédale) ont aussi été ajoutés.

    Composition sonore
    Casavant, Opus 1459, 1932, 45 jeux
    Guilbault-Thérien, 1995, 46 jeux, 55 rangs

    Grand-Orgue

    Positif expressif

    Montre16' Principal8'
    Montre8' Bourdon à cheminée8'
    Gambe8' Prestant4'
    Bourdon8' Flûte à cheminée4'
    Prestant4' Nazard2 2/3'
    Quinte2 2/3' Doublette2'
    Doublette2' Tierce1 3/5'
    FournitureII-III Larigot1 1/3'
    Plein JeuIV Cymbale progressiveII-IV
    Trompette8' Clarinette8'
    Clairon4' Tremblant

    Récit expressif

    Pédale

    Bourdon16' Flûte (ext.)16'
    Bourdon8' Violon (ext.)16'
    Viole de gambe8' Bourdon (ext.)16'
    Voix céleste8' Quinte (REC)10 2/3'
    Prestant4' Flûte8'
    Flûte harmonique4' Violoncelle8'
    Flûte2' Bourdon8'
    Plein Jeu progressifIII-V Flûte (ext.)4'
    CornetV Bombarde (ext.)16'
    Trompette16' Trompette8'
    Trompette8' Clairon (ext.)4'
    Hautbois8'

    Voix humaine8'

    Clairon4'

    Tremblant


    • Accouplements :
    • POS/GO; REC/GO 16,8,4; REC/POS 16,8,4
      GO 4; REC 16,4; GO muet; POS muet
      Inverseur POS/GO
      GO/PED 8,4; POS/PED 8,4; REC/PED 8,4
    • Appels :
    • Anches GO&PED; Anches REC


Nouvelles des régions

Mauricie
par Gilles Rioux et Michelle Quintal

Poésie et orgue

Oyez, oyez, citoyens du Québec! À l’occasion du 10e anniversaire du Festival de la poésie de Trois-Rivières, la société Pro Organo (Mauricie) s’est jointe au festival afin de présenter, au Séminaire Saint-Joseph, un spectacle d’orgue et de poésie. Claude Beaudoin, organise à la cathédrale de Trois-Rivières et Gilles Rioux, organiste à la basilique Notre-Dame-du-Cap ont improvisé sur des poèmes dits par Ioana Craciùnescu, de Roumanie, Geneviève Huttin, de France, Paul-Marie Lapointe, de Montréal, et Jean Portante, du Luxembourg. Les musiques créées pour la circonstance commentaient les poèmes ou se glissaient entre les paragraphes des textes. Performance unique à ma connaissance dans les annales de la musique trifluvienne, canadienne et peut-être même internationale, les deux musiciens ont innovés en improvisant non seulement en solo mais aussi à quatre mains sur les trois claviers de l’orgue Casavant du Séminaire et pour ce faire, ils ont utilisé les formes de la passacaille (thème obstiné à la pédale) et du rondeau (refrain-couplet-refrain). Je n’ai que d’administration pour le talent de ces deux organistes compositeurs. Dommage que si peu de gens se soient déplacés pour assister à un tel événement.

Les aînés se souviennent des improvisations de J. Antonio Thompson à l’église Notre-Dame-des-Sept-Allégresses lors des célébrations liturgiques. Mais peut-être ignore-t-on qu’en 1993, Raymond Perrin s’était joint à Claude Beaudoin et à Gilles Rioux, pour un spectacle d’orgue et de poésie qui s’était tenu cette fois à la cathédrale de Trois-Rivières? Peut-être ignore-t-on que Claude Beaudoin a organisé, il y a deux ans, un concours d’improvisation? Peut-être ignore-t-on que Gilles Rioux a gravé deux de ses improvisations sur son disque Ave Maria au grand orgue? Trois-Rivières, capitale de la poésie certes, mais Trois-Rivières, capitale de l’improvisation à l’orgue!

Michelle Quintal

Pour le Pueri Cantories, premier congrès international hors d’Europe

La jeune fédération québécoise des Pueri Cantores, présidée par Mgr Claude Thompson, est fière d’être l’hôte du premier Congrès international a être tenu hors d’Europe. Le rassemblement qui se tiendra dans trois villes (Québec, Montréal et surtout Trois-Rivières) permettre à près de 1800 petits chanteurs de joindre leurs voix pour chanter leur désir de paix à l’échelle planétaire. C’est en effet la paix via le chant sacré qui reste le ciment qui unit les diverses fédérations nationales qui ont essaimé sur tous les continents depuis la fondation de la Fédération internationale, à l’instigation de Mgr Maillet, lui-même directeur-fondateur des Petits Chanteurs à la Croix de Bois de Paris.

Les congressistes inscrits à ce jour viendront des pays suivants : Canada (Québec), États-Unis, Irlande, Pays-Bas, Belgique, France, Allemagne, Autriche, Italie, Catalogue et Espagne, Russie. Il s’agit donc d’un rassemblement d’importance tant par la qualité que par le nombre de participants.

Au nombre des manifestations d’importance, mentionnons, par ordre chronologique : l’ouverture officielle du congrès à Trois-Rivières, le 1er juillet; un grand concert extérieur le 2 juillet au soir, sur la grande scène du Festival International d’Art Vocal de Trois-Rivières; la cérémonie de la paix à Québec dans l’après-midi du 3 juillet, laquelle sera suivie en soirée d’un concert-gala; un concert-gala à la cathédrale de Trois-Rivières, le 4 juillet; le grand concert-gala du 5 juillet à l’église Saint-Jean-Baptiste de Montréal et la messe de clôture du congrès à l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal, le 6 juillet.

Comme on le voit, les Petits Chanteurs auront un programme chargé. Mentionnons au passage qu’à chaque concert-gala, le public aura l’opportunité d’entendre individuellement des chœurs de provenance diverses, aussi bien que le chant commun regroupant les 1800 voix.

Raymond Perrin


Rimouski

Troisième édition de l’Académie de Rimouski

L’Académie internationale d’orgue et de clavecin de Rimouski se tiendra, encore cette année, sous les auspices des Amis de l’orgue de Rimouski durant la troisième semaine d’août, soit du 14 au 18.

Sont admis(ses) les organistes professionnels(les) ou étudiants(tes) avancés(es) dans l’un ou l’autre des instruments. Messieurs Kenneth Gilbert et Antoine Reboulot seront les professeurs invités, le premier pour la musique baroque à l’orgue et au clavecin, le second pour la musique symphonique et l’improvisation à l’orgue.

L’admission pour les étudiants(tes) est de 150$ et de 100$ pour les auditeurs(trices) libres et devra être faite avant le 15 juin 1995. Les cours se tiendront au Conservatoire de musique de Rimouski, à la cathédrale Saint-Germain et à l’église Saint-Pie-X. Des possibilités d’hébergement à proximité sont offertes au Grand séminaire de Rimouski et à la Maison des jeunes.


Saguenay-Lac-Saint-Jean

Une relève au Conservatoire

La classe d’orgue du Conservatoire de musique de Chicoutimi a connu, cette année, un regain fort encourageant. En effet, neuf élèves sont inscrits depuis le début de l’année dans la classe du professeur Robert Girard. Grâce à l’aide financière des Amis de l’orgue du Saguenay-Lac-Saint-Jean, sept de ces élèves, accompagnés de Martial Morin, organiste, et de leur professeur, se rendaient en octobre dernier, à Montréal pour assister à la classe de maître donnée par Marie-Claire Alain sur le nouvel orgue de l’église St. Andrew’s qu’elle inaugurait quelques jours auparavant. Centrée sur la musique de J.S. Bach, cette rencontre fut, pour tous les participants, un moment fort intense.

De nombreux exercices pédagogiques ainsi que des concerts se sont tenus pendant toute l’année, tant au conservatoire qu’à la cathédrale. Mentionnons, entre autres, le concert donné par le chœur de la Cathédrale, dirigé par Raymond Laforge avec la participation de l’organiste Céline Fortin. Céline est titulaire à l’église Saint-Joachim, de Chicoutimi, et occupe, depuis plusieurs années, le poste de secrétaire des Amis de l’orgue du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

L’Ensemble « Ars Nova », fondé et dirigé par l’organiste Pierre Lamontagne, donna un autre récital en l’église Sainte-Anne, de Chicoutimi, le 23 avril dernier. Avec la participation de l’organiste Janick Tremblay et d’un ensemble instrumental, ils présentèrent notamment la cantate no. 4 de J.S. Bach.

Le dynamisme de cette classe d’orgue nous prouve encore une fois que les gens du Saguenay- Lac-Saint-Jean sont bien vivants! Espérons que cet intérêt pour l’orgue puisse se maintenir et se développer.


Disques : parutions récentes
par Claude Beaudry

Bach, Johann Sebastian
Les 45 chorals de l’Orgelbüchlein, BWV 599-645; Prélude et fugue en ut majeur, BWV 547; Passacaglia en ut mineur, BWV 582.
Bernard Lagacé à l’orgue Beckerath de l’église de l'Immaculée-Conception, de Montréal.
Analekta, AN 1 8211-2 (coffret de 2 CD)

    Les chorals de l’Orgelbüchlein (Petit Livre d’orgue) ont été écrits, semble-t-il, entre 1714 et 1723, soit au cours de la période la plus prolifique de Bach comme compositeur de musique d’orgue. Très brèves, tenant souvent sur une seule page, elles n’en sont pas moins « d’une densité, d’une variété et d’une richesse d’expression extraordinaires; et elles illustrent à merveille la justesse de la remarque souvent faite que c’est la marque des plus grands compositeurs de pouvoir créer tout un univers dans une seule page » (Bernard Lagacé). Ces chorals sont regroupés par cycles correspondant aux périodes les plus importantes de l’année liturgique : Noël, Pâques et la Pentecôte.

    Dans ce très beau coffret double, Bernard Lagacé se retrouve en pleine possession de ses moyens, soulignant le caractère particulier de chaque pièce par une registration appropriée et de bon goût, son sens du rythme et l’élégance de son jeu. Il a eu l’excellente idée d’encadrer la collection des chorals de l’Orgelbüchlein de deux œuvres majeures du célèbre Cantor : le Prélude et fugue en ut majeur, BWV 547, d’allure joyeuse avec son rythme en 9/8 et son motif en forme de carillon à la pédale; cette œuvre introduit, on ne peut mieux, les chorals du cycle de Noël. Le cycle de la Pentecôte se referme dans une atmosphère grandiose avec la Passacaille en ut mineur, BWV 582.

    Bernard Lagacé a réalisé ici un enregistrement d’une grande maîtrise et tout empreint de couleur et de poésie. La prise de son très convenable et le choix du célèbre Beckerath de l’Immaculée-Conception ne contribuent pas peu à la réussite de ce coffret qui mérite tous les éloges.

Le Livre d’orgue de Montréal
Kenneth Gilbert à l’orgue Wolff de la salle Redpath de l’université McGill, à Montréal
Analekta AN 2 8214-5 (coffret de 2 CD)

    Aucun organiste ou amateur de musique d’orgue n’ignore l’importante découverte qu’a faite la claveciniste et musicologue Élisabeth Gallat-Morin, il y a une vingtaine d’année, dans les archives de la Fondation Lionel-Groulx. Un volumineux manuscrit de 540 pages, contenant 398 pièces d’orgue revoyait le jour après un sommeil de plus de 250 ans. Ce volume a appartenu à un organiste sulpicien du nom de Jean Girard, originaire de Bourges, en France, et venu s’établir à Montréal en 1724, ainsi qu’en témoignent les longues et minutieuses recherches d’Élisabeth Gallat-Morin sur ce personnage, consignés dans un ouvrage intitulé : Jean Girard, musicien en Nouvelle-France : Bourges, 1696 – Montréal, 1765 (Montréal, Éditions du Septentrion / Paris, Klincksieck, 1993). Le recueil, portant dorénavant le titre de Livre d’orgue de Montréal, ne comporte aucun nom de compositeur. Après une comparaison exhaustive avec le répertoire connu de l’orgue français de la période classique, seulement seize pièces ont pu être identifiées comme étant de Nicolas Le Bègue (1630-1702), organiste du roi.

    Cette découverte a contribué à enrichir, de façon marquée, le patrimoine organistique de la période classique française. Dans la foulée du mouvement d’intérêt qui a suivi cette découverte, au début de cette même décennie, la radio FM de Radio-Canada a entrepris de diffuser une sélection de pièces de ce manuscrit au cours de six émissions de sa série Tribune de l’orgue, à l’automne 1983. L’organiste bien connu Kenneth Gilbert a été invité pour l’occasion, à l’orgue Hellmuth Wolff alors récemment inauguré de l’université McGill. Cet instrument, construit sur le modèle de l’orgue classique français du XVIIIe siècle, avec sa mécanique suspendue, son vent flexible, son harmonisation et son accord selon d’Alembert est, pour ainsi dire, taillé sur mesure pour illustrer cette musique.

    Le coffret de deux compacts que présente la maison Analekta constitue un repiquage pratiquement intégral des bandes de la SRC enregistrées en 1983. On y trouve un éventail des pièces les plus représentatives du livre, soit cinq suites de pièces sur le Magnificat, des extraits d’une Messe en sol, la Messe du 4e ton, le Kyrie de la Messe double, des fugues et quelques autres pièces choisies.

    Le jeu de Kenneth Gilbert traduit bien l’esprit de ce répertoire; son ornementation est de bon goût et ses registrations illustrent certainement au mieux la manière dont ces œuvres devaient « sonner » à l’époque.

Les plus belles orgues
Œuvres de Bach, Buxtehude, Sweelinck, Pachelbel, Paumann, Susato, Scheidemann, Kleber, Weckmann et quelques anonymes.
Antoine Bouchard sur sept orgues historiques de l’Allemagne du nord-ouest.
Analekta AN 2 8216-7 (coffret de 2 CD)

    Il fut un temps où les organistes canadiens ou québécois qui désiraient enregistrer un disque n’avaient souvent pas d’autres choix que de le produire eux-mêmes. En effet, rares étaient les maisons d’édition commerciales d’ici qui osaient investir dans cet étroit secteur du marché du disque, sans doute jugé trop risqué, compte tenu des investissements exigés. Pourtant, surtout depuis l’apparition du disque compact, les productions à compte d’auteur se sont multipliées. C’est sans doute cette réalité qui a incité le producteur Mario Labbé, des éditions Analekta, à publier, presque coup sur coup, d’importants enregistrements mettant en valeur des organistes québécois parmi les plus réputés.

    Grâce à l’université Laval, où il est professeur d’orgue depuis trente-cinq ans, Antoine Bouchard réalisait, en 1974, avec la participation de la Société Radio-Canada, une série de 21 émissions de radio enregistrées sur 20 orgues historiques de 6 pays d’Europe (l’Espagne, la France, la Suisse, la Hollande, l’Italie et l’Allemagne). Ces émissions ont été radiodiffusées en 1975. De cette série, le présent enregistrement reprend, sur deux disques compacts, les bandes qui ont été enregistrées sur sept orgues historiques d’Allemagne du nord, à Rysum, Steinkirchen, Osteel, Westerhusen, Mittelnkirchen, Ganderkesee et Dedesdorf. On y entend des œuvres de Paumann, Susato, Scheidemann, Kleber, Weckmann, Dunstable, mais surtout Sweelinck, Buxtehude et J.S. Bach. Les instruments illustrés sont de dimension et de composition assez diverses, allant de 7 jeux sur un seul clavier à 32 jeux sur 2 claviers et pédalier. Ces instruments ont été proprement restaurés par des maîtres réputés, au milieu de notre siècle; leur timbre est tout à fait extraordinaire, et est fort bien mis en valeur par un répertoire judicieusement choisi. On peut d’ailleurs connaître la registration utilisée pour chacune des pièces présentées, grâce à des indications dans un livret d’accompagnement fort bien documenté.

    L’ensemble de cet enregistrement est constitué de pièces brèves qui sont comme autant de bijoux finement ciselés par Antoine Bouchard. Ce document est certes en mesure d’assurer une très agréable expérience d’écoute en plus de constituer une œuvre musicologique de première importance. La très belle prise de son, réalisée à l’origine par la Radio allemande, se retrouve intacte sur les disques et contribue au succès de cette remarquable réalisation.