Mixtures

No. 10 - Avril 1999

Dans ce numéro:


Éditorial
Un congrès mauricien pour la FQAO en 1999

Par Gilles Rioux

Depuis sa naissance, notre fédération organise un congrès annuel dans différentes régions du Québec. L’an 1999 sera l’occasion de célébrer le cinquième anniversaire et c’est en Mauricie qu’il aura lieu cette année les 16 et 17 juin. Pour l’occasion, nous voulons souligner l’apport important d’un grand organiste québécois méconnu, pédagogue et compositeur qui a vécu en Mauricie: Bernard Piché, dont l’année 1999 marque le 10e anniversaire de la mort.

L’organiste Michelle Quintal, défenderesse du patrimoine organistique québécois, a enregistré en janvier dernier un CD dédié à des œuvres pour orgue et des œuvres vocales « a capella » et avec accompagnements d’orgue de compositeurs de la Mauricie : Orgue et chant sacré en Mauricie. Ce disque compact sera lancé lors du grand concert Hommage à Bernard Piché, présenté dans le cadre du congrès, avec la Maîtrise du Cap et les Petits Chanteurs de Trois-Rivières. Une part importante de cet enregistrement est consacrée à Bernard Piché. De plus, madame Quintal a commandé au compositeur Gilles Rioux une œuvre pour chœur et orgue sur le nom de BERNARD PICHÉ qu’il a dédiée à titre posthume à monsieur Piché. Le Livre d’orgue de Bernard Piché, édité chez Lissett Publications, sera également lancé au cours du même événement. Madame Fabienne Piché, épouse du compositeur, nous entretiendra, accompagnée de Michelle Quintal, lors d’une conférence, de la vie de son mari et des rencontres qui les ont marqués.

À ce même congrès, nous soulignerons aussi la découverte d’un manuscrit inédit d’œuvres pour orgue du XVIIIe siècle français, par un Québécois vivant en France, ancien élève de Bernard Piché au Conservatoire de musique de Trois-Rivières: Pierre-Michel Bédard. Ce dernier a eu la chance de découvrir le Manuscrit de Vitré et le mérite d’avoir fait connaître l’œuvre en la faisant éditer chez Heugel à Paris. Un concert-conférence donné par Raymond Perrin et Philippe Bournival, présentera ce manuscrit sous toutes ses facettes.

Nous avons également invité pour l’occasion monsieur Graham Hunter de Calgary, Alberta, organiste et éditeur du Livre d’orgue de Bernard Piché, à venir nous entretenir de la vie organistique dans l’Ouest canadien afin d’informer et susciter diverses formes d’échanges culturels entre nos deux réalités et favoriser ainsi la mise en valeur des talents québécois.

Avant que les congressistes ne s’embarquent pour une croisière sur la Saint-Maurice, la soprano Suzanne Julien et l’organiste Martin Brossard nous présenteront des œuvres inédites, tirées des archives des Ursulines de Québec, remontant à l’époque de la colonisation, et ce, dans le cadre de la magnifique chapelle des Ursulines de Trois-Rivières.

Nous vous attendons nombreux à ce rendez-vous annuel!


Un maître méconnu: Bernard Piché
(2e partie: Témoignages)


Pierre-Michel Bédard1

« Bernard Piché fut mon professeur d’orgue. Je me souviens de lui comme d’un instrumentiste pour qui tout était facile. Je me rappelle ses grandes mains, ses doigts capables d’extensions illimitées et qui parvenaient à lier les enchaînement d’accords les plus complexes avec une parfaite aisance. Techniquement – musicalement aussi, bien sûr – l’œuvre de César Franck lui allait comme un gant.

Mais la leçon la plus profonde qu’il m’ait laissée, c’est celle de l’artiste humble devant les chefs-d’œuvre qu’il sert. Jamais d’affectation ni d’effets dans son jeu. À la fin de mes leçons, il m’arrivait souvent de lui demander de jouer une pièce, généralement du Franck, faveur qu’il me refusait rarement. Et, même devant ce bien modeste auditoire que je formais, il se mettait à jouer, avec la ferveur et la simplicité que les foules des jours de concerts lui ont connues. Pouvait-on donner à son élève meilleur exemple d’humilité artistique? »

Léo Cloutier2

« Je garde toujours un souvenir enchanteur et très vif du répertoire varié où figuraient des œuvres de Bach, de César Franck, de Vierne et de Gigout. Piché les interprétait avec énormément de virtuosité et d’inspiration aux grandes orgues de la cathédrale, malheureusement mortes depuis trop longtemps. J’étais alors séminariste et, comme tel, j’assistais aux cérémonies de la cathédrale. C’était entre 1937 et 1941. Avant et après chaque office, quelle merveilleuse musique je buvais à grandes lampées et jusqu’à la dernière goutte! »

Claude Thompson3

« Comme plusieurs mélomanes à cette époque, j’avais été ébloui de sa performance dans ce très beau documentaire tourné pour la Maison Casavant par l’Office national du film (1945). On y voyait monsieur Piché jouer des extraits de pièces difficiles avec une virtuosité étonnante et ce qui m’avait particulièrement fasciné dans ce reportage, moi qui commençais alors des études d’orgue, c’était de voir l’artiste manier le pédalier avec autant d’agilité. Tout cela était le résultat d’un travail long et soutenu qui ne pouvait qu’entraîner les jeunes à prendre très au sérieux les apprentissages nécessaires à une carrière de musicien.

Plus tard, j’aurai l’occasion de rencontrer quelquefois monsieur Piché, lorsque, revenu à Trois-Rivières (1966), il avait repris du service comme professeur au Conservatoire nouvellement fondé. La même année, je fondais l’École des Petits Chanteurs qui devait permettre à nos jeunes d’atteindre une maturité dans le chant choral à laquelle je ne pouvais songer les années précédentes. J’ai eu parfois la joie de savoir monsieur Piché présent à l’un de nos offices à la cathédrale ou à l’un de nos concerts. Toujours accompagné de sa fidèle compagne (Fabienne Arcand) dont le sourire était si accueillant, il manifestait la même générosité en encourageant chaleureusement les musiciens d’une autre génération.

Un autre événement qui m’a particulièrement touché, c’est la participation de monsieur Piché, comme organiste, au concert donné à la mémoire de J.-A. Thompson, en mars l975, un an après la mort de ce dernier, en l’église Notre-Dame-des-Sept-Allégresses où monsieur Thompson a été organiste pendant 58 ans. Les Petits Chanteurs avaient interprété à ce concert les Sept Paroles du Christ, œuvre de J.-A. Thompson, et monsieur Piché avait joué quelques pièces d’orgue dont une œuvre de monsieur Thompson.

Je garde de ce sympathique musicien le souvenir d’un homme charmant, simple, humble et généreux. D’ailleurs, durant mes études en Europe et au cours de ma carrière, j’ai toujours remarqué que ce sont des qualités que l’on rencontre presque inévitablement chez les plus grands ».

Raymond Daveluy4

« Je me rappelle très bien avoir entendu monsieur Bernard Piché au Collège Jean-de-Brébeuf. C’était en 1941 ou 42. J’avais eu l’honneur de lui tourner les pages et de l’assister quelque peu à la console. Il avait joué sa Fugue sur l’« Ite missa est » pascal, et j’avais été très impressionné par la qualité de cette pièce. Il avait joué également le Récit de nazard de la 2e Suite de Clérambault. Ce fut là un de mes premiers contacts avec la musique française ancienne. Ce sont les deux seules pièces de ce programme dont je me souvienne.

Il y avait à cette époque au collège un professeur de piano, monsieur Hervé Cloutier, à demi-aveugle, excellent musicien, ancien élève de Gigout et organiste du Gesù. Il y avait aussi monsieur Roger Huberdeau, organiste du collège pendant un certain temps. Ces deux musiciens étaient des admirateurs de monsieur Piché et ils avaient sans doute contribué à l’organisation de ce récital. Ils étaient également des fervents du chant grégorien qui entretenaient de nombreux contacts avec l’abbaye de Saint-Benôit-du-Lac (monsieur Cloutier était du reste un oblat bénédictin). À cette époque, on était en pleine réforme de la musique sacrée, et la musique d’orgue inspirée du grégorien était à l’honneur. C’est dire que la pièce de monsieur Piché, élève de Tournemire, me fut présentée comme un modèle par messieurs Cloutier et Huberdeau.

Monsieur Piché devait se sentir tout à fait chez lui dans un collège de jésuites. C’était un ami de monsieur Cloutier et de monsieur Tanguay, organiste de l’Immaculée-Conception. Son frère Eudore, excellent musicien et homme d’une prodigieuse culture, avait été membre de cet ordre, et une autre de ses frères, Charles-Édouard, était organiste de la paroisse des jésuites à Caughnawaga (Kanawake).

Ce récital que j’avais trouvé éblouissant, contribua certainement à ma « vocation » d’organiste. (Nous croyions à cette époque que s’ouvrait devant nous un véritable « âge d’or » de l’orgue et de la musique sacrée. Nous étions convaincus que le grégorien continuerait d’alimenter l’inspiration des organistes et des compositeurs et serait toujours considéré comme la musique par excellence de l’action liturgique. (Hélas!)

Mon professeur d’orgue, Conrad Letendre, avait une grannde admiration pour Bernard Piché. Il le tenait pour un des plus grands virtuoses de l’époque. Il me donnait souvent en exemple sa technique impeccable, sa musicalité et sa haute conscience professionnelle.

J’ai retrouvé monsieur Piché à Trois-Rivières en 1966: il venait d’être nommé professeur au Conservatoire. Il travaillait encore assidûment son instrument, mais il avait abandonné l’orgue liturgique. Si je me reporte aux conversations que j’ai eues avec lui à cette époque, je crois pouvoir dire que l’abandon, par l’Église, du latin et du chant grégorien, a été pour lui un coup très dur. Il a préféré quitter l’orgue liturgique plutôt que d’endurer les excès de tous genres auxquels devait donner lieu l’arrivée de la langue vernaculaire dans la liturgie.

J’ai toujours eu pour ce musicien une grande admiration. On devrait le connaître davantage et lui donner la place qui aurait toujours dû être la sienne ».

Georges Lindsay5

« J’ai toujours trouvé en Bernard Piché un homme charmant et d’une éducation très raffinée. C’est de plus un excellent musicien, très consciencieux et dépourvu de toute vanité ».

Jean Vallerand6

« L’orgue a trouvé un maître, hier soir, en la personne de Bernard Piché. Ce maître est, cela va sans dire, un technicien complet. La virtuosité chez Bernard Pïché s’impose comme une question de fait que l’on oublie aussitôt pour ne songer qu’au seul interprète. L’auditeur attentif est cependant émerveillé par la clarté du jeu de Bernard Piché, par la souplesse et la précision de sa maîtrise du pédalier. Il est aussi frappé par sa science et son art de la registration. La registration exige plus que du métier. C’est là, comme dans l’interprétation, que l’organiste révèle sa mesure. Et Bernard Piché, dans ce domaine, comme dans celui de l’interprétation, nous apparaît comme un maître. On pourrait difficilement imaginer un récital d’orgue capable d’inspirer des joies esthétiques plus élevées que celui donné hier par Bernard Piché.

Les œuvres étaient de valeur différente, mais toutes étaient dignes de figurer à côté du géant Jean-Sébastien Bach. Des modernes comme Vierne et Duruflé n’étaient nullement diminués par le voisinage de Bach qui paraissait au programme avec deux fugues et une toccate. J’ai été moins impressionné par Cloches dans le ciel de Bonnal, mais la Troisième symphonie de Vierne est un monument aussi admirable que les œuvres des plus grands maîtres. Je n’apprendrai rien à personne en disant qu’il en est apparu de même des œuvres de Haendel, Clérambault, Franck et Mendelssohn également inscrites au programme.

Je n’hésite pas non plus à classer dans la même catégorie la Fugue sur l’ « Ite missa est » pascal de Piché. Cette œuvre est une merveille d’architecture dans laquelle la solidité de l’édifice contrapuntique ne cache jamais une profonde émotion. C’est une musique bien faite où la science n’empêche pas l’art. Voilà qui est assez rare pour qu’on soit en droit de s’émerveiller.

Des auditeurs plus âgés que moi ont affirmé avoir assisté à un des plus beaux récitals d’orgue encore donnés à Montréal. Pour ma part, je crois que Bernard Piché est un des plus complets organistes que j’aie jamais entendus en concert. Il est à souhaiter que la Société Casavant le réinvitera l’an prochain. Qu’il accepte pour l’instant nos remerciements pour les joies immenses qu’il a semées en nos âmes ».


    1
    Pierre-Michel Bédard, organiste, concertiste et compositeur québécois établi à Paris.
    2
    Léo Cloutier, prêtre, critique musical au journal Le Nouvelliste.
    3
    Mgr. Claude Thompson, organiste, compositeur, et directeur des Petits Chanteurs de Trois-Rivières de 1956 à 1998, est président de la Fédération des Pueri Cantores du Québec depuis 1983 (année de la fondation).
    4
    Raymond Daveluy, organiste à l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal. Compositeur et professeur aux conservatoires de Montréal et de Trois-Rivières, il assuma également la direction de ces deux écoles pendant quelques années.
    5
    Georges Lindsay, organiste à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde de Motnréal pendant 25 ans, directeur-fondateur du Conservatoire de Chicoutimi.
    6
    Extrait d’une critique parue dans Le Canada du 19 février 1943 à la suite d’un concert de Bernard Piché à l’église Trinity Memorial de Montréal.


Congrès ISO
par James Louder

Voilà maintenant deux mois que s’est tenu le congrès de l’ISO à Paris. Après un événement comme celui-là, je rentre toujours à la maison avec une sorte de surdose. Je ressens comme infiniment précieux le contact avec les magnifiques instruments qu’il nous est donné de voir et d’entendre, mais c’est aussi épuisant: le programme de la semaine est tellement chargé! Le facteur d’orgues nord-américain espère toujours rentrer chez lui avec un bagage de connaissances et une inspiration qui lui permettront de durer jusqu’au prochain congrès de l’ISO. Aux yeux de nos collègues européens,nous devons passer pour d’avides consommateurs, mais pour nous, les enjeux sont plus grands. Depuis mon lointain Canada, avec des frais de voyage élevés et la fatigue liée au décalage horaire qui me fait perdre deux jours, je me garde bien de faire des visites impulsives outre-mer: il ne m’est jamais possible de faire un saut à Paris pour entendre un ou deux orgues, juste au moment où l’envie m’en prend. Je me demande parfois: est-ce que mes collègues d’Europe, où les trains sont peu coûteux et circulent partout, profitent de l’occasion constante qui leur est offerte de satisfaire leurs fantaisies?

Quoi qu’il en soit, c’est toujours déconcertant de revenir chez soi et d’affronter les questions empressées des membres de sa famille et des copains de l’atelier. « Raconte! », disent-ils. J’ouvre la bouche et, contrairement à mes habitudes, je ne trouve rien à dire. Voilà un symptôme objectif de surdose dont le seul remède réside dans une session intensive d’autre musique: Thomas Tallis, Beethoven, Oscar Peterson, n’importe quoi fera l’affaire pourvu qu’on n’y entende pas le moindre souffle d’un prestant. Alors, petit à petit, les souvenirs remontent à la surface jusqu’à ce que les orgues et les églises se mettent à revivre dans la mémoire.

On aspire toujours à connaître une heure de grâce qui, à elle seule, aura valu le déplacement. Pour moi, ce fut mardi soir, quand nous avons entendu le grand Cavaillé-Coll de Saint-Sulpice dans son lieu propre. Les enregistrements de cet instrument – qu’il s’agisse des anciens, réalisés par Marcel Dupré, ou des admirables disques compacts de Daniel Roth – sont aussi éloignés de la réalité que des reproductions de Rembrandt de leurs originaux. Ce que nous entendons à Saint-Sulpice qu’aucun enregistrement ne peut rendre, c’est le mariage parfait entre l’instrument et le lieu où il résonne. L’acoustique de cette église est sublime, extraordinairement réverbérante et pourtant parfaitement claire, et l’harmonisation de l’orgue en tire parti d’une façon idéale. Le résultat tient du miracle: la présence de l’orgue est constante dans ses nuances les plus variées, exactement comme un très beau violon joué d’une main experte. Depuis les extrêmes pianissimos jusqu’au tutti avec la batterie d’anches, le son est juste là, devant soi, derrière soi, au-dessus et en-dessous de soi. C’est d’une émotion indescriptible, sans le moindre soupçon de sentimentalité.

Le comble du bonheur, c’est que cette grande église était entièrement réservée à notre assemblée de facteurs d’orgues pendant que Daniel Roth, certainement l’un des meilleurs organistes de notre temps, jouait un concert ininterrompu de musique allant de Clérambault à Dupré, pour terminer avec une improvisation dans le grand style. À entendre les œuvres de Widor jouées sur l’orgue même qu’il toucha tout au long de sa carrière, on se rappelle combien la musique française de chaque époque est intimement liée à une palette sonore bien caractéristique. À l’instar de Grigny et de Couperin – peut-être plus qu’eux, d’ailleurs – la musique de Widor appelle des sonorités précises, celles qui lui étaient familières, dans une acoustique appropriée.

D’autres temps forts: Houdan, où le vieil orgue (1735) Louis-Alexandre Clicquot (père du grand François-Henri) se trouve dans un état aussi près de l’original que n’importe quel orgue de France. Sa voix est claire sans être forcée, remplissant la vieille église de province délabrée d’un chant de dévotion puissant, mais jamais écrasant. À la Chapelle Royale de Versailles, on trouve un buffet de Clicquot dans lequel on a reconstitué de manière exemplaire un instrument Louis XV. Michel Chapuis nous a gratifiés d’une quarantaine de minutes d’improvisation dans le style classique et d’une présentation impromptue d’une longueur équivalente, où il a fait valoir ses connaissances – un trésor apparemment inépuisable – sur cet instrument et ses facteurs.

À Sainte-Clotilde, l’orgue de César Franck demeure le témoin le plus crédible des œuvres du maître, en dépit d’un siècle d’altérations. Le Récit, dans son état original, passait pour avoir la plus vaste gamme de nuances en France, ce qui fut gâché par un agrandissement sous Tournemire en 1932. L’orgue a subi d’autres ravages, surtout au moment de son électrification, alors que Jean Langlais était en fonction.

C’est une véritable honte que la console de Franck n’ait jamais été rapatriée; il s’agit de celle qui apparaît sur le fameux tableau représentant le compositeur, tableau que je me rappelle avoir vu dans mon enfance en page de couverture du vieux magazine Étude, appartenant à ma mère. Heureusement, cette console s’est retrouvée entre bonnes mains puisqu’elle a été acquise par le regretté compositeur Flor Peeters; elle existe donc toujours, en attendant le moment où l’orgue pourra être restauré dans son état original. Pour y être entré, j’ai l’impression que ce ne serait pas trop difficile à réaliser techniquement. Les dimensions du Récit original, par exemple, sont très évidentes. Le véritable obstacle, ce sont quelques esprits incapables de discernement qui placent sur le même pied le travail insipide d’amateurs (gens non avertis, incompétents) comme Tournemire et Langlais, et celui du grand génie qu’est Franck.

Une agréable surprise nous attendait à La Trinité : l’orgue de Messiaen, qui sonne vraiment bien. Contrairement à celui de Sainte-Clotilde, cet orgue (également un Cavaillé-Coll) a traversé le processus de modernisation avec succès. Les mixtures et autres caractéristiques néo-classiques semblent se bien mélanger avec le reste, les exigences de Messiaen étant un cran (probablement plusieurs crans) plus élevées que celles des Tournemire de ce monde. L’orgue est en bon état, ayant été rénové il y a environ cinq ans, et son action électrique avait l’air de fonctionner mieux que tout ce que nous avions vu dans le genre. Nous avons eu le bonheur d’entendre cet instrument joué habilement, d’une façon qui le mettait fort bien en valeur. Ici encore, l’instrument et le lieu forment acoustiquement un mariage parfait.

D’autres bonnes surprises parmi les orgues que je n’avais jamais entendus : Saint-Louis d’Antin, Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts, Saint-Médard. Les deux premiers sont des Cavaillé-Coll construits à quarante ans d’intervalle. Tous deux sont restés près de leur état d’origine, supposément, mais la ressemblance de leur sonorité me donne à penser qu’ils ont été réharmonisés au fil du temps pour correspondre à un idéal normatif de l’esthétique Cavaillé-Coll. La sonorité est belle, mais je crois que des nuances se sont perdues, qui auraient permis de situer les instruments dans le parcours artistique du facteur. Cette pratique est comparable au péché dont les restaurateurs d’art se rendent parfois coupables en appliquant le même vieux vernis hollandais sur tout ce qu’ils touchent, de Memling à Vermeer. L’orgue de Saint-Médard nous a changés des Cavaillé-Coll: il est signé par les frères Stoltz au sujet desquels nous ne savons pas grand chose. Ces artisans ont construit leur orgue (en 1880) dans un très beau buffet du XVIIe siècle de la main du même Germain Pilon qui a créé le somptueux buffet de Saint-Étienne-du-Mont. C’est un bon instrument, harmonisé avec finesse et clarté, mais on peut regretter la perte de l’orgue qui l’a précédé, un instrument de Valerian de Human (env. 1644), reconstruit par Clicquot.

À Saint-Nicolas-des-Champs se trouve un instrument terriblement séduisant, essentiellement l’œuvre de François-Henri Clicquot, dans un buffet dont les plus vieilles parties (et les mieux conçues) remontent à 1570; on ne trouve pas plus ancien à Paris. Louis-Alexandre Clicquot avait déjà substantiellement modifié l’instrument des XVIe-XVIIe siècles, mais en 1773, François-Henri décide de repartir de zéro. Il était paroissien, comme son père avant lui; on peut donc présumer qu’il voulait donner le meilleur de lui-même pour son église. L’orgue de Clicquot a été beaucoup remanié dans les deux siècles d’intervalle – il a perdu sa traction mécanique en faveur d’une machine Barker et d’un tirage pneumatique des jeux – mais les sommiers et la tuyauterie sont toujours là. En dépit d’une touche (pour ne pas dire « une tache ») de modernisme, le son original est toujours perceptible, surtout dans les anches. Rien n’empêche la restauration de cet orgue à son état original, si ce n’est l’inertie des autorités et la rivalité maladive entre les facteurs d’orgues et les experts. Aucun illustre inconnu n’a honoré cet instrument de ses compositions douteuses. De plus, les modifications apportées dans les deux derniers siècles n’ont pas de grande valeur historique. Il faudrait donc s’en débarrasser et rendre aux Parisiens un authentique instrument du XVIIIe siècle pour leur rappeler ce qui fut jadis.

Le seul instrument à traction mécanique de Paris qui soit resté d’avant 1800 se trouve à l’église Saint-Gervais. La dynastie des Couperin a régné sans interruption à la tribune pendant 175 ans, depuis Louis (env. 1653) jusqu’à Gervais-François (mort en 1826), survivant aux Bourbon et à Bonaparte. Eût-il été acceptable pour une femme d’être nommée titulaire à l’époque que ce règne aurait atteint les deux siècles: Céleste Couperin (morte en 1860), dont on sait qu’elle remplaçait son père dans les dernières années de sa vie, aurait pu prendre la relève.

L’orgue de Saint-Gervais tel qu’on le connaît aujourd’hui est, en substance, un instrument du XVIIIe siècle, mais il contient du matériel représentant près de quatre siècles de facture. L’orgue que François Couperin le Grand a connu (l’œuvre de Thierry, 1685, la dernière de plusieurs reconstructions d’un orgue de Mathis Langhedul, 1601) a été démonté en 1758 par un certain Bessart. Ce dernier commence à construire un nouvel orgue dans un buffet élargi et décoré par le célèbre sculpteur Fichon, à qui l’on doit aussi les scupltures de l’orgue de Saint-Séverin. (L’orgue de Saint-Gervais n’est pas, à mon avis, son chef-d’œuvre.) Néanmoins, Bessart conserve une bonne partie de la tuyauterie ancienne et il a eu l’élégance de mourir avant que le nouvel orgue ne soit terminé. Clicquot prend la relève pour compléter un orgue qui deviendra le cheval de bataille des derniers représentants des Couperins. On peut encore voir et sentir l’empreinte de leurs doigts à l’usure des claviers plaqués d’os. L’orgue est modifié à deux reprises au cours du XIXe siècle par la firme Dallery et il subit d’autres changements dans les années 1920. Nous pouvons nous réjouir qu’il ait échappé à une modernisation systématique grâce au dévouement du musicologue Paul Brunold, le titulaire de l’époque.

Dans les années 1960, on a formé le projet de restaurer l’orgue de Clicquot, ce qui a soulevé de vives protestations de la part de ceux qui remettaient en cause l’idée de tracer une ligne arbitraire à la fin de l’Ancien régime auquel, après tout, l’orgue et les Couperins ont survécu. Il a finalement été décidé – probablement fort à propos – de le laisser tel quel, témoin vivant de la manière dont un instrument peut évoluer dans le temps. Une partie de la tuyauterie de Mathis Langhedul demeure (dont deux tuyaux signés): de plus, si les frères Dallery ont supprimé les mixtures sous Gervais-François Couperin, leurs successeurs se sont rendu compte de l’erreur et les ont rétablies en 1843. Cet orgue n’a pas la plus belle voix de France, mais on l’aime comme on aimerait la voix légèrement fêlée de la bonne vieille chanteuse de folklore qui n’a pas besoin d’un musicologue pour certifier de son authenticité quand elle chante une chanson qu’elle a apprise sur les genoux de sa grand-mère.

La controverse entourant l’orgue de Saint-Gervais peut être considérée comme un point tournant dans la philosophie de restauration des orgues en France: c’est à ce moment-là qu’on a commencé à éprouver du respect pour le travail du XIXe siècle, proie facile jusque-là pour les promoteurs d’« améliorations » qui ont saboté un grand nombre de très beaux instruments de Cavaillé-Coll et d’autres facteurs. Non pas que Cavaillé ait épargné les orgues du XVIIIe siècle, bien au contraire, mais il avait l’excuse d’avoir du génie, ce dont ne peuvent se vanter ses successeurs. Les modernes non plus, personnifiés par l’omniprésent Norbert Dufourcq, un expert doté d’un statut officiel, n’avaient pas manifesté de grand respect pour les quelques orgues qui restaient du XVIIIe siècle. Jean-Albert Villard, titulaire à Poitiers, a passé des années à défendre son magnifique Clicquot contre les plans de Dufourcq pour le modifier, malgré qu’il s’agissait du seul instrument en 16’ de ce facteur à rester intact.

Quant à l’orgue de Saint-Eustache, il me faut nuancer mes observations avec la remarque suivante: nous avons entendu l’instrument joué d’une façon tout à fait inusitée et, j’ai bien peur, pas très satisfaisante. L’organiste qui jouait pour nous, Yanka Hkimova, est un disciple de l’illustre titulaire de Saint-Eustache, Jean Guillou. Cet artiste a créé un style de jeu unique – et je dis « unique » bien à propos: en effet, Mme Hkimova a démontré qu’il ne s’agissait pas d’un style facilement imitable. Même quand Guillou en personne est au clavier, plusieurs auditeurs trouvent ses manières excessives, en particulier son traitement des articulations, très piquées. Sous les doigts de son élève, ce type de jeu est devenu une caricature, au grand détriment de la musique: les phrases, les lignes et l’harmonie en étaient complètement anéanties par ce staccato obstiné.

Pendant que nous écoutions Bach, Franck et Ravel (dans une transcription de l’interprète) soumis à ce traitement meurtrier, je n’avais plus du tout la tête à juger du son de l’orgue. C’est très regrettable: en effet, au moment de son inauguration en 1989, on disait de ce très grand instrument, réalisé par la firme Van den Heuvel, qu’il faisait époque: c’était l’orgue du futur offert sur le majestueux plateau d’argent de la tradition romantique française. Si c’est le cas, je crois que nous sommes restés sur notre faim.

Au lieu de cela, nous avons entendu un instrument moderne assez commun, de style international, qui ne se distingue que par sa taille impressionnante (il comporte cinq jeux de 32’ dont trois anches) et quelques mutations singulières. Sur le plan acoustique, la résonance de l’orgue dans l’immense vaisseau de Saint-Eustache ne semble pas être un franc succès, bien que, là encore, ce ne fût peut-être pas l’occasion idéale pour en juger.

En somme, on pourrait souhaiter entendre un meilleur orgue, joué par des mains plus habiles. D’ailleurs, la performance de madame Hkimova n’était certainement pas mise en valeur du fait qu’elle jouait depuis la console de nef. La sonorité brutale due au tirage électrique des notes ne semblait nullement atténuée par les machines Barker à la tribune. Ironiquement, on peut en déduire que ces dernières sont bien fabriquées et que, par conséquent, elles répondent bien. Il serait intéressant de voir si l’organiste pourrait obtenir une articulation plus subtile depuis la console de tribune, mais on nous a dit qu’elle était rarement utilisée pour les concerts.

Nous avons ensuite assisté à une démonstration de quelques expériences musicales auxquelles se livrent M. Guillou et ses élèves dans le chœur de l’église, c’est-à-dire la réalisation du concept d’« orgue à structure variable ». L’orgue de choeur et, à proximité, un assemblage de tuyaux disposés sur un sommier électrique ont été amenés à servir cet idéal étrange, avec le degré de succès qu’on peut deviner.

L’orgue de Notre-Dame pouvait aussi être décevant pour qui s’attendait à un orgue transcendant. Mais tout le monde savait déjà que cet instrument a connu ses hauts et ses bas. Il remonte essentiellement à 1730, alors qu’un orgue médiéval déjà sensiblement transformé est finalement remplacé par un orgue de François Thierry. Plus tard, il suit le parcours que nous savons: reconstruction et agrandissement par Clicquot vers 1780, transformations mineures au début du XIXe siècle, puis réfection à grande échelle 80 ans plus tard par Cavaillé-Coll, qui y laisse l’empreinte indélébile de son style. L’orgue a connu une période de stabilité du temps de Louis Vierne (mort en 1937). Cependant, à partir de 1956, quand Pierre Cochereau le fait électrifier, l’orgue entre dans une période de bouleversements. Les modifications sonores qui suivent n’ont pas été acclamées universellement.

Entre 1990 et 1993, l’orgue fait l’objet d’une restauration complète sur les plans technique et sonore. À ce moment-là, on installe une nouvelle traction électrique dotée d’un système de contrôle électronique au sujet duquel le monde de la facture d’orgues attend toujours des explications. En attendant, des rumeurs courent (dont on se demande si elles sont dignes de foi) au sujet des défaillances récurrentes de cette merveille cybernétique. Rien de tout cela n’est à l’honneur des facteurs d’orgues impliqués, encore moins de la firme Synaptel qui a fourni l’expertise en matière de traitement des données. Ce serait assurément à l’avantage de toute la communauté des facteurs d’orgues que les détails de cette restauration soient connus. J’encouragerais donc les facteurs en question à s’avancer pour les mettre au grand jour. Si des erreurs ont été commises, nous pourrons tous en tirer des leçons. Je suis sûr par ailleurs qu’on en apprendrait encore davantage des aspects positifs du travail, qui en constituent sans doute la plus grande part.

Jeudi soir, nous avons eu droit à une démonstration complète des possibilités sonores de l’orgue par Olivier Latry. Il avait organisé son programme, entièrement improvisé, en quatre groupes distincts de manière à illustrer les nombreuses réincarnations de l’instrument: orgue classique, orgue Cavaillé-Coll, orgue Cochereau, orgue de 1992. C’était une fascinante et brillante chronique du difficile destin de cet orgue, ce qui a valu à M. Latry une ovation chaleureuse et bien méritée. Comme à Saint-Sulpice, nous avons apprécié avoir l’extrême privilège de disposer entièrement de la cathédrale pour cette audition dans le plus complet silence, à l’abri des touristes.

Je ne crois pas être le seul à avoir été tout à fait charmé par l’âme classique de l’orgue, que Latry nous a révélée avec intelligence à travers une suite classique des plus élégantes. Il nous a fait entendre un plein jeu d’une dignité empreinte de grandeur, un jeu de tierce vif et bien rond, et une batterie d’anches classiques absolument convaincante dans laquelle résonne une puissante trompette signée Clicquot.

En dépit de toute l’agitation qu’a provoquée cet instrument au fil des âges, le caractère immuable de l’orgue français y est resté intact. C’est comme la cathédrale elle-même où tout, sous la claire-voie, témoigne des altérations et des drames qui résultent inévitablement de l’usure du temps. Transformé du fait même de son engagement dans l’histoire, l’orgue de Notre-Dame nous parle de la civilisation française d’une manière différente de celui de Poitiers, ce monument parfaitement conservé. C’est une grâce pour les facteurs d’orgues que nous sommes de pouvoir les entendre tous les deux et de tirer des leçons de leur histoire respective.


Cet article a paru dans l’ISO Journal de novembre 1998. Nous tenons à remercier l’éditeur de ce magazine, M. François Uys, de nous avoir si gentiment permis de le reproduire.

James Louder, facteur d'orgues associé à la maison Wolff et membre des Amis de l'orgue de Montréal, était présent au congrès 1998 de l'ISO (International Society of Organbuilders) à Paris. Il nous livre ses impression sur les orgues qu'il a vus et entendus à cette occasion. Il ne s'agit ni d'un compte rendu exhaustif, ni d'une liste complète de tous les instruments visités au cours de cette semaine.

Traduction de Hélène Panneton.


Congrès à venir

Organ Historical Society
Montréal, 19 au 15 août 1999

    Treize orgues contemporains situés sur l’île de Montréal ainsi que vingt instruments anciens situés dans les villes et villages des environs, tel est le menu que présentera le congrès 1999 de l’OHS du l9 au 25 août. C’est ainsi que les congressistes feront la connaissance entre autres d’un Casavant 1891 (II/15) à Saint-François-du-Lac (près de Sorel); un orgue Warren 1898 à l’Ile Dupas (près de Berthierville) et un orgue Eusèbe Brodeur (II/20) aux Cèdres (près de Vaudreuil). L’OHS dont le but est de favoriser la connaissance des instruments anciens encore existants tant du point de vue tonal qu’esthétique, tient son congrès pour la première fois au Canada. Ses membres, principalement des musiciens d’église, souhaitent rencontrer plusieurs collègues québécois pendant le congrès à l’un ou l’autre des événements. Lors d’un récital pré-congrès, au cours de la soirée du 18 août, nous entendrons les organistes-duettistes Sylvie Poirier et Philip Crozier à l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus sur le Casavant (IV/91) récemment restauré.

    Parmi les événements les plus marquants du jeudi 19 août signalons la participation du Studio de musique ancienne dans la superbe acoustique du Grand Séminaire; un souper-croisière sur le Saint-Laurent à bord du Cavalier Maxim et une démonstration de l’opus 1 du facteur Hellmuth Wolff sur une musique de danse suisse. Le samedi 21, nous ferons un arrêt à Rougemont pour chanter quelques hymnes accompagnés par un barrel-organ dans la petite église Saint-Thomas qui peut à peine contenir 100 personnes (2 autobus à la fois sur les 8 qui nous comptons avoir). En soirée du dimanche 22 août, Bernard Lagacé exécutera l’intégrale des Chorals de Leipzig de J.S.Bach à l’église de l’Immaculée-Conception pour clôturer une journée Beckerath qui aura débuté dans la matinée par une conférence du facteur d’orgues et harmoniste allemand Christoph Linde.

    Lundi le 23, parmi d’autres activités, nous visiterons les ateliers Casavant, Létourneau et Guilbault-Thérien à Saint-Hyacinthe. Le dernier jour, mercredi le 25, un récital hautbois et orgue donné par le hautboïste Philippe Magnan et l’organiste Richard Paré à l’église Saint-Michel de Vaudreuil nous enchantera certainement. Après un souper-banquet au Château Vaudreuil, Patrick Wedd donnera le récital de clôture et dirigera l’Ensemble Musica Orbium à l’église de la Visitation du Sault-au-Récollet. Comme le veut la tradition de l’OHS, chaque récital se terminera par une hymne chantée par les congressistes et accompagnée par des organistes américains.

    Nous espérons que de nombreux québécois s’inscriront à ce congrès exceptionnel.

    Bridget Chatterley
    (traduction: Gaston Arel)

Festival canadien d’orgue
Hamilton, Ont., 19 au 23 juillet 1999

    Ce festival, qui est en même temps le congrès national du CRCO, met exclusivement en vedette des artistes canadiens (31 en tout). Il comprendra six grands récitals, quatre concerts spéciaux ainsi que quinze ateliers, récitals-conférences et classes de maître. Parmi les concerts spéciaux on retrouve un « Récital à travers le Canada » donné par dix organistes dont un de chaque province, et un concert symphonique présenté par l’Orchestre de l’Académie nationale, direction Boris Brott, incluant des concertos de Handel, Saint-Saëns et Raymond Daveluy.

    Le Québec y sera bien représenté puisque trois des six grands récitals seront donnés par des artistes québécois (Denis Bédard, Marc-André Doran et Geneviève Soly) et que Rachel Laurin sera la soliste du concerto de Daveluy. Le festival sera complètement bilingue.

    Simon Irving
    (traduction: Rachel Alflatt)


L'orgue sur le web
par André Côté

Avec les nombreux moteurs de recherche de plus en plus efficaces, il est maintenant aisé de trouver des sites relatifs à l’orgue présentant des instruments, des facteurs ou des associations. J’aimerais donc plutôt vous proposer tout au long de cette chronique des sites découverts un peu par hasard, au gré des nombreux clics de souris effectués ces derniers temps sur le Web.

  • Louis Vierne
  • Office de la propriété intellectuelle du Canada
    • M’y étant retrouvé par hasard, l’idée me vint d’utiliser le moteur de recherche de ce site pour scruter la base de données à la recherche de brevets concernant l’orgue. On y retrouve par exemple, un brevet sur un mécanisme de soupape d’orgue par The Wicks Pipe Organ Co. (1928) et un «mécanisme des jeux d’orgue» breveté à Arthur Letiecq, Joseph Hevey et Samuel Casavant (1929). L’intérêt principal est de pouvoir y consulter, en ligne, les textes descriptifs et les plans originaux.
      http://patents1.ic.gc.ca/intro-f.html


Nouvelles de Québec
par Irène Brisson
  • Conseil d'administration
    • L’année 1999 commence avec un changement important chez les Amis de l’orgue de Québec, en raison de la démission de leur président Marc-Aurèle Thibault, dont le dévouement, la compétence et l’amour de l’orgue ont fait l’unanimité auprès des membres du Conseil d’administration. Président de 1989 à 1993 et depuis octobre 1997, il a été entre autres, rappelons-le, à l’origine du traditionnel concert « portes ouvertes » présenté chaque année en début de saison sur écran géant. Qu’il soit chaleureusement remercié pour son dynamisme au service du Roi des instruments! La présidence par interim sera assurée jusqu’aux prochaines élections par Gaston Paradis, bien connu pour son implication au sein de la Fondation Claude Lavoie.

  • Les activités des Amis de l'orgue de Québec
    • Du côté des concerts, la saison des Amis de l’orgue suit son cours, toujours marquée sous le sceau de la qualité et de la diversité. On attendait avec impatience le récital de Nathalie Gagnon, qui avait remporté en juin dernier le Prix du concours d’orgue de Québec: la fougueuse rimouskoise était en effet revenue de Vienne, où elle étudie cette année avec Michael Radulescu, pour effectuer en février la tournée de concerts associée à son prix. Oublié le stress des concours! La jeune organiste a démontré, à travers des pages tour à tour enflammées (Fantaisie et fugue en sol mineur de Bach, Prélude et fugue en sol mineur de Brahms) ou d’une grande profondeur, un indéniable potentiel. On retiendra notamment de son concert du 20 février aux Saints-Martyrs-canadiens son intériorité dans deux chorals ornés de Buxtehude et la logique de sa pensée dans le savant et majestueux choral de Bach O Lamm Gottes unschuldig (BWV 656), dont chaque voix s’empare tour à tour du thème. Sensible de même, son intérêt pour la musique québécoise lui a fait inscrire à son programme le Triptyque de Denis Bédard et Terre céleste, une oeuvre écrite pour elle par Josée Fortin, une jeune compositrice de Rimouski.

      La saison se poursuivra le 20 mars aux Saints-Martyrs-Canadiens avec le concert Bach/école française post-romantique que donnera Danny Bélisle en hommage au regretté Jean-Marie Bussières, et celui de l’organiste française Sophie-Véronique Choplin, le 24 avril en l’église Saint-Roch.

      En ce qui concerne la relève, le public est cordialement invité à assister:

      • au Conservatoire, aux examens terminaux du réseau, qui se tiendront cette année à Montréal le 21 avril (église de l’Immaculée-Conception pour les candidats de fin de Supérieur I) et le 22 avril (Oratoire Saint-Joseph, pour le concours). La classe de Noëlla Genest y sera représentée par Julie Doyon, élève de fin du Supérieur I.
      • à la Faculté de musique de l’Université Laval, au premier récital de maîtrise présenté aux Saints-Martyrs-Canadiens le 7 mai à 20 heures par Esther Clément, une élève de l’abbé Antoine Bouchard.


    In Memoriam: Harold Smyth

    Le 12 janvier 1999, les Amis de l’orgue de Rimouski perdaient l’un de leurs membres les plus dévoués à la cause de l’orgue. Harold Smyth est décédé, à l’âge de 59 ans, après une vie consacrée à l’enseignement et à la musique.

    Il a étudié l’orgue dans la classe de Sœur Pauline Charron à la Maison mère des Sœurs du Saint-Rosaire, de 1967 à 1972, et rempli la fonction de maître de chapelle à la cathédrale Saint-Germain pendant plus de vingt-cinq ans. Il a été le président des Amis de l’orgue de Rimouski de 1976 à 1979, de 1981 à 1984 et en 1994-1995. Agissant entre ces mandats, tantôt comme vice-président, tantôt comme conseiller, il aura participé activement à la direction de la société pendant plus de quinze ans. De plus, il a été le premier président du comité organisateur de l’Académie internationale d’orgue et de clavecin de Rimouski. C’est dire à quel point la société des Amis de l’orgue de Rimouski lui est redevable. Les organistes se souviennent de l'accueil chaleureux qu'il réservait aux artistes en tournée lors de leur séjour à Rimouski.

    Gérard Mercure


    Dans le monde du disque
    par Gaston Arel

    Johann Pachelbel
    Régis Rousseau
    Orgue Wolff de l'église St. John the Evangelist, Montréal

    ATMA, ACD 2 2173



    Duos pour orgue
    Œuvres de Bédard, Albrechsberger, Bölting, Wesley, Hesse, Kloppers
    Sylvie Poirier et Philip Crozier
    Orgue Casavant de l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, Montréal

    Ce disque est le premier enregistrement réalisé sur cet instrument récemment restauré et le troisième disque de ce sympathique couple d’organistes québécois.

    AMBEROLA, AMBC CD 7106



    Nicolas de Grigny
    Livre d'orgue
    John Grew
    Orgue Wolff de la salle Redpath de l'Université McGill, Montréal

    ATMA, ACD 2 2169/70



    Éternel Bach
    Transcriptions pour orgue faits par Bach, Biggs, Dupré, Laurin etc.
    Rachel Laurin
    Orgue Beckerath de l'Oratoire Saint-Joseph, Montréal

    MUSICUS, MCD 331192



    Johann Gottfried Walther
    Oeuvres pour orgue
    Jean Thibault
    Orgue Casavant de la cathédrale du Christ-Roi, Gaspé

    MORENCY AUDIO, MACO 199803



    Joseph Bonnet
    In memoriam Titanic
    Vincenzo Ninci
    Orgue Cavaillé-Coll de l’église Saint-Antoine-des-Quinze-Vingt, Paris

    Premier disque consacré en entier à Joseph Bonnet, organiste français décédé au Québec en 1944.

    DYNAMIC, CDS 230



    Anniversaires en musique
    par Irène Brisson

    Dans le précédent numéro de Mixtures, nous avons évoqué pour 1999, deux célèbres organistes français du XVIIIe siècle: Clérambault et Balbastre. Rendons également un hommage à Francis Poulenc (1899-1963) dont le concerto pour orgue, cordes et timbales (1938) contribua à remettre au goût du jour un genre cher à Haendel et à Corrette, et délaissé par les romantiques. Son concerto, contemporain de celui de Marcel Dupré, fut commandé par la princesse de Polignac, célèbre mécène qui fut à l’origine de nombreuses œuvres intéressantes (notamment Renard de Stravinski), et dont le salon parisien était fréquenté par toute une génération de compositeurs pleins d’audace. Composé entre 1935 et 1938, alors que Poulenc renouait avec la foi catholique, il appartient à la même époque que les Litanies à la Vierge noire et les Quatre Motets pour un temps de pénitence. De son œuvre, le compositeur disait: « Ce n’est pas du Poulenc genre concerto à deux pianos, mais plutôt de Poulenc en route pour le cloître ». L’auteur, qui n’était pas organiste, eut, pour principal défenseur de son œuvre, Maurice Duruflé, qui la créa chez Madame de Polignac puis à la salle Gaveau.

    Cette année est cependant dominée par le centenaire de la mort d’Aristide Cavaillé-Coll (1811-1899). Né à Montpellier, fils d’un facteur d’orgues qui tenait son art de la grande école classique française anéantie par la Révolution, Cavaillé-Coll s’installa à Paris en 1830 et travailla d’abord avec son père avant de voler de ses propres ailes. Ses premières réalisations coïncident avec le besoin pressant que connaît la France de restaurer son patrimoine religieux, saccagé sous la Terreur, et mis de côté lors des nombreux changements monarchiques qui suivirent. Cavaillé-Coll eut fort à faire avec tous les instruments endommagés par les révolutionnaires, laissés à l’abandon ou mal restaurés faute de facteurs réellement compétents, après la disparition de la génération de Clicquot. Des ateliers de Cavaillé-Coll sortirent les instruments les plus prestigieux du XIXe siècle, tels ceux de la basilique Saint-Denis, de Notre-Dame de Paris (qui avait servi, rappelons-le, de cave à vin pendant la Révolution), du monumental orgue de Saint-Sulpice qui remplaça le Clicquot que touchèrent Nivers et Clérambault, de la chic tribune de La Madeleine, bercée par les flonflons des boléros et des suaves méditations de Lefébure-Wély; de Sainte-Clotilde dont César Franck sera la fierté; en tout, quelques 600 orgues à Paris, en province (Rouen, Toulouse, Nancy, Orléans, Luçon, etc.) et bientôt à travers le monde. Utilisant la puissante machine pneumatique de l’ingénieur anglais Charles Barker, Cavaillé-Coll allait faciliter le travail de l’interprète, aux prises avec les manipulations complexes d’un instrument devenu colossal. Son nom est associé à l’orgue dit « symphonique », qui allait contribuer avec Franck, Gigout, Widor et Vierne à redonner à l’orgue français sa place prestigieuse d’antan. Cavaillé-Coll a également construit des orgues de concert, ainsi que des instruments de salon, dont ceux du Comte de Paris, de la cantatrice Pauline Viardot et de la princesse de Polignac.

    Pour en savoir plus, on relira avec intérêt l’ouvrage de Claude Noisette de Crauzat: Cavaillé-Coll (Paris, La Flûte de Pan, 1984. 344 pages) et aux principaux enregistrements effectués sur ses instruments.


    Revue des revues
    compilée par Gaston Arel
    La Tribune de l'orgue
    REVUE SUISSE ROMANDE
    Guy Bovet
    CH-1323 Romainmotier, Suisse
  • 50e année, No 4 (décembre 1998)
    Éditorial – Et si je me construisais un orgue? – Maurice Wenger: le gardien du paradis – Corrections à apporter dans l’édition Kastner des Tientos de Correa de Arauxo (suite 6 et fin) – Encore Vénus – Les fêtes du cinquantenaire de la TDLO – Séminaire des rédacteurs de revues organistiques – Les voyages de M. Philéas Fogg– Cours, concours, académies – Orgues – Divers.
  • L'orgue francophone
    BULLETIN DE LIAISON DE LA FÉDÉRATION FRANCOPHONE DES AMIS DE L'ORGUE,
    35 Quai Gailleton,
    69002 Lyon, France
  • No 22-23 (décembre 1997)
    Le billet du président – L’orgue de la chapelle du Château de Versailles: glanes et images (1) – L’orgue en Angleterre en XVIIIe siècle: une approche esthétique – Un regard français sur les orgues d’Espagne – Les buffets d’orgues d’Embrun – En suivant le congrès de la FFAO en Wallonie et à Bruxelles – Assemblée générale du 18 juillet – Actualité de l’orgue – Le salon Musicora 97 à La Villette – Nos associations ont la parole – Tribune de l’organiste – Revue des revues, livres et partitions, compact disques – Le tuyau et la plume.
  • No 24/25 (octobre / décembre 1998)
    Le billet du président – L’orgue de la chapelle du Château de Versailles: glanes et images (2) – De la Chapelle royale du Palais de Versailles à l’église Saint-Martin de Rennes: itinéraire d’un orgue célèbre – Tables rondes: "Orgues en Wallonie, leur histoire, leur inventaire", "Orgue neuf, copie ou création" – Musicora 98 – Le 15e congrès en Midi-Pyrénées – Assemblée générale du 16 juillet 1998 – Actualité de l’orgue – Visitez le site Internet de la FFAO – Nos associations ont la parole – Tribune de l’organiste – Revue des revues, livres et partitions, compact disques – Le tuyau et la plume.
  • L'orgue francophone en bref
    Supplément du bulletin de liaison de la Fédération francophone des Amis de l'orgue
  • no 16/17 (octobre / novembre 1998)
    Concerts – Festivals, semaines de l’orgue, congrès – Routes des orgues – Stages, académies, classes de maîtres – Brèves de tribunes – Compacts disques – Livres et partitions – Échos – Matériel pédagogique – Vidéo – Internet – Petites annonces, etc.
  • No 18 (décembre 1998)
    Concerts – Festivals, semaines de l’orgue, congrès – Routes des orgues – Stages, Académie, classes de maîtres – Brèves de tribunes – Compacts disques – Livres et partitions – Échos – Matériel pédagogique – Vidéo – Internet – Petites annonces.
  • Fêtons ensemble Cavaillé-Coll
    Supplément spécial publié par la Fédération francophone des Amis de l'orgue
  • no 1 (décembre 1998)
    Concerts – Expositions – Internet – Concours – Colloques, conférences – CD – Publications – Projets divers.
  • Point d'orgue
    BULLETIN DE LIAISON DE L'ASSOCIATION DES AMIS DE L'ORGUE DE LA VENDÉE,
    3 rue Victor-Hugo,
    85580 Saint-Michel-en L'Herm, France
  • No 88 (32e année / octobre 1998)
    Le petit orgue Debierre de Nalliers – À l’écoute des concerts–Concerts spirituels "Chants grégorien et orgue" – Retour aux sources avec Adrien Brunet – Cavaillé-Coll: un peu d’histoire: 1999, année Cavaillé-Coll – Échos des "Stages des jeunes organistes".
  • No 89 (33e année- janvier 1999)
    L’assemblée générale des "Amis de l’orgue" – L’orgue Formentelli de Saint-Laurent-sur-Sèvre – Jean-Paul Hay, organiste des Herbiers – Concerts et récitals – Interlude (suite et fin) – 1999, année Cavaillé-Coll – Échos des "Stages des jeunes organistes".
  • Le Tuyau
    Bulletin de liaison de l'association "Connaissance et pratique de l'orgue",
    Montpellier, France
  • No 23/24 (1998)
    Édito – Dossier sur le web "Surfez entre les tribunes", "Quelques sites Web relatifs à l’orgue" – Les nouveautés discographiques – Revues et livres reçus – Conte de Noël – Petits jeux pour la veillée de Noël – Les coquilles de Saint Jacques – Concert de Noël.
  • Bulletin d'information de l'Association des amis de l'orgue de Versailles et de sa région
    20 rue Montbauron,
    78000 Versailles, France
  • No 41 (octobre 1998)
    À nos lecteurs – Deux regards sur le congrès de la FFAO 1998 – Un disciple d’Eugène Gigou: Aloïs Claussmann – Les concerts d’orgue du mois Molière – Le concours final d’interprétation de Chartres – Léon Vasseur, musicien atypique – Un compositeur breton et sa contribution à la musique d’orgue: Joseph-Guy Ropartz – L’église et l’orgue de Saint Savin (Hautes Pyrénées) – L’orgue de Saint Ideuc – (concerts, festivals, inaugurations, concours, associations) – Concours musical régional d’Ile-de-France – Automne musical au château de Versailles – Attribution de marchés concernant la construction et la restauration d’orgues – Disques de musique d’orgue – Écouté pour vous – Divers (Ouvrages sur la musique, partitions, CD).
  • No 42 (janvier 1999)
    Éditorial – Les centenaires de 1999 – Comptes-rendus de concerts – Nouvelles de l’orgue et des organistes –Article sur la cathédrale de Nantes et son titulaire – Concerts – Festivals, congrès, stages, académies, master class – Concours (dates à retenir) – Disque de musique d’orgue – Écouté pour vous – Publicités diverses– Attribution de marchés..
  • No 42 (numéro spécial Cavaillé-Coll, janvier 1999)
    Les grandes étapes de la vie d’Aristide Cavaillé-Coll – Annexes (Les orgues de théâtre de Cavaillé-Coll, les orgues de salon de Cavaillé-Coll – L’influence de Cavaillé-Coll sur les organistes et les compositeurs de musique d’orgue de son temps etc.
  • Musica et Memoria
    ASSOCIATION ÉLISABETH HAVARD DE LA MONTAGNE,
    Le Moulin Blanc,
    87300 Bellac, France
  • no 70 (juin 1998, 19e année)
    Alexandre Choron (1771–1834 ou une petite histoire de la musique religieuse en France depuis la Révolution – René Sedant, centenaire, ancien poilu et musicien.
  • Orgue Canada
    Journal triannuel du Collège royal canadien des organistes (RCCO / CRCO)
  • Octobre 1998 (Vol 11, no 3)
    A Year for Country and College – Congrès national – Le coin du président – Une rue Jean-Girard à Bourges– Get on the Membership Drive Bandwagon – RCCO/CRCO 1999 National Organ Playing Competetion – Psalms and Hymns and Spiritual Songs –Outreach: A Parable – Examinations 1998 – National Office Notes – Positions Available Listing Service – News in the Canadian Scene – In Review – Changes and Additions to the Membership Directory – Musical Insights.
  • Février 1999 (Vol 12, no 1)
    First Year of Travelling Clinicians Programme a Resounding Success – The Importance of Music Workship in the Presbyterian Pastor’s Perspective – Canadian Organ Festival July 19–23, 1999 – Letters to the Editor – Le coin du président – An Update from the Chair of the Examination Committee – In Review - Beyond the Normal: A Cook’s Tour of the 1998 Calgary Organ Festival – Psalms and Hymns and Spiritual Songs – The College Examinations – "A Tapestry of Hymns" Hymn - Tasting in Thunder Bay.