Mixtures

No. 14 - Avril 2001

Dans ce numéro:


Éditorial
La FQAO s'associe à Radio Ville Marie et
Au Conseil Québécois de la Musique

Par Antoine Leduc, Secrétaire de la FQAO

Nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer brièvement, lors de la dernière parution de Mixtures, la conclusion d’une entente de partenariat entre la FQAO et Radio Ville Marie, d’une part, et l’accession de la FQAO à titre de membre associé au Conseil Québécois de la Musique, d’autre part. Permettez-moi de vous exposer, de façon plus détaillée, l’importance que revêtent ces deux nouvelles pour l’avancement de notre mouvement.

Radio Ville Marie (« RVM »)

Depuis quelques années déjà, on se souviendra que la Chaîne culturelle FM de la Société Radio-Canada ne diffuse plus d’émission exclusivement consacrée à l’orgue sur ses ondes. Ainsi, ce n’est qu’en de rares exceptions que sont captés des récitals ou autres prestations reliées à l’orgue et qu’ils sont, par la suite, diffusés sur les ondes de la société d’État. Cette situation est inquiétante et inacceptable à plus d’un titre. Les membres de la FQAO et de ses sociétés affiliées ont eu l’occasion d’exprimer leurs regrets à ce chapitre lors de nos dernières assemblées générales annuelles. Les membres du conseil d’administration de la Fédération jugent qu’il faudra entreprendre de nouvelles démarches auprès des dirigeants de la SRC afin d’y remédier et de rétablir, à tout le moins, le statu quo ante.

En attendant, et en complémentarité, Radio Ville Marie, une radio à vocation spirituelle qui diffuse à Montréal et à Sherbrooke (91,3 et 100,3 FM), ainsi que sur le réseau Internet à l’adresse www.radiovm.com, propose à ses auditeurs, depuis ses débuts, une émission concernant l’orgue, intitulée Présence de l’orgue, tous les dimanches après-midis de 15h à 16h. Radio Ville Marie est une radio « communautaire », qui vit des dons du public, ce qui implique que les divers animateurs sont pratiquement tous bénévoles. Pour cette raison, et afin d’assurer la pérennité et la qualité des émissions, la direction générale de RVM, assumée par Jean-Guy Roy, s.c., préconise la conclusion d’ententes de partenariats avec divers réseaux qui poursuivent des objectifs s’inscrivant en ligne directe avec la mission que poursuit la station. D’aucuns ne remettront en cause l’importance de la musique d’orgue dans la vie religieuse et spirituelle québécoise, tant pour le culte qu’au concert. C’est pour cela que le Conseil d’administration de la Fédération a ratifié une résolution officialisant la prise en charge, par la FQAO, de l’animation et du contenu de l’émission Présence de l’orgue, et que la direction de RVM s’engagea de la même manière. D’après les derniers sondages disponibles, RVM jouit d’un auditoire avantageusement comparable à celui de la Chaîne culturelle FM de la SRC, en plus de rejoindre un public déjà sensibilisé à la cause de l’orgue. Nous y voyons donc une occasion d’informer le grand public de la vitalité de notre mouvement, des activités de nos différentes sociétés, de nos interprètes et de nos facteurs d’orgues. Éventuellement, il sera possible d’envisager la création d’une série de Radio-Concerts, dont les balises restent encore à être imaginées et fixées, mais qui devra essentiellement permettre une représentativité des interprètes de toutes les écoles et de toutes les régions du Québec, de tous les styles, ainsi que de démontrer la vitalité de notre facture d’orgues québécoise.

C’est notre collègue Lucie Beauchemin qui a accepté d’animer les émissions de la série Présence de l’orgue depuis la conclusion de notre entente de partenariat, en novembre 2000. Nous tenons à saluer le professionnalisme dont fait preuve madame Beauchemin dans la bonne marche de ce projet, et la qualité des émissions proposées. Comme nous le mentionnions plus tôt, le travail de madame Beauchemin est essentiellement bénévole, bien que le Conseil d’administration de la Fédération lui ait voté l’octroi d’un cachet symbolique pour la première tranche de treize émissions qu’elle anima. Cet aspect montre bien l’une des limites de ce projet, si enthousiasmant soit-il. D’abord, le fait qu’il s’agisse de bénévolat peut en compromettre la poursuite à long terme, considérant le temps et la préparation que cela demande afin de présenter un produit artistique de qualité. Ensuite, même si nous parvenons à trouver les fonds nécessaires à l’octroi d’un cachet symbolique à l’animateur de l’émission de façon stable et permanente (idéalement, approximativement l’équivalent de ce qu’un organiste obtient pour jouer un office religieux), il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une tâche exigeante et récurrente. C’est pour cette raison qu’il faudra envisager de partager l’année radiophonique entre trois ou quatre animateurs, si l’on veut que le projet soit viable. Les personnes ayant le don de la parole et de la communication ne manquent pas au sein de notre membership. Nous attendons donc que les volontaires se lèvent et nous fassent des propositions en ce sens. D’autre part, il faudra idéalement mettre à contribution nos membres, ainsi que les facteurs d’orgues, afin de financer la constitution d’un fonds permettant l’octroi de ce cachet symbolique. L’idée est lancée, car il en va de notre intérêt à tous, et que parmi l’auditoire de RVM se trouvent des personnes influentes, qui ont leur mot à dire au sujet de l’entretien, de la restauration et de la construction d’orgues. Des propositions concrètes en ce sens seront bientôt formulées par le Conseil d’administration, dont vous serez informées.

Conseil Québécois de la Musique (« CQM »)

L’accession de la FQAO à titre de membre associé du Conseil Québécois de la Musique est un pas important que vient de franchir notre Fédération dans son positionnement sur l’échiquier musical et artistique québécois. En effet, le CQM regroupe tous les principaux intervenants du domaine de la musique dite « de concert » à l’échelle québécoise, comprenant tant les interprètes que les diffuseurs, les maisons d’enseignement et les associations du genre de la FQAO. Le CQM permet de faire front commun et de bien identifier le milieu musical comme intervenant de choix auprès des autorités politiques. Certains avantages sont offerts aux membres du CQM, comme par exemple certaines réductions de tarifs publicitaires dans certains journaux, revues ou périodiques. Nous invitons les membres de la FQAO intéressés par ces avantages à communiquer avec nous pour en bénéficier. En plus, nous avons désormais une page Web au nom de la FQAO sur le site Web du CQM (adresse Internet : www.cqm.qc.ca). Nous pensons, au demeurant, que le milieu de l’orgue doit être présent aux grandes discussions qui intéressent le monde de la musique en général, ainsi que d’être en mesure de s’intégrer au sein des autres disciplines artistiques. C’est pourquoi la FQAO existe, par et pour ses membres, afin de justement faire rayonner notre musique, ses représentants et nos riches traditions.

L’avènement du site Web de la FQAO, dans quelques temps, constituera un pas de plus dans cette direction. Tous ces facteurs, mis ensemble, nous permettront sans doute d’accroître nos sources de financement, notamment au sein des autorités publiques, du moins nous osons l’espérer. C’est pourquoi la contribution de tous les intervenants du milieu de l’orgue est essentielle au développement de nos activités, dont le rayonnement, de façon ultime, bénéficiera à tous. C’est aussi dans ce cadre que nous devrons réévaluer nos actions, établir des priorités et un plan d'actions concertées, afin de toujours accroître notre représentativité et notre originalité. Il faudra également penser au renouvellement des « ressources humaines », c’est-à-dire des personnes qui s’impliquent et qui font fonctionner l’association, qui donnent ainsi vie à notre mouvement, car c’est bien d’un « mouvement » qu’il s’agit. La FQAO est donc active dans bien des domaines, comme on peut le constater. Il est tout à souhaiter que cela se maintienne et continue de prendre de l’ampleur. En cela, nous nous permettons de paraphraser ce qu’un célèbre président américain a déjà exprimé : ne demandez pas ce que la FQAO peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour la FQAO.


L'orgue, ce méconnu
par Laurent Duval

Écoute le chant de l’orgue, l'instrument de musique de nos artistes modernes.
Haut Moyen-Âge

Au centre de Boston se situe l’imposante Trinity Church, un étrange monument de pierre rougeâtre dont on a dit qu’il était un mélange de puissance et de raffinement. C’est là que fut donnée, en 1951, une exécution alors rarissime de la Messe en ut mineur de Mozart. Et à l’issue du concert, selon la coutume, l’assistance manifesta son appréciation par des applaudissements nourris. Les gens étaient en train de quitter le temple lorsque l’orgue se fit entendre et de magistrale façon dans le puissant choral de Bach : Wir glauben all an einen Gott - Nous croyons tous en un seul Dieu, et tout le monde de rester aussitôt figé sur place pour écouter dans le recueillement cette page admirable. Puis, ce fut dans le silence le plus complet, le plus respectueux, que lentement l’église se vida : événement à jamais inoubliable pour ceux qui eurent le privilège de l’avoir vécu.

Quelle initiative saugrenue de la part de l’organiste des lieux que d’avoir ainsi anéanti jusqu’au souvenir même de cette splendide messe de Mozart! Un cas manifeste de zèle intempestif, pensai-je alors. Mais une question me préoccupait bien davantage : qu’est-ce qui fait que Bach ait pu en un si bref laps de temps subjuguer tous ces gens qui venaient d’être ravis par l’audition d’une oeuvre majeure d’un autre grand maître? Nous y reviendrons. Mais, attardons-nous quelque peu à l’organiste méconnu aujourd’hui que fut Wolfgang Amadeus Mozart.1

Personne n’aurait pu attendre de Mozart qu’il ait manifesté beaucoup d’intérêt pour l’orgue. Compositeur prolifique, qui a oeuvré toujours avec brio et plus souvent encore avec génie dans tous les genres musicaux, il n’aura laissé, hélas! que quelques pièces d’un intérêt secondaire pour le roi des instruments, exception faite de ses deux Fantaisies en la mineur composées à la fin de sa vie, au reste conçues pour une horloge mécanique, et exécutées depuis lors à l’orgue. Mozart a souverainement détesté sa ville natale. C’est de notoriété qu’il fut à couteaux tirés avec les prélats de Salzbourg qui réprouvaient ses absences multiples et indûment prolongées, indisposés qu’ils étaient déjà, à n’en pas douter, de ses improvisations fantaisistes à l’orgue de la cathédrale. Il aurait pu délaisser l’orgue, le rejeter avec véhémence même, s’il n’avait été et avant tout musicien dans l’âme. Nous lui devons cet étonnant cri du coeur resté à ce jour une énigme tant pour les musicologues que pour les mozartiens : Die orgel ist mein passion!.

Lors de l’inauguration en 1970 de l’orgue D.A. Flentrop du Centre National des Arts d’Ottawa, deuxième cadeau princier2 de la Hollande au Canada en autant de générations, Karl Richter fut invité à exécuter un programme assez inhabituel et très éprouvant pour l’artiste et cela pour permettre à l’auditoire d’apprécier tour à tour ses qualités de maestro, de chef de choeur, de claveciniste et enfin d’organiste, ce que pourtant une discographie considérable avait déjà amplement démontré. Le concert terminé, j’eus le privilège de le rencontrer autour d’une table en compagnie de quelques autres invités. L’occasion m’a alors semblé propice de lui poser la question suivante : « Si, par hypothèse, il vous fallait ne vous en tenir qu’à une seule discipline, laquelle choisiriez-vous? » Après un bref silence, il me répondit d’un air résolu, « l’orgue! ». Or, deux siècles séparent ces deux virtuoses du clavier que furent Mozart et Richter.3 Pareille continuité dans la préférence d’un instrument aussi particulier ne manque pas d’être significative.

À l’encontre du préjugé populaire, l’orgue n’est pas qu’un instrument de musique au service du culte ou un quelconque succédané de l’orchestre. L’orgue s’impose d’emblée comme entité propre. « De tous les instruments, le seul dont le son puisse n’avoir pas de fin, le seul qui évoque l’idée de l’immuable, de la durée, de l’éternité, c’est l’orgue », d’écrire le compositeur et organiste Charles-Marie Widor. Et l’écrivain Honoré de Balzac, qu’on ne soupçonnerait guère de s’y être intéressé le moindrement, a écrit : « L’orgue est certes le plus grand, le plus audacieux, le plus magnifique de tous les instruments crées par le génie humain, (...) il peut tout exprimer ».

Néanmoins, et pour le public, l’orgue n’est rien d’autre que «le flonflon banal» dont parlait Henri Ghéon dans Promenades avec Mozart, assez singulièrement. On associe immanquablement l’orgue aux cérémonies religieuses et inévitablement à la mort. Quant au répertoire, pourtant d’une incommensurable richesse, il se limite pour la plupart des gens à la Marche nuptiale de Mendelssoln - qui n’est pas une pièce d’orgue mais la brillante ouverture du jeune compositeur de 17 ans pour Le Songe d’une nuit d’été - et à la Toccata et fugue en ré mineur de Jean-Sébastien Bach, une autre oeuvre de jeunesse. Que le public soit dans une telle ignorance est chose normale; en revanche, que tant de mélomanes persistent dans leur indifférence ou leur mépris de l’orgue et de son répertoire confond.

Ce constat s’explique en partie par le fait que certaines personnes, fort versées en musique soient, par ailleurs, réfractaires à l’orgue. Puisqu’il est naturel pour chacun d’entre nous d’éprouver une prédilection pour un instrument donné, il s’ensuit en contrepartie que rien ne s’oppose à ce qu’un instrument en particulier nous soit rébarbatif. Cette donnée élémentaire à laquelle on ne prête pas assez attention affecte de façon déterminante le cheminement de quiconque s’intéresse à la musique. Or, des goûts et des couleurs on ne discute point, dit le proverbe.

On en vient normalement à préférer un instrument, le piano, le violon ou la flûte et, à la faveur des circonstances, à accéder à la musique symphonique et/ou à l’opéra. Il faut toutefois vaincre son inertie naturelle pour aborder les répertoires plus hermétiques de la musique de chambre, du lied, du clavecin et de l’orgue. Comme ce dernier instrument se trouve généralement dans les églises, l’association au culte religieux est incontournable et hélas! propre à susciter des réminiscences dont certaines personnes ne se sont jamais affranchies. De la musique d’orgue? Quelle horreur! Jamais! D’où parfois des quolibets désobligeants sur l’instrument et ses adeptes, comme si elles pouvaient ainsi exorciser leur traumatisme de jeunesse! Il s’ensuit que tout mélomane-amateur-d’orgue se mérite d’emblée l’étiquette peu flatteuse de rongeur de balustre et, de ce fait, tenu pour suspect! Mais vétilles que tout cela en comparaison du merveilleux périple musical qui attend toute personne affranchie de pareilles servitudes mentales. Néanmoins, le sentier de l’Olympe n’est pas accessible à tous, car il reste fermé au préjugé tout comme à la facilité. C’est moins une question d’élitisme que de disponibilité d’esprit.

En toute honnêteté, que nous reste-t-il des paysages grandioses ou des chefs-d’oeuvre de l’architecture que beaucoup d’entre nous avons avidement recherchés en terres lointaines? Que des impressions floues, des souvenirs confus et des photos rangées dans un album ou abandonnées pêle-mêle dans une boîte. En somme, une douce nostalgie de splendeurs à jamais estompées. Oui, j’ai vu l’Acropole! diront certains, pour s’affirmer. Et alors?

Comment renouer avec ces grandes émotions d’hier qui transcendent la grisaille du quotidien et donnent à l’existence une dimension généreuse propre à nous affranchir des servitudes? Ou, puisque nous parlons musique, que nous reste-t-il à écouter de captivant en sus du répertoire traditionnel? Existe-t-il autre chose comme perspective d’avenir que des auditions sans cesse répétées, certes agréables, des oeuvres et des chefs-d’oeuvre dont on croit avoir découvert tous les secrets?

Je soutiens et allègrement que l’Orgue, ce méconnu, est propre à combler cette quête constante du beau, cette aspiration légitime de chacun au sublime. L’harmonie radieuse du Thoronet, l’équilibre parfait de Ségeste et la splendeur gothique de Chartres se retrouvent dans la musique de l’orgue tout autant que la majesté des fjords norvégiens, la puissance altière des Rocheuses et l’incomparable luminosité des îles grecques. Il ne s’agit pas en l’occurrence d’évoquer des images, mais d’éprouver des émotions fortes et profondes, douces et sereines, sans lesquelles l’existence apparaît effectivement morne et sans relief.

Il n’y a pas de plus beau voyage qu’au pays de l’orgue!


1Intrigué de la renommé de l'orgue Christian Müller de l'église Saint-Bavon de Haarlem, en Hollande, Mozart s'y est rendu pour satisfaire sa curiosité. Son verdict a dû combler d'aise ses hôtes, le jeune maître ayant qualifié cet orgue de « plus bel instrument au monde ».
2Durant la Deuxième Grande Guerre, le Canada a accordé l'asile politique à la princesse Juliana de Hollande. Suite à son couronnement en 1948, dans un geste de gratitude, elle a fait don à la ville d'Ottawa d'une quantité considérable de bulbes de tulipes. Depuis, la Capitale nationale du Canada redevient, au printemps, un immense jardin hollandais.
3Karl Richter est décédé à Munich le 5 février 1981, à l'âge de 55 ans.


NDLR

    Membre des Amis de l'orgue de Montréal, Laurent Duval est l'auteur de « Retour à l'orgue de Bach », publié en 1962 dans le Maclean's français (aujourd'hui, L'Actualité) et de « Point d'orgue 1980 », sur la renaissance de l'orgue au Québec publié dans Forces, no. 52. Voici l'Avant-propos de son tout récent manuscrit intitulé L'orgue, ce méconnu, un ouvrage assez élaboré sur l'histoire de l'orgue et l'intérêt que cet instrument devrait susciter auprès des mélomanes.


Rudolph Von Beckerath (1907-1976)
(2e partie)

par Christoph Linde

En 1935, la situation politique se corsa. En France, un boycottage des compagnies allemandes et des compagnies françaises associées à des allemands vit le jour, ce qui s'avéra être une impasse à tout travail productif. Beckerath prit alors la décision de quitter définitivement Gonzalez. Une autre raison qui a pu motiver Beckerath à prendre pareille décision réside dans le fait qu'il avait été invité à retourner en Allemagne pour y poursuivre son propre travail.

En 1936, de retour à Hambourg, Beckerath obtint le contrat de son opus I, un orgue de vingt-neuf jeux répartis sur trois claviers (III/29) sans qu'il n'ait à faire trop de compromis, destiné pour le quartier hambourgeois d'Othmarschen. N'ayant pas encore son propre atelier et ne pouvant, par conséquent, construire lui-même les divers éléments composant cet instrument, il les fit fabriquer par le facteur Sauer, situé sur les rives de l'Oder à Francfort, près de la frontière polonaise, le tout selon ses exigences et spécifications. L'Opus I fut terminé et livré en décembre 1936. Herr Zillinger, le directeur national de la musique religieuse, en acceptant l'instrument, déclara:

"Qu'en est-il de l'harmonisation de cet orgue ? Il m'est d'avis qu'il n'existe pas d'orgues modernes, même parmi les meilleures, qui disposent de principaux qui soient satisfaisants. Cependant, l'orgue d'Othmarschen nous en offre, pour la première fois depuis longtemps, dont la beauté est comparable à ceux de l'époque classique. Cela est dû, sans contredit, à l'excellente et exceptionnelle harmonisation dont l'instrument bénéficie. Notons également que les jeux d'anches de cet orgue s'avèrent être d'une qualité exceptionnelle".

Comme on peut le constater, le rapport de Zillinger fut des plus favorables et élogieux à l'endroit du travail accompli par Beckerath.

Dès novembre 1938, Beckerath assuma les fonctions d'expert des orgues et carillons pour le compte du ministère des affaires religieuses, ce pour quoi il déménagea à Berlin. Conscrit en 1941 par la Wehrmacht1 et fait prisonnier par les forces américaines en 1945, il fut libéré en 1946 et se rendit alors à Munich, où vivait sa famille. Il reprit ses fonctions d'expert d'avant la conscription militaire, et se vit en plus confier, par l'Église protestante de Basse Saxe, le soin d'inventorier et de répertorier toutes les orgues de cette province, ce qui permit à Beckerath d'acquérir une connaissance appréciable de maints instruments d'époque, en particulier d'en mieux connaître les caractéristiques physiques et tonales.

Bien déterminé, Beckerath poursuivit également ses efforts pour commencer à travailler lui-même comme facteur d'orgues à son propre compte. N'ayant obtenu aucun certificat attestant de ses compétences de maître facteur d'orgues alors qu'il était en France où, du reste, un tel certificat n'existait pas, Beckerath dû en obtenir un en Allemagne, qui avait cette exigence. L'obtention de ce certificat s'avérait nécessaire à plus d'un titre, entre autres en raison de l'abolition, par le régime Nazi, du libre-échange commercial avec les pays limitrophes, dont la France. Le rêve de Beckerath ne devint finalement réalité qu'en 1949. Il travailla d'abord sur le Schnitger de Steinkirchen. Par la suite, en 1952, il construisit son premier grand instrument à traction mécanique pour la Musikhalle de Hambourg, soit cinquante-neuf jeux répartis sur quatre claviers (IV/59). Mentionnons que dès ses débuts à son propre compte, Beckerath fabriquait lui-même les tuyaux de ses jeux d'anches, compte tenu de l'expérience qu'il avait déjà acquise en France à ce chapitre. J'apprendrais moi-même, par la suite, dans l'atelier alors bien établi de Beckerath, à fabriquer ainsi les anches. Continuant son expansion, Beckerath ouvrit son atelier en 1956, avec quelques six (6) employés.

À partir de 1957, la progression de l'entreprise s'affirma à l'échelle internationale. Plusieurs instruments furent conçus et installés, tant aux États-Unis qu'au Canada, et ailleurs à travers le monde, sous le leadership de Beckerath. Trois orgues furent d'abord installés à Montréal. En 1964, un instrument de trente jeux répartis sur deux claviers (II/30) le fut à Winnipeg, Manitoba, à la First Presbyterian Church. Lors de son décès, en 1976, l'atelier de Beckerath avait produit plus de cent-quatre-vingt (180) instruments.

Nous avons retracé, jusqu'à maintenant, les traits saillants de la carrière de Beckerath. Comme nous l'avons déjà dit, un seul article publié nous renseigne à propos de sa vision de l'orgue. Assurément, les orgues qu'il entendit dans sa prime jeunesse, à Hambourg, dotés d'une sonorité claire, chaleureuse et se prêtant bien à la musique polyphonique, l'ont profondément influencé.

Après 1945, suite à la Seconde Guerre mondiale, le mouvement de renouveau de l'orgue poursuivit sa lancée. Ce mouvement préconisait la recherche des éléments essentiels de la sonorité véritable de l'orgue et des moyens utilisés pour y parvenir. L'orgue Schnitger en était certainement le parangon, dans son esthétique et sa facture, c'est-à-dire ce que l'on recherchait précisément et que Beckerath avait en tête depuis l'enfance. Puis, plusieurs étudiants originaires d'Amérique du Nord, titulaires de bourses d'études, vinrent se perfectionner en Europe, et connurent ainsi les fameux instruments historiques. Leurs professeurs furent Fritz Heitmann, Helmut Walcha et Anton Heiller pour les uns, Marcel Dupré2, Jean Langlais et André Marchal3, pour les autres.

Ces jeunes organistes nord-américains subirent donc l'influence de ce mouvement de renouveau de l'orgue, qu'ils propagèrent à leur tour en rentrant chez eux. Beckerath et Flentrop exportaient leurs premiers instruments en Amérique, présentant des qualités polyphoniques remarquables. En outre, Beckerath installa, en 1957, un instrument de quarante-quatre jeux répartis sur quatre claviers (IV/44) à la Trinity Lutheran Church de Cleveland, en Ohio, et Flentrop, de son côté, installa un instrument de 27 jeux répartis sur trois claviers (III/27) au musée Busch-Reisinger de l'Université Harvard, en 1958.

Je vais maintenant tenter de cerner davantage le contexte et l'environnement dans lesquels Beckerath a évolué. Plus particulièrement, mon récit aura une touche plus personnelle, où je relaterai mes impressions, faisant en cela suite à un travail qui dura plus de sept (7) ans sous le joug de ce dernier. Ces impressions pourront paraître subjectives, à certains égards, compte tenu de mon jeune âge lorsque j'ai eu la chance de côtoyer Beckerath. Cependant, ce n'est que récemment que j'eus l'occasion d'échanger avec des membres de la famille de Beckerath qui, dans l'ensemble, m'ont confirmé ce que j'ai toujours cru savoir de cet homme.

Lors de l'installation de l'orgue de Cleveland, en 1957, à laquelle, il est vrai, je n'ai point participé, nous avions tissé des liens étroits avec Walter Holtkamp. L'équipe de Beckerath avait effectué quelques visites à son atelier et un pique-nique fut éventuellement organisé, auquel prirent part les employés des deux firmes. Durant l'une de nos conversations, Beckerath me confia que Holtkamp lui avait servi une mise en garde, au sujet de la durabilité des orgues à traction mécanique, dont seul le temps nous dirait s'ils peuvent tenir la route. Pour Beckerath, cela équivalait à mettre en doute ses efforts en la matière. Il ne se montra pas d'accord avec cette remarque de Holtkamp, qu'il tenait par ailleurs en haute estime. Un jour, bien après l'installation de l'orgue de Cleveland, alors que nous harmonisions l'orgue de la cathédrale St-Paul de Pittsburgh, nous apprîmes le décès de Holtkamp. Beckerath me dit alors qu'il s'agissait d'une grande perte pour la facture d'orgue américaine, Holtkamp ayant fait preuve d'un tel esprit d'initiative et de leadership. Il se rendit à Cleveland pour assister aux funérailles.

Nous avons installé, par la suite, en 1959, 1960 et 1961, trois instruments à Montréal. Un groupe de jeunes musiciens canadiens avait communiqué avec Beckerath, lui demandant de visiter leurs églises car ils désiraient y voir installer de ses instruments. Cette demande surprit Beckerath au plus haut point, venant de personnes qui lui étaient alors parfaitement inconnues. Il fut rapidement mis en confiance par ces jeunes musiciens, qui l'assurèrent être en mesure de négocier avec lui, bien que Beckerath devait assumer lui-même les frais de son déplacement pour aller les rencontrer. Ces jeunes musiciens, à l'origine de cette demande pour le moins inhabituelle, sont Kenneth Gilbert, Raymond Daveluy, Lucienne et Gaston Arel, qui décidèrent d'entreprendre cette démarche après avoir vu l'orgue de Cleveland.

La construction du grand-orgue de l'Oratoire Saint-Joseph présentait nombre d'exigences, notamment celle de satisfaire un immense vaisseau. Beckerath conçut un instrument de facture essentiellement allemande, comportant néanmoins plusieurs éléments propres à l'esthétique française, qu'il lui avait été donné de connaître lors de ses séjours en France. Comment pouvait-il en être autrement, nous qui devions réaliser un instrument de soixante-dix-huit (78) jeux? Je me souviens très bien, en novembre 1960, quelques jours seulement avant le récital inaugural, que André Marchal ait passé le commentaire suivant à Beckerath, de façon sarcastique: « Et ça, c'est un orgue français, Rudolf? »4. Beckerath fut quelque peu blessé par cette remarque. Son intention n'avait pas été de construire un véritable instrument d'esthétique française, et il croyait que Marchal l'aurait compris, compte tenu de leurs rencontres antérieures. Bien sûr, cet orgue était résolument d'esthétique romantique, mais plutôt allemande, et pas nécessairement française.5

Par ailleurs, notons que l'orgue de l'Oratoire Saint-Joseph et celui de l'Immaculée Conception n'étaient pas munis, à l'origine, de tirasse du grand-orgue à la pédale. Pareilles tirasses furent ajoutées à ces instruments, et non pas par Beckerath, quelques années plus tard. Beckerath n'avait pas voulu inclure de tirasse au grand-orgue à ces instruments, parce qu'il croyait à la tradition baroque originale, qui voulait que chaque partie de l'orgue possède sa propre indépendance sonore. D'autres considérations musicales militèrent cependant en faveur de l'ajout de ces tirasses, qui étaient devenues nécessaires.6

À ce sujet, vous me permettrez de référer à l'article que j'ai publié dans la revue The Tracker, numéro 4, 1998. J'y pénètre davantage l'esprit de Beckerath, car à mesure que le temps passe, j'apprends à le mieux connaître.

Dès le début de mon apprentissage, Beckerath m'impliqua, rapidement et intensément, dans l'harmonisation, et ce, dès la deuxième année. Il connaissait mes origines, où la musique avait joué un rôle important. Je me retrouvais donc dans l'atelier d'harmonisation de Hambourg, avec sa grande table de trois pieds de largeur et accessible des deux côtés. L'espace restreint nous forçait à travailler à proximité l'un de l'autre, provoquant souvent des échanges cordiaux au sujet de la facture d'orgues. Beckerath était toujours d'une imperturbable concentration et s'exprimait de façon concise et précise, sans jamais en dire plus qu'il ne fallait, mais il le faisait toujours avec passion lorsqu'il était question de l'orgue. Il répondait rapidement aux réactions de ceux qui le côtoyaient, et possédait une maîtrise de son art lui permettant d'imposer ses vues aux autres. Cela m'est fréquemment arrivé, et Beckerath m'accusait parfois d'avoir la tête dure, ce que je savais être vrai.

Laissez-moi vous donner un exemple illustrant ce que je viens de vous dire. Un certain vendredi après-midi, Beckerath se préparait pour le week-end, où il devait pré-harmoniser. Tout s'apaisait dans l'atelier, et Beckerath ne se souciait plus de l'aspect commercial de son entreprise. Il s'attelait alors et harmonisait une trompette sur le mannequin près de la petite table, où je lui apportais mon aide. Il me demandait si j'étais disposé à venir travailler avec lui le samedi, où tout est plus calme et où l'on dispose de plus de temps. J'acceptais, vivant à Hambourg, à deux cent-cinquante (250) milles de chez mes parents, mais à la condition de pouvoir participer à la répétition du chœur de l'église Saint-Pierre, qui était dotée, faut-il le préciser, d'un instrument Beckerath de soixante jeux répartis sur quatre claviers (IV/60).

Ainsi, plusieurs de mes samedis étaient consacrés au travail avec « le patron ». C'est dans ce climat harmonieux et paisible, en présence de cet homme, que j'ai tout appris de l'harmonisation. Il m'a donné la chance de me développer à ses côtés, et de devenir l'un de ses «fils spirituels de l'orgue», tel que je le disais lorsque je travaillais en Amérique du Nord. Son autre fils spirituel fut Timm Sckopp qui, après la mort de Beckerath, prit les rennes de l'entreprise dont il devint le directeur administratif, accomplissant son travail avec compétence et dévouement. Timm travailla, lui aussi, à l'harmonisation de l'orgue de l'Oratoire Saint-Joseph, ainsi qu'à celle de l'orgue de l'église de l'Immaculée Conception et de la United Church de Queen Mary Road.

À l'occasion, Beckerath m'invitait à me joindre à lui et à sa famille pour le souper. Beckerath cuisinait alors lui-même, à la française et avec talent. Ces soirées m'ont permis de connaître, en bonne partie, la vie familiale des Beckerath. J'étais alors âgé de vingt-deux ans, j'étais heureux de la tournure que prenait ma carrière, que pouvais-je demander de plus?

C'est à cette époque que je fis la connaissance de Gabriele, celle qui allait devenir mon épouse. Un jour, elle m'accompagnât à l'un de ces soupers chez Beckerath, qui l'accueillit en lui offrant une rose blanche et qui lui dit, avec son charme enjôleur: « De ce que je sais de vous, vous êtes la personne toute indiquée pour vous occuper de Christophe », qu'importe ce qu'il ait voulu dire par cela. Plus tard, ce soir là, madame Beckerath dit à Gabriele, avec chaleur et affection à son endroit: « Si vous prenez Christoph pour époux, un facteur d'orgues, sachez que c'est comme épouser un marin. Ces gens sont rarement à la maison et n'ont que peu de temps à consacrer à leurs familles ». Personnellement, bien entendu, j'étais loin de me douter que cette prédiction de madame Beckerath allait pouvoir éventuellement se vérifier...

Nous avons construit plusieurs instruments, par la suite, où je travaillai en étroite collaboration avec Beckerath. Durant ces années, plusieurs de mes collègues étaient à couteaux tirés avec Beckerath et son tempérament, ce qui les empêcha de reconnaître ou d'assimiler le professionnalisme qui était le sien. Par exemple, en 1962, lorsque nous harmonisions, Beckerath et moi, le grand-orgue de trente-deux pieds de la cathédrale Saint-Paul, à Pittsburgh, nous nous sommes occupés, à un certain moment, des jeux d'anches, fabriqués à l'atelier de Beckerath et pour lesquels ce dernier avait beaucoup d'attentes. Comme nous procédions habituellement, j'allai m'assoir à la console pour être en mesure de décider ce qui devait être fait aux tuyaux et d'en informer le patron. Soudain, de l'intérieur de l'orgue, Beckerath se mit en colère, et commença à crier, m'invectivant et me disant de procéder plus rapidement. Je me levai de la console, me tint debout à côté de la tourelle de pédale, et répliquai à Beckerath, sur le même ton: « Si vous n'êtes pas satisfait de mon travail, demandez à quelqu'un d'autre de le faire! ». Beckerath sortit la tête de l'orgue, l'air pantois. Après un moment de silence, il me dit: « Je suis très heureux que tu saches ce que tu fais; s'il-te-plaît, retourne à ton poste, tout va très bien ». L'un de mes collègues, qui fut témoin de l'incident, se fit un devoir de le raconter à tous les autres, lors de notre retour à l'atelier de Hambourg.

À certaines occasions, en plus de voyager tous ensemble, nous partagions la même chambre à l'hôtel, avec l'un ou l'autre de nos collègues. Nous partagions nos repas et travaillions de longues soirées, parfois en prenant un petit verre de vin en même temps, ce qui faisait partie de l'expérience. Cela déliait les langues et créait un climat d'ouverture aux autres. Nous discutions alors de littérature, se recommandant mutuellement certains livres; nous parlions d'auteurs tels Edgar Allan Poe, John Steinbeck et autres, que nous avions lus en anglais. Parfois, il me semblait que Beckerath en profitait pour se racheter, lorsque certains accrocs survenaient durant la journée. Bien sûr, il aimait avoir son auditoire et épater la galerie, et cultivait la fleur de rhétorique comme pas un, et ce, en plusieurs langues. D'ailleurs, il me semble que Beckerath exprima ses meilleures idées au sujet de la facture d'orgues lorsqu'il discourait en langue étrangère.

J'aimerais vous raconter deux autres anecdotes qui vous en apprendront davantage au sujet de la personnalité de Beckerath. Toujours lorsque nous procédions à l'harmonisation de l'orgue de la cathédrale Saint-Paul de Pittsburgh, nous sommes allés à un concert donné par le Modern Jazz Quartet (certains se souviennent-ils du pianiste John Lewis et de l'harpiste Milt Jackson?). Le concert avait lieu dans un théâtre de variétés, au musée Carnegie, et nous y avons eu beaucoup de plaisir. Pendant le concert, une forte sonnerie se fit retentir, provenant de l'entourage immédiat de Beckerath. Ce dernier sortit un petit réveil-matin de sa poche qu'il s'empressa de fermer. Il murmura à mon oreille qu'il devait prendre certains médicaments homéopatiques, sortit deux petites bouteilles d'une autre poche, versa dans sa main un certain nombre de comprimés qu'il avala, et commença à boire bruyamment. Ce bruit, mêlé à la fort jolie musique que nous écoutions, produisit un résultat pour le moins surprenant. Je me suis presque fâché, à ce moment, car Beckerath était tellement pragmatique, qu'il en oubliait parfois son entourage immédiat.

À une autre occasion, en Allemagne, nous retournions à Hambourg, après avoir travaillé à l'un de nos instruments. Je conduisais la voiture de la compagnie, alors une coccinelle de Volkswagen, quand je sentis soudain une pression sur mon épaule droite. C'était Beckerath qui, assit sur le siège du passager, venait de s'endormir. Il est demeuré dans cette position jusqu'à ce que nous arrivions près de Hambourg, ayant fait tout ce qu'il m'était possible pour ne pas le réveiller. Il me demanda alors s'il avait pris ses comprimés. Je lui indiquai que son réveil-matin avait sonné, mais que je l'avais laissé dormir. Il me refit alors le même scénario qu'à Pittsburgh: comptage des comprimés, gorgée d'eau, glougloutement...

Vous vous demandez sûrement pourquoi je vous raconte ces histoires. Au fil des ans, j'ai été en mesure d'établir une étroite relation professionnelle avec Beckerath, rendue possible grâce à un climat psychologique et pratique des plus sains, et reposant sur une confiance mutuelle.

J'ai la ferme conviction, après toutes ces années dans le métier et me remémorant ces souvenirs de jeunesse, que rien de mieux n'aurait pu m'arriver que d'apprendre, de travailler et de côtoyer cet homme, dont la personnalité rendait l'expérience d'autant plus particulière et unique.

Plus tard, je sentis le besoin de m'affranchir de cet homme à la forte personnalité, de voler de mes propres ailes, de gagner en autonomie et en indépendance. Toutefois, Beckerath est toujours demeuré pour moi un phare, une référence, tant professionnellement que d'un point de vue plus humain, pour son énergie et sa joie de vivre.

Lorsque je lui fis part de ma décision de quitter son entreprise, j'ai immédiatement senti que cela lui faisait mal. Je regrettais presque ma décision de partir; mes jambes tremblaient et je ne me sentais pas bien. Beckerath me dit alors: « Je constate que tu dois trouver ta propre voie, comme il m'a été donné de le faire. Bien que cela me soit personnellement difficile, il s'agit d'un passage obligé que tu te dois de franchir ». Le jour de mon départ, Beckerath me dit: « Les portes de notre atelier te seront toujours grandes ouvertes, si jamais tu désirais revenir parmi nous », ce qui ne se produisit jamais, comme plusieurs d'entre vous le savez.

Quand j'épousai Gabriele, en 1963, nous reçûmes de Beckerath, en guise de cadeau de mariage, une lithographie d'un portrait de Johannes Brahms peint par son père. Pour moi, ce présent constitue un gage de l'affection que nous avions l'un pour l'autre, et me rappelle toujours les multiples facettes de la riche personnalité de Beckerath.

Avant de conclure, j'aimerais vous faire part d'une autre anecdote qui me fit comprendre encore davantage ce que Beckerath ressentit lors de mon départ. Je lui avais demandé de m'écrire une lettre de référence, comme cela se fait habituellement dans ce genre de situation. Beckerath remettait toujours à plus tard cette tâche, d'une manière qui me laissa perplexe. Après mes demandes répétées, je reçus finalement la lettre de référence en question, qui était toutefois incroyablement courte et qui, en substance, ne disait pas grand' chose. Je ne m'en préoccupai point pour un certain temps, mais lors de mon retour en Suisse, avec ma famille, cela m'intrigua de nouveau. Je repris alors contact avec Beckerath, qui mit un bon moment avant de me répondre. Toutefois, lorsqu'il le fit, il m'écrivit une véritable lettre de référence, fort différente de la précédente, qui faisait état de mes compétences et capacités. Plus que toute autre chose, cette nouvelle lettre fut pour moi un signe que nous étions devenus, lui et moi, après toutes ces années, de véritables collègues, des pairs, et que nous conservions une bonne relation personnelle. Sans doute mon départ l'avait-il blessé plus profondément que je ne pouvais le croire à ce moment, et que cela pouvait expliquer la première lettre de référence qu'il m'écrivit. C'est, du moins, de cette manière que je le conçois désormais. Cela nous donne une autre illustration de l'intransigeance dont Beckerath pouvait faire preuve, notamment dans ce qu'il attendait des autres.

Environ six (6) ans avant sa mort, la vie de Beckerath changea du tout au tout, alors qu'il devenait de plus en plus atteint de surdité. En 1965, Paul Jenkins, de l'Université Stetson, nous rendit visite à Genève, en Suisse, et nous avons discuté à fond de ce problème qu'éprouvait alors déjà Beckerath, Paul étant un proche de sa famille. Beckerath se voyait diminué de son sens qui lui était le plus important et le plus cher, ce qui, dans les dernières années de sa vie, le plongea dans une profonde dépression.

On lui diagnostiqua une jaunisse, accompagnée de complications au pancréas. Des tumeurs sont par la suite apparues à l'estomac, bien qu'aucune forme de cancer ne fut décelée. D'après ses enfants, Beckerath cessa un jour de lutter, ce qui laissa la maladie se propager et l'emporta. Beckerath était âgé, lors de son décès, de soixante-neuf ans.

La seconde épouse de Rudolf von Beckerath et ses trois enfants sont toujours vivants. Son plus jeune fils, Félix, habite une ferme à seulement trois milles de notre résidence située dans la vallée du Rhin. Ainsi se poursuit notre histoire avec la famille Beckerath.

Mesdames, messieurs, mes amis, je vous remercie de votre patience.7

Remagen, le 18 juillet 1999
Christoph Linde


Notes du traducteur

1Armée de terre de l'Allemagne Nazie.
2La regrettée organiste Françoise Aubut (1922-1984), fut la première nord-américaine à voir ses études au Conservatoire National Supérieur de Paris couronnées d'un premier prix, et ce, pour l'ensemble de ses cours. Elle y avait eu pour maîtres, de 1938 à 1945, Marcel Dupré, Olivier Messiaen, Simone Plé-Caussade, Norbert Dufourcq, Nadia Boulanger, Alfred Cortot et Henri Busser.
3Deux éminents organistes québécois, artisans de ce mouvement de renaissance de l'orgue en Amérique du Nord, étudièrent avec André Marchal à Paris. Ce fut d'abord Gaston Arel (1953-1954), puis Bernard Lagacé (1954-1955).
4En français dans le texte original.
5L'orgue de l'Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal fut inauguré le dimanche, 13 novembre 1960, par André Marchal et Raymond Daveluy.
6En 1967, Pierre-Yves Asselin procéda à la conception et à l'installation de la tirasse du clavier de Grand-Orgue de l'instrument de l'Oratoire Saint-Joseph. En 1971, Hellmuth Wolff procéda à l'adjonction de la tirasse du Hauptwerk à l'instrument de l'Immaculée-Conception.
7En français dans le texte original.


    Texte d'une conférence prononcée le dimanche, 22 août 1999 à l'Hôtel du Parc de Montréal, dans le cadre du congrès de la Organ Historical Society, qui se tenait à Montréal du 18 au 25 août 1999.

    Traduit de l'anglais par Antoine Leduc.


Quarantière anniversaire de l'orgue Beckerath
de l'église de l'Immaculée-Conception de Montréal

par Antoine Leduc


De gauche à droite: Raymond Daveluy, Lucienne l'Heureux-Arel, Gaston Arel et Réal Gauthier.
Photo: Bernard Hétu

Le 24 septembre 1961 marque une date importante de l’histoire de l’orgue, non seulement au Québec, mais en Amérique du Nord également. C’est, en effet, à ce moment que le magnifique instrument de trente-huit jeux installé en l’église de l’Immaculée-Conception de Montréal, construit par le regretté facteur hambourgeois Rudolf von Beckerath, y sonnait officiellement pour la première fois, lors d’un récital inaugural donné par le titulaire de l’époque et principal artisan responsable de l’installation de ce joyaux, monsieur Gaston Arel.

La série «L’Orgue en concert», que présenta la paroisse de l’Immaculée-Conception de Montréal, les mercredis 7, 14, 21 et 28 mars 2001, se voulut justement, pour employer les termes de son directeur artistique, monsieur Réal Gauthier, un «hommage aux jeunes organistes de l’époque qui s’associèrent au mouvement européen de retour à l’orgue baroque», principalement à Gaston et Lucienne Arel, Raymond Daveluy et Kenneth Gilbert, dont le dynamisme permit, comme chacun sait, l’installation de trois instruments remarquables de Beckerath en la ville de Montréal, entre 1959 et 1961.

Réal Gauthier a choisi de confier deux de ces quatre récitals à Gaston Arel, soient les premier et dernier, se réservant le second et confiant le troisième à Lucienne L’Heureux-Arel. Le public montréalais aura apprécié, et plus particulièrement les mélomanes et les organistes de la jeune génération, dont je suis, entendre l’exécution intégrale des quarante-cinq chorals de l’Orgelbüchlein de Johann Sebastian Bach par Gaston Arel, lors du premier récital. Il faut en effet rappeler que monsieur Arel en avait déjà donné, probablement pour la première fois à Montréal, l’exécution intégrale lors d’un récital présenté le 18 mai 1972 par la société Ars Organi, afin de souligner le dixième anniversaire de l’installation de l’instrument. Le critique musical du journal La Presse, Claude Gingras, en parla, à l’époque, comme de l’une des plus importantes manifestations artistiques de cette saison. Cette prestation est désormais gravée sur disque (étiquette Fonovox). On pourrait sans hésitation formuler pareille remarque pour cet événement musical de l’an 2001. L’exécution des chorals, ponctuée par la lecture, entre chaque pièce, des premiers versets qui en inspirèrent le compositeur, par le musicologue Louis Cyr, s.j., en permirent une écoute intelligente pour l’auditeur, en plus de nous fournir l’occasion de goûter une interprétation sensible et toujours renouvelée de la part de monsieur Arel.

Les récitals présentés par Réal Gauthier et Lucienne Arel, dont les programmes respectifs étaient composés d’œuvres de compositeurs et d’époques variées, de Pachelbel à Mozart en passant par Buxtehude, Bach, Böhm, Mendelssohn et Reger, permirent d’apprécier la richesse de la palette sonore de l’orgue de l’Immaculée-Conception. Ces prestations fournirent par ailleurs l’occasion aux organistes de rendre hommage à Raymond Daveluy, C.M., par l’exécution de deux des œuvres de ce compositeur (l’Andante en mi mineur de la Première sonate et la Chaconne de la Troisième Sonate), afin de souligner la contribution importante de ce musicien à la concrétisation de ce projet d’installation d’un nouvel orgue en l’église de l’Immaculée-Conception au début des années soixante.

Comme cela lui revenait, c’est Gaston Arel qui donna le récital de clôture de cette série anniversaire de l’an 2001, par un programme raffiné et éclectique consacré aux compositeurs germaniques de la période baroque (Froberger, Sweelinck, Pachelbel, Muffat, Scheideman, Buxtehude et Bach). Une interprétation grandiose de la célèbre Passacaille et fugue de Bach marquait d’un point d’orgue bien senti la présentation de cette belle série, qui attira en moyenne près d’une centaine de personnes à chaque mercredi.

Cette saison était donc un hommage aux artisans de la première heure du renouveau de l’orgue, ainsi que l’expression d’un désir résolu et bien affirmé de continuité. Personnellement, j’aime y voir un hommage à l’école d’orgue de monsieur Charles Letestu, collaborateur et ami de Beckerath, et lui-même protagoniste important du renouveau de l’orgue en France, notamment à l’Abbaye St-Pierre de Solesmes, école qui s’est perpétuée au Québec grâce à Lucienne et Gaston Arel. J’aime aussi y voir un hommage à l’école d’orgue de mon maître bien-aimé Gaston Arel, dont la succession et la continuité sont assurées de brillante façon par celui qui est l’organiste-titulaire actuel de l’instrument et depuis maintenant seize ans, monsieur Réal Gauthier, musicien sensible et virtuose, lui-même disciple de Gaston Arel, qui déploya, depuis toutes ces années, avec énergie, compétence et dévouement, les efforts nécessaires au prolongement de cette œuvre dignement commencée il y a plus de quarante ans. Avec Réal Gauthier, nous formulons le souhait que l’instrument de l’église de l’Immaculée-Conception continue de jouer son rôle important, non seulement pour le culte, mais aussi et encore davantage comme phare du monde artistique montréalais et québécois.

En terminant, je voudrais souligner le lancement du disque compact enregistré par Réal Gauthier à l’orgue Beckerath de l’église de l’Immaculée-Conception, intitulé «Jeux dans l’espace», qui coïncidait avec le récital que donnait ce dernier le 14 mars 2001. Ce titre, s’inspirant de celui d’un recueil de poèmes d’Hector de Saint-Denys-Garneau, décrit magnifiquement l’atmosphère et le programme de cet œuvre, où Buxtehude, Bach, Mendelssohn et Mozart sont à l’honneur. On peut dire qu’il s’agit d’un programme équilibré, exécuté par un musicien ayant atteint une belle maturité, l’enregistrement bénéficiant par ailleurs d’une excellente prise de son. On en retiendra une interprétation particulièrement saisissante de la Toccata en ré mineur de Buxtehude, de même que de la Toccata et fugue en fa majeur de J.S. Bach. Il nous reste à espérer que ce premier disque, réalisé à compte d’auteur par l’interprète, soit le premier d’une longue aventure que l’on prendra plaisir à suivre, et que cela incite Réal Gauthier à mettre de l’avant de nouveaux projets. À quand une intégrale Bach et une intégrale Buxtehude par monsieur Gauthier?


Hommage au Frère Aurèle Laramée, f.m.s.
par Antoine Leduc

C'est le dimanche, 11 mars 2001 que fut célébré le frère Aurèle Laramée, à l'occasion de sa nomination à titre de «membre honoraire» de la Fédération Québécoise des Amis de l'Orgue. Ce fut une cérémonie intime qui pris place à Montréal, à la résidence des organistes-duettistes Sylvie Poirier et Philip Crozier qui, avec la complicité de monsieur Gilbert Lévesque, avaient concocté un menu spécial dont les personnes présentes se souviendront longtemps.

Présidée par Gaston Arel, la soirée se déroula en présence des autorités provinciales de la communauté religieuse des Frères Maristes, dont le supérieur provincial, le Frère Gilles Ouimet, ainsi qu'en présence de Rachel Alflatt, trésorière de la FQAO, de Denis Bédard, organiste et compositeur, de Lucienne L'Heureux-Arel, organiste et directrice des Éditions Laudem, et de Me Antoine Leduc, secrétaire de la FQAO.

Nous reproduisons, ci-dessous, le texte des allocutions que prononcèrent monsieur Gaston Arel et le Frère Aurèle Laramée lors de cette soirée. Le supérieur provincial des Frères Maristes, le Frère Gilles Ouimet, pris également la parole lors de la circonstance. Fiers de l'honneur que la Fédération fit au Frère Aurèle Laramée, dont la communauté des Maristes s'enorgueillit, le supérieur provincial affirma que la communauté compte bien poursuivre l'oeuvre de ce dernier, ce dont nous pouvons tous nous réjouir.

Allocution de monsieur Gaston Arel, président de la FQAO

    Nous vous remercions d'avoir répondus à l'invitation de la Fédération Québécoise des Amis de l'Orgue en ce dimanche après-midi, 11 mars, afin de souligner avec nous l'apport exceptionnel du Frère Aurèle Laramée à la cause de l'orgue au Québec.

    Si nous sommes réunis aujourd'hui, c'est en effet pour célébrer la nomination du Frère Aurèle Laramée à titre de «membre honoraire» de la Fédération Québécoise des Amis de l'Orgue. Le Conseil d'administration de la Fédération a jugé qu'il s'imposait de vous honorer de la sorte, Frère Laramée, et de vous remercier chaleureusement pour l'ensemble de votre œuvre, et pour votre contribution significative à la vie de l'orgue au Québec. Vous rejoignez ainsi Antoine Reboulot, Bernard Piché, Claude Lavoie, Raymond Daveluy et Joseph Guy Roy au panthéon de notre association, et, il faut le dire, du monde de l'orgue au Québec.

    Ainsi, nous voulons souligner la passion, la générosité, la compétence et le dévouement qui vous animent depuis plus de trente-cinq ans, alors que vous entrepreniez, dès 1965, une seconde carrière, d'abord consacrée à la restauration de ce qui deviendrait plus tard votre magnifique instrument de la Chapelle de la maison provinciale des frères maristes, à Iberville. Par la suite, vous n'avez cessé d'encourager et de faire activement la promotion de la cause de l'orgue, en y organisant, depuis de nombreuses années déjà, une série de récitals d'orgue de la plus haute qualité, en y faisant jouer les artistes d'ici et d'ailleurs, jeunes et moins jeunes, parmi les meilleurs de notre profession. Votre instrument est désormais connu mondialement, et fit l'objet de nombreux enregistrements, tant au disque qu'au concert.

    Vous avez également investi temps, efforts, courage même, à la concrétisation de projets de restauration d'instruments, pour le bénéfice de nombreuses paroisses du Québec, permettant ainsi la revalorisation constante de notre patrimoine organistique. Enfin, pour compléter le tableau, vous avez entrepris l'apprentissage de la facture d'orgues, de façon consciencieuse et professionnelle, en travaillant pour la maison Guilbault-Thérien de Saint-Hyacinthe durant plusieurs années.

    Cet apport est inestimable et mérite notre plus grand respect. C'est pourquoi nous vous demandons d'accepter ce témoignage de reconnaissance du milieu de l'orgue québécois. Nous espérons que votre engagement indéfectible puisse servir de modèle de dévouement et de désintéressement aux générations futures. Veuillez accepter toutes nos plus sincères félicitations pour cette nomination.

    Vous me permettrez de remercier nos amis Sylvie Poirier et Philipe Crozier de leur empressement et de leur amabilité à nous recevoir en leur demeure pour l'occasion.

    En terminant, acceptez, cher Frère Laramée, ce modeste présent et ce certificat de la FQAO, attestant de votre nomination.

Discours d'acceptation du Frère Aurèle Laramée, f.m.s.

    L'honneur que la FQAO me fait de me compter parmi ses membres honoraires rejaillit sur toute ma Communauté. Voilà pourquoi je l'accepte de bonne grâce. Sans compter le plaisir que je ressens devant ce geste de reconnaissance, que je n'attendais pas d'un organisme qui a vu tant d'autres actions plus louables que les miennes. La vision étroite qui m'incitait à poser mes actes était de mettre au service des paroisses à faibles revenus les capacités acquises dans le domaine de l'orgue. C'était normal, et tout à fait conforme à mon état de religieux au service de l'Église. Tant mieux si vous y voyez plus loin que moi.

    Je remercie de tout cœur la FQAO de l'insigne honneur qu'elle me fait., et de la délicate attention qu'elle prend à procéder avec une simplicité de bon aloi, digne des "Petits Frères de Marie", nom donné à la Communauté Mariste par son fondateur, Saint Marcellin Champagnat.

    Encore une fois, merci du geste généreux de votre organisme à mon endroit.


De gauche à droite, 1ere rangée: Frère Ouinet, Frère Laramée, Gaston Arel
2e rangée: Frère Blouin, Frère Duguay, Rachel Alflatt, Lucienne Arel, Philip Crozier, Sylvie Crozier, Denis Bédard, Antoine Leduc


Anniversaires en musique
par Irène Brisson

L'an un du troisième millénaire permettra aux organistes de renouer avec quelques compositeurs dont on parle souvent en raison de l'influence qu'ils ont exercée sur l'histoire de la musique, mais que l'on joue rarement : Pierre Attaignant (ou Attaingnant), mort en 1551, et éditeur des premiers recueils français de musique d'orgue, auquel je consacrerai un article dans le prochain numéro de Mixtures. Plus près de nous, Vincent d'Indy ( 1851-1931), célèbre pour son Cours de composition musicale, à saveur surtout historique et analytique, et co-fondateur avec Alexandre Guilmant et Charles Bordes de la Schola cantorum de Paris (1894-1896). Destiné au droit par sa famille, cet aristocrate s'orienta à vingt ans vers la musique et fit partie du cercle des élèves de César Franck. Sa vénération pour son maître et pour Beethoven et son admiration pour les opéras de Wagner l'amenèrent à composer des oeuvres imposantes, pour orchestre (Wallenstein) ou pour la scène (Fervaal). Il contribua à ressusciter de nombreuses partitions baroques, dont l'Orfeo de Monteverdi qu'il fit représenter en 1904. S'il s'initia à l'orgue durant ses études avec Franck, sa contribution pour l'instrument à tuyaux se limite à trois oeuvres : les Vêpres du commun des martyrs (huit antiennes) op. 51 (1899), un Prélude et petit canon op. 38 (1893) et un Prélude en mi bémol mineur, op. 66 (1911), dédié à Louis Vierne. J'ai pu consulter les deux dernières: il s'agit de courtes pages révélatrices de l'héritage de César Franck, avec un chromatisme soutenu, de belles imitations contrapuntiques et des lignes mélodiques aux contours généreux. A noter, pour la petite histoire: la bibliothèque de l'université Laval possède les exemplaires des opus 38 et 66 ayant appartenu à Henri Gagnon, le célèbre organiste de la basilique Notre-Dame de Québec et le modèle de toute une génération d'organistes québécois.

Si 1911 vit à la fois mourir Alexandre Guilmant et naître Jehan Alain, on ne saurait passer sous silence la mort, en 1901, de Joseph Gabriel Rheinberger, un des plus importants organistes de l'école germanique de la fin du XIXème siècle, avec Max Reger. Originaire du Liechtenstein, cette petite principauté nichée en territoire suisse, Rheinberger, organiste dès l'âge de sept ans(!) étudia et vécut à Munich où il exerça ses talents d'organiste et de pédagogue, en plus d'être compositeur de la cour de Louis II de Bavière, le jeune roi fou de Wagner. Il fut le professeur de compositeurs et d'interprètes dont certains sont entrés dans l'histoire, tels Humperdinck, Furtwängler, Wolf-Ferrari. L'école américaine compte une soixantaine de ses élèves, parmi lesquels les organistes George Chadwick (1854-1931), sur lequel je reviendrai dans le prochain numéro de Mixtures, et Horatio Parker (1863-1919).

Comme organiste, Rheinberger se distingue par ses vingt généreuses sonates composées entre 1868 et 1901, la huitième (1882) étant connue pour sa noble passacaille qui est encore régulièrement jouée en concert. D'autres oeuvres, de dimensions plus modestes et souvent pédagogiques abondent dans son répertoire pour orgue: Trios op. 49 et 189, Fughettes op. 123 a et b, Pièces de caractère op.156, Pièces diverses op. 162, 167, 174. Certes, tout n'est pas génial et certaines pages, surtout du côté des sonates, s'enlisent parfois dans des développements redondants et une surcharge chromatique - post-romantisme oblige! Mais il reste qu'il a le sens de l'architecture, du lyrisme et écrit bien pour l'instrument, guidé par son admiration pour Bach et pour Mendelssohn. Enrichissant le répertoire de concert plutôt que celui de l'église, Rheinberger est un des rares post-romantiques à aborder le concerto et la musique de chambre avec orgue: sa Suite en quatre mouvements pour orgue, violon, violoncelle et orchestre à cordes op. 149 pourrait joliment compléter un concert. Je suis tombée par hasard sur deux petits bijoux de musique de chambre: Six Pièces op. 150 et une Suite op. 166 pour violon et orgue, d'un genre élégiaque et délicat, à peine sirupeux, se situant quelque part entre Mendelssohn, Schumann et Fauré (Elena Denisova, violon, Szygmunt Strzep, orgue. Arte Nova 74321 58965 2).

Le catalogue de Rheinberger (RhWV) a été dressé par Hans Josef Irmen (1974), son oeuvre a fait l'objet d'une belle édition monumentale (Carus-Verlag, Stuttgart). Sa musique d'orgue a été plusieurs fois enregistrée, une intégrale étant en cours chez Naxos, par Wolfgang Rübsam. Parfois intimiste comme le Brahms des Chorals op. 122, et néoclassique comme Reger, Rheinberger m'apparaît comme une sorte de Bruckner de l'orgue. Contemporain de Franck et de ses disciples, correspondant et ami de Guilmant, il se démarque toutefois de l'esthétique des symphonistes français et complète en ce sens le panorama de l'orgue de la fin du XIXème siècle.

Pour terminer notre rubrique consacrée aux anniversaires, faut-il rappeler que le 30 mai 1971 mourait Marcel Dupré, né en 1886? Plutôt que de parcourir sa vie bien remplie par l'orgue (2178 concerts à travers le monde, près de 37 ans comme organiste à Saint-Sulpice), la composition (une quarantaine de titres ou de recueils), l'édition musicale et la pédagogie (28 ans au Conservatoire de Paris plus deux ans de direction), je me contenterai de rappeler le tour de force qu'il accomplit en mémorisant l'oeuvre d'orgue de Bach qu'il joua en dix concerts dès 1920. À l'issue de cet exploit qui eut lieu pour la première fois sur le modeste instrument du Conservatoire de Paris, Widor lui dit: "Soyez remercié, si Bach était parmi nous, il vous presserait sur son coeur". J'aimerais également inviter nos lecteurs à lire ou à relire Marcel Dupré raconte (Paris, Bornemann, 1972, 173 pages). On trouve dans ce petit livre attachant et savoureux, écrit quelques mois avant la mort de son auteur, le récit en toute simplicité d'une vie consacrée avec amour à l'orgue et à son rayonnement. Des détails pittoresques abondent, comme ce récit du départ pour une tournée en Australie en 1939; lors de la traversée, qui dura 23 jours, le maître en profita pour avancer son édition des oeuvres de Bach: "Je me souviens avec amusement que j'étais en train d'annoter le choral Les Dix commandements, lorsqu'on nous signala le Mont Sinaï dans le lointain" (p. 125-126). Enfin, je rappellerai cette anecdote tellement caractéristique du grand improvisateur qu'il fut, et qui est rapportée par Bernard Gavoty (Marcel Dupré, collection Les grands interprètes, éditions René Kister, Genève, 1955, 30 pages): "Un jour, à Saint-Sulpice, il improvise "pour le plaisir" un Ricercare à six voix, avec un double canon intérieur (...). Rien sur son visage, ne décèle l'effort d'une opération qui ne peut être comparée qu'à la recherche de certains problèmes de mathématiques transcendantes. Sur le dernier accord, il a un bon sourire et dit simplement en repoussant ses registres: "Et voilà!" (p. 12).

Il existe plusieurs excellents sites Internet consacrés à Marcel Dupré. Quant à son catalogue commenté (en anglais), il se trouve à l'adresse suivante:

http://utopia.knoware.nl/~jsmeets/cgi-bin/ccd.cgi?comp=dupre


Un doctorat honorifique à Soeur Pauline Charron
par Gérard Mercure


De gauche à droite: M. Pierre Couture, recteur de l'Université du Québec à Rimouski,
soeur Pauline Charron, récipiendaire du doctorat honorifique,
M. Pierre Lucier, président de l'Université du Québec

Photo: Mario Bélanger, UQAR

En novembre 2000, l’Université du Québec décernait à Soeur Pauline Charron un doctorat honorifique en reconnaissance de sa contribution exceptionnelle à la formation des jeunes musiciens de la région — plus de 800 — notamment des pianistes et des organistes. Parmi ses élèves en orgue qui font aujourd’hui carrière, on compte: Jean-Guy Proulx, Josée April, Danny Belisle, Danielle Dubé et Gilles Rioux.

Lors de la remise de ce diplôme honorifique, le président de l’Université du Québec, M. Pierre Lucier a reconnu « l’apport exceptionnel de cette pédagogue à la vie culturelle d’ici, de même que son rôle déterminant dans le développement de nombreuses carrières musicales éminentes. » Puis, le recteur de l’Université du Québec à Rimouski, M. Pierre Couture, s’adressait à la récipiendaire dans ces mots : « Sœur Pauline Charron, pour avoir su faire partager votre amour de la musique, avoir éveillé tant de talents et mis sans relâche ni réserve vos dons au service de toute la population de la région, en hommage à la religieuse ouverte à la collectivité, à la pédagogue rigoureuse et humaine, à la musicienne, l’Université du Québec, sous le parrainage de l’Université du Québec à Rimouski, est heureuse et fière de pouvoir vous décerner, en reconnaissance, sa plus haute distinction, le titre de docteur honoris causa. »

Dans son allocution, Sœur Pauline a rappelé son enfance baignée de musique, son entrée en religion à 21 ans, après avoir enseigné dans les petites écoles de campagne; elle a souligné l’appui de sa communauté, lui permettant d’« aller au bout de ses rêves » tout en voyageant à l’Université Laval et à Montréal pour y rencontrer les plus éminents professeurs; elle a parlé de son enseignement de la musique et de « ses enfants » venant du grand Rimouski mais aussi le la Côte-Nord, de la Gaspésie et du Témiscouata. Parmi ses nombreux élèves, elle a mentionné les noms des organistes Jean-Guy Proulx, qu’elle compare « à une bougie d’allumage pour les musiciens de la région », et Josée April, « son inspiration et sa meilleure amie », dont elle admire « la compétence et la passion à transmettre si généreusement tout ce qu’elle possède ». Elle a attribué modestement à ses chers élèves d’être les artisans de l’honneur dont elle est l’objet: « Sans leur présence dans ma vie, je ne serais jamais devenue ce que je suis. »

Organiste titulaire de la Maison mère des Sœurs Notre-Dame du Saint-Rosaire de Rimouski, Pauline Charron est responsable de l’enseignement de la musique chez les Soeurs du Saint-Rosaire depuis 1979. Elle est également professeure de piano au Conservatoire de musique de Rimouski depuis 1979, après y avoir déjà enseigné de 1975 à 1977. Son expérience pédagogique a été mise à contribution pour la préparation du programme d’étude des diverses institutions: Extension de l’enseignement de l’Université Laval, Conservatoires de musique du Québec et Concours de musique du Canada.

Soeur Pauline compte parmi les membres fondateurs des Amis de l’orgue de Rimouski qui fêtent leurs 30 ans de vie musicale cette année. Elle est aussi membre du comité organisateur du Festival internationale d’orgue et de clavecin de Rimouski, à titre de conseillère du secteur académique.

La revue Mixtures est heureuse de souligner l’événement et d’offrir à Sœur Pauline Charron toutes ses félicitations pour une reconnaissance bien méritée de sa carrière de musicienne et d’éducatrice.


Finalistes au 4e Concours d'orgue de Québec
par Gilles Lesage

Cinq finalistes ont été retenus pour le Concours d'orgue qui aura lieu en juin à Québec. Il s'agit, par ordre alphabétique, de MM. Peter Butler, Dominique Gagnon, Eric Reinart, Frédéric Roberge et Dany Wiseman. C'est ce qu'annonce Madame Élise Paré-Tousignant, présidente de la Fondation Claude Lavoie. Celle-ci en est à la quatrième édition de cette épreuve unique en son genre qui se tient à tous les trois ans au grand orgue de l'église des Saints-Martyrs-Canadiens, à Québec.

Tout comme en 1992, 1995 et 1998, trois lauréats se partageront 23 000 $ à l'issue de l'épreuve finale du concours devant public, le jeudi 14 juin 2001.

Les membres du jury qui ont choisi les cinq finalistes sont trois organistes réputés, soit MM. Kenneth Gilbert, de Paris, Yves-G. Préfontaine, de Montréal, et Benjamin Waterhouse, de Québec. Ils ont choisi les finalistes, lors d'une première épreuve éliminatoire, à partir sur cassettes non identifiées, transmises par les concurrents. Ils seront à nouveau juges pour l'épreuve finale.

Peter Butler est organiste à la Christ Church Cathedral, de Montréal; Dominique Gagnon est titulaire du grand orgue de l'église de Sainte-Marie-de-Beauce; Eric Reinart détient un doctorat en orgue et interprétation de l'Université de Montréal; Frédéric Roberge est organiste aux églises Saint-Pascal et Saint-Pie X, du quartier Limoilou à Québec; Dany Wiseman est titulaire du grand orgue Mitchell/Casavant de l'église Notre-Dame de Lévis et assistant organiste à la Basilique-Cathédrale Notre-Dame de Québec.

La Fondation a été créée en 1989 par le réputé organiste Claude Lavoie, qui y a investi un fonds initial de 125 000 $. Ouvert aux organistes âgés de 35 ans et moins et domiciliés au Québec, le Concours veut « aider la formation de professionnels et d'interprètes de musique d'orgue de haut calibre professionnel ». Il est doté de prix importants: 15 000 $ pour le premier prix (Claude Lavoie); 7 500 $ pour le deuxième prix; et 500 $ pour le prix d'interprétation de l'oeuvre originale commandée spécialement pour le Concours. Il s'agit de Variations capricieuses, du compositeur québécois Alain Gagnon.

Parmi les gagnants des trois premiers concours, il y a les organistes Gilles Rioux, de la Basilique Notre-Dame du Cap-de-la-Madeleine; Benjamin Waterhouse, de la cathédrale Holy Trinity, de Québec; André Gagnon; Laurent Martin, titulaire à la chapelle Notre-Dame de Lourdes, à Montréal; Nathalie Gagnon, titulaire à Notre-Dame-de-la-Paix de Luceville (Bas Saint-Laurent); et Dominique Gagnon, deuxième Prix en 1998, à nouveau finaliste cette année.

Destiné à la meilleure relève et de très haut niveau, ce Concours est un stimulant précieux pour les jeunes organistes. Il est devenu une référence unique en son genre au Québec.


Concert du Millénaire à la Basilique
par Claude Baril

Le 3 décembre 2000, à 14 heures, plus de 475 personnes ont assisté au concert de Noël organisé par Les concerts d'orgue Pro Organo (Mauricie). Les artistes retenus pour ce concert étaient la soprano Marielle Fortier-Landry, l'organiste Gilles Rioux et l'Orchestre symphonique Les Estacades, de Cap-de-la-Madeleine, regroupant plus de 55 jeunes musiciens de niveau secondaire.

Le lendemain, le journal local, Le Nouvelliste, soulignait « que le menu musical était minutieusement élaboré, varié et couvrait quatre siècles de répertoire, de Bach à Rioux en passant par Haendel, Daquin, Balbastre, Gounod, Guilmant et Berlin pour ne nommer que ceux-là. Et, si Noël était le propos principal de ce concert, on a su éviter, fort intelligemment d'ailleurs, une longue liste de chants de Noël usés à la corde. Au contraire, la sélection était intéressante et de bon goût ».1

Le journaliste ajoutait « En unissant une voix comme celle Madame Fortier-Landry, l'un des meilleurs organistes du Québec en Gilles Rioux et un orchestre d'étudiants en musique, Pro Organo a, à sa manière et avec des moyens nettement inférieurs, donné au public un aperçu des grands concerts qui se donnent chaque année aux États-Unis et en Europe à pareille date. Et, juste pour cela, il faut lui lever notre chapeau, mais en plus, il y avait du contenu ».2

Il faut aussi savoir que, spécialement pour ce concert, l'organiste titulaire des orgues de la Basilique Notre-Dame du Cap-de-la-Madeleine, Gilles Rioux, avait créé une oeuvre pour voix, orchestre et orgue. L'oeuvre, intitulée « Variations symphoniques sur le thème Cher Enfant qui vient de naître » est une création brillante, alliant le moderne et le traditionnel avec grand bonheur.

Le concert du millénaire fut un instant de pure jouissance musicale au moment précis où les mélomanes adorent s'évader dans une atmosphère toute différente de la vie habituelle.


    1Rolland Paillé. « Suprenant concert du millénaire ». Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 4 décembre 2000, page 21.
    2Ibid.
Dans le monde du disque
par Gaston Arel

Jeux dans l'espace
Oeuvres de Buxtehude, Bach, Mendelssohn et Mozart
Réal Gauthier, organiste
Orgue Beckerath de l'église de l'Immaculée-Conception de Montréal.

Le titulaire actuel de cet orgue, dont on vient de célébrer le 40e anniversaire, signe (enfin !) son premier disque. L'interprétation vivante de Réal Gauthier des œuvres inscrites au programme démontre ses remarquables qualités d'interprète fidèle et virtuose. Produit à compte d'auteur, ce CD est disponible chez l'interprète (courriel: realgau@yahoo.com, au presbytère de l'église (1855, rue Rachel est, Montréal. Tél.: 514 526-5961), chez Bertrand, Foucher, Bélanger (4264, rue de la Roche, Montréal, H2J 3H9) ainsi que chez quelques disquaires.



Johann Sebastian Bach
Intégrale des oeuvres d'orgue et autres oeuvres pour clavier
Bernard Lagacé, organiste
Orgue Beckerath de l'église de l'Immaculée-Conception de Montréal.

Coïncidant avec la fin de l'année Bach, la maison Analekta a réuni dans un seul coffret 22 CD contenant non seulement l'intégrale des œuvres pour orgue mais également l'Art de la Fugue, le Clavier bien tempéré, les Inventions et Sinfonias ainsi que les Variations Goldberg. La réputation de notre confrère n'est plus à démontrer et cet enregistrement constitue vraiment l'aboutissement de toute une vie de travail magnifiquement mis en valeur sur un orgue idéal pour l'interprétation de la musique du Cantor de Leipzig.

Analekta Fleur de Lys FL2-4022-43



Johann Pachelbel
Intégrale de l'oeuvre d'orgue
Antoine Bouchard, organiste
Orgue Casavant de l'église Saint-Pascal de Kamouraska.
On doit se réjouir et féliciter Antoine Bouchard d'avoir mené à terme ce corpus important qu'est l'œuvre pour orgue de Pachelbel. La récente parution du volume XI complète ce travail collossal entrepris depuis plusieurs années. Soulignons une fois de plus son interprétation remarquable ainsi que la liste alphabétique et numérique des 286 pièces (POP) qui nous permet de nous permet facilement de se retrouver dans cet ensemble. Disponibles chez les principaux disquaires.

Étiquette DORIAN.


L'orgue sur le web
par André Côté

En cette édition printanière, j'aimerais vous faire découvrir quelques éléments d'une boîte à outils virtuelle pour quiconque doit préparer des notes de programmes ou une présentation quelconque en rapport avec l'orgue. Bien que l'on puisse trouver ces informations dans de nombreuses publications spécialisées, celles-ci deviennent maintenant accessibles instantanément grâce à Internet.

  • Chronologie des compositeurs de musique d'orgue
    Ce site présente sous forme de tableaux, regroupés par nationalité, la chronologie des compositeurs de musique d'orgue, de Titelouze (1549-1609) aux compositeurs du XXe siècle.
  • http://www.orgel.com/music/chrono-e.html

  • Inconographie de l'orgue et du clavecin
    En guise de complément au site L'iconographie de l'orgue et du clavecin déjà présenté dans le numéro d'avril dernier (celui-ci a incidemment changé d'adresse depuis: http://alb.thomas.free.fr/orgue/icono/), je vous suggère de visiter LadyLane's Potpourri Pleasures. La section musique-orgue nous permet d'admirer des représentations d'orgues dans des œuvres d'art de toutes époques qui ont fait l'objet d'une numérisation de haute qualité.
  • http://www.ladylane.com/music/pipeorgan/index.html

  • Oeuvres de J.S. Bach
    Lorsque l'orgue est au menu, on peut difficilement ne pas y retrouver le nom de Bach. Il est maintenant possible d'accéder à l'impressionnante base de données J. S. Bach Homepage. En plus des traditionnelles notes biographiques, d'une bibliographie et d'une chronologie très détaillée, il est intéressant de pouvoir y consulter l'œuvre entière du maître, classée par ordre de BWV, par catégorie, par instrument, par tonalité, par titre, par année ou par source. Pour chaque œuvre, la description détaillée comprend également des suggestions d'enregistrements.
  • http://www.jsbach.org/

    À titre complémentaire, cet autre site présente également une liste exhaustive des œuvres de Bach:
    http://www.geocities.com/Vienna/1972/p0000092.htm

  • Disques d'orgue
    Le Guide de la Musique d'Orgue enregistrée depuis 1950 permet de chercher dans une vaste base de données un disque particulier selon l'organiste, le lieu d'enregistrement, le titre du disque ou le(s) compositeur(s). Bien qu'incluant principalement des titres européens, des essais ont permis de trouver plusieurs enregistrements d'organistes québécois.
  • http://www.france-orgue.fr/disque/

    Pour découvrir plus d'informations sur nos confrères de ce côté-ci de l'Atlantique, il serait avantageux de consulter la Vitrine du disque québécois:
    http://vitrine.disquebec.org/


Denis Bédard nous quitte

Denis Bédard a été nommé organiste et directeur de la musique à la cathédrale Holy Rosary à Vancouver, CB. Il y touchera l'orgue centenaire Karn-Warren (électro-pneumatique, III/49), restauré par Casavant Frères en 2000. La vie musicale à la cathédrale Holy Trinity est des plus vivantes et les responsabilités du directeur de la musique incluent une chorale mixte comprenant un quatuor professionnel, et l'organisation d'une série de grands concerts. Il aura également à donner deux récitals d'orgue par année, et mettre sur pied une deuxième chorale ou schola grégorienne.

Denis bédard entrera en fonction au début du mois de septembre. Il déménagera à Vancouver avec son épouse Rachel Alflatt pendant la troisième semaine du mois d'août. Veuillez prendre note que les Éditions Cheldar, qui publient les oeuvres pour orgue et pour choeur de Denis Bédard, seront fermées du 15 août au 17 septembre. L'adresse postale et le numéro de téléphone des Éditions Cheldar ne seront plus valides à partir du 20 août. À partir de cette date vous pourrez connaître les nouvelles coordonnées en consultant le site web http://www.cheldar.com et en utilisant l'adresse électronique suivante: cheldar@cheldar.com.


Revue des revues
compilée par Gaston Arel
La Tribune de l'orgue
REVUE SUISSE ROMANDE
Guy Bovet
CH-1323 Romainmotier, Suisse
  • 52e année, No 4
    Éditorial - Orgue de cinéma: mini-dossier - Inauguration de l'orgue de cinéma du café théâtre Barnabé à Servion - Le quart d'heure d'improvisation - Clavecin-pédalier - Les voyages de M. Philéas Fogg - Orgues - Livres, disques, partitions, nouvelles, divers, revue de presse, cours, concours, congrès et académies, calendrier des concerts.
  • 53e année, No 1
    Éditorial - L'assistance à la traction mécanique - Quelques articles sur la traction - Quelques notes sur la traction électrique - Le quart d'heure d'improvisation - Enquête sur les orgues dans les églises en Suisse - Pierre Segond - Les voyages de M. Philéas Fogg - L'orgue du Temple d'Yverdon. Deux siècles de facture - Orgues - Livres, partitions, nouvelles, divers, revue de presse, cours, concours, congrès et académies, calendrier des concerts.
  • L'orgue francophone en bref
    SUPPLÉMENT DU BULLETIN DE LIAISON DE LA FÉDÉRATION FRANCOPHONE DES AMIS DE L'ORGUE,
    35 Quai Gailleton,
    69002 Lyon, France
  • No 25 (mars - décembre 2000)
    Concerts - Festivals, semaines de l'orgue, congrès - Routes des orgues, voyages - Propos du Père Sage - Stages, académies, classes de maîtres - Concours - Brèves de tribunes - Compact disques nouveautés - Livres et partitions - Échos - J'aime l'harmonium - Le coin des amateurs de cartes postales - Petites annonces.
  • Point d'orgue
    BULLETIN DE LIAISON DE L'ASSOCIATION DES AMIS DE L'ORGUE DE LA VENDÉE,
    3 rue Victor-Hugo,
    85580 Saint-Michel-en L'Herm, France
  • No 94 (35e année / janvier 2001)
    L'assemblée générale - Le nouvel orgue Denis Londe de Saint-Aignan de Grand Lieu - Le récital de F.-H. Houbart - Le classement de l'orgue Debierre de la cathédrale - À l'écoute des récitals d'automne - Une jeune organiste: Céline Barreau d'Angles - La vie autour des orgues - Bataille musicale - Dates à retenir: concerts, récitals, stages, auditions.
  • Bulletin d'information de l'Association des amis de l'orgue de Versailles et de sa région
    20 rue Montbauron,
    78000 Versailles, France
  • No 48 (janvier 2001)
    Éditorial - Les centenaires de 2001 - Regards sur le répertoire: la Symphonie pour orgue - Compte-rendu de concert - Les concerts dans les églises - L'orgue de Tessé-la-Madeleine - L'orgue de Saint-Sever - Concours au poste d'organiste de la cathédrale de Poitiers - 17e congrès de la FFAO - Hommage à Dinu Lipatti - Le livre d'orgue de Montréal - Construction, restauration et relevage d'orgues - Disques - Écouté pour vous - Marie-Madeleine Duruflé aux grandes orgues de Saint-Eustache - Informations, concours, stages - Congrès 2001 de la FFAO.
  • Le Magazine de l'Orgue
    Rue du Trône, 200,
    B-1050 Bruxelles, Belgique
  • No 62 (décembre 2000 - janvier 2001)
    Un grand orgue restauré au cœur de Bruxelles: Prélude -17 CD's classés par compositeurs - Les Folies françoises - 11 CD's récitals, classés par interprètes - XIV questions à Michael Radulescu - Autres CD's reçus - L'orgue dans La Revue et Gazette Musicale de Paris, 1849 - Eccho, lieber eccho mein... - 15 partitions d'orgue - Agenda des concerts.
  • No 63 (février - mars 2001)
    Les héritiers spirituels de Frescobaldi à l'honneur: Prélude - 10 CD's classés par compositeurs - Eccho, lieber eccho mein... - 2 CD's «portrait d'une ville d'orgues» - Les Folies françoises: Dictionnaires des idées reçues - 15 CD's récitals, classés par interprètes - XIV questions à Felix Friedrich - L'orgue dans La Revue et Gazette Musicale de Paris, 1849 - 15 partitions d'orgue - Agenda des concerts.
  • * NDLR : Il est possible de s’abonner à cette très intéressante revue qui fait la rensension des dernières nouveautés dans le monde de l’orgue. Le Magazine de l’orgue paraît cinq fois l’an. Pour tout renseignement, s’adresser à la rédaction de Mixtures dont l’adresse apparaît à la page sommaire.

    Le Tuyau
    BULLETIN DE LIAISON DE L'ASSOCIATION «CONNAISSANCE ET PRATIQUE DE L'ORGUE»
    Montpellier, France
  • No 28 (2e semestre 2000)
    Édito - Année Bach...quand tu nous tiens! - Livres et revues - Disques reçus - Un conte de Noël.
  • L'Orgue
    Bulletin des Amis de l'orgue,
    13, av. du Lycée Lakanal
    92340 Bourg-la-Reine, France
  • No 252 (1999 -IV)
    Des servitudes des organistes aux 18e et 20e siècles - L'orgue et la musique sacrée dans le cadre actuel des offices catholiques: enquête et commentaires d'après la messe télévisée - Chronique: disques, musique, livres et brochures, revue des revues, nouveaux instruments, l'orgue à l'heure du multimédia?, un site «Cavaillé-Coll» sur le Web, informations, In memoriam Fernando Germani (1906-1998) et Marie-Madeleine Duruflé (1920-1999), annonces.
  • Musica et Memoria
    ASSOCIATION ÉLISABETH HAVARD DE LA MONTAGNE,
    Le Moulin Blanc,
    87300 Bellac, France
  • no 76(décembre 1999, 20e année)
    "Complainte de l'organiste de Notre-Dame de Nice" - La liturgie de la religion juive - Obituaire des musiciens - Revue des revues - Communiqué de la FFAO
  • L'Organiste
    Organe de l'Union Wallonne des organistes,
    25 rue de Romainville,
    4520 Bas-Oha, Belgique
  • no 128 (32e année, oct-nov-dec 2000)
    L'orgue Henri Vermeersch de la chapelle des Franciscains à Montignies-sur-Sambre - Les orgues en philatélie - L'orgue de l'église Ste-Catherine à Kettenis - Notice - Nouvelles de l'orgue: Agenda, partitions, livres, CD, revue des revues, grégorien, divers, orgues.
  • L'orgue
    Revue jurassienne indépendante
    F. Widmer
    4, chemin de la Criblette
    CH-1603 Grandvaux
    Suisse
  • no 3 (Septembre 1999)
    À propos de musique et de liturgie... - L'orgue romantico-symphonique de la collégiale de Saint-Imier (1905) - Quelques souvenirs épars - La chronique discographique - À propos du nouvel orgue de l'église abbatiale de Payerne - Concours de mots croisés - Anniversaire en musique - Lili Boulanger - Le Festival Bach de Lausanne.
  • No 4 (Décembre 1999)
    Pour se remonter le moral... - Courrier des lecteurs - In inventaire: pour susciter une pensée nouvelle - Chronique des disques et des partitions - In memoriam Charles Tournemire - Solutions du concours de mots croisés - Les orgues restaurées de l'abbaye de Rheinau ZH - L'orgue Kuhn (1877/1914) du temple Farel à La Chaux-de-Fonds.
  • No 1 (Mars 2000)
    Friedrich Goll: un parcours initiatique en terre fribourgeoise - La chronique discographique (Andermatt et Ursy) - Bruxelles, carrefour européen de l'orgue - Concours de mots croisés - Ursy, Syncordia, traction sensitive et Tutti quanti - 3e festival Bach de Lausanne (1999): la Semaine d'orgue - On nous annonce: le nouvel orgue de Montfaucon - L'orgue de cinéma du café-théâtre Barnabé à Servion VD - L'orgue de Gruyères FR "revisité".
  • No 2 (Juin 2000)
    Association des organistes du Jura (AOJ): en marge d'un 20e anniversaire - Association fribourgeoise des organistes (AFO): un message du nouveau comité - La vie organistique dans le canton du Jura - Quelques anniversaires en musique (1999-2000) - ALLIANCE, un recueil œcuménique de chants - Le nouvel orgue de l'église St-Jean-Baptiste de Montfaucon - L'orgue de Gruyères FR: addendum - Solutions du concours de mots croisés - Orgue de Goumois: du nouveau! - L'orgue - Un dinosaure à l'abbatiale de Bellelay? - La restauration de l'orgue romantique/symphonique de l'église Notre-Dame de Neuchâtel.
  • No 3 (Septembre 2000)
    Dum, trahor, audite... - L'orgue de chœur de Bürglen UR - Le préromantisme alsacien fait un tabac à Montfaucon JU - Vie et œuvre de Charles Tournemire (1870-1939) - Semaine romande de musique et de liturgie - Albert Bolliger: dix ans d'archivage organistique - Et l'avenir de l'orgue? - Concours de mots croisés - Tout vu, tout subi, tout entendu...
  • No 4 (Décembre 2000)
    Il est revenu le temps des symposiums - Hommage à Pierre Segond - L'orgue en tant que bien culturel européen - Un orgue de salon pour Fernand Villat - Solution du concours de mots croisés - Saint Ambroise de Milan et le chant ambrosien - La nouvelle jeunesse de l'orgue Wolf-Mutin de l'église Notre-Dame de Neuchâtel - La chronique discographique - 50 ans de sacerdoce organistique pour le chanoine Georges Athanasiadès - Éric Stauffer, organiste et compositeur.
  • Orgue Canada
    Journal triannuel du Collège royal canadien des organistes (RCCO / CRCO)
  • Octobre 2000 (Vol 13, no 3)
    European Organ Tours 2000: Highlights and Impressions - Le coin du président - A Day at the Convention (Quebec City) - Hymn Society Meets in Boston - Martyrs & Apostles: The Thorny Question of Musician-Clergy Relations - Newsworthy & Noteworthy - Im Memoriam - A Trio of New Music Publications from the RCCO - A Historic Alberta Organ Sounds Again - Digging in the Archives.
  • Décembre 2000 (vol 13, no 4)
    Avalon Centre - Le coin du président - Thank You, Peter, for 11 Years of Dedication - Newsworthy & Noteworthy.
  • Orgue Alternatives
    The triannual Internet publication.
  • No 33, January to April 2001
    The Organ Festival and Academy at the New Stratford Summer Music - At the end of the days, you have to be yourself - Reviews - Music at Windsor Castle - The King in Concert - OrgaNews - Enthusiasts' Corner.
  • Bulletin
    CRCO, CENTRE DE MONTRÉAL
  • Vol 12, No 3) February 2001
    From the President - John Robb, an Early Recollection - John Robb, A Remembrance - Le Concours d'orgue John-Robb - Names in the News.