Mixtures

No. 17 - Décembre 2002

Dans ce numéro:


Éditorial
La retraite de Raymond Daveluy

Par Gaston Arel, Président fondateur de la FQAO

Raymond Daveluy a quitté ses fonctions d’organiste titulaire de l’Oratoire Saint-Joseph en mai dernier dans des circonstances regrettables. À titre d’éditorial, vous trouverez ci-après la lettre que de protestation que j’ai écrite à ce moment-là et que le journal La Presse n’a jamais publiée.

Je déplore le fait que l’Oratoire Saint-Joseph ait invité mon éminent collègue et ami, l’organiste Raymond Daveluy, à prendre sa retraite de son poste de titulaire du majestueux instrument installé en 1960 par le facteur Rudolf von Beckerath, tel que le rapportait le critique musical Claude Gingras (La Presse, 31 mai 2002, C5).

C’est un scandale qui me bouleverse profondément et qui secoue non seulement le monde de l’orgue en particulier, mais également tout le milieu artistique en général. Considérant l’importance de l’œuvre et de la contribution de Raymond Daveluy à notre vie culturelle, je ne puis concevoir que l’institution qu’il a si bien servie durant plus de quarante-deux ans ait choisi de se priver de ses services, lui dont la carrière connut, jusqu’à maintenant, un parcours si reluisant.

Je connais personnellement Raymond Daveluy depuis près de soixante ans. Nous avons été formés auprès des mêmes maîtres, les regrettés Conrad Letendre et Gabriel Cusson, musiciens aveugles. À la fin de nos études, il y avait beaucoup à faire pour améliorer notre facture d’orgues, alors bien mal en point. Avec nos collègues Lucienne L’Heureux et Kenneth Gilbert, Raymond Daveluy et moi-même avons rencontré le facteur allemand Rudolf von Beckerath, à la fin des années cinquante, afin que nos temples respectifs lui passent éventuellement trois commandes d’instruments qui allaient changer le visage de l’orgue en Amérique du Nord à tout jamais. Les orgues installées dans l’église Queen Mary Road, à la basilique de l’Oratoire et à l’église de l’Immaculée-Conception, en 1959, 1960 et 1961, ont en effet révolutionné les méthodes de notre principal facteur d’orgues québécois, Casavant frères, et pour le mieux.

Cette révolution aurait été impossible et impensable sans la contribution de Raymond Daveluy. L’orgue de l’Oratoire, de par ses dimensions le plus imposant des trois instruments Beckerath de la métropole, allait marquer à lui seul la route à suivre dans le domaine. C’est Raymond Daveluy qui, par sa prestance, son prestige et son grand talent de musicien, d’improvisateur et de compositeur, a su insuffler son style et faire rayonner la riche personnalité de l’instrument de l’Oratoire, qui n’attendait qu’un musicien de la trempe de Daveluy pour bien sonner. Je ne peux imaginer que, désormais, l’on n’entendra plus l’orgue de l’Oratoire chanter sous ses doigts.

Raymond Daveluy éprouve, depuis l’automne 2000, des problèmes qui ont affecté sa vision, lui qui n’est pas aveugle de naissance. Bien d’autres organistes, face à une pareille situation, n’auraient pas été en mesure de continuer à assumer leurs fonctions. Ce n’est pas le cas de Raymond. Avec sa mémoire phénoménale et ses dons d’improvisateur, son jeu demeure le même qu’il était dans ses plus jeunes années, la maturité en plus.

Que les autorités de l’Oratoire l’aient invité à prendre sa retraite en invoquant son âge et des raisons de santé me sidère. Il est une tradition dans le monde de l’orgue voulant que les grands maîtres quittent leurs fonctions lorsqu’ils ne s’en sentent plus capables. Charles-Marie Widor (1844-1937), grand organiste à l’église Saint-Sulpice de Paris durant soixante-trois années, se retira de lui-même et désigna aux autorités son successeur, en la personne de son disciple, le virtuose Marcel Dupré. Louis Vierne (1870-1937), organiste aveugle, titulaire des grandes-orgues de la cathédrale Notre-Dame de Paris durant trente-sept années, y mourut en plein récital, alors qu’il y donnait sa 1750e prestation.

Il me paraît donc évident que Raymond Daveluy méritait mieux que ce qui lui arrive présentement, lui qui a donné sa vie à l’Oratoire et qui s’est mérité le respect de notre milieu et de la société en général. En effet, on ne compte plus les honneurs dont Raymond Daveluy fait l’objet. Il est membre de l’Ordre du Canada, membre honoraire de la Fédération Québécoise des Amis de l'Orgue, de la Fédération Francophone des Amis de l’Orgue (France), Fellow Honoris Causa du Royal Canadian College of Organists, et j’en passe.

De plus, inviter quelqu’un à quitter ses fonctions en raison de son âge et d’un présumé handicap qui en découle me semble contraire au message véhiculé par notre Saint-Père le Pape Jean-Paul II. Le théologien Patrick Snyder a bien résumé ce message dans les pages du quotidien La Presse (21 mai 2002, A13). Il faut en effet considérer comme une richesse l’apport des aînés à notre société, surtout lorsqu’il s’agit de grands maîtres comme Raymond Daveluy, qui ont encore tellement de choses à transmettre aux générations montantes.

En terminant, je tiens à assurer Raymond Daveluy de ma solidarité et de mon empathie les plus sincères dans le drame qu’il traverse présentement. Je suis bien placé pour comprendre ce qu’il vit, ayant été moi-même contraint, en 1974, de quitter mes fonctions d’organiste titulaire de l’orgue Beckerath de l’église de l’Immaculée Conception, orgue que j’y avais pourtant fait installer. Les autorités religieuses alors en place voulaient me forcer à jouer sur un instrument électronique, à cette époque de « messes à gogo » ! Je comprends parfaitement la douleur qu’il ressent, et suis en mesure de témoigner qu’il est très difficile de s’en remettre complètement.

Je ne puis qu’espérer que les autorités religieuses seront plus clairvoyantes à l’avenir dans le respect qu’elles doivent porter à leurs artistes et musiciens.


L'orgue de salon
par Gérard Mercure
1re partie

« Orgue de salon » pour les Français, « chamber organ » pour les Anglais et « residence organ » pour les Américains, autant d’appellations pour désigner un instrument dont le seul dénominateur commun est d’être le bien d’un particulier à des fins d’étude, de loisir ou d’apparat. L’orgue de salon couvre tout autant l’orgue monumental dans le manoir d’un baron, que l’orgue d’étude de quelques jeux dans la résidence d’un organiste.

Son histoire se confond avec celle du grand orgue monumental des églises et des cathédrales. Ainsi dans le livre abondamment illustré de Bernard Sonnaillon, L’orgue, instrument et musiciens1, l’orgue de chambre ou de salon est le sujet d’une vingtaine de photos mais ne fait pas l’objet d’un traitement particulier sinon lorsqu’il est question des origines de l’instrument ou de l’orgue de chambre anglais. L’auteur du présent article, intéressé par le sujet, n’a d’autre prétention que de partager le fruit de ses lectures.

Les origines

L’orgue de salon trouve ses lointaines origines dans le positif doté d’un ou deux rangs de tuyaux dont les soufflets à l’arrière alimentent directement le sommier. Les premières illustrations qu’on en possède sont tirées des manuscrits du Moyen Âge. C’est l’instrument qu’on peut déplacer selon le besoin du culte dans les églises et les monastères. On le retrouve aussi dans les châteaux de la Renaissance, tant en Allemagne qu’en Bourgogne comme en témoignent aussi des sources iconographiques. Le facteur d’orgues allemand Oberlinger, qui s’est spécialisé dans la facture d’orgues d’étude, a reconstitué trois de ces instruments. Sur le site Internet de cette maison2, on peut voir et entendre ces répliques d’instruments anciens : une reconstitution à partir d’un tableau de Jan van Eyck (1432), un orgue de table de la Renaissance (1550), une régale (vers 1600). Plus près de nous, la maison Juget-Sinclair annonçait dans les pages de Mixtures3 d’avril 2002, son « gros trente notes » réalisé pour l’ensemble Anonymus de Québec.

Du 16e au 19e siècle, l’orgue fait partie de la vie musicale domestique. Dans les Pays-Bas et dans les pays avoisinants, on le retrouve dans les maisons patriciennes des riches marchands qui, paraît-il, avaient suffisamment de loisirs pour s’adonner à la musique. Au 18e siècle, quelques facteurs allemands attirés par un nouveau marché émigrent à Amsterdam pour répondre à la demande d’une clientèle fortunée. En Suisse l’orgue richement décoré a précédé la venue du clavecin. Des instruments plus modestes servaient à la dévotion familiale fortement cultivée dans l’Église réformée mais aussi au divertissement comme en font foi quelques livres de « danseries » de l’époque. Bernard Sonnaillon4 rapporte que ce petit orgue était populaire dans les demeures paysannes au 18e siècle dans les régions orientales de la Suisse et que plusieurs facteurs locaux se sont livrés à sa fabrication. Vers 1700, on retrouve dans ces pays des orgues dont le buffet, lorsque les volets en sont clos, se confond au mobilier, prenant la forme d’une armoire ou d’un secrétaire. Les instruments plus importants à deux claviers ressemblent davantage, par la forme et la décoration, à un orgue d’église.

L’orgue de salon en Grande-Bretagne

Un « chamber organ » selon l’Oxford English Dictionary, est « a small organ suitable for a private room ». Dans quelle mesure l’instrument est-il petit et à quel point est-il privé? se demande l’auteur du livre The Chamber Organ in Britain, 1600-1830, Michael I. Wilson5. Il y décrit près de 200 instruments anciens ayant à l’origine appartenu pour la plupart à des nobles et à des aristocrates anglais. Le plus ancien positif encore jouable qui puisse être considéré comme un orgue de table est celui du Blair Castle (1630). Les 5 jeux de ce positif sont tous divisés et les tuyaux sont en bois, comme la plupart des instruments anglais du temps : Stopped Diapason, Principal, Twelfth, Fifteenth et Trumpet (en fait un jeu de Régale). Ce type d’instrument n’offre pas une grande mobilité en raison de son poids, aussi le positif est-il devenu sédentaire et de facto un « orgue de chambre ». L’orgue de chambre le plus ancien recensé par Wilson date de 1605, est logé maintenant dans une chapelle à Knole dans le Kent. Les jeux en sont : Open Diapason, Principal, Twelfth, Fifteenth. Il est doté d’un couvercle qui peut se soulever pour ajuster au besoin le volume du son.

Les orgues dont le buffet s’apparentait dans ses lignes à un secrétaire ou une armoire, dont l’intérieur des portes était souvent orné de peintures, ont continué de se répandre dans l’Angleterre du 17e siècle. La réponse plus rapide du clavier du positif du 16e siècle, comparé à celui de l’orgue monumental de la même époque, aurait favorisé la popularité du positif et encouragé la création d’œuvres avec des passages rapides, et des accords brisés à la main gauche comme au virginal. Instrument soliste et de soutien pour le continuo, l’orgue de chambre aurait partagé la basse avec la viole des « consorts » domestiques et contribué à la pratique d’une musique profane et sociale. D’un meuble que l’on pouvait confondre avec les autres pièces de mobilier de la maison, l’orgue s’est transformé en moins d’un demi-siècle, entre 1650 et 1700, en un objet de prestige reflétant le statut social de son propriétaire.

Même pendant les heures sombres de la guerre civile sous le Commonwealth, les Puritains ont encouragé la pratique de la musique instrumentale. En 1654, Cromwell aurait reçu en cadeau l’orgue d’une chapelle de collège et l’aurait réinstallé dans le Grand Hall de Hampton Court. Bannis des églises, les orgues destinés au culte ont été détruits ou vendus à des particuliers. D’autres se sont retrouvés dans des « music houses », sorte de tavernes musicales ayant remplacé les théâtres, donnant ainsi de l’emploi à des organistes en chômage. À la Restoration, il y eut une forte demande d’orgues, donc de facteurs qui sont venus du Continent dont le fameux « Father Smith » qui introduisit le Cornet en Angleterre. Bien qu’on ne connaisse pas de petits instruments construits de sa main, il a fortement influencé l’esthétique de l’orgue anglais notamment par l’usage des jeux composés et de mixtures. Il érigea des orgues plus importants pour de riches propriétaires inspirés de l’orgue monumental d’église situé en galerie dont le deux claviers de 14 jeux du Adlington Hall, qui lui est attribué et sur lequel Haendel, ami de la riche famille Legh, aurait joué la première représentation de son Messie en 1742.

En raison de sa plus grande taille, l’orgue devient davantage un instrument soliste que de musique intimiste réservée à un cercle d’amis. L’orgue du Covent Garden allait répondre malgré des ressources plus limitées que l’orgue allemand aux exigences musicales de Haendel pour l’exécution de ses concertos. Néanmoins des instruments de moindres dimensions demeureront le privilège de gens fortunés qui confiaient la décoration de leurs salons ou de leurs salles de musique aux plus grands architectes du temps qui y dessinaient non seulement les meubles mais aussi le buffet de l’orgue. Ils avaient le choix des facteurs les plus en vue, un John Snetzler pour son harmonisation brillante ou un Green pour ses timbres délicats et veloutés.

Dans quelle mesure ces instruments servaient-il? Abondamment décorés, certains n’ont pas de porte-musique, et dans un cas en particulier, le clavier d’origine est encore à l’état neuf comme s’il avait peu joué. Il y a même un cas d’instrument factice dont le buffet est purement décoratif. La disponibilité d’organistes professionnels à proximité n’était pas le premier critère d’acquisition. Mais là où l’instrument était couramment utilisé, Haendel était le plus joué ainsi que son contemporain John Stanley.

Au début du 19e siècle, l’orgue de chambre connaît un déclin en Angleterre même si on lui reconnaît pendant un temps une nouvelle vocation suscitée par l’intérêt accordé aux arrangements d’œuvres de compositeurs étrangers, Bach, Mozart, Scarlatti ou d’œuvres de compositeurs nationaux, Haendel et Samuel Wesley. L’orgue de chambre remplace avec plus ou moins de bonheur l’orchestre dans des réduction pour orgue des ouvertures de la Flûte enchantée de Mozart ou de l’opéra Anacréon de Cherubini. L’absence ou l’insuffisance du pédalier de l’orgue anglais ne peut non plus répondre aux exigences des œuvres des Bach, Mendelssohn ou Franck. Car l’orgue de chambre anglais est resté généralement de dimensions réduites même au meilleur de sa renommée : c’est un instrument doté d’un seul clavier divisé ou de deux claviers au plus; d’une dizaine de jeux ou moins, ceux du clavier SWELL étant logés dans une boîte expressive; sans pédalier ou avec un pédalier limité à une octave et demie et dont les jeux sont empruntés au claviers. De plus, dans les salons anglais, un nouvel invité fait son entrée, le piano, lourdement décoré lui aussi. Ce rival vient finalement détrôner l’orgue comme signe ostensible du statut social de son propriétaire.


1Bernard Sonnaillon, « L'orgue, instrument et musiciens ». Paris, Office du Livre, Éditions Vilo, 1984
2www.organisten.de/oberlinger/e-hausorgel.hist.htm « The History of Residence Organs and Choir Organ » by Wolfgang Oberlinger. English translation by John H. Nisbet
3Mixtures, no. 16, avril 2002, p. 10
4Bernard Sonnaillon, p. 147
5Michael I. Wilson, The Chamber Organ in Britain, 1600-1830, Aldershot, Burlington USA, Ashagate, 2001, 2e édition


In Memoriam
Antoine Reboulot (1914-2002)

Le 19 juillet dernier s’est éteint à Montréal l’éminent pédagogue, organiste, pianiste et compositeur d’origine française Antoine Reboulot. La cérémonie funèbre eut lieu le 27 juillet, à l’église Saint Jean-Baptiste de Montréal, en présence de nombreux amis et mélomanes qui ont eu le privilège de le connaître. La messe de Requiem, célébrée par l’abbé Antoine Bouchard, ancien élève de Reboulot à Paris, au cours de laquelle on entendit des pages du musicien décédé, de Louis Vierne et de Gaston Litaize. Se sont succédés aux claviers du grand orgue : Jacques Boucher, Jacquelin Rochette, Sylvain Caron et Vincent Boucher.

Vous trouverez ci-après l’émouvant éloge funèbre prononcé par Antoine Bouchard lors de cette célébration religieuse.

Chers Frères et Sœurs, et, particulièrement, Chers Parents et Amis d’Antoine Reboulot,

N’est-il pas admirable que celui qui a consacré une part importante de son activité créatrice au service de la célébration liturgique soit accueilli, pour son dernier adieu terrestre, dans un lieu justement marqué par une tradition riche et ininterrompue de musique sacrée. Cette église a souvent vibré de l’art émouvant de M. Reboulot et ses avis ont été particulièrement précieux lors de la récente restructuration des grandes orgues. Ce matin, il nous ramène en ce lieu béni et, en quelque sorte, nous convie discrètement à surmonter notre tristesse et à nous joindre, dans le mystère eucharistique, à ce qui a été, pendant toute sa vie, sa lumière, son espérance et à son action de grâces.

Quel parcours étonnant que cette vie qu’on ne saurait résumer ici, même à larges traits! Rappelons-en quand même quelques jalons.

Antoine est né en 1914 à Decize, une petite ville du centre de la France. Particularité : il est non-voyant mais dès qu’il est capable de marcher, il court partout, il prend des risques. Lui qui se décrira comme timide est déjà un fonceur. Et bientôt, on s’aperçoit, autour de lui, qu’il a des dons remarquables pour la musique; des dons qui l’amèneront à Paris à six ans et demi, d’abord chez les Frères de Saint-Jean-de-Dieu où il apprendra aussi le braille, puis à l’Institut des jeunes aveugles où il aura comme condisciples Jean Langlais et Gaston Litaize et comme professeur d’orgue André Marchal.

À 19 ans, il entre au Conservatoire où il obtiendra un 1er prix dans la classe d’orgue de Marcel Dupré et dans la classe de composition de Henri Busser. Également passionné pour le répertoire de piano, il saura profiter des conseils de Lazare-Lévy, Yves Nat ou Jeanne-Marie Darré.

À 23 ans, il devient organiste titulaire de la Cathédrale de Perpignan, puis à Notre-Dame de Versailles, ensuite à Paris, à la célèbre tribune de Saint-Germain-des-Prés qu’il quittera en 1967 pour s’installer dorénavant à Montréal.

Cet immense interprète de l’orgue et du piano consacrera, et durant presque toute sa vie, beaucoup de son temps à l’enseignement. Nous sommes nombreux, ici même, à pouvoir témoigner des trésors de clarté et de discipline qu’il nous a fait partager et qu’il a dispensés si généreusement à tous ses disciples, que ce soit à l’Institut des jeunes aveugles de Paris, aux Conservatoires de Trois-Rivières et de Québec et, finalement à l’Université de Montréal. Cela, sans compter les charges de cours occasionnelles qu’il acceptait à l’Université Laval, les leçons en privé, les sessions d’été à Toronto et les master-class aux États-Unis.

Doué d’une mémoire prodigieuse et d’une oreille infaillible, il avait, au cours des ans, emmagasiné en quelque sorte dans son esprit, son cœur et ses organes tactiles, une grande partie du répertoire de clavier, un trésor qu’il n’a cessé d’agrandir jusque dans la soixantaine avancée. Rappelons, par exemple, l’archi-complexe Ludus tonalis de Paul Hindemith qu’il avait donné de façon admirable à l’Institut canadien de Québec.

Mais les exploits, et Dieu sait qu’il en a accompli, n’étaient pas ce que ce pur musicien recherchait d’abord dans son art et son enseignement. Pour lui, le principal mérite et la difficile tâche de l’interprète consistent à retrouver et recréer, au-delà de la notation, les infinies inflexions et nuances contenues dans le discours structuré par le compositeur. Pour atteindre cet objectif, l’étudiant doit apprendre à bien travailler et d’abord à se connaître lui-même. Il a besoin d’un guide qui sache non seulement la musique mais qui puisse lui révéler, de semaine en semaine, les meilleurs outils pour développer ses forces et vaincre ses faiblesses. À cet égard, Antoine était d’une perspicacité et d’une patience incomparables. J’en sais quelque chose…

À bien y penser, cet homme était, sans doute avant tout, un communicateur. D’abord par son art toujours expressif et par son lumineux enseignement. Et ceux qui ont eu le bonheur de converser avec lui vous diront à quel point tout pouvait l’inspirer, voire l’enflammer : la nature, les gens, les bêtes, l’histoire, la pensée, les voitures, les appareils ménagers ou électroniques, la cuisine et ses boissons, le tabac. À peu près rien de ce que perçoivent les voyants ne lui était étranger. Que de fois il aura su nous émerveiller à la radio lors d’interviews ou de présentations d’œuvres musicales. Il savait toujours retenir l’attention et charmer son auditoire par une langue très pure, concise et harmonieuse, vivante et spontanée; une langue mise au service d’une pensée limpide, souvent colorée d’humour et se refusant à toute forme de pédanterie et d’égocentrisme. Là encore, il se donnait entièrement à ses auditeurs.

Il y aurait encore tant de choses à dire de celui que l’histoire de la musique en France retiendra comme l’un des plus illustres au sein d’une génération incomparable d’organistes improvisateurs et compositeurs. À cela nous ajouterons qu’au Québec, Antoine Reboulot a été, par son art, sa pédagogie et sa personnalité, l’une des figures marquantes du développement considérable qu’a connu ici la musique d’orgue depuis une quarantaine d’années.

En terminant, vous me permettrez, au nom de ceux et celles qui ont tellement reçu de ce grand maître, d’exprimer notre admiration et notre gratitude profondes à ceux et celles de ses proches ou amis qui l’ont soutenu moralement et physiquement dans sa vie de tous les jours, notamment en ces dernières années assombries par la maladie. Plusieurs noms viennent sur nos lèvres… mais on ne saurait, parlant de cela, passer sous silence le rôle capital de son épouse Ginette, et de son disciple et ami, Jacques Boucher.


Orgue Richard
par Antoine Bouchard

Projet de reconstruction de l’orgue Robert Richard de la cathédrale Notre-Dame de Québec (1753) détruit lors des bombardements de 1759

Le projet

Ce projet vise à doter la chapelle du Musée de l’Amérique française d’une reconstruction à l’identique de l’orgue Robert Richard, importé de Paris et installé dans la cathédrale Notre-Dame de Québec en 1753, un très bel instrument disparu lors des bombardements de 1759.

Genèse et évolution du projet

C’est dans l’imagination créatrice de l’organiste et claveciniste québécois de réputation internationale Kenneth Gilbert, professeur honoraire de clavecin au Conservatoire de Paris, qu’est d’abord né le projet de faire revivre l’orgue Richard. Puis, visitant pendant l’été 1998 l’exposition La vie musicale en Nouvelle-France, organisée par l’historienne Élisabeth Gallat-Morin dans la Chapelle du Musée de l’Amérique française, le célèbre interprète constate que cet édifice, jouxtant la cathédrale et jouissant d’une bonne acoustique, pourrait assurer la conservation de l’instrument et gérer sa bonne utilisation Voilà l’endroit rêvé, pense-t-il, pour y faire sonner la musique d’orgue française du Siècle d’or. C’est ici qu’il faut installer l’orgue Robert Richard.

Afin de définir les objectifs et modalités de réalisation du projet, dès l’automne 1998 Kenneth Gilbert a réuni en comité de travail une douzaine de personnalités1 du monde de l’orgue au Québec : interprètes, professeurs, historiens ou musicologues.

Les premiers contacts avec le Séminaire, le Musée de la civilisation et la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs ont tous été positifs2. Le Musée a maintenant en main une étude du groupe GENIVAR précisant la faisabilité et les modalités d’installation de l’orgue dans un jubé latéral de la chapelle. Par ailleurs, le comité a obtenu une soumission préliminaire de la part de l’un des meilleurs facteurs québécois, la firme Juget-Sinclair. Le coût total de la réalisation du projet, incluant les travaux d’installation dans la chapelle, se situera entre 200 000$ et 250 000$. Garanti pour cinq ans, mais construit pour durer un siècle, l’instrument pourra être livré dans les 12 à 18 mois suivant la confirmation de la commande.

Le financement du projet devra être assuré par une souscription faisant appel principalement à la générosité des grandes sociétés privées et publiques, ainsi qu’à l’assistance technique de la Commission de la capitale nationale.

Les retombées prévisibles de l’installation projetée

Cet orgue, jouant seul ou avec des chambristes, fera de la chapelle un des lieux privilégiés au Québec pour l’interprétation des chefs-d’œuvre anciens de la musique française, un héritage patrimonial que nos interprètes et leur public affectionnent déjà et qui conférera à ce lieu d’histoire une aura visuelle et sonore particulièrement expressive. Les concerts qu’on y tiendra constitueront sûrement un apport original à la vie culturelle et au rayonnement de la capitale. Les « Amis de l’orgue de Québec » nous ont d’ailleurs fait part, dès le début, de leur enthousiasme pour le projet.

Par ailleurs, pour l’enseignement et l’étude de la musique baroque, l’accès à un tel instrument constituerait, aussi bien pour la Faculté de musique de l’Université Laval que pour le Conservatoire, un outil considérable de perfectionnement.

Quant au développement de nos musées, cette acquisition pourrait être le point de départ d’une collection d’instruments de musique comme on en trouve à Paris (Conservatoire), Vienne (Hofburg), Berlin (Charlottenburg) ou Washington (Smithsonian Institute). Il est permis d’espérer une amorce prochaine au Québec de cet aspect de la muséologie.

Éléments d’histoire ancienne ou récente en rapport avec le projet

  • a) L’orgue Robert Richard
  • Grâce aux recherches d’archives effectuées à Québec et à Paris, de nombreux éléments touchant l’orgue Richard sont maintenant connus. Ainsi, la décision de doter la cathédrale de Québec d’un orgue est attribuable à Mgr de Pontbriand, évêque de Québec de 1741 à 1760. Retrouvé en 1980 au Minutier central des notaires de Paris, le contrat, daté du 10 mars 1753, confie au maître facteur d’orgues parisien, Robert Richard, le soin de « faire livrer (…) le vingt avril prochain un orgue neuf et bien conditionné dans toutes ses parties, à un clavier qui monte jusqu’au mi d’en Haut et sur le ton de l’opéra » Ce contrat contient la composition sonore de l’instrument3. C’est principalement cela qui rend tout à fait réalisable sa reconstitution. D’une hauteur de 4.4 mètres, l’orgue pèse quelque 1 200 kg.

    Avant d’être envoyé à Québec, l’orgue est expertisé et louangé par l’organiste du roi de Pologne réfugié en France, Charles-Alexandre Jollage, qui deviendra plus tard l’organiste de Notre-Dame de Paris. L’instrument est expédié depuis le port de Honfleur, là même où Samuel de Champlain s’était embarqué pour aller fonder Québec.

    Dès le 2 octobre 1753, le chapitre de la cathédrale se déclare satisfait de la marchandise livrée par Richard, « arrivée sans aucun incident » et « aussi belle qu’on le pouvait souhaiter pour le prix ». Le 16 octobre suivant, Mgr de Pontbriand y va de sa contribution pécuniaire couvrant une partie du coût total évalué à 2 000 livres, soit l’équivalent, à l’époque, du salaire annuel de sept ouvriers spécialisés.

    L’orgue de la cathédrale connaît malheureusement une fin tragique et prématurée en 1759 avec les bombardements britanniques qui détruisent la majeure partie de la cathédrale de la capitale de la Nouvelle-France.

  • b) L’orgue au Québec : les instruments
  • Québec a été la première ville de l’est de l’Amérique du nord à posséder un orgue, dès 1657, et c’est au Québec que s’est développée, au cours 19e siècle, une facture d’orgues de haut niveau. À Montréal, Warren et Mitchell - à Québec, Déry - à St-Hyacinthe, les frères Casavant - ont alors doté le Canada de centaines d’instruments dont certains sont considérés aujourd’hui comme de véritables fleurons de notre patrimoine.

    Après la Deuxième Guerre mondiale, la scène musicale est marquée, en Europe surtout, par un retour en force de la musique baroque. Nos jeunes qui vont se perfectionner à Paris ou à Vienne réclament maintenant des orgues aptes à traduire cette musique plus fidèlement. L’importation à Montréal de trois magnifiques instruments façonnés à Hambourg par Rudolf von Beckerath déclenchera chez nos facteurs l’indispensable mise à jour de leurs conceptions esthétiques et techniques. Dur défi qu’ils ont su relever avec une efficacité et une rapidité admirables. En effet, depuis cette conversion, la réputation de notre facture s’est répandue de par le monde. À preuve, depuis les récentes décennies, 90% des orgues fabriqués au Québec sont maintenant installés dans d’autres parties de l’Amérique, en Océanie ou en Asie. Heureusement, une partie de cette belle production reste au Québec. Montréal est sûrement la ville canadienne la plus riche pour le nombre, la qualité et la diversité esthétique de ses orgues. Ainsi, l’Université McGill et le Grand Séminaire sont dotés tous deux d’un magnifique instrument inspiré de la facture française baroque.

    À Québec, nous avons maintenant, dans l’église St-Félix de Cap-Rouge, un bel instrument d’inspiration baroque française. L’accueil enthousiaste accordé à cet instrument par le public et les interprètes nous incline à penser que nous sommes mûrs, à Québec, pour apprécier aussi un véritable instrument d’époque, plus puriste avec son diapason grave, son clavier divisé, son tempérament particulier et sa traction suspendue.

  • c) L’orgue au Québec : les organistes et les concerts
  • Parallèlement et en interaction avec la facture, une véritable école d’orgue est née au début du 20e siècle. D’abord à Québec avec les Gagnon, Létourneau, Bernier. Puis à partir de 1960 avec l’émergence du groupe Ars organi, Montréal prend le devant de la scène et devient l’inspiratrice du reste du Québec. Bientôt naîtront les saisons de concerts des Amis de l’orgue de Québec, Rimouski, Chicoutimi, Victoriaville et Drummondville. En Mauricie, c’est sous la bannière de Pro organo que s’organisent les concerts. Toutes ces associations sont maintenant regroupées dans la Fédération québécoise des Amis de l’orgue qui, il faut le souligner, apporte son soutien entier au projet; ces associations ne sont d’ailleurs pas les seules à présenter chaque année une série de concerts d’orgue, concerts dont l’audience a été souvent multipliée par leur retransmission hebdomadaire sur les ondes de Radio-Canada sous la rubrique Une saison d’orgue à Radio-Canada ou La tribune de l’orgue.

    Il faudrait aussi mentionner le rayonnement national ou international des sessions estivales de McGill ou de Rimouski, des récents congrès de l’américaine Organ Historical Society (Montréal, 1999) et du Royal Canadian College of Organists/Collège royal canadien des organistes (Québec, 2000), le triennal Concours d’orgue de Québec (depuis 1992).

    Ces activités témoignent de la grande vitalité de l’école d’orgue du Québec, une vitalité qui s’explique notamment par le fait qu’on y trouve un nombre important d’interprètes réputés internationalement pour le renouveau qu’ils ont apporté à l’interprétation de la musique ancienne par leurs concerts, leur enseignement ici ou à l’extérieur, par leurs éditions et leurs disques. Kenneth Gilbert s’avère être au premier rang de ceux-là.


    1Liste des personnes associées au projet depuis 1998
      Claude Beaudry*
      Denis Bédard
      Antoine Bouchard*
      Pierre Bouchard

      Vincent Brauer
      Marc D'Anjou*
      Elisabeth GAllat-Morin*
      Noëlla Genest

      Kenneth Gilbert*
      John Grew
      Richard Paré*
      Jean-Guy Proulx*
      Benjamin Waterhouse*
      * Membres du Comité pour la reconstruction de l'orgue Richard (1753) de la Cathédrale de Québec, constitué le 15 septembre 1998.
    2Citons ici le co-président de la Commission: « Cet orgue sera ainsi un lieu de mémoire concret réactivant un élément du passé de la Nouvelle-France. Il sera encore un outil indispensable à la mise en valeur des lieux de mémoire plus abstraits que sont les compositions musicale de cette époque. »
    3Voir le devis de l'orgue Richard ci-dessous ainsi que le devis de l'orgue de Vicdessos en France, instrument semblable au Richard et dont un enregistrement sonore est disponible sur demande.


    Orgue Robert Richard (Paris, 1735)
    de la Cathédrale de Québec en Nouvelle-France

    Projet de reconstitution par Juget-Sinclair (Montréal, 1999)

    Bourdon  *
    Montre 4 *
    Flute *
    Nazard *
    Doublette *
    Tierce *
    Fourniture
    Cymbale
    Cromhorne *
    Trompette *
    Tremblant doux
    Tramblant fort
    (Selon le devis d’origine,
    retrouvé à Paris au Minutier central
    par Pierre Hardouin en 1980)

    • 10 jeux, dont plusieurs « jeux coupés »
      (probablement ceux marqués ici d’un *)
    • Un clavier manuel
    • Un clavier de pédale avec tirasse
    • La Montre 4’ ne figure pas au devis,
      mais serait sous-entendue selon Pierre Hardouin.


    Bibliographie

    • Bouchard, Antoine, Encyclopédie de la musique au Canada, 2e édition, Montréal, Fides, 1993, p. 2571
    • Gallat-Morin, Elisabeth, « Petites et grandes misères de l’installation d’un orgue à Québec en 1753 », Journal de musique ancienne, vol 6, no 2, Montréal, décembre 1984, pp. 38-43.


    Marcel Dupré (1886-1971)
    par Claude Girard
    organiste titulaire de Saint-Patrice de Rivière-du-Loup

    1re partie

    L'an 2001 marque le 30e anniversaire de la mort de Marcel Dupré, ce grand organiste français qui fut une personnalité marquante dans le monde de l'orgue au XXe siècle. Mais avant de vous parler de l'homme et de son oeuvre, il est important de faire un retour dans le temps afin de se remémorer ce qui se passait à Québec et au Québec à cemoment-là.

    30 mai 1971. Marcel Dupré meurt paisiblement à sa résidence de Meudon près de Paris après avoir touché l'orgue de Saint-Sulpice une dernière fois le dimanche lors de la Fête de la Pentecôte. Ce musicien doté d'un talent exceptionnel a mené une carrière musicale de haut niveau en excellant dans différents domaines comme organiste liturgique, récitaliste, improvisateur, compositeur, professeur et administrateur. Si on se reporte à cette époque à Québec, sa disparition est passée pratiquement inaperçue, ce qui est de prime abord très surprenant. Cependant, il faut regarder attentivement pourquoi il en fut ainsi.

    Il y a trente ans, le monde de l'orgue au Québec vivait une véritable révolution dans le mode de pensée: révolution dans la facture d'orgues avec le retour de la traction mécanique et révolution dans l'interprétation avec le non legato et les articulations. Le nom de Marcel Dupré à qui on associait « le legato absolu à l'orgue à traction électro-pneumatique » ne collait plus à la réalité. À nos yeux, Marcel Dupré était un personnage désuet et démodé. Malheureusement, c'est la triste réalité des générations qui se suivent: pour ceux qui nous ont précédé, il y a soit de l'admiration, de l'indifférence ou carrément de la contestation. Comme preuve, à l'automne 1973, lors de l'année sabbatique de l'abbé Antoine Bouchard en Europe, Antoine Reboulot (élève de Marcel Dupré) prit en charge la classe d'orgue. Et lors d'un premier cours, je jouai, comme première oeuvre, le Prélude et fugue en si mineur, BWV 544, de J.S. Bach. À peine une mesure de faite que le Maître me coupa abruptement pour me dire: « Mon p'tit, tu joues comme Marcel Dupré et crois-moi, ce n'est pas un compliment! »

    Donc, ce grand mouvement réactionnaire à l'orgue symphonique, dont Marcel Dupré était le dernier représentant, se divise en deux parties. À Québec, il y eut d'abord la venue de l'orgue de conception néoclassique avec Saint-Roch (1943) puis Saint-Charles-Garnier (1953). Ces tentatives ratées ont laissé les organistes du temps perplexes et il fallut attendre l'année 1959 où Claude Lavoie fit construire le premier grand instrument Casavant de "nouvelle génération" aux Saints-Martyrs-Canadiens. L'orgue de Sainte-Monique des Saules (1965), plus modeste, en est un autre exemple.

    Comme deuxième mouvement réactionnaire, il y eut l'installation d'orgues à traction mécanique importants à Montréal au début des années 60, notamment à l'Oratoire Saint-Joseph, à l'Immaculée-Conception et à Queen Mary Road. Les Daveluy, Arel et Lagacé firent "un pied de nez" à Casavant Frères en donnant les contrats au facteur allemand Rudolf von Beckerath. L'affaire fit un scandale mémorable qui laissa des traces. Ce mouvement d'entraînement se poursuivit à Québec où, sous l'influence de l'abbé Antoine Bouchard, plusieurs instruments de ce type virent le jour, confiés aux facteurs Karl Wilhelm (Beaupré, Beauport, Loretteville), Paul Ott (deux instruments à l'Université Laval). Une grande remise en question s'imposait chez Casavant et le premier résultat très convaincant survint à Saint-Pascal de Kamouraska (1964), à Saint-Pie X de Rimouski (1969) et au Conservatoire de musique de Québec (1974). L'abbé Bouchard fit installer aussi deux instruments à traction mécanique à Sainte-Anne-de-la-Pocatière: un Paul Ott (1968) et un orgue Providence à la Cathédrale (1973). Au Collège de cette ville, l'abbé Léon Destroismaisons, lui-même élève de Marcel Dupré, était titulaire d'un grand orgue Casavant (44 jeux, 1923) et forma de nombreux élèves (Antoine Bouchard, Jacques Boucher, Yvon Larrivée, Pierre Bouchard, etc.).

    Ma première approche de Marcel Dupré se fit au moyen de son matériel pédagogique. On sait que cet homme consciencieux était doté d'un esprit méthodique et rationnel qui le poussa à donner aux organistes des outils de travail de qualité: méthode d'orgue, collection d'oeuvres anciennes, traité d'improvisation, cours d'harmonie, de contrepoint et de fugue... Et mon coup de foudre pour Dupré vint à l'écoute de l'émission «Retenez ces noms» (réalisée par Pierre Boutet en 1968) où mon frère Robert interprétait le Prélude et fugue en si majeur, op. 7 au grand orgue des Saints-Martyrs-Canadiens. Et qui ne se souvient pas de la brillante interprétation de Denis Bédard des Variations sur un Noël op. 20 lors de l'obtention de son Premier prix en 1972?

    Parmi les oeuvres entendues à Québec lors de récitals ou de concerts des Amis de l'orgue, notons le Scherzo en fa mineur, op. 16, Cortège et Litanie, op. 19/2, la Suite bretonne, op. 21, quelques Chorals du Tombeau de Titelouze, op. 38, et le Prélude et fugue en la bémol majeur, op. 36.

    L'été dernier, lors du Congrès conjoint RCCO/FQAO à Québec, l'organiste français Daniel Roth interpréta, à Saint-Roch, la Paraphrase sur le Te Deum op. 43. À cette occasion, le professeur Thomas Chase de l'Université de Regina donna une conférence à la Cathédrale anglicane Holy Trinity, intitulée « Marcel Dupré, une réévaluation » où il disait que « le séjour au purgatoire avait assez duré et que l'Homme et son Oeuvre méritaient un bien meilleur sort ».

    Dans le temps, Marcel Dupré représentait, à nos yeux, un grand technicien et un improvisateur doté de moyens prodigieux (mémoire...) plutôt qu'un musicien sensible et profondément humain. Or, trente ans après sa disparition, la situation n'a guère changé et ses oeuvres, excepté ses plus connues, n'ont pas trouvé une place de choix dans les concerts et auprès des organistes.

    Heureusement, il y a présentement un véritable engouement pour la musique de Dupré qui fait l'objet de plusieurs intégrales chez Naxos, Guild, Decca, MDG et Pavane. Et ses intégrales nous permettent de mieux saisir la logique de sa créativité musicale et le raffinement de son langage harmonique. Cependant, une audition répétée de ses oeuvres « difficiles » est nécessaire et demande un certain « travail » afin de comprendre les réelles intentions du compositeur qui a écrit dans un style personnel pas toujours évident.

    En terminant cette première partie, je cite une belle pensée de Marcel Dupré, le poète, qui disait: « J'aime les harmonies savoureuses, je les adore... Pour moi, la musique doit être une caresse pour l'oreille. C'est ce que nous verrons dans le prochain bulletin où je ferai une analyse chronologique de ses oeuvres de l'opus 7 à l'opus 65.

    Au moment de la disparition de Marcel Dupré en 1971, au Québec, l’école d’orgue et sa facture vivaient de profonds bouleversements. Pour la génération enseignante du temps et la relève dont je faisais partie, le nom de Marcel Dupré était un personnage anonyme dont on connaissait peu de chose. Les années ont passé et avec le « retour du pendule », aujourd’hui, on est forcé d’admettre de toute évidence qu’il fut un grand organiste extrêmement doué et doté de capacités mentales hors du commun. Le « petit enfant prodige », comme l’appelait affectueusement Cavaillé-Coll, a connu une enfance de rêve à la résidence des Dupré sur la rue Vert-Buisson à Rouen. On peut dire qu’il a été « porté » vers la carrière d’organiste avec la plus grande attention. Peu de temps après sa naissance, Alexandre Guilmant en visite à la maison familiale, avait prophétisé en examinant le bébé : « Ce sera un organiste! ». On a tout à découvrir de lui, et voici le résumé de sa brillante carrière de musicien.

    Marcel Dupré naquit le 3 mai 1886 à Rouen dans une famille de musiciens où tenir les orgues était une tradition particulièrement vivante : ses deux grands-pères, Aimable Dupré et Étienne Chauvière, étaient organistes et maîtres de chapelle, son père Albert, chef de chœur d’une société chorale qu’il avait fondée : « L’Accord parfait » et surtout titulaire du grand-orgue Cavaillé-Coll de l’église Saint-Ouen de Rouen. Sa mère Marie-Alice Chauvière, quant à elle, possédait des dons musicaux remarquables dont son fils hérita. Cet extraordinaire foyer fut un réel « temple de la musique » avec le déroulement de nombreuses activités musicales. L’installation d’un orgue Cavaillé-Coll en 1896 dans une salle spécialement adaptée résulta pour le jeune Marcel en une fascination qui allait déterminer le cours de sa brillante carrière musicale.

    Très tôt, il apprit la musique de son père et ses progrès furent si rapides qu’il exécuta à l’âge de huit ans le Petit Prélude et fugue en mi mineur de Bach à l’inauguration de l’orgue de l’Immaculée-Conception à Elbeuf. À dix ans, il donna son premier récital d’œuvres de Bach et, deux ans plus tard, il devint organiste à St-Vivien de Rouen.

    En 1898, il devint l’élève d’Alexandre Guilmant puis fut admis au Conservatoire de Paris (1902-14) où il remporta brillamment les premiers prix de piano (classe de Louis Diémer), d’orgue (classe de Guilmant et Vierne), et de fugue (classe de Widor). Il avait à peine vingt ans lorsqu’il devint l’assistant de Widor à Saint-Sulpice, cette église qui allait devenir son port d’attache sa vie durant. En 1914, il remporta le Grand Prix de Rome avec sa cantate Psyché et fut organiste-suppléant à Notre-Dame de Paris de 1916 à 1920 pendant que Louis Vierne soignait ses yeux en Suisse.

    En 1920, Marcel Dupré réalisa un « tour de force » en exécutant de mémoire l’œuvre pour orgue de Jean-Sébastien Bach en 10 récitals à l’orgue du Conservatoire. Widor alors présent lui avait dit : « Si Bach avait été ici, il vous serrerait sur son cœur ». L’année suivante, il répéta l’exploit à l’orgue du Trocadéro, puis en 1922 donna une série de concerts historiques consacrés à Bach et à l’école française d’orgue. Ses séances achevèrent de consacrer sa réputation et lui ouvrirent les portes d’une carrière internationale de concertiste dans de premières tournées de concerts en Angleterre et surtout aux États-Unis*.

    « Ses exécutions de Bach de mémoire soulevèrent l’enthousiasme, ses remarquables improvisations symphoniques firent sensation notamment au Royal Albert Hall à Londres et chez John Wanamaker à New-York ». Plusieurs de ses improvisations plus importantes furent ultérieurement écrites et publiées. Les meilleurs exemples de l’art de Dupré sont certainement la Symphonie-Passion Op. 23 (1924) et Le Chemin de la Croix op. 29 (1931). La presse américaine le considérait comme « un miracle musical » et sa « cote » égalait aussi bien celle d’un Rubinstein que d’un Heifetz. En 1922, lors d’un grand festival Haendel au Crystal Palace de Londres, il joua un concerto accompagné par un orchestre de cinq cents cordes devant un auditoire de...vingt mille personnes!

    En 1926, à la mort d’Eugène Gigout, Marcel Dupré est nommé professeur d’orgue au Conservatoire de Paris et perpétua l’enseignement de ses maîtres Widor, Guilmant et Vierne. En 1934, Widor prit sa retraite comme organiste de Saint-Sulpice à l’âge de quatre-vingt-neuf ans et Dupré devint titulaire après vingt-huit ans comme assistant. Ce qui fit dire à Widor le jour de sa nomination : « Maintenant, je peux m’en aller en paix car le grand-orgue de Saint-Sulpice est entre bonnes mains! ». On connaît la profonde amitié qui unissait le facteur d’orgues Aristide Cavaillé-Coll à la famille Dupré depuis longtemps et la grande influence qu’il exerça par la beauté absolue, la chaleur et la majesté du timbre de ses grands instruments. À commencer par Saint-Ouen de Rouen où le père Albert avait été nommé titulaire en 1911. À Saint-Sulpice, la chimie des génies universels de Cavaillé-Coll et de Dupré a été aussi féconde que rayonnante. Par respect pour son maître Widor, Dupré est resté très attaché à son instrument durant toute sa vie et son œuvre pour orgue en a été fortement influencé. Il a toujours voué sa détermination à le préserver intact et a renouvelé souvent le serment devant ses amis que, de son vivant, « pas un seul tuyau ne serait changé ». En 1954, à la mort de Léonce de Saint-Martin, le successeur de Louis Vierne à Notre-Dame depuis dix-sept ans, on lui proposa le poste. Mais Dupré demanda qu’on ne lui fasse pas une offre officielle pour ne pas avoir le regret de la refuser. Il favorisa plutôt la candidature de Pierre Cochereau qui lui sera reconnaissant jusqu’à la fin de ses jours.

    En 1939, Marcel Dupré accomplit le tour du monde en donnant trente concerts en Australie et soixante aux États-Unis. Après une nouvelle audition de l’œuvre pour orgue de Bach en l’église Saint-Philippe du Roule à Paris (1945), Marcel Dupré repartit pour l’Amérique où il effectua ses neuvième et dixième tournées de concerts. En 1946, il fut nommé directeur du Conservatoire américain de Fontainebleau et, huit ans plus tard, directeur du Conservatoire de Paris. Dupré reçu aussi de hautes distinctions : Commandeur de la Légion d’honneur (1948) et Commandeur de l’Ordre Pontifical de Saint-Grégoire-le-Grand (1966).

    En 1959, il fêta son 1900e concert durant une tournée (il en a donné 2178 au total). Pour célébrer le centenaire du grand-orgue de Saint-Sulpice (1962), Marcel Dupré donna un récital mémorable le jour de son anniversaire (3 mai) en présence d’un auditoire recueilli et...d’Albert Schweitzer! La même année (26 octobre), les époux Dupré eurent la douleur de perdre leur fille Marguerite qui était une excellente pianiste. Le Maître surmonta son immense tristesse et assura son service à Saint-Sulpice dans un programme uniquement composé d’improvisations jouées avec une éloquence digne d’un grand artiste.

    Figure aussi un récital de Marcel Dupré à Saint-Sulpice pour fêter ses quatre-vingt ans (1966). Enfin, un dernier concert le 7 mai 1971, organisé par Les Amis de l’Art de Marcel Dupré réunissant tout ses anciens élèves du Conservatoire de Musique. Quelques semaines plus tard, il décédait au soir du 31 mai après avoir joué l’office du matin le jour de la Pentecôte. Son service funèbre eut lieu à Saint-Sulpice le 3 juin.

    On se demande comment il a pu faire pour avoir été si occupé tout en restant en santé. Marcel Dupré était une « force de la nature » qui savait gérer son temps. Il avait plusieurs principes généraux et les appliquaient à la lettre. Quelques-uns méritent d’être citées : « Avant d’agir, s’assurer de toute chance de réussir. Ensuite, bien analyser la situation et avoir une stratégie efficace. Ne négliger aucun détail dans la préparation. Savoir construire, maintenir et nourrir des réseaux de relations multiples et utiles. Savoir les chauffer aux moments propices. Ne jamais oublier l’essentiel de l’existence humaine : jouir de son bonheur avec ses bien-aimés et être tranquille en toutes circonstances ».


    N.D.L.R. : Dupré exécuta l'intégrale Bach à Montréal du 1er au 20 octobre 1923 à l'église St. Andrew's & St. Paul).


    Originalement publié dans le Bulletin des Amis de l'orgue de Québec, # 80, juin 2001 et # 83, novembre 2001.


    Pro Organo (Mauricie) a trente ans
    par Claude Baril

    De gauche à droite: Claude Baril, président de Pro Organo (Mauricie), Michelle Quintal et Gaston Arel

    Le 21 avril dernier, à l’église Sainte-Catherine-de-Sienne, à Trois-Rivières-Ouest, plus de 325 auditeurs assistaient au concert Musique de la Mauricie organisé par Pro Organo (Mauricie) afin de fêter son trentième anniversaire d’implication dans cette région.

    Des musiciens de Montréal, Québec, Saint-Hyacinthe, Drummondville et Joliette s’étaient déplacés pour participer à cet événement. Étaient présents Gaston Arel, président de la Fédération québécoise des Amis de l’orgue, sa femme Lucienne Arel, Jean Morissette, fondateur de Pro Organo, Yvette Roy, ancienne présidente de Pro Organo Lanaudière, Noëlla Genest, co-fondatrice de Pro Organo (Mauricie). Maître Jean Girouard, co-fondateur responsable de l’incorporation et ancien président de 1971 à 1973, assistait aussi au concert.

    Au début de la deuxième partie de ce concert, le bureau de direction de Pro Organo (Mauricie) a tenu à rendre un hommage posthume à Thérèse Thérien (décédée il y a 10 ans au cours d’une réunion de Pro Organo) qui a agi comme coordonnatrice pour cette société de concerts pendant presque 20 ans. « Elle était le pivot d’une roue qui tournait au rythme requis et sans grincement » se remémorait Maître Jean Girouard dans un témoignage inscrit dans un livret publié à l’occasion de ce concert. S’y trouvaient aussi les hommages des organistes Noëlla Genest, Raymond Perrin et Michelle Quintal. À Radio Ville-Marie, le jour même de ce concert, une émission lui était consacrée. Grâce à la collaboration de Lucie Beauchemin, une autre émission avait aussi été entendue le 14 avril mais, cette fois, consacrée à la musique des gens de la Mauricie.

    Au programme de ce concert de musique écrite de 1950 à aujourd’hui, se distinguaient deux créations interprétées par les compositeurs eux-mêmes! Prélude concertant, trio et fugue en do mineur pour orgue solo de Martin Brossard et Qui suis-je? sur un texte de Magali Lemieux pour voix, cuivres et orgue de Philippe Bournival. Un ensemble de cuivres a interprété de Claude Sheridan Fanfare et des extraits de Sextuor, op. 1 pour quintette de cuivres et orgue tandis que le quatuor vocal Da Capo s’est joint à l’organiste Gilles Rioux pour l’exécution de sa Fantaisie sur O filii et filiae. Des œuvres de J. A. Thompson, Claude Thompson, Bernard Piché, jouées par les organistes Suzanne Bellemare, Philippe Bournival, Martin Brossard ainsi que Gilles Rioux, étaient aussi au programme. De courtes improvisations, jouées sur les deux claviers de l’orgue Létourneau par les organistes masculins (chacun à son tour), faisaient les liens entre les différentes harmonisations de folklore chantées « a capella » par Da Capo, harmonisations, entre autres, de J. A. Thompson. Fantaisie nuptiale de l’organiste compositeur Raymond Perrin réunissait l’orgue et Da Capo en guise de rappel.

    Bravo aux 12 musiciens de la Mauricie qui ont participé à ce concert! Merci aux bénévoles qui se sont occupés de l’accueil, de la distribution des programmes, du goûter, de la perception des billets, etc. Qu’aurions-nous pu faire sans leur collaboration durant ces trois décennies?


    Nouvelles de Québec
    par Irène Brisson

    Aux Amis de l’orgue de Québec

    Belle fin de la 35ème saison des Amis de l’orgue : en mai, une excursion culturelle à Ottawa, jalonnée par la découverte de sept instruments fort bien mis en valeur par les organistes invités pour la circonstance, tel que le rapporte l’ancien journaliste du Devoir Gilles Lesage :

    «Luc Beauséjour, Sylvain Barrette, Thomas Annand, Gilles Leclerc, Matthew Larkin, Dany Wiseman et Gaston Arel, ont démontré avec éclat que Balzac a eu raison d'écrire: “L'orgue...est un orchestre entier, auquel une main habile peut tout demander; il peut tout exprimer.”».

    Le 1er juin, concert de clôture avec orgue et hautbois réunissant Richard Paré et Philippe Magnan. Deux remarquables interprètes de Québec, un répertoire alliant la virtuosité (brillant final de la Sonate op. 42 de Guilmant par Richard Paré, qu’il nous était agréable de voir sortir du créneau baroque auquel le relie son rôle au sein des Violons du Roy) à l’intimité (Syrinx de Debussy adapté au hautbois et des pages lyriques teintées de romantisme de Joseph-Arthur Bernier, longtemps organiste à l'église Saint-Jean-Baptiste de Québec et arrière-grand-père de Philippe Magnan). Pour couronner le tout, la création de Par-Celle 11 pour hautbois, cor anglais et orgue de Pierre Genest, une oeuvre composée pour les deux interprètes et typique de l’esthétique de son auteur, avec belles mélopées, attaques incisives et de magnifiques sonorités à la fois magiques, chatoyantes et audacieuses tant pour l’orgue que pour le hautbois! Un beau moment à inscrire dans l’histoire des Amis de l’Orgue!

    Pour inaugurer la saison 2002-2003, le traditionnel concert « Portes ouvertes » du 7 septembre a eu lieu aux Saints-Martyrs-Canadiens : Danny Belisle a su combiner les grandes pages de l’orgue (Toccata, adagio et fugue de Bach, 6ème symphonie de Widor) aux oeuvres moins connues de Fricker, de Nibelle, du Livre d’orgue de Montréal ou même de Litaize (Lied) ou faire revivre la Fantaisie pastorale de Lefébure-Wély, avec son caractère bucolique et son orage dans la plus pure tradition du XIXème siècle parisien. Et que dire du Vol du bourdon de Rimski-Korsakov, plus vrai que nature et du ravissant Coucou de Daquin, offert en rappel à un public plus qu’enthousiaste! Virtuosité impressionnante, clarté, intelligence du texte, registrations originales et toujours intéressantes : on ne peut que souhaiter à Danny Belisle une carrière à la mesure de son talent...

    Belle présence de Dominique Joubert, à l'église Saint-Sacrement, le 27 octobre, dans un programme entièrement consacré aux organistes de Notre-Dame de Paris, de Charles Racquet (XVIIème siècle) à Pierre Cochereau avec, notamment, son très ravélien Boléro agrémenté de percussion. Alternance de pages flamboyantes ou très intérieures, que l’interprète semble d’ailleurs affectionner, avec quelques redécouvertes (Léonce de Saint-Martin et la noble Fantaisie de Racquet sur le "Regina coeli", qui n’a pas grand chose à envier aux pages fleuries de ses contemporains Frescobaldi et Titelouze) et une savante improvisation sur trois thèmes grégoriens donnés. Le tout rendant pleinement justice à l’orgue de Saint-Sacrement, qui convient fort bien à ce genre de répertoire de type symphonique.

    Suivront le 24 novembre à 14 heures, aux Saints-Martyrs-Canadiens, le concert d’Yves-G. Préfontaine et, le 9 février 2003 à 14 heures à la Salle Henri-Gagnon, la conférence de Jean-Pierre Pinson sur la musique à la cathédrale de Québec. Signalons qu’en moins d’un an, les Amis de l’orgue auront suscité deux créations : celle de Pierre Genest et celle d’Alain LeBlond (Jazz ecclésiastique), que jouera Dany Wiseman le 2 mars à 14 heures à la basilique Notre-Dame de Québec. Le public de Québec aura également la chance d’entendre pour la première fois le 26 avril 2003 aux Saints-Martyrs-Canadiens à 20 heures la Symphonie no 1 d’Edith Beaulieu, déjà présentée à Montréal et à Ottawa. De plus, toujours soucieux d’encourager la composition d’oeuvres pour orgue, les Amis de l’Orgue de Québec contribueront financièrement à la commande de l’oeuvre québécoise inscrite au programme du Concours d’orgue de Québec de 2004.

    Et, comme pour témoigner de la bonne santé de la création musicale impliquant l’orgue à Québec, le 9 novembre, Robert Patrick Girard aura fait entendre à l'église Saint-Dominique, dans le cadre de la Messe de Saint-Hubert, sa toute dernière composition pour orgue et cors, une Fantaisie sur « Le fils du Roy s’en va chassant ».

    Nouvelles du conseil d’administration

    Depuis le 1er novembre, le conseil d’administration des Amis de l’Orgue de Québec est constitué des membres suivants :

    Claude Beaudry, président; Richard Paré, vice-président, Michel Boucher, trésorier; Paul Sacca, secrétaire; Noëlla Genest, directrice artistique; Rose Boivin, Suzanne Boulet, Irène Brisson, Louise Fortin-Bouchard, Paul Grimard, Geneviève Paradis, Robert Poliquin, Louise Provencher, Jean-Claude Rivard, Stéphane Saint-Laurent, conseillers.

    L’Assemblée générale a souligné tout particulièrement les huit années de dévouement à la cause de l’orgue de la secrétaire sortante Monique Dupuis.

    Quelques concerts à Québec, en bref

    Beaucoup d’activités touchant l’orgue ont eu lieu l’été dernier dans la Vieille-Capitale, à Saint-Dominique, à Chalmers-Wesley, de même qu’à Saint-Thomas-d’Aquin où, pour la deuxième fois, se tenait un festival Bach très couru. Le 29 juillet, un public nombreux a bravé la canicule pour aller écouter les sonates en trio de Bach, interprétées par six organistes représentatifs du Québec : il était intéressant de comparer les approches de chacun et d’apprécier la touche personnelle qu’ils apportaient à cet ensemble magistral : maturité et sérénité de Robert P.Girard pour la 1ère sonate, noblesse et relief de la 2ème, par Sylvain Barrette, couleurs et belle articulation chez Édith Beaulieu pour la sonate en ré mineur, équilibre et logique de Marc-André Doran dans la 4ème sonate, fougue et virtuosité aérienne chez Dany Wiseman pour la 5ème sonate de même que chez Marc D’Anjou, pour la dernière sonate.

    Le 18 août, toujours en pleine canicule, et contrepointé par un orage spectaculaire, Claude Girard présentait à Chalmers-Wesley un concert original consacré à Marcel Dupré, pour lequel l’organiste de Rivière-du-Loup s’est pris de passion, et qu’il a servi avec ferveur. Il reste à souhaiter qu’un disque résulte de cet immense travail!

    Enfin, hors Québec, bravo à Noëlla Genest pour son brillant concert à son ancienne tribune de la basilique Notre-Dame-du-Cap le 14 juillet, avec notamment la Suite du second ton, de Guilain, le Prélude et fugue en si mineur de Bach superbement ciselé et le Final de la sonate en ré mineur de Guilmant, symphonique et majestueux à souhait.


    Anniversaires en musique
    par Irène Brisson

    Dans le précédent numéro, j’avais rappelé le baptême, le 1er janvier 1652, de Johann Krieger (mort en 1735) qui, durant plus de quarante ans, fut cantor et organiste à Zittau (Saxe orientale). En 1999, s’inspirant de l’édition de 1917 de Max Seiffert, Siegbert Rampe et Helene Lerch ont publié en deux volumes chez Bärenreiter, avec une introduction détaillée, l’oeuvre complète pour clavier de Krieger et de son frère Johann Philip. Des pièces pour clavecin (6 suites ou partitas de Johann Krieger, parues en 1697, une Passacaille un peu indigeste, une Aria avec 24 variations de Johann Philip Krieger) côtoient des pages qui conviennent à l’orgue manualiter avec quelques possibilités de pédale, et dont une bonne partie a été publiée en 1699 sous l’appellation de Clavier-Übung : toccatas décoratives avec parfois des envolées lyriques, brefs préludes, compositions contrapuntiques incluant des fugues, dont une à quatre sujets, qui pourrait avoir intéressé Bach, et des ricercari archaïsants et chromatiques, hérités de Froberger. Quelques très modestes chorals, et deux autres de type partita complètent cette collection d’une soixantaine de titres. On regrettera qu’une vingtaine de chorals manifestement fugués ait été perdue et qu’il n’en subsiste que les incipit d’un catalogue thématique établi au XIXème siècle par August Gottfried Ritter. De cette production très inégale, qui sent parfois l’essai de jeunesse, j’avoue avoir apprécié particulièrement les fugues et les toccatas de Krieger, ainsi que quelques préludes et ricercari qui font bonne figure durant les offices religieux.

    Pour en finir avec 2002, il convient de rappeler qu’il y a 20 ans, mourait le remarquable organiste Jean-Jacques Grunenwald (1911-1982), élève de Dupré auquel il succéda à Saint-Sulpice. Grunenwald avait été auparavant titulaire à Saint-Pierre de Montrouge, où je me faisais un plaisir d’aller l’écouter improviser lorsque j’étais encore adolescente. Parmi ses enregistrements figuraient les oeuvres de Bach et de Grigny. Compositeur, il a signé de la musique de film (dont l’émouvant Monsieur Vincent avec Pierre Fresnay) et laisse pour l’orgue des oeuvres tantôt atonales et très complexes sur le plan rythmique (Pièce en mosaïque, 1966; Oppositions, 1976) tantôt respectueuses de la liturgie et de la modalité grégorienne (Messe du Saint-Sacrement). En 1999, l’organiste Jeremy Filsell lui a consacré tout un disque (Herald). Un excellent article sur Grunenwald se trouve sur le remarquable site Internet français Musica et Memoria à l’adresse :

    http://musicaetmemoria.ovh.org/grunenwald.htm
    .

    Enfin, pour se préparer à 2003, voici deux anniversaires d’organistes à ne pas oublier : Gilles Jullien (v.1650-1703), organiste à la cathédrale de Chartres, et Nicolas De Grigny (1672-1703), organiste à la cathédrale de Reims. Si les hymnes grandioses et la messe de ce dernier, parues en 1699 ont fait l’admiration de Bach qui s’est donné la peine de les recopier, le Livre d’orgue de Jullien (1690) avec ses quelque 80 pièces dans les huit tons d’église est considérablement éclipsé par celui de son collègue rémois et aussi par celui du jeune Couperin, paru la même année. Or, il y a de fort jolies pages chez Jullien qui méritent le détour et même de beaux enregistrements, comme ceux qui lui ont été consacrés par Pierre Perdigon (Coriolan COR 312 008) et Serge Schoonbroodt (Aeolus AE 10191).


    L'orgue sur le web
    par André Côté

    Si vous êtes un lecteur assidu de Mixtures, c’est que vous êtes probablement un passionné d’orgue. Devant la complexité de l’instrument, à moins d’avoir erré dans les arcanes de la facture d’orgues, on se contente souvent de l’entendre ou de le regarder avec admiration. Si tel est le cas, cette chronique vous permettra de découvrir la face cachée de l’orgue ou d’approfondir la connaissance que vous en avez. Comme les sites qui traitent de ce sujet sont légion, je vous propose une sélection des plus intéressants au niveau du contenu et de la présentation graphique. Parmi ceux-ci, plusieurs contiennent même des extraits sonores.

    • Pour faire découvrir aux non-organistes en quoi consiste une console, une visite s’impose au site de Alastair Disley :
      http://barton.theatreorgans.com/disley/orgue.htm

    • Dans un second temps, l’on peut trouver une couverture générale du sujet, très bien faite, sans toutefois devenir trop technique sur le site du Pipe Organ Education Project :
      http://nersp.nerdc.ufl.edu/~bodinew/

    • Un autre site, plus développé, intitulé simplement L’orgue, est également très intéressant en raison de ses nombreuses et très belles photos ainsi que ses schémas très instructifs :
      http://wwwetu.utc.fr/~kindelyv/PE/Orgue/orgueIndex.htm

    • Si la visite des sites déjà présentés n’a fait qu’aiguiser votre appétit et que vous êtes prêts pour une recherche plus approfondie, vous apprécierez sûrement À la découverte de l’orgue - Orgues d’Alsace. On y retrouve même la description de dispositifs inhabituels comme l’octave courte :
      http://perso.wanadoo.fr/eisenberg/architec.htm

    • Comme il est souvent intéressant de partir d’un exemple pour aller par la suite vers les considérations plus générales, la visite de l’orgue Parisot de Notre-Dame de Guibray vous captivera :
      http://www-aristote.cea.fr/guibray.html

    • Dans un cadre plus pédagogique, le site de Jean-Jacques Imbert, conseiller pédagogique en éducation musicale des Yvelines fait, dans la section Documents pédagogiques, une présentation de l’orgue sous forme de fiches à compléter qui peuvent servir d’introduction pour un public plus jeune :
      http://perso.wanadoo.fr/jjicpem/

    Une tournée de ces sites permet sans contredit de confirmer l’appellation de « Roi des instruments » que l’on accole souvent à l’orgue.


    Dans le monde du disque
    par Réal Gauthier

    Mieczslaw Surzunski
    Concerto pour orgue et orchestre en sol mineur,
    œuvres pour orgue

    Jerzy Sziubinski, organiste
    Orchestre symphonique de la radio polonaise.

    Nous sommes ici conviés à plusieurs découvertes : œuvres, compositeur, organiste et instrument. La plupart des pièces de ce disque du compositeur polonais Surzynski sont enregistrées pour la première fois. D’abord le concerto pour grand orchestre et orgue est monumental et romantique à souhait. Malgré sa composition d’apparence classique, l’orgue bénéficie d’une harmonisation chaleureuse et ronde, qui allie bien clarté et esprit romantique. Le programme est complété par une sonate et deux œuvres de caractère improvisé. L’organiste est excellent et la prise de son reflète une acoustique ample et généreuse. En somme, un très beau disque à se procurer.

    1 DC : DUX 0360



    Charles-Marie Widor
    Symphonies nos 9 et 10
    Jacques Boucher, organiste
    Église St-Jean-Baptiste de Montréal.

    Jacques Boucher, le titulaire de l’orgue de l'église Saint-Jean-Baptiste, a choisi d’enregistrer les deux dernières symphonies de Widor. Bien qu’elles ne soient pas les plus populaires des dix symphonies, elles méritent notre attention, notre écoute et notre admiration. Elles sont issues d’une réflexion profonde du compositeur quand à l’utilisation du grégorien. Les notes d’accompagnement expriment très bien la démarche du compositeur à la fin de sa vie, le tournant qu’il prend et l’évolution des symphonies pour orgue. Les notes concernant l’instrument de St-Jean-Baptiste sont complètes et bien présentées. Le jeu de l’organiste est vivant et la prise de son, excellente.

    1 DC : RIC 2 9994



    L'orgue au centre du Québec
    Œuvres de Conrad Letendre, Raymond Daveluy, Jean Chatillon et Gilles Fortin
    Lucienne L’Heureux-Arel, Gaston Arel, organistes
    Église Saint-Frédéric de Drummondville.

    Ce disque constitue un précieux document. En plus de témoigner de la récente et importante restauration de l’orgue Casavant de l'église Saint-Frédéric de Drummondville, il rassemble l’intégrale de l’œuvre pour orgue de Conrad Letendre. Ces pages sont interprétées avec beaucoup de conviction, de sensibilité et d’éloquence par l’un de ses plus illustres élèves, Gaston Arel. En seconde partie, Lucienne L’Heureux-Arel nous fait découvrir des œuvres charmantes de Jean Chatillon et de Gilles Fortin, en plus de nous offrir une imposante version de la 2e sonate de Raymond Daveluy. Tout au long de ces vingt plages, nous trouvons une registration originale, recherchée et variée. Tout amateur de musique d’orgue québécoise se doit de posséder ce DC.

    1 DC : AO-001



    Canadian Sounds
    Deirdre Piper, Composer and Organist.

    Les volumes 4 et 19 des publications de la Société pour le patrimoine musical canadien contiennent des pièces canadiennes pour orgue composées avant la Deuxième Guerre mondiale. Ce disque de « sons canadiens » nous en propose des extraits. Les œuvres des compositeurs Chubb, Reed, Lucas, Warren, Pelletier et Crawford sont parfois naïves, charmantes, ou impressionnantes par leur structure. L’organiste fait preuve d’un solide métier et d’une compréhension de l’écriture musicale. Ces musiques d’avant Deuxième Guerre sont encadrées par deux compositions de Deirdre Piper, native du Royaume-Uni, dont le style est tout autre, pour quatuor de saxophones, clarinette, violoncelle et piano.

    1 DC : CSCD-1007


    Un musicien oublié
    Ercole Pasquini (v. 1560-v.1620)

    par Irène Brisson

    Le début du 17e siècle italien regorge d’une foule d’organistes éclipsés par l’audacieux Frescobaldi. Ercole Pasquini (à ne pas confondre avec Bernardo) est de ceux-là. Né comme Frescobaldi à Ferrare, il fut son prédécesseur immédiat comme organiste à Saint-Pierre de Rome et connut une fin assez obscure. Une trentaine d’œuvres pour clavier, provenant de huit manuscrits italiens et allemands du 18e siècle ont été publiées en 1966 par W. Richard Shindle dans le volume 12 du Corpus of Early Keyboard Music (American Institute of Musicology, 103 pages). Parmi elles, des Toccate préfigurant Frescobaldi par leur ornementation abondante et leur prédilection pour les séquences sur rythmes de dactyles; des canzone nettement moins élaborées que celles de Gabrieli ou de Frescobaldi, des fugues, des ricercari et des Durezze e ligature ou pages usant d’audacieuses progressions chromatiques, qui semblent être les premières d’un langage dont on raffolera au 18e siècle en Italie, en pleine époque des affetti. Des variations exploitant entre autre la célèbre Romanesca et quelques danses plus appropriées au clavecin complètent ce volume fort agréable à parcourir.


    Nouvelles

    Rachel Laurin à Ottawa

      Depuis le 1er septembre, Rachel Laurin occupe le poste d’organiste-titulaire à la basilique Notre-Dame d’Ottawa. Nos meilleurs vœux accompagnent notre jeune collègue dans ses nouvelles fonctions. Félicitations !

      Signalons, en outre, qu’elle a brillamment créé le 20 septembre dernier, au Winspear Center for Music d’Edmonton le Concerto pour orgue et orchestre, op 68 du compositeur québécois Jacques Hétu. L’orchestre symphonique d’Edmonton était dirigé par Mario Bernardi. Cette création s’inscrivait dans le cadre d’une série de concerts marquant l’inauguration du monumental orgue construit par la masion Létourneau de Saint-Hyacinthe (4 claviers/ 96 jeux).

    Un nouvel organiste à l’Oratoire Saint-Joseph

      Philippe Bélanger vient d’être nommé organiste de la basilique et de la crypte de l’Oratoire Saint-Joseph. Cette nomination a été faite à la suite d’un concours tenu récemment où six candidats de fort calibre se sont faits entendre devant un comité de sélection composé de Hélène Dugal, Pierre Grandmaison, Gilbert Patenaude, Alain Duguay et du père Jean-Guy Vincent c.s.v. Natif d’Aylmer dans l’Outaouis, Philippe a acquis une bonne expérience à titre d’organiste dans la région d’Ottawa, de Gatineau et de Montréal.

      Sincères félicitations!

    Denis Bédard

      Notre collègue, Denis Bédard a donné récemment un récital d'orgue au Brésil. En effet, il a été invité à se produire dans le cadre du Festival international d'orgue de Sao Bento (monastère bénédictin), consacré, cette année, aux organistes canadiens.

    Sylvie Poirier et Philip Crozier

      À l’été 2002, Sylvie Poirier et Philip Crozier ont effectué une tournée de huit concerts en Europe. De plus, le 4 novembre dernier, ils ont créé, en première mondiale, à Turin (Italie) dans le cadre du XIXe Festival International d‘Orgue, une œuvre intitulée Deuxième suite pour orgue à quatre mains qu’ils avaient commandé au compositeur français Jean-Luc Perrot. Il s’agissait de leur septième commande pour orgue à quatre mains.

      Cette tournée européenne de l’été 2002 a été rendue possible grâce à un double support financier : Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada (France, Allemagne, Pologne) et Conseil des arts et des lettres du Québec (Turin).


    Revue des revues
    compilée par Gaston Arel
    La Tribune de l'orgue
    REVUE SUISSE ROMANDE
    Guy Bovet
    CH-1323 Romainmotier, Suisse
  • 54e année, No 1
    Éditorial – Répertoire de l’organiste liturgique (1) – L’orgue d’Albert Alain (3) – La tradition hollandaise de l’improvisation à l’orgue (2) – Les voyages de M. Philéas Fogg – Orgues – Congrès sur la restauration des orgues en Amérique Latine – Livres – Disques – Partitions – Courrier – Revue de presse – 20 ans de concours suisse de l’orgue – Concours, congrès et académies – Calendrier des concerts.
  • 54e année, No 2
    Éditorial – L’orgue d’Albert Alain (4) – Répertoire de l’organiste liturgique (1) – Le quart d’heure d’improvisation – Orgue historique et fête baroque – Un itinéraire en Espagne (1) – Les voyages de M. Philéas Fogg – Première année de la TDLO – Orgues – Livres – Disques – Partitions – Nouvelles, divers…– Courrier – Revue de presse – Cours, concours, congrès et académies – Calendrier des concerts.
  • 54e année, No 3
    Éditorial – L’orgue d’Albert Alain (5) – Petite introduction à l’ornementation fin Renaissance et début du baroque – Le quart d’heure d’improvisation – À propos de liturgie – Le cantique du mois – Un itinéraire en Espagne – Deuxième année de la TDLO – Les voyages de M. Philéas Fogg – Nouvelles du musée suisse de l’orgue à Roche – Disques, partitions, revue de presse, cours, concours, congrès et académies, calendrier des concerts.
  • L'orgue francophone en bref
    SUPPLÉMENT DU BULLETIN DE LIAISON DE LA FÉDÉRATION FRANCOPHONE DES AMIS DE L'ORGUE,
    35 Quai Gailleton,
    69002 Lyon, France
  • No 30 (mars 2002)
    Concerts – Festivals – Route des orgues, congrès – Propos du Père Sage – Stages, académies – Concours d’orgue – Brèves de tribunes – Nouveautés CD– Livres et partitions – Échos – Vidéo, expositions, internet – Cartes postales – J’aime l’harmonium – Carnet – Avis de recherche – L’orgue autrement – Petites annonces. – Musicora 2002.
  • No 31 (juin 2002)
    Concerts – Festivals – Route des orgues, congrès – Propos du Père Sage – Stages, académies – Concours d’orgue – Brèves de tribunes – Nouveautés CD– Livres et partitions – Échos – Vidéo, expositions, internet – J’aime l’harmonium – Carnet – Avis de recherche –Petites annonces.
  • No 32 (octobre 2002)
    Concerts – Festivals – Route des orgues, congrès – Propos du Père Sage – Stages, académies – Concours d’orgue – Brèves de tribunes – Nouveautés CD– Livres et partitions – Échos – Vidéo, expositions, internet – J’aime l’harmonium – Cartes postales – Carnet – Avis de recherche –Petites annonces.
  • Point d'orgue
    BULLETIN DE LIAISON DE L'ASSOCIATION DES AMIS DE L'ORGUE DE LA VENDÉE,
    3 rue Victor-Hugo,
    85580 Saint-Michel-en L'Herm, France
  • No 99 (36e année / juin 2002)
    Luçon : l’orgue de chœur de la Cathédrale – Luçon : un orgue en bambou – Organiste et chef d’orchestre : Maître Neville Dilkes – Chavagnes-en-Paillers : la 9e Académie d’orgue – La musique et ses légendes : le mystère « Stradivarius » – Revue des revues – Courrier des lecteurs – La vie autour des orgues – Concerts et récitals – Auditions d’orgue – Les 5e Nocturnes Océanes – Autres annonces – Divers
  • No 100 (36e année / octobre 2002)
    Castelnau d’Estretefonds : L’orgue Aristide Cavaillé-Coll – Les grandes heures du 41e stage des jeunes organistes liturgiques – L’harmonium – 8 août 2002, cathédrale de Luçon : récital de François Clément – Luçon : échos des 5e Nocturnes océanes – 24 août 2002, Fontenay-le-Comte : récital de Neville Dilkes – La musique et ses légendes – La vie autour des orgues – Cathédrale de Luçon : les auditions d’été – Annonces diverses.
  • Bulletin d'information de l'Association des amis de l'orgue de Versailles et de sa région
    20 rue Montbauron,
    78000 Versailles, France
  • No 50 (juillet 2002)
    Éditorial – Célébration du centenaire de la naissance de M. Duruflé – Hommage à Maurice Duruflé – Le Livre d’Orgue (3e partie) – Assemblée générale – Reportage sur Jean-Pierre Millioud – Réfection de l’orgue de chœur de la Cathédrale de Versailles – Concert du 24 mars à Angers – Inauguration d’un orgue en Mayenne – Quelques grands instruments de la côte est des USA – Les Centenaires de 2002 – 19e congrès de la FFAIO – Disques de musique d’orgue (janvier à mai 2002) – Écouté pour vous – Livres sur l’orgue, remerciements, erratum.
  • Le Magazine de l'Orgue
    Rue du Trône, 200,
    B-1050 Bruxelles, Belgique
  • No 69 (avril-mai 2002)
    Prélude – 12 CD’s classés par compositeurs – La boutique du M’O – Cornements et Voix célestes – 14 CD’s récitals classés par interprètes – XIV questions à Hermann J. Busch – 6 livres sur l’orgue – L’orgue dans la Revue et Gazette Musicale de Paris, 1849-1850 – 20 partitions d’orgue – Eccho, lieber eccho mein – Agenda des concerts. – Distributeurs des CD cités.
  • No 70 (juin-septembre 2002)
    Prélude – Un coffret de 5 CD hors catégories – La boutique du M’O – Cornements et Voix célestes – 17 CD’s récitals classés par interprètes – L’orgue dans la Revue et Gazette Musicale de Paris, 1850 – 8 CD’s récitals classés par interprètes – XIV questions à William Porter – 5 livres sur l’orgue – Eccho, lieber eccho mein – 7 partitions d’orgue – Agenda des concerts d’orgue.
  • No 71 (juin-septembre 2002) : Prélude – 7 CD classés par compositeurs – Eccho, lieber eccho mein – 22 CD’s récitals classés par interprètes – XIV questions à Jean-Louis Florentz – Autres CD reçus – 3 livres sur l’orgue – L’orgue dans la Revue et Gazette Musicale de Paris, 1850 – La boutique du M’O – 13 partitions d’orgue – Agenda des concerts.
  • Le Tuyau
    BULLETIN DE LIAISON DE L'ASSOCIATION «CONNAISSANCE ET PRATIQUE DE L'ORGUE»
    Montpellier, France
  • No 31 (1er semestre 2002)
    Édito : Brigitte Alzieu – Les maîtres de la tierce en taille (1) – Rubrique discographique – Les coquilles de Saint Jacques – Livre et revues reçus – Connaissez-vous ces orgues… et ces organistes?
  • Arte organaria e organistica
    Casa Musicale Edizioni Carrara,
    Via Calepio, 4
    24125 Bergamo, Italia
  • No 41 (janvier-avril 2002)
    Speciale Enrico Bossi – Gli organi Silbermann di Marmoutier e Ebermunster – L’organo Serassi Del Duomo di Salo.
  • No 42 (mars-juin 2002)
    L’Organo Walcker/Æolian-Skinner di Methuen, U.S.A. – Il nuovo strumento Pinchi di Senigallia – La produzione per organo di Terenzio Zardini.
  • Musica et Memoria
    ASSOCIATION ÉLISABETH HAVARD DE LA MONTAGNE,
    Le Moulin Blanc,
    87300 Bellac, France
  • no 85-86 (janvier-juin 2002, 23e année)
    François Benoist, un maître nantais oublié – Jacques de la Presle – Bellac, son église et ses orgues – Pierre Sancan, père d’une génération de pianistes – Disparition de deux grands chanteurs : Alain Vanzo et Jacques Jansen – Revue des revues – Les compositeurs et leurs œuvres, XIXe et XXe siècles – Fac-similé affiche concert 9 février 1972.
  • Bulletin de l’Association Maurice et Marie-Madeleine Duruflé
  • no 2 (juin 2002)
    Buts de l’Association – Mot du Président – Maurice Duruflé : Biographie, Catalogue, Hommages – Cérémonies du Centenaire – In Memoriam – Annonces – Concerts Hommage à Duruflé en 2002 – Disques en vente auprès de l’Association.
  • Notes d'agrément
    BULLETIN DE LIAISON DES AMIS DE L'ORGUE DE RIMOUSKI.
  • Vol 7, no 3, Mai 2002
    Le mot de la rédaction – Le beau printemps (!) continue avec Dany Wiseman – Petit glossaire – Un atelier sur l’orgue de la cathédrale.
  • Vol 7, no 4, Juin 2002
    Deux artistes de renom aux Amis de l’orgue de Rimouski.
  • Vol 8, no 1, Septembre 2002
    Dominique et Gérard vous invitent, porte grande ouverte – L’orgue en papier – Cinq rendez-vous avec l’orgue : le premier avec P. Bournival à Saint-Pie X – Visite éclair de Vienne en nos murs.
  • Vol 8, no 2, Octobre 2002
    Un organiste français réputé à Saint-Pie X : Dominique Joubert – L’âge du cuir – Une image rajeunie pour les Amis de l’orgue – Un salon bien fréquenté.
  • Orgue Canada
    Journal triannuel du Collège royal canadien des organistes (RCCO / CRCO)
  • Summer 2002 (Vol 15, no 2)
    Calgary’s First Pipe Organ Day – President’s Corner – Newsworthy & Noteworthy – Cross-Country Calendar – The Hamilton Scholarship Program – Suggested Listening and Reading – Archives Alive! – In Memoriam
  •  
  • Fall 2002 (Vol 15, no 3)
    Toronto Organ Book Sets New Standard – Dream Come True for Edmonton – The Chaplain’s Message – Changes at National Office – New Editor & Ad Manager – The President’s Message – Canada at Philadelphia – A Personal Farewell : Gerald Bales 1919-2002 – London POW : A Great Success! – Celebrating the Vocal Voice in Congregational Song – New RCCO Anthems – Book Reviews : A View of English Musical Life – Newsworthy and Noteworthy – Organ Study and The College Development Fund – Part 3.
  • Orgue Alternatives
    The triannual Internet publication.
  • No 36, Winter / Spring 2002
    Piping in Space – Second Annual Organ Academy at the Stratford Summer Music – Reviews – Join the OrgAlt Community on Yahoo! Groups – The King in Concert – OrgaNews.
  • Bulletin
    CRCO, CENTRE DE MONTRÉAL
  • Vol 13, No 4, February 2002
    From the President – RCCO Montreal Centre Annual General Meeting – Joint Organ Crawl with the RCCO Ottawa Centre – Cat Organs and Such contrivances – Maestro Scottanini on the Road in Germany with Natalie Choquette – Names in the News.