Mixtures

No. 18 - Mai 2003

Dans ce numéro:


Éditorial
Le renouveau de la FQAO

Par Gaston Arel, Président fondateur de la FQAO
et Antoine Leduc, Secrétaire du Conseil d'administration de la FQAO.

Plus que jamais, la Fédération Québécoise des Amis de l'Orgue (FQAO) a sa raison d'être. Nous avons déjà eu l'occasion d'exprimer nos vues sur le sujet, notamment dans un Éditorial de cette Revue Mixtures («Des États généraux sur l'avenir de l'orgue et de la FQAO à l'automne 2002», Mixtures, no 16, avril 2002).

À l'aube du dixième anniversaire de la fondation de la FQAO, les buts que nous nous étions fixés sont d'une actualité toujours plus criante. Faire la promotion de l'orgue, de ses artistes et artisans, de sa musique, de sa facture, de son patrimoine, sont des objectifs qui méritent d'être mis de l'avant à chaque jour.

La Fédération s'est donnée pour mission d'être un organisme national, regroupant tous les intervenants du monde de l'orgue au Québec. En cela, la Fédération existe par et pour ses membres. Elle n'a aucune prétention à une existence autonome. Il ne s'agit donc pas d'en faire un organisme qui s'ajoute à tous les autres qui existent déjà; il s'agit d'en faire le rassembleur, le vecteur de nos actions communes qui revêtent une dimension nationale. Cette dimension nationale nous est nécessaire, nous ne le redirons jamais assez, afin de nous donner une voix qui puisse être entendue dans notre société, et la FQAO est le seul organisme au Québec qui puisse prétendre jouer ce rôle.

Après plus de neuf années passées à la présidence de la FQAO, monsieur Gaston Arel, dont le mandat vient à échéance cette année, a décidé de ne pas en solliciter de nouveau, lors de la prochaine assemblée générale des membres qui se tiendra prochainement. De plus, après six années passées à titre de secrétaire de la FQAO, Me Antoine Leduc prend une pause et demande à la Fédération de le libérer de ses fonctions.

Nous sommes fiers de ce qui fut accompli par la FQAO depuis sa fondation. Nous estimons cependant que le temps est venu de laisser la place à d'autres de nos membres qui sauront, nous en sommes convaincus, mener à bon port notre Fédération et la faire grandir. En cela, nous remercions les membres du conseil d'administration de la FQAO et tous les membres de la Fédération, de nous avoir appuyés dans les actions concertées que nous avons eu le bonheur de mettre de l'avant durant toutes ces années.

La Fédération, riche de tant de personnes talentueuses aux savoirs multiples et impressionnants, saura poursuivre sa destinée avec les hommes et les femmes qui la composent. Les membres du conseil d'administration, messieurs Gilles Rioux, Martin Yelle, Gérard Mercure, Robert Poliquin, Réal Gauthier, et madame Michelle Quintal, sauront continuer la mission de notre organisme. Nous leur souhaitons la meilleure des chances. Longue vie à la FQAO.


Marcel Dupré (1886-1971)
par Claude Girard
organiste titulaire de Saint-Patrice de Rivière-du-Loup

2e partie

La conception de l'art de Marcel Dupré semble dominée par l'esprit de synthèse le plus rigoureux : toute expression musicale, spontanée ou élaborée, revêt chez lui une forme parfaite. Quel que soit le caractère de son inspiration, le discours musical est dominé par ce besoin inné d'équilibre qui apporte à l'œuvre une valeur esthétique indéniable. Il avait une compréhension de l'orgue comme instrument liturgique et de concert tout à fait unique, la fusion de tant de styles et d'influences est toujours apparente dans sa musique. C'était aussi un grand croyant habité par la conviction que la beauté et l'art permettent une approche vers Dieu. Par conséquent, sa musique d'orgue peut offrir une satisfaction spirituelle et artistique comme nulle autre. Son œuvre pédagogique (six ouvrages didactiques) et ses éditions chez Bornemann (Bach, Haendel, Mendelssohn, Schumann, Franck et Liszt) reflètent à la fois sa pensée méthodique, systématique et l'esprit d'une tradition dont il est l'un des derniers représentants. À ce sujet, il disait: " Il faut savoir mettre ses capacités en valeur et commercialiser ses travaux. Il faut qu'on en parle. Si nécessaire, investir son argent d'une manière rentable et fructueuse. Compter essentiellement sur ses propres initiatives et efforts. Savoir choisir un éditeur de prestige ". Les aspects les plus spectaculaires de l'art de Dupré, une mémoire phénoménale, des moyens techniques sûrs et des capacités cérébrales hors du commun, lui ont permis de connaître la célébrité partout à travers le monde (2178 concerts!). Un de ses points forts résidait dans sa facilité d'improviser dans n'importe quelle forme à partir de thèmes donnés à la dernière minute. D'ailleurs, ses œuvres ont été en partie improvisées puis écrites par la suite. Par contre, d'autres étaient pensées et pré-écrites dans son cerveau musical grâce à une " oreille absolue ". Musique de chambre, vocale, instrumentale ou orchestrale, Dupré a abordé tout les genres musicaux mais c'est à l'orgue qu'il a réservé l'effort majeur de sa pensée créatrice (42 partitions). Dans cette dernière catégorie, nous retrouvons deux tendances : la première, néoclassique (inspirée de Jean-Sébastien Bach) de forme liturgique(chorals, antiennes, etc.) et profane (préludes et fugues, suite, etc.); la deuxième, symphonique aussi de forme liturgique (poèmes symphoniques, etc.) et profane (pièces libres, formes rhapsodiques, etc.). La carrière de compositeur de Marcel Dupré se divise en trois périodes bien distinctes et j'en ferai aujourd'hui une brève analyse des débuts jusqu'à l'opus 44. Afin d'apporter plus de précision aux œuvres mentionnées, j'ai cru bon d'ajouter entre parenthèses les dates de composition et de création avec le nom de l'endroit.

  • Les œuvres de jeunesse (1912 à 1922)
    • Les Trois Préludes et Fugues, op. 7 (1912/Salle Gaveau, Paris, 1917) sont les plus célèbres de ce groupe et ils sont l'œuvre d'un étudiant en pleine préparation au Grand Prix de Rome. Ils symbolisent la haute virtuosité réalisée dans un style tout à fait novateur et flamboyant.

      Le Scherzo en fa mineur, op. 16 (1918/New-York, 1919) est constitué de deux thèmes, en forme de trio basé sur un ostinato en doubles croches.

      Les Vêpres du commun des Fêtes de la Sainte Vierge, op. 18 (1920/Royal Albert Hall, Londres) sont dédiées au mécène britannique Claude Johnson, PDG de Rolls-Royce à Londres. Il s'agit de 15 versets alternés divisés en trois groupes.

  • Les œuvres de maturité (1922 à 1950)
    • Cortège et Litanie, op. 19 (1921/New-York, 1923) fut d'abord composé pour un ensemble instrumental de onze musiciens. Dupré le remania en deux versions. Celle avec orchestre et orgue est la plus inspirée et la plus belle de tout son catalogue.

      Les Variations sur un Noël, op. 20 (1922) sont écrites sur la mélodie d'un Noël français (Noël Nouvelet) et comprend 10 variations originales et ingénieuses. Voilà une véritable pièce de concert où la virtuosité de l'écriture et de l'organiste sont le gage d'un succès assuré.

      La Suite bretonne, op. 21 (1923/New-York) est un groupe de trois morceaux qui furent écrits en souvenir d'un voyage en Bretagne; La Fileuse est la pièce que Dupré interpréta le plus souvent lors de ses nombreux concerts.

      La Symphonie-Passion, op. 23 (1924/Cathédrale de Westminster, Londres) en quatre mouvements basés sur les thèmes grégoriens Christe Redemptor omnium, Adeste Fideles, Stabat Mater et Adoro te, fut d'abord improvisée le 8 décembre 1921 lors d' un concert à Philadelphie sur un orgue de 451 jeux(!) puis écrite durant l'été 1924.

      Le Lamento, op. 24 (1926/Université de Glasgow, 1928) ouvre la voie à une série d'œuvres commémoratives en souvenir de membres de la famille ou d'amis.

      La Symphonie en sol mineur, op. 25 pour orgue et orchestre (1928) est dédiée à Sir Henry Wood. Elle est écrite en quatre mouvements où les quatre masses sonores de chaque formation sont traitées en double-chœur par juxtaposition ou par opposition de groupes ou de timbres. Elle fut exécutée le 3 janvier 1929 à Saint-Andrew's Hall à Glasgow en Écosse.

      La Deuxième Symphonie en do dièse mineur, op. 26 (1929/New-York) comprend trois mouvements. Musique « inventive » avec certains passages fougueux et féroces, Dupré, au sommet de sa carrière, y est en pleine possession de ses moyens.

      Les Sept Pièces, op. 27 (1931/New-York, 1933) forment un ensemble de morceaux à caractère pittoresque qui renouent avec un genre fort prisé au XIXème siècle (Marche, Carillon, Légende, etc.) directement influencé par les Pièces de fantaisie et les Pièces en style libre de Louis Vierne.

      Les 79 Chorals, op. 28 (1931) sont une étude préparatoire aux chorals de Bach. Il s'agit de chorals luthériens traités brièvement sous différentes formes.

      Pour la seconde fois, Dupré évoque la Passion du Christ dans Le Chemin de la Croix, op. 29 (1931-32) d'après un texte de Paul Claudel. Il fut d'abord improvisé lors d'un concert à Bruxelles le 13 février 1931 puis joué à la Salle du Trocadéro de Paris le 18 mars 1932 après publication. Les quatorze stations se déroulent dans un climat expressionniste avec des éléments musicaux empruntés à Bach, Haendel, Franck et Wagner.

      Le Concerto pour orgue et orchestre en mi mineur, op. 31 (1934), une œuvre magistrale où la fusion des deux ensembles se réalise admirablement, fut donné en première audition le 27 avril 1938 à Groningen en Hollande. Ajoutons que la partition d'orgue est particulièrement exigeante notamment dans les premier et troisième mouvements.

      Les Trois élévations, op. 32 (1935/Église Saint-Sulpice, Paris) sont destinées exclusivement à l'usage liturgique.

      Le Poème héroïque pour 3 trompettes, 3 trombones, percussions et orgue op. 33 (1936) est une œuvre patriotique qui fut composée lors de la reconstruction de la cathédrale de Verdun et de l'inauguration de l'orgue Jacquot en 1937. Dupré a voulu " reproduire " l'effet des pièces pour cuivres et orgue de la Renaissance italienne.

      Les Trois Préludes et fugues, op. 36 (1938/Town Hall, Sydney, 1939) expriment une évolution de style et de forme par rapport à l'opus 7 : nous sommes dans l'esprit de la musique pure à construction classique, un esprit de synthèse cher à Dupré. Les Préludes à un ou deux thèmes imposent leurs thèmes aux fugues présentant ainsi une forme cyclique. Le Prélude et fugue en la bémol majeur est le plus élaboré, la double-fugue avec ses deux contre-sujets est construite à 4, 5 puis à 6 voix dans la péroraison.

      Évocation, op. 37 (1941/Église Saint-Ouen de Rouen, 1942) est un poème symphonique, sans programme déterminé, qui est dédié à son père Albert qui fut organiste à Saint-Ouen de Rouen de 1911 à 1939, le dernier instrument Cavaillé-Coll, surnommé « Le Michel-Ange de l'orgue » par Widor. Construite sous forme cyclique, cette œuvre en trois mouvements représente les trois faces du caractère de son père: anxieux, tendre et fier.

      Le Tombeau de Titelouze, op. 38 (1942-43/Cathédrale de Rouen) fut composé suite à une visite de Dupré au tombeau de Jehan Titelouze (1563-1633) qui fut organiste à la Cathédrale de Rouen. Il s'agit d'une série de seize chorals composés sur les mélodies grégoriennes des hymnes des Vêpres. Comme pour les Chorals de l'op.28, l'usage est pédagogique et s'adresse aux jeunes organistes.

      Les quatre mouvements de la Suite, op. 39 (1944) faisaient partie d'une série de douze études que Dupré écrivit pour sa prodigieuse élève, Jeanne Demessieux afin de démontrer une technique de grande virtuosité ressemblant aux Études d'exécution transcendante de Liszt.

      Des douze, il n'en reste que neuf qui font partie de l'Offrande à la Vierge, op. 40 (1944) et les Deux Esquisses op. 41(1946/Salle Pleyel, Paris). Contemporaines de ces œuvres, les Six Études pour grand orgue (1946) de Jeanne Demessieux s'apparentent à celles-ci quant au niveau de difficultés techniques requises à l'exécution.

      Vision, op. 44 (1947/Chicago, 1948) est un poème dramatique « tourmenté » avec plusieurs passages tumultueux et colériques que l'on retrouve aussi dans les op. 39 et 41. Elle porte en exergue un texte de saint Jean: « Et la lumière luit dans les ténèbres », une façon pour Dupré de se délivrer de l'amertume que lui avait laissée la guerre.

      Comme pour les op. 39, 41 et 44, la Paraphrase sur le Te Deum, op. 43 (1946) a été écrite après la guerre et renferme des passages tourmentés et troublants. Cependant, le style est toujours personnel, l'harmonie riche, la grandeur profonde et expressive.

      Les Huit Petits Préludes sur des thèmes grégoriens op. 45 sont une commande d'un éditeur américain dans laquelle Dupré devait rendre l'œuvre plus accessible dans un langage modal et très simple.

      Le Miserere Mei, op. 46 (1948/Cathédrale de Montréal/) fut composé lors de sa neuvième et dernière tournée en Amérique. Entre deux séries de concerts, les Dupré séjournèrent chez des amis à l'Île-Perrot, près de Montréal. Dupré travaillait alors à son édition Franck et s'exerçait régulièrement à l'orgue de l'Île-Perrot-Nord où il se rendait à bicyclette! Il fut si ému par la beauté du fleuve et des montagnes qu'il se remit à son ancien violon d'Ingres: la peinture à l'aquarelle.

      Le Psaume XVIII, op. 47(1950/Saint-Sulpice, Paris) fut dédié à la mémoire de la mère du compositeur, Marie-Alice Chauvière. Il s'agit d'un grand poème symphonique en trois mouvements basée sur le texte du « Cœli enarrant gloriam » qui révèle une confiance indéfectible en Dieu et dans le triomphe face à l'adversité.

  • Les pages tardives (1951 à 1971)
    • « Au fil des années, le style personnel de Marcel Dupré dont le langage harmonique se fonde sur l'emploi d'un chromatisme linéaire assez sinueux, articulé sur des points forts diatoniques, s'y oriente vers un atonalisme mouvant, se raccrochant passagèrement à une tonalité. Le tout est noyé dans une polyphonie complexe, à la rythmique plus fluide » (Xavier Darasse).

      Les Six Antiennes pour le Temps de Noël, op. 48 (1952) sont la suite logique de l'opus 18. Il s'agit de brèves pages écrites sur des thèmes grégoriens choisis dans le répertoire traditionnel des antiennes des vêpres couvrant la période allant de l'Avent à la Fête de la Purification.

      Les Vingt-Quatre Inventions, op. 50 (1954) ont été conçues « à la manière de J.S. Bach » et renferment des motifs et des rythmes à la fois très particuliers et inhabituels. Comme pour le Clavier bien tempéré, les 24 tonalités majeures et mineures sont progressives dans une écriture à trois voix distinctes. De même que pour l'opus 28, leur emploi est strictement pédagogique.

      Le Triptyque, op. 51 (1957/Auditorium Henry Edsel Ford, Détroit) est l'une des œuvres les plus redoutables et les plus spectaculaires que Dupré ait écrites, où la virtuosité et la rigueur intellectuelle règnent d'un bout à l'autre.

      Les Nymphéas, op. 54 (1959) est une œuvre impressionniste qui fut composée en étroite relation avec la célèbre série de tableaux des dernières années de Claude Monet exposée au musée de l'Orangerie à Paris. Son exécution était strictement réservée à son « laboratoire de Meudon », un orgue futuriste qui comportait une foule de gadgets comme des sustainers (des systèmes installés dans les orgues de cinéma et qui permettaient de prolonger les notes sans avoir à les tenir avec les doigts) des coupures de claviers et un registrateur de combinaisons qui était ni plus ni moins l'ancêtre du « séquenceur » moderne!

      L'Annonciation, op. 56 (1960) consiste en deux brèves méditations qui font référence à l'Annonciation de l'Ange Gabriel à la Vierge Marie.

      Choral et fugue, op. 57 (1962/St-Sulpice, Paris) est une improvisation reconstituée qui fut composée en l'honneur du centenaire du grand orgue Cavaillé-Coll de l'église St-Sulpice. Le choral est une paraphrase grégorienne sur l'hymne « Salve Regina » et la fugue est traitée en double fugue sur les thèmes de l'Ite Missa est de Pâques et du Salve Regina en reprise.

      Les Deux Chorals, op. 59 (1963) sont par contre composés dans l'esprit de l'Orgelbüchlein de Bach.

      In Memoriam, op. 61 (1965) est la plus importante des dernières œuvres du compositeur. C'est une fresque de six mouvements dédiée à la mémoire de sa fille Marguerite, une pianiste accomplie qui mourut prématurément en 1963 à l'âge de 52 ans.

      Entrée, Canzona et Sortie, op. 62 (1967) est un exemple frappant de la manière dont Dupré pouvait improviser lors des célébrations liturgiques à St-Sulpice.

      Les Quatre fugues modales, op. 63 (1968) sont écrites à partir d'anciens modes grecs et nous montrent l'aisance et l'habileté qu'avait le compositeur dans le contrepoint strict.

      Regina Cœli, op. 64, une pièce méditative d'une grande beauté, exploite une des plus connues des antiennes traditionnelles dédiées à la Vierge Marie.

      Vitrail, op. 65 (1969) est la dernière œuvre de son catalogue pour orgue. Il s'agit encore d'une œuvre improvisée réécrite en six sections qui puise son inspiration dans le vitrail est de l'église Saint-Patrice de Rouen. Le thème principal en est la Résurrection.

  • Autres oeuvres
    • Marcel Dupré a composé un grand nombre d'œuvres de musique de chambre (piano, orgue et cordes) qu'il m'apparaît fastidieux d'énumérer en détail. Je me contenterai de nommer celles que nous retrouvons sur les deux disques compacts de l'intégrale Naxos : Ballade pour piano et orgue, op. 30 (1932) dédiée à sa fille Marguerite qui était pianiste de concert, Variations sur deux thèmes, op. 35 (1937) et Sinfonia, op. 42 (1946) dédiée également à Marguerite (Naxos 8.554210 vol.6); Quatuor pour violon, alto, violoncelle et orgue, op. 52 (1958); Trio pour violon, violoncelle et orgue, op. 55 (1960), Sonate en la mineur pour violoncelle et orgue, op. 60 (1964) Naxos 8.554378/Vol. 9).

      Son catalogue renferme 13 recueils d'œuvres vocales dont les plus connues sont les Quatre Motets, op. 9 (Hyperion CDA66898) et La France au Calvaire, op. 49 pour solistes, chœur, orgue et orchestre. Il a aussi transcrit plusieurs œuvres d'auteurs connus pour orgue (13), entre autres In Paradisum du Requiem de Fauré; pour orgue et orchestre (6), Ad nos, ad Salutarem undam, les Variations sur Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen de Liszt; pour orgue et piano (5), les Variations symphoniques de Franck.

    Conclusion

    Nous savons que Dupré avait un esprit rationnel et qu'il voulut laisser aux générations subséquentes des outils de travail de qualité à caractère didactique, touchant l'enseignement de l'orgue, l'exécution (édition de répertoire chez Bornemann), l'improvisation, la composition et l'organologie.

    La Philosophie de la Musique (1948) est une profonde réflexion en deux volumes où Dupré exprime ses idées personnelles concernant l'Art musical face à la nature humaine (psychologie, sociologie, morale, esthétique, éthique et symbolisme). Le plan de l'œuvre fut sans doute terminé au Canada, dans les Laurentides où les Dupré passèrent quelques jours de vacances l'été 1946, entre une série de concerts à Chicago et une huitième tournée en Amérique du Nord. Dans ses ouvrages, Dupré écrit entr'autre: « Un vrai musicien comme un vrai savant ne connaît pas d'heures de repos ni de distraction. Il doit imiter certaines vertus de l'homme d'affaires comme la ponctualité de présence, de courrier et de promesses faites ». « Le temps de vie est limité. Les heures sont faciles à perdre, difficiles à sauver. Combien d'artistes ont été frappés par la mort avant d' avoir, sinon achevé leur œuvre, du moins accompli leur mission ». Vers la fin de sa vie, il se disait peiné et inquiet face au déluge continuel de musique populaire et de rock à la radio qui avaient une influence corruptrice et destructive. Il voyait dans la décadence de tous les Arts (surtout la peinture) les signes de la fin d'une civilisation. Dans le domaine de la musique liturgique, l'abandon du grégorien au profit du français lors de Vatican II créait en lui la plus profonde désolation. En conclusion, que l'on soit pro-Dupré ou anti-Dupré, une chose demeure: on ne peut rester indifférent face à toutes les réalisations de cet homme remarquable. Ayant vécu littéralement deux vies dans une, il a réalisé sa mission artistique première, celle de faire connaître et aimer l'orgue et ceci tout en menant une existence saine et équilibrée.


    Originalement publié dans le Bulletin des Amis de l'orgue de Québec, # 86, juin 2002.


    L'orgue de salon
    par Gérard Mercure
    2e partie

    L'orgue de salon en France

    Selon Carolyn Shuster-Fournier, auteure de la monographie Les Orgues de salon d'Aristide Cavaillé-Coll1, l'orgue de salon a presque été ignoré par les historiens en raison de la connotation mondaine du terme « salon » et du fait que l'expression « orgue de salon » se référait, au XIXe siècle, à l'harmonium, instrument de substitution pour qui n'avait pas les moyens financiers de se payer un orgue à tuyaux. On retrouve toutefois au XVIIIe siècle la description de ce type d'instrument dans l'Art du facteur d'orgue (1766-1778) de Dom Bédos sans pour autant que ce grand facteur n'y consacre beaucoup d'attention. Sous le titre Des Orgues convenables dans des Salles ou dans des Chambres il aborde ainsi le sujet : « On peut faire, pour des salles de concert ou pour tout autre appartement, des Orgues de bien des manières, selon la grandeur de la pièce qui doit le contenir, selon l'usage auquel on le destine et selon la dépense que l'on veut y faire »2. C'est au facteur Cavaillé-Coll que revient le mérite, un siècle plus tard, d'avoir propagé l'orgue de salon en étant l'auteur d'une trentaine d'instruments commandés par des particuliers dont le quart originaient de l'étranger : de l'Angleterre, de la Belgique, de l'Espagne et même de l'Inde. Les dimensions varient, allant d'un trois jeux et un clavier d'un baryton célèbre de l'Opéra comique à un 70 jeux et quatre claviers d'un châtelain mélomane.

    Lors de l'Exposition universelle de Paris (1878), Cavaillé-Coll présente au public un orgue de salon à « double expression ». L'architecte et facteur anglo-américain Audsley, grand admirateur de Cavaillé-Coll contestera pourtant quelques années plus tard la composition de cet instrument qu'il considère comme « a grand mistake »3. Pour Audsley, l'instrument exposé n'est qu'un modèle réduit de l'orgue d'église. L'orgue de salon ou de chambre, selon sa conception, s'apparente plutôt à l'orgue de concert. La composition des jeux doit en faire une sorte d'orchestre de maison aux jeux solos variés, capable de nuances, expressif comme les instruments qu'il accompagne ou avec lesquels il dialogue, adapté à tous les répertoires et harmonisé en fonction de l'acoustique d'une pièce de faibles dimensions. Il doit être doté d'un pédalier de 32 notes faisant appel à ses propres jeux et non à des emprunts aux claviers. Audsley consacre à ce type d'instrument un long chapitre de son traité The Art of Organ-Building sous le titre « The Chamber Organ »4.

    L'orgue de salon est l'innovation de l'heure et suscite l'intérêt du monde musical de la seconde moitié du XIXe siècle. Néanmoins, la production d'orgues de salon demeurera une activité importante mais secondaire pour Cavaillé-Coll, une trentaine sur les 600 qu'il construira. Cette activité le tient en contact avec une société raffinée et lui apporte le soutien financier d'une clientèle fortunée.

    L'orgue de Pauline Viardot (1851).

    Dans la chronologie des instruments destinés à des particuliers, c'est le quatrième commandé à Cavaillé-Coll mais c'est le premier orgue de salon dans le plein sens du terme. C'est l'instrument autour duquel se regroupe l'élite culturelle, les jeudis soirs, au salon des Viardot : Flaubert, Victor Hugo, George Sand, Delacroix, Doré, Berlioz, Liszt et Saint-Saëns y sont parmi les invités les plus célèbres. Ils se réunissent autour d'un deux claviers de 14 jeux. La console, richement décorée, est séparée du buffet et est disposé de façon que l'interprète soit face à son auditoire. " Les jeux du récit à couleur orchestrale accompagnent les jeux solistes du clavier du Grand-Orgue »5. Caractéristique plus importante encore, c'est le premier Cavaillé-Coll équipé d'un pédalier à l'allemande de 30 touches avec deux jeux de pédale indépendants de Bourdon 16 et de Flûte 8.

    Fille d'un grand ténor espagnol, sœur de la cantatrice célèbre dite « La Malibran », épouse d'un directeur de théâtre et homme de lettres, Pauline Garcia-Viardot a reçu une éducation musicale de premier choix. Cantatrice très appréciée, et compositeure de nombreuses mélodies, Pauline Viardot est aussi pianiste virtuose et organiste de talent. Elle s'accompagne lorsqu'elle chante un répertoire emprunté à l'opéra et elle joue les œuvres de Bach qu'elle contribue ainsi à faire connaître. Elle invite des organistes réputés tel Alexandre Guilmant et ceux de la génération montante, tel le jeune Eugène Gigout introduit par Camille Saint-Saëns.

    Lorsque pour des raisons politiques les Viardot doivent se réfugier à Baden-Baden en Allemagne l'orgue suivra et les réceptions se poursuivront pendant les huit ans que durera cet exil pour reprendre à leur retour à Paris comme par le passé. Pauline Viardot tiendra ainsi salon pendant plus de trente ans.

    Des soirées musicales semblables ont lieu aussi chez madame Jacquemart où joueront les organistes Louis Vierne et Marcel Dupré. L'élève de Charles Marie Widor, madame Poirson invitera l'organiste Boëllmann, et les musiciens Fauré, Massenet et Gounod. La princesse Edmond de Polignac, élève d'Eugène Gigout et de Nadia Boulanger, fera jouer Déodat de Séverac lors d'un concert des élèves de Vincent d'Indy. La princesse poursuivra la tradition des salons musicaux, organisant des expositions et des concerts dans son atelier jusque dans les années 1930. Marcel Proust, en fait écho dans Le Figaro de septembre 1903 : « les invités passèrent des heures d'une suprême élégance en entendant les exécutions de Dardanus à côté de la musique de Brahms et de Fauré »6.

    Parmi sa clientèle riche ou célèbre, Cavaillé-Coll compte des nobles, des banquiers, des gens d'affaires, un éditeur anglais, mais aussi des organistes et des compositeurs connus qui lui commanderont des orgues pour des fins d'étude, d'enseignement ou de concert.

    L'orgue d'étude d'Albert Dupré à Rouen (1896).

    Posséder un orgue à tuyaux, et qui plus est, un Cavaillé-Coll était le rêve de tout organiste du temps. Même l'ami du facteur, Nicolas Lemmens, qui avait proposé « un orgue de salon à créer ... qui puisse se placer dans tous les salons »7, dut se contenter d'un harmonium de Mustel. C'est pourtant cet organiste belge qui avait introduit en France la technique du pédalier allemand et fait connaître les œuvres de Bach. Marcel Dupré n'a pas eu besoin d'attendre la notoriété pour se payer le luxe d'un orgue de pratique chez lui. Alors qu'il n'avait que huit ans, son père lui fit cadeau d'un petit orgue d'étude de 2 claviers et de 10 jeux, avec pédalier de 32 notes et pédales de combinaison. C'est Alexandre Guilmant, ancien professeur de Dupré père, qui en fit l'inauguration le jour de la première communion du jeune Marcel.

    L'orgue d'Eugène Gigout (1887).

    Après avoir enseigné pendant plus de 25 ans, Eugène Gigout, grâce à ses relations professionnelles pouvait fournir de la clientèle à la maison Cavaillé-Coll. En retour, il paya son orgue au tiers ou à la moitié du prix normal. Il put ainsi donner ses cours à domicile et permit à ses élèves de travailler par équipe de deux sur son 2 claviers et 10 jeux, l'un se tenant à la soufflerie, l'autre prenant place aux claviers. C'est dans « l'oratoire harmonieux » du rez-de-chaussée de son hôtel particulier qu'avaient lieu « auditions d'élèves, récitals d'orgue, séances de musique de chambre et soirées musicales intimes ».8 Lorsqu'il déménagea, en 1900, il vendit son orgue à une école et fit l'acquisition d'un orgue de salon, un Charles Mutin de 9 jeux, deux claviers et pédale sur lequel il continua de donner ses cours.

    L'orgue de Charles-Marie Widor (1892).

    Le professeur d'orgue du Conservatoire, Charles-Marie Widor commanda à Cavaillé-Coll fils, l'entreprise du père allait être mise en liquidation, un orgue de salon de 10 jeux dont le buffet s'inspirait de l'orgue de 1747 dit « du Dauphin », conservé au château de Versailles. Après deux déménagements au cours des années, l'orgue fut finalement installé dans la salle du « Musée de Caen » qui communiquait avec l'appartement du professeur Widor. Il y organisa des réunions musicales du samedi soir qui devinrent célèbres. C'était un homme du monde qui prenait plaisir à jouer dans les salons. Jeune compositeur, sa carte de visite avait été ses Six duos (1867) pour harmonium et piano qu'il joua à plusieurs occasions devant l'élite parisienne.

    L'orgue de Charles Gounod (1879).

    Le facteur Cavaillé-Coll construisit deux orgues presque identiques pour deux voisins de la Place Malesherbes à Paris, Paul Poirson et Charles Gounod. Le premier instrument fut installé sur une galerie au niveau du 1er étage de la salle d'orgue. Il comprenait 10 jeux de 16, 8, 4, 2, les pédales de combinaison et d'expression : tirasses Grand-Orgue et Récit, expression Grand-Orgue et Récit, accouplement, trémolo. L'orgue de Charles Gounod fut livré cinq mois après dans son cabinet de travail au deuxième étage de son hôtel. À la composition de l'orgue précédent, Gounod fit ajouter un jeu de Basson-hautbois, une double expression et un appel d'anches au Récit. Lorsque les fenêtres étaient ouvertes, les organistes pouvaient dialoguer « comme le font le grand orgue et l'orgue de chœur dans une église ».9 Camille Saint-Saëns en fit l'inauguration. Plus de cent ans plus tard, en 1996, Guilbault-Thérien s'inspira de cet instrument pour le dessin du buffet et le devis de l'orgue à traction mécanique de la Brick Presbyterian Church de Park Avenue à New York. Le facteur québécois y ajouta les commodités de l'électronique : combinateurs et séquenceur numériques.

    L'orgue monumental du baron Albert de l'Espée (1898).

    Le plus connu des orgues de salon est sans doute le 70 jeux du baron Albert de l'Espée. Ce wagnérien passionné avait déjà fait l'acquisition d'un deuxième orgue de 42 jeux pour son hôtel particulier des Champs-Élysées à Paris afin de pouvoir jouer des transcriptions. À la façon du capitaine Nemo de Jules Verne, il se tenait toujours seul lorsqu'il jouait de peur qu'on lui transmette des microbes. Fragile de santé, il souffrait d'une maladie pulmonaire. Ce troisième orgue de la maison Cavaillé-Coll10 était encore plus considérable, car il était destiné à son château d'Ilbarritz, situé sur le bord de la mer près de l'Espagne. Une immense salle d'orgue dont l'acoustique était parfaite occupait le centre de ce « Vaisseau fantôme ». L'orgue de 70 jeux et quatre claviers avec console en terrasses et grand chœur d'anches en chamade était doté de tous les perfectionnements apportés par Cavaillé-Coll au cours de sa carrière de facteur. En 1903, le baron vendit cette propriété et céda l'orgue à Charles Mutin pour un prix resté inconnu. Dix ans plus tard, cet orgue monumental fut transféré à la basilique du Sacré-Cœur et logé dans un nouveau buffet. L'orgue fut inauguré le 16 octobre 1919 par Charles-Marie Widor, Marcel Dupré et le titulaire Albert Decaux. Restauré trois fois, il fut de nouveau inauguré au cours des offices de la Pentecôte en 1985.

    La plupart de ces instruments sont aujourd'hui disparus ou ont été relogés dans des églises et des conservatoires. Harmonisés à l'origine en fonction de l'acoustique du lieu, ces témoins d'une époque se sont difficilement adaptés à leurs nouvelles demeures. Selon Carolyn Shuster-Fournier, à l'exception de quelques restaurations réussies, « leur sonorités actuelles sont celles de fantômes, ombres errantes d'un passé perdu de l'époque glorieuse des salons »11.

    Des contraintes plus prosaïques limitèrent la diffusion de l'orgue de salon. L'absence d'eau courante - dans un foyer sur deux - et d'électricité dans le Paris du XIXe siècle sera l'obstacle majeur à la production de dispositifs qui auraient dispensé les enfants, les domestiques ou les amis d'actionner le tournebroche de la soufflerie de ces orgues. Le facteur Charles Mutin, qui aura plus tard à sa disposition ces nouvelles sources motrices, se lancera dans la production industrielle d'orgues de salon. Mais, dans l'état actuel de la recherche historique, cet autre chapitre de l'histoire de l'orgue de salon en France reste à écrire.

    L'orgue de salon au États-Unis

    L'histoire de l'orgue de salon aux États-Unis ne manque pas de pittoresque. Dans son livre The Aeolian Pipe Organ and its Music,12 Rollin Smith, organiste et musicologue, retrace l'histoire singulière de la principale maison ayant construit plus de 1000 instruments, de 1894 à 1932, la plupart à l'intention de riches propriétaires désireux de doter leurs somptueuses résidences d'un « orchestre à domicile ».

    D'abord un simple dispositif de lecture de rouleaux perforés installé sur un harmonium des années 1880, l'Orguinette est devenu un appareil de reproduction automatique couplé à un orgue à tuyaux de 12 jeux de Farrand & Votey, en 1894. Le plus souvent incorporé à la console, le mécanisme de lecture prend aussi la forme, dans les années 1920, d'une petit meuble décoratif détaché de la console.13 On conçoit l'intérêt de pouvoir écouter ses morceaux préférés, chez soi et à volonté, de même que la satisfaction d'offrir une musique d'apparat ou d'ambiance à ses invités, et cela un siècle avant l'avènement du phonographe et de la radio.

    Banquiers, industriels, riches marchands, et professionnels fortunés sont les clients d'un nouveau marché lucratif. La maison Aeolian leur offre au prix fort un orgue de salon, comparativement au prix du marché pour un orgue d'église. Ces gens d'origine souvent modeste, avaient travaillé dur et réussi parce qu'ils avaient le sens des affaires. Ils savaient apprécier la musique à leur façon. Comme se plaisait à dire un marchand d'œuvres d'art : « Même quand vous payez le gros prix pour une œuvre qui n'a pas de prix, c'est encore une aubaine. »14 Les organistes attachés à ces maisons trouvaient aussi un revenu d'appoint à leur poste d'organiste liturgique ou de professeur de musique. Archer Gibson, l'un de ceux-là, fut le premier millionnaire de l'orgue. Il fut l'organiste attitré des Rockefeller, Baldwin, Manville et autres. Il pouvait jouer sans interruption toute une veillée jusqu'à une heure du matin, enchaînant les pièces par un interlude improvisé. Au répertoire figuraient des transcriptions et arrangements empruntés à un répertoire classique léger, les « everybody favorites ». Il accompagna à plusieurs reprises le violoniste Fritz Kreisler et le chanteur Caruso à l'hôtel particulier de 90 pièces du magnat de l'acier Shawb à New York lors de concerts privés. Gibson enregistra pour Duo-Art plus de 70 rouleaux.

    En 1904, alors que la registration n'était pas encore incorporée à la bande perforée, la compagnie proposa une console sans clavier mais avec les tirants des jeux et les pédales d'expression. Pour l'adapter au profane, on utilisa une nomenclature simplifiée en anglais plus près des instruments de l'orchestre, Flûte, String et Diapason, indiquant la hauteur par « Deep » pour le 16' et « High » pour le 4', et le volume sonore par les signes ff, f, mf, mp, p, pp. Pour les plus lettrés, on changea les noms des jeux pour des noms en italien, la langue de la musique. La composition de l'instrument reste toutefois plus près de l'orgue traditionnel que de l'orgue de théâtre. On y ajoute toutefois les jeux de carillon et de harpe, mais rarement les gadgets et instruments à percussion de ce dernier. Le piano est aussi, à l'occasion, couplé à l'orgue et jouable au clavier du Grand-Orgue et, en faisant appel au besoin à une sourdine, au clavier du Récit.

    La console, richement ouvragée ajoutait à l'opulence de la pièce. Les tuyaux étaient généralement cachés à la vue dans une pièce réservée à cette fin plutôt que contenus dans un buffet. La décoration de la façade était confiée à de grands architectes. Certains instruments parlaient à travers une grille richement décorée ou même le cadre d'une toile d'un grand maître. La traction étant électrique, la tuyauterie pouvait être logée partout dans la maison, placards, penderies, ancienne salle de bain ou de billard, sous-sols, greniers et campaniles. Par un jeu de volets, on pouvait diriger le son tantôt vers la salle à manger tantôt vers la salle de séjour ou la bibliothèque. On pouvait créer une ambiance ou des effets acoustiques notamment par une division d'Echo située en retrait, le son provenant du haut de la cage d'escalier ou du puits d'un petit monte-charge destiné à monter le bois du foyer. Certains propriétaires possédaient jusqu'à quatre instruments installés dans leur résidence principale et dans leur résidence secondaire.

    Aeolian construisit également quatre orgues qui furent installés sur des yatchs de plaisance. Le plus important fut celui d'un des deux frères Dodge, constructeurs des voitures du même nom, un deux claviers de 16 jeux avec harpe et carillon. Le Delphine, un bateau de 257 pieds, propriété d'Horace Dodge, servi par un équipage de 58 hommes, brûla en 1926 dans le port de New York. L'incendie aurait été provoqué par un court-circuit dans le filage de l'orgue, semble-t-il. Le Delphine fut remis en état et l'orgue reconstruit selon le devis initial mais avec l'ajout d'un lecteur de rouleaux Duo-Art. En 1942, le bateau fut cédé à la Marine et l'orgue démantelé.

    Les orgues Aeolian ont évolué selon les besoins de la reproduction d'œuvres orchestrales et instrumentales : jeux gambés pour imiter les cordes, boîtes expressives pour les nuances, et même chœurs de voix humaines et de clarinettes pour plus de couleur. Au début des années 1900, la compagnie offrait un choix de plusieurs modèles, de 15 jeux et moins. De 1908 à 1930, elle construisit 12 quatre claviers dont 10 de 100 jeux et plus, le plus imposant étant celui de Pierre S. du Pont de 146 jeux. L'orgue le plus en demande était de dimensions plutôt modestes, soit un deux claviers de 9 à 12 jeux. Quatre de ces instruments sont jouables encore aujourd'hui mais ont été modifiés depuis.

    Des 7,300 rouleaux recensés du catalogue Aeolian (1903-1932), 172 titres sont des œuvres de Wagner, 125 de Beethoven et 87 de Bach, 79 de Herbert compositeur américain d'origine irlandaise et 72 de Mozart. La maison a le souci d'offrir des œuvres de qualité et de former ainsi le goût de ses auditeurs comme l'atteste son matériel de promotion et le confirme son choix d'œuvres de musique classique, avec une préférence pour des pièces rythmées ou évocatrices et un penchant marqué pour une musique descriptive. À partir de 1927, alors que s'amorce le déclin de la compagnie, Aeolian commence à enregistrer de la musique légère et de divertissement, du jazz et des medleys tirés des spectacles de Broadway.

    En 1915, la compagnie dévoile son nouveau système Duo-Art Reproducing Pipe Organ qui permet d'enregistrer sur rouleau une œuvre jouée par un organiste de renom. Ainsi de grands organistes français tels que Bonnet, Dupré et Vierne seront les invités du studio d'enregistrement de la maison Aeolian. Bonnet et Vierne sont photographiés à la console de cet orgue comme le montrent les photos du livre de Rollin Smith. Ce ne sera pas la seule maison à recourir à cette méthode d'enregistrement. La maison Austin et Kilgen fera de même. Dans la monographie Joseph Bonnet, 1884-1944, on peut voir une photo du compositeur prise en 1913 pendant une séance d'enregistrement sur l'orgue Welte Philarmonie à Fribourg (Allemagne).

    Avec l'avènement et les perfectionnements du système Duo-Art, il sera possible d'offrir les œuvres d'orgue du grand répertoire avec leur registration puis de pouvoir y ajouter la signature de grands interprètes par l'enregistrement en studio. Aeolian fait appel à des organistes de grande réputation pour ses enregistrements sur rouleaux, la plupart de nationalité américaine ayant étudié à Berlin ou à Paris, mais aussi un bon nombre d'origine européenne faisant carrière en Amérique, sans compter les organistes français en tournée nord-américaine : Bonnet, Dupré et Vierne. Ont composé expressément pour l'orgue Aeolian : Victor Herbert, Camille Saint-Saëns, Edwin H Lamare et Igor Stravinski.

    Les perfectionnements apportés au phonographe en 1925, l'arrivée dans les foyers de la radio et la Grande Dépression de 1929 mirent abruptement fin aux activités d'enregistrement sur rouleaux. L'intérêt pour l'orgue comme substitut de l'orchestre s'évanouit du même coup. Dans un exercice de restructuration, comme on dirait aujourd'hui, Aeolian s'associa à une autre compagnie la Skinner Co. pour devenir la Aeolian-Skinner Co. Comme d'autres facteurs, Skinner avait tâté le marché de l'orgue de salon et construit, entre 1901 et 1930, 81 instruments, soit 10% de sa production15. Son orgue de salon se distinguait de l'orgue d'église par son caractère orchestral, et de l'orgue Aeolian par un design plus classique de sa console. Il se différenciait nettement aussi du « Mighty Wurlitzer », que Skinner détestait. Ce Wurlitzer à l'attaque incisive, convenait mieux au rag-time et au jazz qu'au répertoire classique de l'orgue de salon. Le plus petit Skinner mis sur le marché en 1929 comptait 10 jeux avec double expression, une boîte expressive pour la mélodie, et une autre pour l'accompagnement. Il était conçu pour une installation facile dans une résidence privée de moyennes dimensions.

    Il faudra attendre l'enregistrement électrique sur disques 78 tours pour avoir une bonne idée de la sonorité et de l'interprétation du répertoire des orgues Aeolian. Il n'existe pas à ma connaissance de repiquages sur CD de disques de l'époque mais il est possible d'entendre les pièces à la mode des années 1930 sur l'Aeolian (1929) modifié de Longwood Gardens16 et quelques rouleaux sur un orgue restauré récemment, un Skinner (1929) au Elm Court de Butler.17

    Ces orgues de salon tout comme les orgues de théâtre étaient partiellement unifiés. Ils le seront à outrance dans une génération suivante des années 1930 à 1960. Des facteurs comme Möller, Wicks et Kilgen proposeront de petits orgues à tuyaux de trois ou quatre jeux réels multipliés à 15 ou 20 par emprunts, sur deux claviers, le Great et le Swell, avec pédalier de 32 touches. Ces petits instruments seront, selon l'historien William H. Barnes18, fabriqués en petite série d'une douzaine à la fois pour réduire les coûts de production. C'était pour concurrencer l'arrivée sur le marché de l'orgue électronique Hammond, en 1935, qui allait envahir les foyers américains dans les années qui ont suivi.

    L'orgue de salon au Canada et au Québec

    Dans un mémoire de maîtrise, Diane Geoffrion, propose avec humour un Petit manuel québécois de musique de Salon (1880-1915)19 à l'intention du pianiste-compositeur de cette époque. Car au Québec des salons, le piano règne en maître. L'orgue y est absent, mais non les organistes. L'auteure donne en exemple la valse Lou de J.A. Contant. Il s'agit probablement d'Alexis Contant, organiste à l'église Saint-Jean-Baptiste de Montréal qui a aussi écrit pour les salons. Ainsi, il a composé une pièce intitulée La lyre enchantée qui connut une grande vogue tant dans les salons qu'au concert.20 Trouvée aussi dans La vie musicale au Québec la reproduction d'un tableau de Georges Delfosse intitulé « Alexis Contant et sa famille ».21 On y voit l'organiste à la tribune d'un orgue dans sa maison et trois auditrices attentives au premier plan. Les pans d'une lourde draperie les séparent de l'artiste mais s'entrouvrent sur le musicien à la console de son orgue. En arrière plan, on aperçoit une cheminée surmontée d'un grand miroir encadré de dorures, dont les reflets laissent deviner une pièce assez spacieuse pour y recevoir des invités. Décor allégorique ou réel, qui sait?

    Y-a-t-il eu au Canada et au Québec ce même engouement pour les orgues de salon au début du XXe siècle? Les grandes fortunes y étant plus rares, le nombre en fut certainement moindre. Aeolian a exporté au Canada une trentaine d'instruments seulement, dont la moitié à Toronto. Des noms familiers comme Eaton (1909) et Seagram (1929) figurent au catalogue de la maison Aeolian; à Montréal, trois acheteurs seulement, J.C. McConnell (opus 1490, 1921), A.J. Nesbitt (1926) et James A. Ogilvy (1928) pour un magasin à rayons.

    Au XIXe siècle, les orgues étaient souvent importées d'Angleterre. Les facteurs comme Lye ou Warren ont certainement sollicité la clientèle bourgeoise anglophone. Mes lectures ne m'ont pas mis sur la piste. Chez les francophones, la maison Casavant Frères constitue le principal fournisseur des rares propriétaires privés. Dans le livre de Jeanne D'Aigle, il est fait mention d'un orgue fabriqué par Joseph Casavant pour le compte du notaire J.-C. Bachand de Saint-Liboire en 1867.22

    Dès leur retour de Paris en 1879, les fils de Joseph Casavant, Claver et Samuel, adressent à leur future clientèle une lettre circulaire annonçant l'ouverture de leur atelier : « Monsieur, Nous avons l'honneur de vous informer que nous venons d'ouvrir un atelier pour la construction des orgues à tuyaux pour Églises, Chapelles, Salles de concerts, Salons, et cætera. ».23 Selon la Liste complète des orgues construites par Casavant Frères de 1880 à aujourd'hui,24 la commande d'un premier particulier ne viendra que plus de 15 ans après, en 1896 pour la résidence d'Ed. Barry de Montréal. Une autre, des États-Unis, en 1910, viendra de R.D. Hill de Lake Forest. Entre 1925 et 1935, Casavant Frères répondra au nouveau marché canadien des orgues de théâtre et à deux demandes, l'une du magasin Eaton de Toronto (1931) et l'autre de l'hôtel York de la même ville (1929). Cinq orgues seulement seront destinés à des résidences privées.

    L'installation la plus prestigieuse est, sans aucun doute, celle des Blumenthal, à Paris. L'histoire en est relatée dans la monographie Joseph Bonnet 1884-1944, sous la plume de Simon Couture, de la direction artistique de la maison Casavant Frères : « Grâce à l'entremise de Bonnet, la maison Casavant installe un orgue à Paris en 1923, à la résidence du banquier new-yorkais George Blumenthal (opus 976), 41 jeux. »25 « Si l'on en juge par les différents comptes rendus, cet orgue a été un sucès complet. Widor, Gigout et Dupré entre autres, l'on visité... L'orgue Blumenthal a grandement contribué à faire connaître la maison Casavant en France. »26.

    Disparition ou retour de l'orgue de salon?

    De cette vue panoramique mais fragmentaire, il ressort de ces lectures quelques observations intéressantes. L'orgue de salon constitue un rameau distinct dans l'évolution du positif. Les salons ont contribué à la découverte de Bach et des romantiques allemands. Ils ont donné aux organistes l'opportunité de se produire en concert dans un cadre autre que celui de l'église. Les salons ont servi de laboratoires dans le développement du répertoire de concerts. Pour les facteurs, l'orgue de salon a été l'objet d'une activité lucrative. Les riches propriétaires par leur mécénat ont « subventionné » la construction de petits instruments et la mise au point de techniques d'enregistrement et de reproduction, activités qui autrement n'auraient pas été rentables. L'orgue de salon n'a pas suscité de répertoire qui lui soit propre sinon celui d'une musique éphémère de divertissement pour orgue au cours des années 1920 et 1930, mais il a laissé, par ses enregistrements sur rouleaux, le témoignage d'une vie musicale et sociale digne d'attention qu'on s'applique maintenant à redécouvrir.

    Le renouveau de l'orgue classique et le retour aux orgues à traction mécanique marquent le début d'une nouvelle étape dans l'évolution de l'orgue personnel. La tradition des concerts privés se poursuivra, dans des résidences privées comme au Salon Monique-Gendron à Outremont, par exemple. Peut-être, y aura-t-il un retour aux concerts intimes devant des auditoires restreints réunis autour de l'instrument en « communautés de base » de la musique. Au grand orgue romantique succède le petit orgue baroque de quelques jeux qu'on nomme désormais « orgue d'étude ». D'un objet d'apparat pour riche mélomane, il redevient l'instrument du travail quotidien et l'objet d'un luxe retrouvé, celui de jouer chez soi, pour soi et les siens.


    1Carolyn Shuster-Fournier, « Les Orgues de salon d'Aristide Cavaillé-Coll », dans L'Orgue, Cahiers et mémoires, no. 57-58, 1997.
    2Dom Bédos, cité dans George Ashdown Audsley, The Art of Organ-Building. New York, Dover, 1960). Ré-édition de Dodd, Mead, 1905, vol. 1 p. 304.
    3George Ashdown Audsley, The Art of Organ-Building... p 307..
    4Idem, vol. 1 p.301-341
    5Carolyn Shuster-Fournier, p. 29.
    6Idem, p. 94.
    7Idem, p. 55.
    8Idem, p. 86.
    9Idem, p. 71
    10Le baron Albert de l'Éspée fera dans la vie l'acquisition de 5 orgues dont 3 de Cavaillé-Coll et 2 de Charles Mutin.
    11Ibidem, p. 18.
    12Rollin Smith. The Aeolian Pipe Organ And Its Music. Richmond, Virginia, The Organ Historical Society, 1998.
    13George A. Audsley, Duo-Art Aeolian Pipe-Organ, New York, The Aeolian Company, 1921. Réimpression de Organ Literature Foundation.
    14Rollin Smith, p. 68
    15Doroty J. Holden, The Live * Work of Ernest M. Skinner. Richmond, Virginia, The Organ Historical Society, 1987). « Theatre and Residence Organs », p. 88-98.
    16Longwood Sketches; works and transcriptions of Firmin Swinnen, Compact Disc DTR-9703. Un disque parmi les 15 enregistrés sur cet instrument
    171929 Skinner Organ - Opus 783. Residence Player Organ at Elm Court, Butler, Pennsylvania. JAV Recordings, 2001. 2-CD set JAV-123.
    18William H. Barnes. The Contemporary American Organ. New York, J. Fisher & Bro., 1964. Réédité par Warner Bros. Publications, 1992.
    19Diane Geoffrion, La musique de salon au Québec (1880-1915). Mémoire présenté à la Faculté des Études supérieures en vue de l'obtention du grande de maître es arts (M.A Musicologie), 1983. Pp. 30-62.
    20Encyclopédie de la musique au Canada. Fides, 1983. P. 237.
    21Odette Vincent. La vie musicale au Québec; art lyrique, musique classique et contemporaine, Québec, Les Éditions de l'IRC, Les Presses de l'Université Laval, 2000. P. 42.
    22Jeanne D'Aigle, L'histoire de Casavant Frères, 1880-1980. Saint-Hyacinthe, Éditions D'Aigle, 1989. P. 153
    23Jeanne D'Aigle, p. 240.
    24Ibid.
    25« Joseph Bonnet et Casavant Frères. Histoire d'une collaboration féconde » dans Joseph Bonnet 1884-1944. L'Orgue francophone. Lyon, Fédération francophone des Amis de l'orgue, 1995. Pp. 57-67.
    26Ibid.


    L'orgue sur le web
    par André Côté

    Musique et Internet vont souvent de pair. On n'a qu'à penser, entre autres, à l'engouement pour la musique populaire au format MP3. Cette constatation m'a incité à la recherche de ressources pour orgue, non pas des enregistrements mais de la musique qui peut être téléchargée (en toute légalité, bien entendu) et imprimée.

    Comme la majorité des partitions que l'on peut trouver sont de format PDF, vous devrez, si cela n'est pas déjà fait, installer Adobe Acrobat Reader :

    http://www.adobe.com/acrobat

    Voici donc, présenté de façon plutôt succincte afin de maximiser la quantité de liens pouvant être ici proposés, le fruit de mes recherches :

    • Sur son site Free-Sheetmusic, l'organiste et webmestre Arno Rog offre à découvrir 11 Versi per organo d'un auteur anonyme du XVIIe siècle, des œuvres de Han Leentvaar, Rob Peters, une impressionnante toccata de Vic Sagerquist et une kyrielle d'œuvres plus connues.
    • http://www.free-sheetmusic.org/

    • On peut retracer, avec un certain effort de navigation cependant, sur le serveur de la « Kantoreiarchiv », quelques pièces d'intérêt dont des œuvres de l'espagnol Francisco Vila.
    • http://www.kantoreiarchiv.de/archiv/organ/

    • « Eerland.Net Sheetmusic » a entrepris de rendre disponible en ligne le recueil L'Organiste de César Franck ainsi que des œuvres de Kuhnau.
    • http://www.eerland.net/sheetmusic/

    • En interrogeant la banque de données de la Bibliothèque nationale du Canada avec le mot-clé « orgue » on retrouve 21 notices. Bien qu'il s'agisse souvent d'œuvres avec orgue plutôt que pour orgue solo, d'intéressantes découvertes sont possibles. On y a l'impression de plonger dans un vieux coffre rouillé à la recherche de souvenirs perdus. Quel plaisir!
    • http://www.nlc-bnc.ca/musique/1/index-f.html

    • « InHymn.com » nous propose quelques dizaines de pièces destinées à l'organiste liturgique.
    • http://inhymn.com/mainfolder/om.htm

    • « RoDeby Music », présente sous sa rubrique « Music Downloads - Organ » un cinquantaine de titres.
    • http://www.rodeby.net/churchmusic/index.htm

    Si vous avez apprécié autant que moi la visite de ces sites, il est probable que votre répertoire se soit enrichi de quelques pages.


    Nouvelles de Québec
    par Irène Brisson

    Aux Amis de l'orgue de Québec

    Beaucoup d'effervescence à Québec depuis l'automne dernier : un remarquable concert d'Yves G. Préfontaine aux Saints-Martyrs-Canadiens le 24 novembre, avec un programme original, combinant des maîtres du XVIIème siècle rarement entendus (Jakob Hassler, Scheidemann, Pablo Bruna), des compositeurs baroques flamboyants tels Cabanilles et Lübeck, la délicate et presque galante Élévation d'Antoine Calvière, et deux oeuvres imposantes : la 3ème sonate de Daveluy et la Fantaisie, opus 52 de Reger. Plénitude et précision du jeu, clarté et virtuosité, belles articulations, grand respect du style de chaque école tant dans l'interprétation que dans le choix des registrations : bref, un autre grand moment de cette 36ème saison!

    Le 9 février, ce fut le musicologue Jean-Pierre Pinson qui brossa un tableau de la musique à la cathédrale de Québec sous le Régime français : « magistral exposé », selon l'organiste Benjamin Waterhouse, « faisant remarquer les différences entre plain-chant et musique, soulignant à quel point la capitale de la Nouvelle-France se devait de refléter, à sa manière, les fastes de la cour royale, et plaçant la pratique musicale dans le contexte de l'époque. »

    Le 2 mars, c'était le concert de Dany Wiseman, à la basilique Notre-Dame de Québec, dont il est depuis une dizaine d'années l'organiste adjoint : une bonne connaissance de cet instrument lui a permis de subtiles et inusitées registrations, notamment dans la Fantaisie en fa mineur K. 608 de Mozart, dont il a su respecter la délicatesse du coloris original, celui d'une horloge à musique. La deuxième partie, entièrement consacrée à la musique québécoise, jouait sur les contrastes : tout d'abord la lumineuse Suite du premier ton de Denis Bédard, puis la création d'une oeuvre dédiée à Dany Wiseman, Jazz ecclésiastique d'Alain LeBlond, qui aura été également présentée à Paris le 5 avril à Saint-Étienne-du-Mont. Ce triptyque très exigeant pour l'organiste qui l'a vaillamment défendu, est une vaste fresque dramatique de près d'une demi-heure, reposant sur un langage harmonique très personnel et dans laquelle le compositeur va au bout de ses idées, même au prix d'une certaine austérité : un Prélude aux allures de cortège solennel, une Fugue assez rigoureuse mais insolite en raison d'une forte tendance harmonique, et un Délire à ne pas prendre au pied de la lettre, car cette passacaille a l'ampleur d'une cathédrale gothique dont chaque pilier chercherait à atteindre le ciel.

    Très attendu, le concert d'Édith Beaulieu aux Saints-Martyrs-Canadiens le 26 avril à 20 heures, puisque l'organiste de Notre-Dame-de-Jacques-Cartier fera enfin découvrir à l'auditoire de Québec sa grande Symphonie présentée avec succès en 2001 à Montréal puis à Ottawa. La saison se terminera le 31 mai dans la charmante église de Cap-Rouge, avec l'organiste Josée April et le flûtiste Richard Lapointe, une occasion de plus de savourer l'orgue de l'église Saint-Félix de Cap-Rouge du regretté Guy Thérien. Enfin, le 19 mai, les Amis de l'orgue, guidés par l'infatigable Gilles Carignan, partiront en excursion culturelle à Montréal : ce sera, pour les amateurs d'orgue de Québec, l'occasion d'entendre quelques-uns des fleurons de la Métropole, joués par des interprètes qui les connaissent bien.

    Autres activités

    Forte du succès remporté l'an dernier, la Ligue d'improvisation à l'orgue (L.I.O.) est revenue à Québec et à Lévis les 21 février et 21 mars. Dans les deux cas, l'équipe de Québec-Lévis l'a emporté respectivement sur l'équipe de McGill et celle de Montréal.

    Enfin, pour souligner l'arrivée du printemps, quatre concerts auront lieu les mercredis 2, 9, 16 et 23 avril à Saint-Roch à 12 h 15, avec la participation de Réal Gauthier, de Vincent Brauer, de Michelle Quintal, de Dominique Gagnon et de l'organiste titulaire Esther Clément, tandis que le « Printemps de Saint-Sacrement » prendra la relève tous les dimanches de mai à 15 h 30.

    Nécrologie

    Le 9 novembre dernier, les Amis de l'orgue de Québec ont perdu un fidèle collaborateur de longue date. Son ami l'organiste Claude Lagacé, qui fut longtemps titulaire des orgues de la basilique de Québec, lui a rendu un bel hommage dans le Bulletin no. 90 (février 2003) des Amis de l'orgue. En voici un extrait :

    " Thomas Chapais a connu une belle carrière d'administrateur à la Direction de la conciliation bancaire du ministère des Finances du Québec. Sa compétence professionnelle transparaissait toujours dans ses activités de bénévole qui s'exercèrent en priorité au service et pour la promotion de l'orgue. Il poussait si loin cet amour de l'orgue qu'il excluait presque les autres instruments porteurs de l'expression musicale. Il avait construit un trône pour le roi des instruments, y installant au sommet le grand, l'immortel Jean Sébastien Bach. Thomas me disait il n'y a pas si longtemps qu'un récital d'orgue où ne figurait pas au moins un petit groupe Bach le laissait toujours un peu sur sa faim. Il s'est engagé tôt dans l'organisation des Amis de l'orgue de Québec, et il y a déployé une activité intense. Dès son arrivée, il créa de toutes pièces le fichier de notre société, compilant les coordonnées de tous les membres, classés dans leurs catégories respectives. Au fil des années, il a rempli une tâche d'archiviste, conservant bulletins, procès-verbaux, programmes, et que sais-je encore. Il s'est aussi beaucoup occupé de la publication du bulletin, multipliant consultations, démarches et courses de toutes sortes.»

    Un organiste écrivain

    De Bach à Bangkok, tel est le titre de la chronique de voyages que vient de publier à compte d'auteur l'infatigable Claude Lagacé qui nous fait partager, aux côtés de sa femme Anne Rogier, ses pérégrinations effectuées entre 1995 et 2002 non seulement en France, dans l'Allemagne de Bach, aux Pays-Bas, en Espagne mais également au Rwanda après le génocide, au Kénya, en Égypte, aux Philippines et en Thaïlande. Véritable journal de bord minutieusement tenu, plein de vie, de sagesse et de fines observations tant musicales que sociales, touristiques et même politiques à l'occasion, ce livre rappellera de beaux souvenirs à tous ceux qui, comme moi, ont flâné de Paris à la vallée du Nil, et donneront aux autres la sensation d'avoir quitté, durant 306 pages, nos quelques arpents de neige.


    Sainte-Monique-de-Nicolet
    Retour de l'orgue Brodeur (1891)

    par Maurice Roy

    La belle église de Sainte-Monique de Nicolet a été le lieu de rassemblement des paroissiens, le dimanche 3 novembre 2002 pour célébrer le retour de l'orgue d'Eusèbe Brodeur (1891).

    Le vénérable instrument sortait à peine des ateliers des Orgues Létourneau (Saint-Hyacinthe). Les organiers de cette maison avaient dû transporter le vieil orgue en atelier, afin de pouvoir lui redonnner tout son lustre d'antan. C'était là un projet que voulait réaliser depuis longtemps M. Jonathan Lemire, curé de Sainte-Monique maintenant à la retraite. M. Lemire avait donc dû expliquer aux paroissiens les multiples facettes de ce projet avant d'inviter le facteur Fernand Létourneau à se mettre à pied d'œuvre. M. Létourneau devenait ainsi le restaurateur d'un deuxième orgue du facteur Eusèbe Brodeur, ayant déjà redonné vie à l'orgue de l'église Saint-Georges de Cacouna (1888).

    C'est M. Gaston Arel, organiste titulaire à l'abbaye cistercienne d'Oka, président fondateur des Amis de l'orgue de Montréal et de la Fédération québécoise des Amis de l'orgue, qui a eu l'honneur de faire sonner « le vieux Brodeur » sous la belle voûte de cette blanche église dont les décorations d'or brillaient sous le soleil. Les pièces au programme, de même que les registrations de l'interprète, ont mis en lumière les ressources sonores de l'orgue.

    Avant le concert, M. Létourneau est venu expliquer que cet orgue ne s'est probablement jamais si bien senti dans sa peau. « Le Bourdon 16 du Grand Orgue n'avait jamais été posé. Plusieurs centaines de tuyaux étaient vraiment endommagés, d'autres avaient tout simplement disparus. Nous les avons tous remplacés par des neufs fabriqués à l'authentique, ce qui nous fut assez facile puisque nous avons notre propre département de tuyauterie. Enfin, nous avons remis à neuf la Mixture de cet orgue, en la dotant aussi d'une trompette neuve à la française. L'orgue a été entièrement réharmonisé et le mécanisme complètement restauré. »

    L'orgue est composé de 21 jeux. L'étendue des claviers manuels est de 56 notes, celle du Pédalier, de 27 notes.

      Grand-Orgue
      1.   Bourdon 16
      2.   Montre 8
      3.   Bourdon 8
      4.   Salicional 8
      5.   Dulciane 8
      6.   Prestant 4
      7.   Flûte harmonique 4
      8.   Nazard 2 2/3
      9.   Doublette 2
      10.  Mixture III
      11.  Trompette 8
      
      Récit (expressif)
      12.  Principal 8
      13.  Clarabelle 8
      14.  Viole de gambe 8
      15.  Voix céleste 8
      16.  Violon 4
      17.  Octavin 2
      18.  Cromorne 8
      19.  Hautbois 8
           Tremolo
      Pédale
      20.  Bourdon 16
      21.  Violoncelle 8
      Accouplements
      Grand-Orgue à la Pédale
      Récit à la Pédale
      Récit au Grand Orgue


    Vient de paraître

    Froberger, Johann Jakob
    Nouvelle édition des oeuvres complètes
    Volume III: Oeuvres pour clavier et pour orgue
    Bärenreiter, 2001, Édité par Siegbert Rampe

    Recension de Yves-G. Préfontaine

    Ce volume reçu récemment, comprenant une partie des œuvres pour clavecin de J.J. Froberger, nous donne un aperçu de la dimension exceptionnelle de l’entreprise. Le fait simplement de s’intéresser aussi profondément à l’œuvre d’un compositeur de toute première force, qui ne jouit pas toujours du privilège d’apparaître aux programmes de concerts autant que ses illustres contemporains Monteverdi, Schütz ou Frescobaldi , mérite respect et attention. Une édition complète des œuvres pour clavier (orgue et clavecin) parue entre 1897 et 1903 faisait encore autorité plus ou moins jusqu’à aujourd’hui (plusieurs collègues et moi-même utilisons une réédition de 1959 préparée par G. Adler dans le fameux Denkmaler der Tonkunst…) Et plus récemment, en 1979, les éditions Schott publiaient quant à elles les œuvres pour clavecin.

    La nouvelle parution des œuvres de Froberger a débuté en 1993 et 1995 avec les deux premiers volumes sur les six prévus à ce jour. Ils correspondent au Libro secundo (1659) et Libro quarto (c.1658) regroupant des œuvres diverses, toccatas, ricercari, cappriccios, et partitas compilés à l’intention des empereurs Ferdinand III et Leopold II. Les deux volumes suivants, encore tout chauds, regroupent des partitas et des pièces isolées, certains d’autres compositeurs et des œuvres d’authenticité douteuse. Les deux derniers volumes, en préparation, comprendront, pour le 5e, des toccatas et des pièces contrapuntiques qui nous sont parvenues grâce à la main de copistes, et pour le 6e, des œuvres vocales et de la musique de chambre, ainsi qu’un catalogue complet. Nous avons entre les mains le volume III de cette formidable initiative. Le recueil comprend 26 suites complètes et un nombre restreint de mouvements isolés.

    L’aspect le plus impressionnant du projet, et cela semble bien être le cas pour l’ensemble des six parties de la publication, tient entre autres à l’importance réservée à la préface (bilingue allemand-français). On aura rarement vu un éditeur apporter autant de soin à la mise en contexte d’une œuvre, à sa préparation éditoriale, sa réalisation. En une cinquantaine de pages (format oblong, texte serré sur deux colonnes dans chacune des langues utilisées) Siegbert Rampe, après une brève introduction concernant la politique d’édition, donne une biographie relativement brève mais extrêmement bien circonstanciée du compositeur. Suit la section la plus substantielle de cette préface : l’identification des très nombreuses sources (près d’une trentaine), accompagnée d’un commentaire bien étoffé sur chacune. Tantôt autographe, tantôt œuvre de copistes, proposées sous forme de tablature ou en notation plus usuelle, ces sources couvrent une période d’environ soixante-quinze ans, soit de 1649, année de la composition du Libro secundo, au premier quart qu XVIIIe siècle, moment où fut retrouvée dans un monastère déjà riche en manuscrits d’autres compositeurs tels Muffat et Fischer, une copie des oeuvres de Froberger. (Au chapitre des sources les plus connues surtout peut-être pour d’autres compositeurs, signalons également l’éditeur Estienne Roger, à Amsterdam et le manuscrit de Ste-Geneviève, à Paris).

    L’éditeur s’emploie ensuite à justifier très abondamment la présentation de l’œuvre de Froberger, quant aux variantes de texte (diversité des sources, erreurs vraisemblables, etc.) ou à l’organisation de la partition (altérations, chiffres indicateurs, répartition des voix, ordre des mouvements - très intéressant - etc.). Chacune des suites fait l’objet d’un commentaire approprié succinct, établissant parfois des liens entre elles. La question complexe de l ‘ornementation est également abordée quoique brièvement. Nous avons observé que certains symboles utilisés dans la partition n’apparaissaient pas dans ce court chapitre (symboles qui seront en usage par exemple chez d’Anglebert et Rameau, ultérieurement). Nous l’avons déjà mentionné, la présentation de forme oblongue fréquente dans les éditions d’orgue l’est cependant beaucoup moins au clavecin. Le texte musical se présente très clairement et les variantes les plus significatives nous sont proposées là, tout de suite, au-dessus des portées. Il faut bien admettre qu’au début cette surabondance de textes a quelque chose de déroutant. La présence de ces très nombreux segments (parfois entre 5 et 20 sur une seule page) peut rendre malaisée la lecture du texte principal. L’immense avantage d’avoir directement sous les yeux les diverses possibilités proposées par les nombreux manuscrits sans avoir à se référer à la fin du volume, quoique inhabituelle, a tôt fait de nous convaincre du bien fondé de cette décision.

    Voici donc un remarquable travail d’édition musicologique sur l’œuvre d’un compositeur de premier plan, historiquement incontournable, à laquelle a participé notre compatriote Kenneth Gilbert.


    La vie musicale en Nouvelle-France
    Élisabeth Gallat-Morin et Jean-Pierre Pinson
    avec la collaboration de Paul-André Dubois, Conrad Laforte et Érich Schwandt
    Cahiers des Amérique / Les Éditions du Septentrion, 1300, avenue Maguire, Silery (Québec) G1T 1Z3

    Fruit de près de vingt ans de recherche dans de nombreuses institutions canadiennes, françaises et américaines, cet ouvrage établit le bilan le plus complet jamais paru sur la vie musicale en Nouvelle-France.

    Jean-Pierre Pinson retrace dans le détail le chant dans les communautés religieuses, les paroisses, dont celle de Montréal, la cathédrale de Québec, les collèges et les séminaires. À travers la diversité des messes, des offices, des Te Deum, le lecteur découvrira la richesse des chants liturgiques depuis le plain-chant simple et le plain-chant musical de Nivers, de Du Mont, de la Sainte Famille ou de la Messe bordeloise jusqu'aux fastes du faux-bourdon et de la polyphonie.

    Après avoir décrit l'histoire et le répertoire des orgues de Québec et de Montréal, Élisabeth Gallat-Morin brosse le portrait d'une société éprise de musique. Dans les demeures des gouverneurs et des intendants, voilà les danses, les bals, les concerts, les représentations théâtrales, les chants privés. Voilà aussi les instruments chez les musiciens amateurs ou professionnels, les maîtres de danse et les militaires. La Nouvelle-France se voulait donc le reflet fidèle de la France musicale et de ses grands compositeurs.

    Pour compléter ce panorama, Érich Schwandt décrit la pratique de la musique figurée et des petits motets chez les Ursulines et à l'Hôtel-Dieu de Québec, Paul-André Dubois consacre un chapitre au chant des missionnaires chez les Amérindiens. Enfin, Conrad Laforte brosse un tableau de la chanson française de tradition orale à travers les chansons de canotiers.

    Ce livre se veut aussi une compilation des très nombreuses sources conservées dans les institutions publiques ou privées. On y trouvera donc le relevé et la localisation des relations, annales, correspondances, mémoires, règlements, mais surtout des livres et des manuscrits de musique dont nombre d'entre eux réapparaissent ici pour la première fois.


    Anniversaires en musique
    par Irène Brisson

    2003 et 2004 sont des années fastes pour les organistes : après avoir évoqué dans le précédent numéro de Mixtures la mort de Nicolas de Grigny et de Gilles Jullien (1703) passons en revue quelques autres compositeurs à inscrire à l'agenda, en commençant par John Bull (v. 1562-1628), un des plus éblouissants virtuoses anglais du virginal et de l'orgue, mort il y a 375 ans. Organiste à la cathédrale d'Hereford dès 1582, puis de la chapelle royale de Londres, docteur en musique de l'université d'Oxford en 1612, il dut quitter l'Angleterre en 1613, discrédité par une histoire d'adultère, s'installa à Bruxelles et finit ses jours à Anvers où il fut organiste de la cathédrale. Avec son compatriote Peter Philips (1560-1628), lui aussi installé à Anvers (et dont il convient aussi de souligner l'anniversaire de la mort même si son oeuvre concerne essentiellement le virginal et la polyphonie vocale religieuse), il représente un des maillons de la chaîne qui relie l'école figurative des virginalistes anglais à celle des organistes nord-allemands de la première moitié du XVIIème siècle. Les Flandres et les Pays-Bas de la fin de la Renaissance sont alors dominés par les remarquables organistes Pieter Cornet (1560-1626) à Bruxelles et Jan Pieterszoon Sweelinck (1562-1621) à Amsterdam, et les liens entre Bull et ces grands virtuoses sont indéniables : même usage d'un contrepoint rigoureux dans des fantaisies et des pages religieuses sur motifs grégoriens ou protestants, même fluidité dans les diminutions qui habitent toutes leurs compositions pour clavier tant profanes que sacrées. Bull aime élaborer ses compositions contrapuntiques et en variations (292 mesures pour la Fantaisie sur l'hexacorde no 18), se plaît à jouer comme nul autre avec les syncopes et le chromatisme et, s'étant converti au catholicisme, exploite avec rigueur les thèmes du plain-chant dans les oeuvres destinées à la Belgique.

    On relira avec intérêt le tome XIV de la collection Musica britannica (1960) qui comprend près d'une cinquantaine d'oeuvres de John Bull manifestement pour orgue (un autre volume de la collection étant plus spécifiquement destiné au virginal) et on écoutera l'organiste montréalais Kevin Komisaruk (ATMA) qui lui a consacré un bel enregistrement.

    En 1653 naissaient deux "monuments" de l'orgue germanique : Johann Pachelbel (1653-1706) et Georg Muffat (1653-1704). Pachelbel nous lègue des pages tantôt italianisantes, dans le sillage de Frescobaldi et de Froberger (toccatas, fugues et ricercari), tantôt respectueuses des mélodies de choral toujours traitées avec luminosité. Plus flamboyant, et tâtant à la fois de l'italianisme et de l'école française de Lully, Muffat (d'origine franco-écossaise) cisèle dans son Apparatus musico-organisticus de 1690 douze magnifiques toccatas pour orgue qui figurent parmi les plus élaborées avant celles de Bach. À signaler : l'hommage qu'on lui rend s'étirera jusqu'en 2004, puisqu'on soulignera alors le tricentenaire de sa mort. De Pachelbel, on réécoutera avec délices l'intégrale pour orgue de l'abbé Antoine Bouchard (Dorian), et l'on se laissera emporter par le style généreux des toccatas de Muffat par Martin Haselbock (Naxos).

    Plus près de nous, Joseph Jongen (1873-1953), mort il y a 50 ans, est une des figures importantes de la musique belge de la première moitié du XXème siècle. Nous consacrerons quelques lignes à sa musique d'orgue dans le prochain numéro de Mixtures.

    Notre survol des anniversaires de 2003 se conclut avec André Fleury (1903-1995), un élève de Vierne et de Dupré qui fut longtemps organiste à la cathédrale Saint-Bénigne de Dijon (qui compta parmi ses illustres titulaires Jean-Philippe Rameau dans sa jeunesse) puis à Paris (Saint-Eustache) et à Versailles. De nombreuses et courtes pages pratiques pour usage liturgique ont été composées par Fleury pour la revue L'Organiste. D'autres grandes oeuvres destinées au concert méritent le détour, comme ses deux Symphonies (1947-1949) son Prélude, Andante et Toccata (1935), sa Fantaisie (1968) ainsi que sa brève mais solennelle Marche pour orgue et trompette (1980). On notera chez lui un beau sens de l'architecture et de la forme, une écriture limpide, soutenant un langage tour à tour néobaroque (sa Fantaisie), postromantique ou parsemé de savoureuses dissonances (Prélude, Andante et Toccata). À découvrir!

    On trouvera un catalogue détaillé, une discographie et des photos du maître sur le site Internet de son élève, l'organiste Hervé Désarbre :

    http://perso.magic.fr/desarbre/pages/page2.html


    Revue des revues
    compilée par Gaston Arel
    La Tribune de l'orgue
    REVUE SUISSE ROMANDE
    Guy Bovet
    CH-1323 Romainmotier, Suisse
  • 54e année, No 4
    Éditorial - Quelques indications de registration pour le répertoire nord-allemand - À propos de l'accompagnement des cantiques - Accompagnement des cantiques : " Colla parte " mélodies au ténor... - Chronique du temps jadis -Le quart d'heure d'improvisation - Répertoire de l'organiste liturgique. Avent et Noël - Rétrospective : troisième année de la TDLO - Personnalités : interview de John Scott, Londres, interview de Michael Barone, USA - Les voyages de M. Philéas Fogg - Orgues nouvelles, restaurées - Livres, disques, partitions, nouvelles, divers..., courrier des lecteurs, revue de presse, cours, concours, congrès et académies, calendrier des concerts.
  • 55e année, No 1
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  • L'orgue francophone en bref
    SUPPLÉMENT DU BULLETIN DE LIAISON DE LA FÉDÉRATION FRANCOPHONE DES AMIS DE L'ORGUE,
    35 Quai Gailleton,
    69002 Lyon, France
  • No 33 (décembre 2002)
    Concerts - Festivals - Route des orgues, congrès - Propos du Père Sage - Stages, académies - Concours d'orgue - Brèves de tribunes - Nouveautés CD- Livres et partitions - Échos - Vidéo, expositions, @ - J'aime l'harmonium - Avis de recherche - Petites annonces, Info Congrès
  • No 34 (mars 2003)
    Concerts - Festivals - Route des orgues, congrès -Stages, académies - Concours d'orgue - Brèves de tribunes - Nouveautés CD - Livres et partitions - Échos - Cartes postales - Vidéo, expositions, @ - J'aime l'harmonium - Avis de recherche - Petites annonces, Info Musicora
  • Point d'orgue
    BULLETIN DE LIAISON DE L'ASSOCIATION DES AMIS DE L'ORGUE DE LA VENDÉE,
    3 rue Victor-Hugo,
    85580 Saint-Michel-en L'Herm, France
  • No 101 (37e année / janvier 2003)
    Assemblée générale : discours - L'orgue François Delhumeau de l'église Notre-Dame d'Olonne-sur-Mer - L'harmonium (suite) - La revue des revues - À l'Île d'Yeu...? Musique y es-tu...? - La vie autour des orgues - Master Classe de Saint-Gilles-Croix-de-Vie : audition avec Michel Chapuis - Courrier des lecteurs - Bibliographie, discographie.
  • Bulletin d'information de l'Association des amis de l'orgue de Versailles et de sa région
    20 rue Montbauron,
    78000 Versailles, France
  • No spécial Georges Robert (décembre 2002)
    Cérémonie religieuse des obsèques - Mot du président Jean-Pierre Millioud - Une vie au service de la musique - Les témoignages - Pièces diverses
  • No 52 (février 2003)
    Les vœux du président - Disparition d'un grand organiste (Antoine Reboulot) - Anniversaires 2003 - Regard sur le 19e congrès de la FFAO - Les concerts d'orgue du mois Molière 2002 - Un Livre d'orgue contemporain - Jean-Sébastien Bach : considérations sur son œuvre d'orgue - Hommage à Marcel Dupré - L'orgue de Saint-Antoine-l'Abbaye - Les grandes orgues Yves Cabourdin de l'église Notre-Dame-de-la-Victoire de Saint-Raphaël - Une journée Renaissance - Inauguration du Grand Orgue de la b asilique de Pontmain - Voyage en sud Catalogne - Véronique LeGuen a joué à Poitiers, l'intégrale des œuvres pour orgue de Duruflé - Concert en hommage à Maurice Duruflé à Notre-Dame de Versailles - Concert orgue et quatuor à Saint-Loup-sur-Thouet - Disques de musique d'ogue - Écouté pour vous :Thierry Escaich, interprète et compositeur - Informations.
  • Le Magazine de l'Orgue
    Rue du Trône, 200,
    B-1050 Bruxelles, Belgique
  • No 72 (décembre 2002-janvier 2003)
    Prélude - 13 CD's classés par compositeurs - XIV questions à Francis Chapelet - 16 CD's récitals classés par interprètes - Autres CD's reçus - L'orgue dans la Revue et Gazette Musicale de Paris, 1850 - 4 livres sur l'orgue - Voix célestes et Cornements - 20 partitions d'orgue - Agenda des concerts.
  • No 73 (février-mars 2003)
    Prélude - 15 CD's classés par compositeurs - XIV questions à Guy Bovet -13 CD's récitals classés par interprètes - La Boutique du M'O - 3 livres sur l'orgue - Scoop : le Præludium en sol de Bruhnsckhorst - L'orgue dans la Revue et Gazette Musicale de Paris, 1850 -16 partitions d'orgue - Agenda des concerts.
  • Le Tuyau
    BULLETIN DE LIAISON DE L'ASSOCIATION «CONNAISSANCE ET PRATIQUE DE L'ORGUE»
    Montpellier, France
  • No 32 (2e semestre 2002)
    Édito : Jacques Bétoulières - L'ancienne église des Saints-François - Rubrique discographiques - Livre et revues reçus - Connaissez-vous ces instruments ? Vous êtes formidable !
  • Arte organaria e organistica
    Casa Musicale Edizioni Carrara,
    Via Calepio, 4
    24125 Bergamo, Italia
  • No 43 (juillet-août 2002)
    I gioelli di Stade : Gli organi delle chiese evangeliche dei SS. Cosmae e Damiani e di St. Wilhadi - Maestri si diventa : La professione del Maestro di Cappella nella Liturgia Moderna - Le risonanze della Storia : Intervista al compositore Azio Corghi - Sinfonie con organo : Il nuovo strumento costruito da Klais per la Symphony Hall di Birmingham - Il suono stratificato : L'organo della Chiesa Arcipresbiterale Plebana di Vilminore di Scalve (Bg) - L'organista del re : « la maniera cantabile e il variopinto colorito » di Nicolas-Antoine Lebègue - Tra Verdi e Palestrina : Giovanni Tebaldini a cinquant'anni dalla morte
  • No 44 (Sept-Oct 2002)
    Splendori di un organo festivo : L'organo di Johannes Freund (1642) dell' Abbazia di Klosterneuburg, Vienna - La gemma sonora di Carunchio : Un festival concertistico e un concorso internazionale sull'organo D'Onofrio - Musica sacra per il futuro : Nuove composizioni per i due organi di San Giovanni in Laterano a Roma. - La voce ritrovata : L'organo di Bartolomeo Ravani (1640) nella Pieve di S. Maria Assunta in Bientina (Pi) - Questioni di nomina : Marco Enrico Bossi, Socio d'Onore dell'Accademia Filarmonica di Bologna - L'irlandese volante : Il compositore Charles Villiers Stanford a centocinquant'anni dalla nascita.
  • L'Orgue
    BULLETIN DE LIAISON FRIBOURG/JURA,
    F. Widmer,
    4, chemin de la Criblette,
    CH-1603 Grandvaux.
  • No 1 / Mars 2002
    De tout et de rien... - Communiqué AFO - La sainte Tradition tout en musique - Autour de l'orgue de Villers-le-Lac (Doubs) - Concours de mots croisés no 55 - 19e Congrès FFAO - Chalières (Moutier) se découvre une conscience musicale ...- Académie d'orgue de Fribourg - L'orgue : instrument de musique ou machine ? - La chronique discographique - Les « mobs » 1914-1918 et l'orgue des Genevez JU - Friedrich Haas refait surface... - Notre-Dame de Neuchâtel et son orgue, encore et toujours...
  • No 2 / Juin 2002
    Cantique 421... - Le glorieux instrument de St-François à Lausanne - Jo Akepsimas, musicien passionné - Le nouvel orgue (Felsberg) de St-Martin à Lutry VD - La chronique discographique - L'orgue Willis restauré de l'église anglaise de Davos - « Orgues de la Riviera » - Succès de la première édition des Rencontres Internationnales harmoniques de Lausanne.
  • No 3 / Septembre 2002
    Éditorial - À Saint-Saphorin, on restaure ! - Sic transit gloria mundi - Anniversaires en musique - Le nouvel orgue de La Chaux-d'Abel - Le quotidien d'un musicien d'église, il y a un siècle - La chronique discographique - L'instrument Kuhn (1892) de Châtel-Saint-Denis FR - Semaine romande 2002 de musique et de liturgie - François Demierre, titulaire de St-Martin à Vevey - Concours de mots croisés no 56 - Le poète avait des oreilles (Victor Hugo) - À la mémoire de Freddy Balta (1919-2002)
  • No 4 / Décembre 2002
    De l'art d'entretenir les arbres... - Mariastein pavoise - Une bagarre pas très sainte sur les tribunes d'orgues anglaises - Mea culpa, mea maxima culpa... - Anniversaires en musique - Un héritage vivifiant - La chronique discographique - Un orgue " anglais " au Pays-d'Enhaut (Château-d'Oex) - Musique baroque d'hier et d'aujourd'hui - Quelques nouvelles de la Manufacture Mathis (Næfels GL) - Du nouveau à la cathédrale Notre-Dame de Valère (Sion VS)
  • L'Organiste
    ORGANE DE L'UNION WALLONNE DES ORGANISTES,
    25 rue de Romainville,
    4520 Bas-Oha, Belgique
  • No 136 (34e année, oct.-nov. 2002)
    L'orgue Henri Vermeersch de l'église Sainte-Anne à Auderghem (1870) - L'orgue de l'église Saint-Joseph à Verviers aux 18e & 19e siècles : origine très vraisemblable du buffet du positif de Sainte-Walburge à Bruges - Nouvelles de l'orgue : In memoriam, Jean Verrees, partitions, livres, CD, revue des revues, grégorien, à vendre, orgues - Monseigneur Simenon, un défenseur des cloches - Actualité campanaire - Nativité (Émile Binet) - Song Polchapa op. 35 (Guy Chavatte)
  • Musica et Memoria
    ASSOCIATION ÉLISABETH HAVARD DE LA MONTAGNE,
    Le Moulin Blanc,
    87300 Bellac, France
  • no 87-88 (juillet-décembre 2002, 23e année)
    Serge Lance et la musique d'harmonie - Obituaire des musiciens, année 2002 - Édouard Nies-Berger - Jean Ullern, Alain Vanzo, Günter Wand, Oskar Sala, Djanzug Kakhidze, Jacques Jansen, Gösta Winbergh, Eileen Farrell, Mark Ermler, Evgueni Svetlanov, Xavier Montsalvatge, Elen Dosia, Bernard Haultier, Wolfgang Schneiderhan, Daniel-Lesur, Monique Rollin, Antoine Reboulot, Dominique Tirmont, Jeannine Barbulée, Anton Guadagno, Geneviève Rex, William Warfield, Ginette Doyen, Vlado Perlemuter, Yuri Ahronovitch, Luciano Chailly. - Revue des revues - Auguste Panseron, père de l'ABC musical - Musica et Memoria et internet.
  • Notes d'agrément
    BULLETIN DE LIAISON DES AMIS DE L'ORGUE DE RIMOUSKI.
  • Vol 8, no 4, Mars 2003
    Le mot de la rédaction - La relève en vedette aux Amis de l'orgue de Rimouski - Nouvelles de la société - Petit glossaire - « Y a-t-il des jeunes dans l'église » - L'artiste invitée au Salon Monique-Gendron.
  • Bulletin
    CRCO, CENTRE DE MONTRÉAL
  • Vol 14 No 3, March 2003
    From the President - Professional Concerns Forum : The Keynote Speaker - Large Hot Pipe Organ LHPO - Position available - Names in the News.