Mixtures

No. 22 - Mars 2005

Dans ce numéro:


Éditorial

Par Martin Yelle

Les orgues, patrimoine religieux

Dans l'énoncé de la mission de la FQAO on dit qu'un des objectifs de notre association est « Appuyer les projets de construction et de restauration d'orgues à tuyaux qui sont la propriété d'organismes de charité, dans le but d'éduquer le public à la valeur patrimoniale et artistique de certains instruments. »

Dans le but de faire un pas de plus sur ce sujet, le Conseil d'administration de la FQAO m'a confié le mandat de faire des recherches pour que nous puissions, comme association visant la concertation des différents intervenants du milieu de l'orgue au Québec, créer des liens avec le plus grand propriétaire d'orgues au Québec, c'est-à-dire, l'Église.

Une rencontre a eu lieu avec le chancelier de mon diocèse d'appartenance pour commencer à sonder le terrain. Ce fut une rencontre très stimulante d'un côté comme de l'autre. On était heureux d'apprendre l'existence de notre association et la richesse de notre connaissance du milieu de l'orgue au Québec. Dans les différents diocèses du Québec de grandes préoccupations pastorales et organisationelles mobilisent les énergies. Dans ce contexte, la sauvegarde et la promotion de l'orgue est souvent une préoccupation très secondaire: souvent les réflexions dans ce domaine arrivent souvent lorsqu'il est trop tard.

Quel rôle la FQAO peut-elle exercer en partenariat avec l'Église? Deux mots : compétence et crédibilité: il est essentiel que la FQAO se fasse connaître dans son rôle pour devenir partenaire de l'Église sur la question des orgues à tuyaux. L'Église ne demande pas mieux que de s'adjoindre à des organismes qui peuvent l'aider sur certaines questions. Il serait important que la FQAO puisse être en lien avec l'Assemblée des économes diocésains, la Fondation du Patrimoine Religieux, les comités d'arts sacrés des diocèses pour travailler ensemble à la préservation et la promotion des instruments.

La prochaine étape est de préparer un dossier avec quelqu'un du secrétariat de l'Assemblée des Évêques du Québec (AÉQ) pour que la FQAO puisse se faire connaître auprès de cette assemblée et jouer son rôle de mobilisation autour de l'immense valeur patrimoniale et culturelle de l'orgue au Québec. Il est nécessaire d'être en contact avec les diocèses et les paroisses et faire connaître le plus possible la FQAO et sa crédibilité comme organisme visant à mettre en relation les différents intervenants du milieu de l'orgue au Québec. Dans ce sens, il semble important de joindre à notre cause les principaux propriétaires d'instruments au Québec dans un esprit d'entraide, de collaboration et de concertation.


Gaston Arel
La musique d'une vie

(2e partie)
par Antoine Leduc1

J'ai fait de plus loin que moi un voyage abracadabrant
il y a longtemps que je ne m'étais pas revu
me voici en moi comme un homme dans une maison
qui s'est faite en son absence
je te salue, silence

je ne suis pas revenu pour revenir
je suis arrivé à ce qui commence


Gaston Miron, L'Homme rapaillé : Liminaire,
Montréal, Editions Typo, 1998, p. 19.


Septembre 1974. À seulement quarante-six ans, en pleine fleur de l'âge, Gaston Arel cesse d'être titulaire de l'instrument de prédilection. Son orgue, si l'on peut dire, le Beckerath de l'Immaculée-Conception, entre en une certaine période de jachère. Privé de titulaire jusqu'en 1986, année où Réal Gauthier, l'un des plus brillants élèves d'Arel, en deviendra le second titulaire, l'instrument est laissé à lui-même durant une douzaine d'années.

Nous avons déjà évoqué certaines protestations du milieu de l'orgue lors de cette affaire, ainsi qu'un boycott de l'instrument. Ce boycott fut cependant d'assez courte durée, certains organistes ne s'étant pas privé, peu de temps après le départ d'Arel, pour réaliser certains récitals ou enregistrements en cet endroit abandonné. Il faut dire que la solidarité n'est pas le propre du milieu musical. Le milieu de l'orgue n'y fait pas exception. Comme on le verra plus tard, l'histoire se répètera par la suite, dans ce qu'il est désormais convenu d'appeler l'« Affaire Daveluy »2.

Pourtant, malgré cet état de faits, malgré la blessure qui, trente ans plus tard, est toujours vive chez Arel lorsqu'on lui pose la question, le principal intéressé, à ce moment, et encore aujourd'hui, regarde droit devant. Gaston Arel est arrivé à ce qui commence, pour reprendre le mot de Miron.

L'Abbaye d'Oka, l'enseignement et l'implication dans le milieu musical

Pour une importante période de son parcours de musicien, et pour la seule fois d'ailleurs, Gaston Arel ne sera le titulaire d'aucun instrument. Il faudra attendre jusqu'en 1984 avant de voir l'organiste occuper une autre tribune, celle de l'Abbaye cistercienne Notre-Dame-du-Lac, à Oka. C'est par un heureux concours de circonstances qu'Arel en devint le titulaire. Approché par un moine de ses élèves, qui l'informe que l'Abbaye n'a plus d'organiste et qui lui demande s'il en connaît un qui serait intéressé par le poste, Arel avise son interlocuteur qu'il pourrait l'être, à sa grande surprise. C'est ainsi que Gaston Arel devint titulaire du bel instrument Wolff de seize jeux, qu'il avait inauguré onze ans plus tôt. Depuis, Arel file le parfait bonheur à cet endroit et jouit d'une grande latitude quant à ses programmes musicaux. Il faut dire que Gaston Arel, déjà à cette époque et encore de nos jours, était près des moines cisterciens, leur enseignant la musique (solfège, dictée, écriture, interprétation de l'orgue).

Si, de 1974 à 1984, Arel n'occupe pas de fonctions d'organiste liturgique, il ne s'ennuie pas pour autant : l'enseignement, les récitals, les créations d'oeuvres nouvelles et l'implication dans le milieu musical l'accaparent. Titulaire de l'une des trois classes d'orgue du Conservatoire de musique de Montréal dont était dotée à cette époque l'institution, les Jean Morissette, Paul Vigeant, Thérèse Laflamme, Marie-Thérèse Laberge, Serge Provost, Jean Le Buis et Réal Gauthier y compléteront leur formation tout en s'y méritant de nombreux prix. S'ajouteront plus tard à cette liste les Marc-André Doran, Gilles Rioux, Sophie Trépanier, Bruno Vézina et Louis Allard, pour n'en citer que quelques uns. Du côté de l'écriture musicale (harmonie), les Marie Bernard, Alain Lalonde, Élisabeth Little, Jacques Faubert, Richard Proulx, Isabelle Panneton, Anthony Rozankovic et Bernard Labadie devront leur savoir à ce maître.

Membre de l'Académie de Musique du Québec3 depuis 1955, où il occupe diverses fonctions dès la fin des années cinquante, notamment celle de secrétaire de l'organisme entre 1957 et 1963, il en deviendra le président, d'abord de 1974 à 1984, puis de 1987 à 1989. Lors de son passage à l'Académie, Arel présidera au concours du Prix d'Europe, en plus d'être généreux de son temps pour l'établissement des programmes de formation musicale de cet organisme qui, à cette époque, disposait d'un important réseau, à travers tout le Québec, d'écoles et de professeurs de tous instruments, dont nombre d'élèves poursuivaient par la suite leurs études aux institutions supérieures.

Cette intense activité pédagogique menée par Gaston Arel en fait donc l'un des musiciens les plus en vue au Québec durant la période la plus active de sa carrière. Sa réputation et son action s'étendent bien au-delà du milieu de l'orgue : c'est un musicien à part entière, qui s'inscrit, avec son instrument, non seulement dans le milieu musical, mais dans la Cité. Toutefois, cette intense activité pédagogique ne le détournera pas de sa fonction première, celle d'interprète et de créateur.

Récitals et créations d'oeuvres

« Gaston Arel est un musicien sobre et soucieux de la précision, un instrumentiste capable d'aborder des oeuvres de virtuosité et un interprète intelligent et éclectique ».
Carol Bergeron, Le Devoir, 12 mars 1984.

Il serait trop long, pour l'espace dont nous disposons, de rendre compte de tous les récitals donnés par Gaston Arel, tout au long de sa carrière. Il est connu que cet artiste s'est produit ici, ailleurs et que sa réputation dépasse largement nos frontières. Il est également notoire que Gaston Arel s'est produit tantôt à titre de soliste, seul ou avec orchestre, tantôt à titre de chambriste. De plus, il a inauguré neufs instruments. Gaston Arel poursuit d'ailleurs toujours, avec un égal bonheur, sa carrière d'interprète, et sa prochaine tournée de récitals en France l'amènera à jouer, en mai 2005, aux endroits suivants : Dijon, Saint-Rémy-de-Provence et Saint-Tropez.

Il est toutefois intéressant de relater ce qui caractérise Gaston Arel au premier plan: l'éclectisme. Bien qu'il ait abordé tout le répertoire de l'orgue et qu'il en donna parfois, de certains compositeurs, des extraits importants lors de récitals publics, il ne s'est jamais consacré, seul, à la présentation intégrale de l'oeuvre d'un compositeur en particulier, contrairement à certains de ses collègues. Bien sûr, l'idée a pu lui traverser l'esprit, mais il préféra toujours, de son propre aveu, conserver une certaine variété dans ses programmes.

Là où Gaston Arel se distingue de tous les autres, c'est par son importante contribution à encourager le renouveau du répertoire de l'orgue et, ainsi, à marquer son temps et son époque. Non seulement a-t-il beaucoup joué les oeuvres de ses contemporains, mais au surplus a-t-il suscité plusieurs commandes d'oeuvres originales qu'il a créées et dont il est dédicataire.

Nous avons déjà mentionné qu'il avait commandé la Troisième Sonate pour orgue de Raymond Daveluy, en 196o, pour l'inauguration de son orgue personnel. Cette oeuvre fait non seulement partie de son répertoire, puisqu'il l'a souvent jouée lors de récitals, mais on peut aussi dire qu'il s'agit désormais d'un classique de la littérature québécoise de l'orgue, qu'il a contribué à faire aimer et connaître.

Vingt ans plus tard, Gaston Arel retrouvera Raymond Daveluy, lors de la création du Concerto en mi pour orgue et orchestre de ce compositeur. Le 27 mars 1981, dans le cadre des grands concerts de la Société Radio-Canada, Arel est à l'orgue de la Basilique Notre-Dame de Montréal, tandis de Daveluy dirige l'orchestre de Radio-Canada, lors de la création radiodiffusée en direct à l'échelle du Canada. C'est Jacques Boucher qui fut l'instigateur de cet événement, qui marqua les annales musicales de Montréal.

Puis, sortant encore une fois du milieu de l'orgue, Gaston Arel créera des oeuvres de compositeurs importants, soient André Prévost et Jacques Hétu. Le 11 mars 1984. suite à une commande faite par feu le docteur Michel Laporte, Gaston Arel joue, pour la première fois au Beckerath de l'Immaculée-Conception de Montréal, les Variations en passacaille d'André Prévost, nageant ainsi en plein dodécaphonisme ; il rejouera cette pièce à plusieurs endroits, dont l'Oratoire Saint-Joseph, la Basilique du Cap-de-la-Madeleine, puis la gravera sur disque à l'orgue de l'église Saint-Jean-Baptiste de Montréal.

De Jacques Hétu, toujours suite à une commande du Dr Laporte, Gaston Arel créera, le 5 juillet 1989, les Variations pour orgue, opus 42, à l'Oratoire Saint-Joseph. Il reprit cette oeuvre à plusieurs reprises par la suite et l'enregistra pour la radio.

Enfin, dernière création à son actif et non la moindre, la Suite en hommage à Casavant Frères, de Claude Thompson, fut interprétée par Arel le 18 juin 2004 à l'église Notre-Dame-de-la-Victoire, à Lévis, lors du congrès de notre Fédération soulignant le dixième anniversaire de sa fondation.

Tout cela démontre, si besoin était, le rôle essentiel joué par Gaston Arel dans l'édification d'une musique d'orgue originale et québécoise. Sa riche discographie, comprenant plus de dix titres, atteste de cet éclectisme qui lui est propre. L'on y retrouve des oeuvres de Daveluy, Roger Matton, François Couperin, Louis Vierne, Bach, Conrad Letendre, ainsi qu'un disque thématique intitulé Chaconnes et passacailles paru à la maison REM en 1990, ayant reçu les éloges de la critique4.

La carrière d'interprète n'a pas empêché Gaston Arel de s'impliquer activement dans le monde de l'orgue et d'être à l'origine de mouvements importants pour son développement et son avenir.

FFAO, AOM, FQAO, patrimoine religieux et éditions musicales

Gaston Arel a suivi les activités de la Fédération francophone des amis de l'orgue (FFAO) dès sa fondation, en 1984. Il fut invité à s'y produire à titre de récitaliste à plusieurs reprises lors des divers congrès de la FFAO. La naissance de la FFAO fut un instrument important d'encouragement des activités liées à l'orgue. d'abord en France, puis dans la francophonie.

Grâce aux efforts de Gaston Arel. la FFAO tiendra son congrès annuel de 1991 au Québec. Entouré de Guy Thérien et de Réal Gauthier, Gaston Arel fonde, cette même année, les Amis de l'orgue de Montréal (AOM), dont l'objectif premier est alors de voir à l'organisation de cette manifestation.

Le congrès dura une semaine, en juillet 1991, et permettra aux quelques centaines de congressistes, venus de partout à travers la francophonie, ainsi qu'au grand public québécois, de découvrir vingt-cinq instruments parmi les plus beaux et les plus représentatifs de notre facture d'orgue, et ce, aux quatre coins du Québec. De plus, vingt des récitalistes seront des musiciens québécois : la vitalité, voire même pour certains, l'existence de notre école d'orgue québécoise, s'exprimait avec une éloquence que l'on ne pouvait plus feindre d'ignorer. La Société Radio-Canada s'impliqua à fond dans la diffusion des récitals, et parut un ouvrage intitulé Orgues au Québec, rédigé par Antoine Bouchard et André Cousineau. On peut dire, sans hésiter, que ce congrès favorisa par la suite les échanges entre le Québec et la France, permettant aux musiciens du Québec de se produire à l'étranger plus facilement, à la faveur de cet événement.

Il faut se souvenir de la situation de l'orgue au Québec à ce moment afin de comprendre l'importance de ce congrès, « pour la suite du monde », pour paraphraser le cinéaste Pierre Perreault. À Montréal, bien que certaines sociétés de concerts existent, il n'y a toutefois pas, à ce moment, d'association permettant aux organistes, facteurs d'orgues et mélomanes de se rencontrer en un lieu commun; si de telles associations existent ailleurs en province, il n'existe pas d'organe national qui permettrait d'en chapeauter les échanges et les activités. Le congrès de 1991 fut donc l'occasion d'une prise de conscience à plusieurs niveaux. Pour Pierre Valloton, président-fondateur de la FFAO, il ne faisait pas de doute que la suite logique du congrès était de créer une Fédération québécoise des amis de l'orgue : Valloton encouragea Gaston Arel en ce sens.

De 1991 à 1994, Gaston Arel voit d'abord à la mise sur pied de l'AOM ; il s'affaire à l'organisation d'activités à Montréal et à la création d'un bulletin de liaison dont il est le rédacteur en chef jusqu'à la création de la FQAO, le « Bulletin de l'AOM » cédant dès lors le pas à la revue Mixtures, dont il continuera d'assumer les fonctions de rédacteur en chef jusqu'à l'an dernier. Gaston Arel sera président de l'AOM de sa fondation jusqu'en 2003. En 2005, l'AOM est une association en santé, comptant plus d'une centaine de membres.

En 1994, Gaston Arel préside à la fondation de la FQAO. Pendant neuf ans, il rassemble. anime et préside aux destinées de l'organisme, favorise l'organisation de congrès nationaux, assume la rédaction de Mixtures. Én 2003, il cède sa place, tout en continuant de s'occuper de la revue Mixtures.

Depuis 1990, Gaston Arel est membre du comité de construction et d'art sacré du diocèse catholique de Montréal ; depuis 1995, il est membre du comité d'expert des orgues de la Fondation du patrimoine religieux du Québec. Ainsi, par son influence et ses conseils, il a contribué à l'installation et à la restauration de nombreux instruments.

Mentionnons, en terminant à ce chapitre, que Gaston Arel participe et collabore de près à l'édition musicale; avec son épouse Lucienne L'Heureux et d'autres musiciens, il fondait, en 2000, Les éditions musicales Lucarel, qui veillent à l'édition de chants liturgiques et d'oeuvres d'orgues. Le catalogue de cette maison, après seulement quelques années d'activités, est déjà fort impressionnant.

Épilogue

La contribution de Gaston Arel à la vie musicale québécoise fut et demeure exceptionnelle. Pilier de notre monde de l'orgue, son influence continue de se faire sentir à bien des niveaux. Interprète de renom, pédagogue recherché, animateur culturel dévoué, peu d'artistes ont oeuvré dans autant de facettes de l'activité de musicien. La contribution de Gaston Arel fut déjà reconnue à plusieurs reprises. En 1995, Gaston Arel donnait, avec son épouse, deux récitals dans le cadre de célébrations entourant leur quarantième anniversaire de vie artistique commune (et ses cinquante ans de vie artistique), l'un à la Cathédrale de Saint-Hyacinthe, l'autre à l'Immaculée-Conception, sous les auspices de la Société Radio-Canada, de la Société de diffusion musicale TransePortée, de Saint-Hyacinthe, et du Conservatoire de musique de Montréal. En 1996, Gaston Arel était invité, par le Festival international de Lanaudière, à se produire avec son épouse dans le cadre de cet anniversaire.

Membre honoraire de l'Académie de Musique du Québec depuis 1998, il se voyait décerné le prestigieux Prix Opus d'interprète de l'année, en 2001, par le Conseil Québécois de la Musique, pour l'exécution intégrale de l'Orgelbüchlein de J. S. Bach lors du récital donné à l'occasion du quarantième anniversaire de l'installation de l'orgue Beckerath de l'église de l'Immaculée-Conception. Enfin, Gaston Arel est membre honoraire de la Fédération Québécoise des Amis de l'Orgue depuis le 18 juin 20045.

En cette année 2005, Gaston Arel célèbre donc soixante ans de carrière et cinquante ans de mariage avec l'organiste Lucienne L'Heureux. Nous leur offrons nos meilleurs voeux de bonheur. Gaston Arel aura non seulement eu la main heureuse, tout au long de sa vie musicale et personnelle ; pour reprendre les mots du poète Roland Giguère, il aura eu, en plus, « La main au coeur »6 :

Comme la main creuse sa ligne de vie
sur le cuivre verni
comme la main cherche
dans les fibres du poirier
le fruit du hasard
comme la main trace sur la pierre calcaire
un moment de pur désir
comme la main glisse sur la soie
et laisse l'empreinte infinie du destin

la main sait toujours où elle va
dans l'âme blanche du papier.


Légende

1
Avocat, organiste, membre des Amis de l’orgue de Montréal et de la FQAO, ancien élève de Gaston Arel, au Conservatoire de musique de Montréal (1990-1995) et en privé par la suite.
2
Référence au départ de l'organiste Raymond Daveluy du poste d'organiste titulaire de l'orgue Beckerath de l'Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, le 31 mai 2002, dans des circonstances troubles, justement dénoncées par monsieur Gaston Arel dans l'éditorial du numéro 17 de la présente revue, en novembre 2002.
3
Fondée en 1868, ce qui en fait plus vieil organisme musical regroupant des musiciens de carrière, l'Académie de Musique du Québec fonctionna jusqu'à récemment sous le modèle de l'Académie française. Seuls étaient nommés. sur invitation, les musiciens jugés parmi les plus représentatifs du Québec. L'influence dont ses membres jouissaient dans la société civile permit la création du concours du Prix d'Europe dès 1911, avec l'appui du Gouvernement du Québec. À l'époque où Gaston Arel en est fait membre, en 1955, il s'agit d'un honneur et d'une reconnaissance de la part des pairs. L'Académie de Musique du Québec continuait de jouir de ce prestige à l'époque où Arel en fut président. Force est de constater que les temps ont bien changé de ce côté, lorsque l'on prend connaissance de la précarité actuelle de l'organisme et de l'incertitude liée à l'avenir du Prix d'Europe. En effet, son président actuel, le pianiste et comédien Jean Marchand, lançait récemment un cri d'alarme, invitant la population à contribuer financièrement aux destinées de l'Académie et du Prix d'Europe, dont la survie serait menacée, faute de financement suffisant de la part des autorités publiques.
4
Michel Roubinet, Diapason. Paris. no 375. octobre 1991, p. 227 [...] Gaston Arel, déjà rencontré dans l'intégrale REM des symphonies (no 2) de Vierne à Montréal, fait preuve — autant qu'il est possible — d'un vrai talent de claviériste. Son toucher clair et impulsif donne vie au texte, la nécessité — élément positif — mettant son art de la registration (16 jeux, c'est toujours plus qu'il n'y parait) à belle épreuve. [...] On ne cherchera d'autre justification à ce disque [i.e. Chaconnes et passacailles] que le vrai plaisir d'entendre un orgue de bonne tenue et un musicien raffiné ».
Claude Gingras, La Presse, 1992: « [...] [L]'ensemble du récital [gravé par Gaston Arel sur le disque Chaconnes et passacailles] est le fait d'un musicien plus que respectable et l'illustration d'un instrument clair et chaleureux.
5
Nous reproduisons, ci-après, le texte du témoignage de madame Noëlla Genest, organiste, lu en hommage à Gaston Arel lors du congrès du i8 juin 2004 de la FQAO.
6
Roland Giguère, Coeur par coeur, Montréal, L'Hexagone, 2004, p. 20.


Hommage de la FQAO à Gaston Arel
présenté par Noëlla Genest au Congrès du 18 juin 2004

Je remercie la Fédération québécoise des Amis de l'Orgue de me faire l'honneur de présenter cet hommage à un collègue pour qui j'ai une haute estime et une grande admiration.

Oui, nous honorons aujourd'hui monsieur Gaston Arel dont toute la vie a été consacrée à la cause de l'instrument que nous défendons.

Votre carrière, monsieur Arel, a de multiples facettes sans doute soutenues par une grande passion. Ainsi, pouvons-nous observer que de 1945 à aujourd'hui, vous avez été le titulaire des orgues de la cathédrale de Saint-Hyacinthe, de l'église de l'Immaculée Conception à Montréal et depuis 1984, vous êtes à l'église abbatiale cistercienne d'Oka.

Outre vos fonctions d'organiste liturgique, vous avez mené de front une intense carrière professorale. Durant plus de trente ans, vous avez été professeur-titulaire des classes d'orgue, d'harmonie et de matières théoriques. vous avez mené au Prix d'orgue du Conservatoire Jean Morisset, Paul Vigeant, Marie-Thérèse Laberge, Thérèse Laflamme, Serge Provost, Jean LeBuis, Réal Gauthier, Marc-André Doran, Gilles Rioux, Sophie Trépanier, Bruno Vézina, Dominique Lupien, Chantal Gervais, Esther Lavoie, Louis Allard et au concours d'harmonie Marie Bernard, Alain Lalonde, Élisabeth Little, Jacques Faubert, Richard ProuLx, Isabelle Panneton, Anthony Rozankovic, Bernard Labadie. Vous étiez au Centre d'Arts Orford de 1973 à 1979 et à la Villa Musica de Saint-Jean des-Piles en 1965 et 1966.

Votre carrière d'interprète est aussi impressionnante. Déjà, en 1953, vous vous produisiez en tournée des Jeunesses Musicales à travers le Canada, les Etats-Unis et le Mexique avec Maureen Forrester, Léopold Simoneau et Pierrette Alarie comme pianiste accompagnateur.

Comme récitaliste et concertiste, vous avez joué pour de nombreuses sociétés, notamment Radio-Canada, Ars Organi, les Concerts spirituels de l'Oratoire Saint-Joseph, les Amis de l'orgue de plusieurs régions. Vous avez été soliste avec l'orchestre de chambre de Radio-Canada, de McGill et j'en passe. Vous avez donné des récitals en France, en Grande-Bretagne, en Belgique, aux États-Unis et en Ukraine. En mai 2005, vous jouerez à Saint-Rémy de Provence, à la cathédrale de Dijon et à Saint-Tropez. Vous avez inauguré des instruments signés Casavant, Guilbault-Thérien, Hellmuth Wolff, Rudolf von Beckerath.

Vous avez créé des oeuvres de Jacques Hétu, André Prévost, Raymond Daveluy, et il y a quelques instants, une Suite en hommage à Casavant Frères écrite par Claude Thompson à l'occasion du cent vingt-cinquième anniversaire de cette institution. Plusieurs compositeurs vous ont fait la dédicace de leurs oeuvres. Je pense à Raymond Daveluy, André Prévost, Jacques Hétu, Jean Le Buis, Louis Allard et Denis Bédard. Vous avez enregistré sur disque les Variations en passacaille d'André Prévost, la Suite de Pâques et le Tu es Petrus de Roger Matton, et le Concero en mi pour orgue et orchestre de Raymond Daveluy.

En 1996, le Festival International de Lanaudière vous rendait hommage ainsi qu'à votre épouse, l'organiste Lucienne L'Heureux, en vous invitant à y donner un récital d'orgue à l'instrument Guilbault-Thérien de l'église de la Purification de Repentigny, cela dans la foulée de votre quarantième anniversaire de vie artistique conjointe, reconnaissant ainsi votre importante contribution à la vie musicale canadienne. Et en 200l, le Conseil québécois de la musique vous remettait un Prix Opus à titre d'interprète de l'année 2000-01.

Vos réalisations comme conseiller et consultant pour l'acquisition ou la restauration des orgues sont multiples. Soulignons spécialement votre implication dans la venue du facteur Rudolf Von Beckerath au Québec. Oui, avec Raymond Daveluy, Kenneth Gilbert, Mireille et Bernard Lagacé, Lucienne L'Heureux-Arel, groupe qui a constitué Ars Organi, vous avez été à l'origine du renouveau de l'orgue au Québec par l'implantation de trois instruments du grand facteur Beckerath. Ce sont les orgues de Queen Mary Road United Church (2 claviers, 26 jeux, édition 1959), Oratoire Saint-Joseph (5 claviers, 78 jeux, édition 1960), église de l'Immaculée-Conception (3 claviers, 38 jeux, édition 1961).

La passion de l'orgue qui vous a toujours animé s'est aussi manifestée par votre implication professionnelle et sociale. Ainsi, vous avez été le premier président national des Jeunesses Musicales du Canada, le président-fondateur de la Fédération québécoise des Amis de l'orgue et des Amis de l'orgue de Montréal. Vous avez présidé aux destinées de l'Académie de Musique du Québec durant douze ans et à celles de l'Association des Professeurs du Conservatoire de 1969 à 1972.

Outre les heureux souvenirs que votre carrière suscite, il restera votre riche discographie où figurent des oeuvres de Jean-Sébastien Bach, François Couperin, Raymond Daveluy, Conrad Letendre, Roger Matton (qui vient de nous quitter), André Prévost, Louis Vierne.

Veuillez donc accepter nos plus sincères félicitations et notre gratitude pour votre généreuse contribution à la vie de l'orgue. La Fédération québécoise des Amis de l'orgue est heureuse de vous déclarer « membre honoraire ». Tous nos voeux de bonheur vous accompagnent pour la suite de votre remarquable carrière. Nous vous offrons ce petit cadeau en gage de notre affection et de notre reconnaissance.


Les 125 ans de Casavant Frères:
des célébrations en musique

par Jacquelin Rochette, directeur artistique, Casavant Frères

Saint-Hyacinthe, Novembre 1879

Monsieur,

Nous avons l'honneur de vous informer que nous venons d'ouvrir un atelier pour la construction des Orgues à Tuyaux pour Eglises, Chapelles, Salles de Concert, Salons, etc.

De retour depuis quelques semaines d'un voyage en Europe de plus d'une année, dont une année passée en France dans une manufacture de première classe, (F. et J. Abbey, à Versailles) et l'autre employée à visiter les principaux instruments de France, d'Italie, de Suisse, d'Allemagne, de Belgique et d'Angleterre, nous sommes en mesure de pouvoir construire des instruments avec tous les derniers perfectionnements, tels que: Pédalier concave, Pédale d'Expression à double mouvement, Claviers Rapprochés, Frein Harmonique, etc.

Nous nous chargerons aussi de l'entretien et de la réparation des instruments, et nous nous efforcerons de toujours donner entière satisfaction à toux ceux qui nous feront l'honneur d'une commande.

Veuillez nous croire, Monsieur,

Vos très-humbles serviteurs,

CASAVANT FRÈRES


Audacieux, dirons-nous. Pressés, diront d'autres. Peut-on apprendre la facture d'orgues en une seule année auprès d'un facteur expérimenté ? Certainement pas! Que deux jeunes, prénommés Claver et Samuel, et respectivement âgés de vingt-quatre et vingt ans, affirment de la sorte leur volonté de mettre sur pied une entreprise de facture d'orgues durable et prospère a dû en faire sourire plus d'un. Mais il ne fallait pas oublier qu'ils sont fils de facteur d'orgues, et qu'ils ont déjà quelques années de métier. En effet, ils ont d'abord travaillé, dans leur ville natale, avec leur tuteur Eusèbe Brodeur, qui avait succédé à leur père, Joseph. Et quand Claver se rendit à l'exposition universelle de Paris au printemps de 1878, il comptait non seulement établir des liens, mais aussi travailler chez un facteur pour parfaire ses connaissances. Les lettres écrites à son frère Samuel durant cette période nous en apprennent long sur le plan de carrière que les deux frères envisagent. Avant d'aller le rejoindre en Europe, Samuel demeurait à Montréal chez le facteur Louis Mitchell. Rappelons que Mitchell, tout comme Joseph Casavant, a étudié au Collège de Sainte-Thérèse, et nous croyons qu'il a été aussi initié à la facture d'orgues par le supérieur du collège etprofesseur de musique, l'abbé Charles-Joseph Ducharme. Mitchell aurait collaboré avec Joseph Casavant, puis avec le facteur Samuel Warren alors établi à Montréal, avant de partir à son compte quelques années plus tard.

À Paris, dès les premiers jours de l'exposition, Claver Casavant rencontre le tuyautier Zimmerman, de qui il commandera de la tuyauterie pour les tous premiers orgues Casavant Frères. Puis il se présente à John Abbey, qui avait monté un orgue à l'exposition, et les deux hommes s'entendent sur les conditions d'embauche. Au début de son apprentissage chez Abbey, nous pourrions croire que Claver Casavant fut affecté à la réalisation de tâches simples. En fait, il s'avère déjà un ouvrier assez expérimenté, et il prend rapidement la charge de l'accord d'instruments, et bientôt, il est affecté au montage et à l'harmonisation de nouveaux instruments. Samuel le rejoint l'année suivante et tous deux partent à la découverte des grands instruments et des grands facteurs de l'époque.

De retour au pays, les jeunes Casavant établissent leur entreprise de facture d'orgues. Ils réalisent d'abord des instruments à traction mécanique d'une quinzaine de jeux et réussissent à acquérir une bonne réputation. D'innovation en développement, fruits d'inlassables recherches, leur huitième instrument est un seize pieds, mécanique de trois claviers avec assistance pneumatique (machine Barker) et système de combinaisons ajustables, qu'ils installent dans la cathédrale Saint-Hyacinthe-le-Confesseur. Leur opus vingt-six pour la basilique Notre-Dame de Montréal, terminé dans la douzième année de l'entreprise, est remarqué parmi les plus grands instruments de toute l'Amérique, avec ses quatre-vingt-deux jeux répartis sur quatre claviers et pédalier, à traction mécanique avec assistance pneumatique et tirages de jeux électro-pneumatiques. En 1892, ils installeront un instrument à la cathédrale Notre-Dame d'Ottawa, mécanique de trois claviers avec assistance pneumatique, et avec en plus une division entièrement électro-pneumatique localisée à l'avant de la cathédrale.

Nous trouvons chez Casavant un continuum de la facture d'orgue française, de Dom Bédos de Celles dont les fils héritent de la copie du traité mis à la disposition de leur père par l'abbé Ducharme, à Cavaillé-Coll qui a su inspirer dès le départ les deux jeunes dans leur nouvel entreprise. Plusieurs visites à Paris leur ont permis non seulement de rencontrer l'illustre facteur, mais aussi de le consulter. Les grandes orgues des cathédrale de Saint-Hyacinthe, et surtout de la basilique Notre-Dame, en sont les plus belles expressions.

En 1929, quelques mois avant sa mort, Samuel Casavant écrit à l'organiste Victoria Cartier une lettre qui traduit bien l'esprit de recherche qui a animé les deux frères dans leur entreprise de facture d'orgues.

Je n'ai certes pas la prétention d'avoir inventé la facture d'orgues, mais je crois pouvoir me rendre le témoignage d'avoir donné le plus fort coup d'épaule à la roue qui a amené la transformation de la mécanique de cet instrument, notamment dans le domaine de l'électricité, en y consacrant la plus grande partie de ma carrière de cinquante ans... Toutes (mes productions), même celles des premiers jours, sont encore bien vivantes, on n'a qu'à voir les orgues d'Ottawa et de Montréal pour s'en convaincre. J'irai plus loin. Qu'on examine attentivement ces instruments vieux de près de quarante ans l'on constatera qu'ils ne le cèdent point à ceux d'aujourd'hui sous le rapport du fonctionnement.

Ma carrière touche à sa fin, d'autres continueront l'oeuvre. Aucun ne sera plus que moi animé de l'esprit de progrès bien compris. Je me suis toujours tenu éloigné des innovations de caractère purement commercial... Les innovations que j'ai réalisées avec mes collaborateurs ont toujours été en vue de créer quelque chose d'utile. Aucune mécanique nouvelle n'a été mise en usage avant d'avoir été éprouvée jusque dans les plus menus détails, c'est pour cela qu'elles marchent encore pour la plupart. Malgré mon âge avancé, (on dit souvent avec raison que les vieux deviennent routiniers) j'ai encore l'esprit en éveil. Notre maison a toujours été en tête du progrès de la facture en Amérique, ceci nous est généralement concédé, je serais peiné de la voir passer à la queue, voire même seulement au second plan.

Gérard Morissette, dans son Coup d'oeil sur les Arts en Nouvelle-France, estime que « Pendant soixante ans, ils (les Frères Casavant) apportent à la fabrication des orgues de telles modifications, de telles nouveautés, de telles inventions fécondes, que le nom de Casavant est le symbole d'une certaine perfection non seulement technique mais artistique ».

Les frères Samuel et Claver Casavant ont été des partenaires qui ont su oeuvrer ensemble avec leurs intérêts respectifs et leurs talents complémentaires dans un domaine qui leur tenait à coeur. À mesure de la croissance de leur réputation et de l'entreprise, ils ont su s'adjoindre des collaborateurs qui sont devenus à leur tour des membres à part entière de l'équipe et à qui ils ont transmis leur vision d'une facture d'instrument de qualité. Ils ont créé une organisation structurée pour assurer la réalisation de cette vision, et continuer cette tradition d'excellence en facture d'orgue. Il n'est donc pas surprenant qu'après leur départ, des personnes clés tels les Stephen Stoot, Charles Chapais et Albert Bonin aient pris le flambeau et qu'ils aient continué avec l'équipe d'artisans l'oeuvre de leurs prédécesseurs.

Avec le renouveau de l'orgue classique des années soixante, l'entreprise connaît une période de transition qui n'est pas très évidente. Mais rapidement, les Charles Perrault et Lawrence Phelps, secondés des Karl Wilhelm et Hellmuth Wolff et de l'équipe d'artisans réalisent un profond revirement qui permet à l'entreprise non seulement de se repositionner, mais d'assurer de nouveau la construction d'instruments à traction mécanique. Une décennie plus tard, Gerhard Brunzema se joint à l'équipe et continue l'effort amorcé par ses prédécesseurs. C'est dans cette période que les techniques de construction et les connaissances générales des orgues à traction mécanique seront consolidées.

Les dernières décennies ont été riches en réalisations. L'intérêt pour une facture d'orgues plus élargie, toujours classique mais enrichie des concepts symphoniques et modernes ont permis aux directeurs artistiques Jean-Louis Coignet, aussi expert organier de la ville de Paris, et Jacquelin Rochette de travailler ensemble à la réalisation d'instruments qui sont remarqués et à l'entreprise de conserver une position plus qu'enviable.

Casavant Frères est une institution québécoise qui ne saurait perdurer sans le support d'une école d'orgue vivante et de qualité, favorisant de nombreux échanges, des réflexions et d'heureuses collaborations. Nous n'avons qu'à prendre en considération les résultats de ces 125 dernières années pour apprécier la précieuse collaboration de la communauté artistique et organistique.

La Fédération Québécoise des Amis de l'orgue a été la première à célébrer le 125e anniversaire de Casavant frères en lui consacrant son congrès annuel le 18 juin dernier. Gaston Arel y interpréta en toute première mondiale la Suite pour orgue en hommage à Casavant Frères, un tryptique commandé à Claude Thompson par la Fédération. Jacquelin Rochette y présenta les travaux de restauration de l'orgue Mitchell de l'église Notre-Dame-de-la-Victoire de Lévis, relatant les recherches effectuées, motivant les décisions retenues et précisant la rigueur d'exécution. Une exposition de photos et documents d'archives de la maison Casavant complétait cette présentation.

Du côté de Casavant Frères, on a axé les célébrations autour d'événements musicaux, dont l'apogée fut la fin de semaine Casavant des 13-14 novembre. Près de sept cents exemplaires de l'oeuvre In Mystery and Wonder: The Casavant Diptych, oeuvre commandée par Casavant pour souligner l'anniversaire ont été distribuées de par le monde à des organistes jouant des orgues Casavant, avec le souhait qu'un ou les deux mouvements soient interprétés en cette fin de semaine Casavant. Le président de Casavant, André Gremillet, dans l'introduction de la pièce, précise : « Lorsque nous avons commencé à planifier la célébration de notre 125e anniversaire, notre objectif premier a été non seulement d'honorer Claver et Samuel Casavant, les fondateurs de Casavant Frères, mais également de reconnaître l'apport des compositeurs et des organistes, sans qui les orgues que nous construisons seraient muets. Quelle meilleure façon de rendre hommage à nos fondateurs et à tous les musiciens qui font sonner nos instruments que de commander une oeuvre pour orgue » . Cette fin de semaine a donné lieu à de nombreuses festivités et récitals, et nombreux sont ceux qui ont joué cette oeuvre de Locklair pour souligner l'anniversaire de Casavant. À la cathédrale de Saint-Hyacinthe, un récital de Jacquelin Rochette a attiré de nombreux artisans et collaborateurs. Le chanoine Gaston Giguère, dans une messe d'Action de Grâces a rendu hommage aux frères Casavant. Notons aussi que les oeuvres de Thompson et de Locklair ont été jouées dans les séries de récitals à l'église Chalmers-Wesley de Québec, à la Basilique Notre-Dame-du-Cap de Cap-de-la-Madeleine, à la cathédrale St. Peter's de Charlottetown et à l'église Saint-Simon et Saint-Jude de Tignish à l'Île du Prince-Édouard.

Pour cette même fin de semaine de novembre, la National Public Radio américaine a présenté un programme d'une heure donnant une rétrospective de la production de Casavant Frères. Michael Barone a présenté l'ensemble de l'oeuvre de Casavant par un choix d'enregistrements.

Un autre événement, tenu le 21 août, rendait hommage aux artisans de Casavant, ces hommes et ces femmes qui ont animé l'entreprise depuis ses débuts jusqu'à maintenant. Ils en sont l'âme, son talent et sa force. La soirée s'est ouverte par un récital conjoint de Jacquelin Rochette et Jean-Sébastien Dufour, harmoniste, sur l'orgue de la chapelle des Soeurs de la Présentation de Saint-Hyacinthe. Au programme : des oeuvres de J.S.Bach et l'oeuvre de Locklair. Puis une soirée gala où le comédien Denis Houle, personnifiant un artisan, rappelait la grande et la petite histoire de l'entreprise. D'y voir Charles Perrault examiner la console de l'orgue des religieuses et d'en commenter la conception sonore, de voir Karl Wilhelm saluant Albert Bonin, cet artisan retraité de 94 ans qui a travaillé avec les frères Casavant en 1925, de voir Hellmuth Wolff en discussion avec des artisans et saluant au passage ces associés venus des quatre coins de l'Amérique, donnaient un sens profond à cette fête de famille. Une famille où dirigeants et artisans, concepteurs, musiciens et artistes, ingénieurs et architectes, viennent y collaborer dans la réalisation du plus grand instrument qui soit. De réunir tous ces artisans qui ont oeuvré à diverses époques de l'entreprise à cette recherche de l'excellence, ne fait qu'actualiser ces paroles de Samuel Casavant, à savoir que d'autres continueront l'oeuvre.

Le 28 août, tout comme les Casavant l'avait fait cent ans auparavant pour célébrer leur 25e anniversaire, un pique-nique fut organisé pour tous les artisans et leur famille. C'est dans la bonne humeur, au gré des jeux et des rencontres, que les artisans autant actifs que retraités ont continué cette fête de famille.

Le Festival Orgue et couleurs, de Montréal, en collaboration avec la radio de Radio-Canada rendait à son tour hommage à Casavant Frères par la présentation d'un récital le 26 septembre à l'orgue de l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus. Quatre organistes canadiens rattachés à certains instruments marquants dans l'histoire de la maison Casavant se sont illustrés à la console du grand instrument de 90 jeux : John Tuttle (St. Paul's Anglican Church de Toronto, 1915, dans des oeuvres de Healey Willan et Louis Vierne), Jacquelin Rochette (Notre-Dame-de-l'Assomption de Saint-Hyacinthe, 1961, les oeuvres commandées pour le 125e de Casavant, de Thompson en présence du compositeur, et de Locklair), Pierre Grandmaison (Basilique Notre-Dame de Montréal, 1891, jouant César Franck et improvisant sur des thèmes données) et Patricia Phillips Wright (Metropolitan United Church de Toronto, 1930, dans des oeuvres de César Frank, Drummond Wolff, transcription de Beethoven et Denis Bédard). Le programme, radiodiffusé à deux reprises sur les ondes de Radio-Canada, était complété par des interviews des interprètes réalisés lors de la soirée.

Dans le cadre de ce même festival, Jacquelin Rochette présentait le 30 septembre, appuyés d'enregistrements sonores, un parcours de l'évolution de l'esthétique sonore de Casavant Frères sous les différentes directions artistiques. Cette présentation, reprise en partie à Fort Worth, Texas, le 23 octobre, le sera de nouveau à Ottawa le 15 mai prochain alors que M. Rochette sera l'invité du RCCO.

Pierre Pincemaille, l'organiste de la basilique Saint-Denis, de Paris, fut l'invité à l'église baptiste Broadway, de Fort Worth, Texas, pour marquer ce 125e anniversaire. Sur cet orgue Casavant de cinq claviers, 129 jeux, Pincemaille a retenu des oeuvres de Duruflé, Frank, Widor et Bach, en plus de faire la création américaine de l'oeuvre de Dan Locklair en présence du compositeur. Il a aussi improvisé une Symphonie en quatre mouvements sur des thèmes non publiés écrits par Marcel Dupré, et originellement fournis pour l'inauguration d'un orgue Casavant par Pierre Cochereau à la fin des années soixante.

Le 6 février dernier, les Amis de l'orgue de Québec invitait Simon Couture à faire une présentation sur l'histoire de Casavant Frères. M. Couture a illustré son propos à partir de documents d'archives et de photos d'orgues de la région de Québec. M. Couture a aussi été l'invité de Pro Organo Mauricie le 13 mars dernier où il a repris sa présentation cette fois en utilisant les instruments de cette région.

Enfin, le 30 janvier dernier, le Conseil québécois de la musique remettait à Casavant Frères le Prix Opus Reconnaissance à un facteur d'instruments. L'organiste Vincent Boucher, récipiendaire du prix Opus Découverte de l'année, a joint sa voix à plusieurs autres pour souligner les réalisations de Casavant.

Laissons au président de Casavant, André Gremillet, le soin de conclure.

« Au cours des 125 ans qui ont suivi l'ouverture officielle de nos ateliers en 1879, les artisans de Casavant ont construit et installé des orgues sur tous les continents habités de la planète. Le fait que la grande majorité de ces instruments soient toujours joués constitue évidemment une source de fierté légitime, tout en portant pour nous une obligation envers ceux et celles qui ont suivi les traces de nos fondateurs et de leurs successeurs. Nous constatons avec grand respect et humilité les milliers d'heures de musique jouée sur ces instruments, ainsi que l'impact positif des orgues Casavant sur les musiciens et les auditeurs ».


La vie musicale à Vancouver

par Denis Bédard et Rachel Alflatt


Vancouver est une ville où la musique classique est assez présente et importante. L'Orchestre Symphonique de Vancouver présente une centaine de concerts pendant sa saison régulière, l'Opéra de Vancouver présente quatre productions par année, le Vancouver Recital Society présente une quinzaine de récitals par année, donnés par les plus grands noms de la musique classique, et la Société de musique ancienne (Early Music Society) de Vancouver présente également une quinzaine de concerts chaque année. Vancouver est aussi, et peut-être par dessus tout, une ville de chorales. Il existe plusieurs chorales professionnelles et semi-professionnelles de très haute qualité, dont certaines se sont distinguées aux niveaux national et international. Depuis quelques années il existe le Festival Vancouver, consacré surtout à la musique classique. Ce festival, pour lequel Denis a pu jouer à deux reprises, fait appel à des grands noms ainsi qu'à des artistes locaux. Il y a toujours au moins un récital d'orgue et on fait appel à l'orgue également dans les concerts de chorale. Ceux-ci sont très courus et ceux auxquels nous avons assisté ont attiré plusieurs centaines de personnes.

Vancouver n'est pas vraiment une ville d'orgues et le monde de l'orgue est moins actif qu'au Québec, même s'il y a ici quelques beaux instruments et de très bons organistes ainsi qu'une section du Collège Royal Canadien des Organistes qui tient quelques événements par année. La seule série régulière de récitals d'orgue se tient à la cathédrale Holy Rosary, mais il y en aura peut-être d'autres puisqu'il y a un nouvel orgue à la cathédrale anglicane et un autre, nouvellement restauré et complété, à l'église unie Ryerson. Il faut quand même dire que depuis la restauration de l'orgue de Holy Rosary en 2000, la série a accueilli entre autres Patrick Wedd, Frederick Swann, Simon Preston, Diane Bish, Joyce Jones, Rachel Laurin, Philip Crozier et Sylvie Poirier, Marc D'Anjou, Sophie-Véronique Cauchefer-Choplin, Naji Hakim, et accueillera ce printemps Olivier Latry. La place de l'orgue est malheureusement très limitée à l'Université de la Colombie Britannique. La faculté de musique est principalement axée sur le piano et le chant, deux domaines où l'université est effectivement excellente. Denis y a été chargé de cours pendant trois ans, mais a quitté ce poste au printemps dernier, quand la plupart de ses élèves avaient terminé leur diplôme, afin d'avoir plus de temps pour composer. Par contre, Vancouver devient plus intéressant pour les organistes lorsqu'il s'agit de postes dans les églises. Sans être l'Eldorado, plusieurs postes permettent de vivre décemment, et surtout de se sentir apprécié pour ses qualités d'organiste et de chef de choeur. Car il faut également être chef de choeur, ou, dans notre cas, le devenir très rapidement! La plupart du temps, on exige qu'une même personne soit organiste et chef de choeur. Ceci peut parfois être tout un défi, mais l'organiste contrôle beaucoup plus la situation ainsi et nous apprécions tous les deux cette façon de faire.

Notre vie à Vancouver

Établis ici depuis un peu plus de trois ans et demi, nous poursuivons notre carrière respective. Denis occupe le poste d'organiste et directeur de la musique à la cathédrale catholique Holy Rosary et Rachel est directrice de la musique à l'église unie Queen's Avenue. C'est donc pour nous une aventure et une vie nouvelle qui s'est avérée parfois stressante mais également très enrichissante sur le plan musical. Nous apprécions aussi les instruments que nous touchons à nos églises respectives. L'orgue de Holy Rosary est un Karn-Warren qui date de 1900, année de la construction de la cathé- drale. Il a été restauré en l'an 2000 par Casavant Frères, et est devenu un des plus beaux orgues dans l'ouest canadien, peut-être le plus beau à Vancouver. Il est d'esthétique symphonique française, et sa riche sonorité est mise en valeur par l'acoustique superbe de la cathédrale. Holy Rosary est un très bel édifice de style gothique, récemment restauré, aux vitraux magnifiques, pouvant contenir environ 700 personnes. L'orgue (3 claviers, 42 jeux réels) est situé à la tribune, à l'arrière de la cathédrale. Denis avait évidemment fait la connaissance de l'orgue de Holy Rosary avant de décider d'accepter son poste, mais dans celui de Rachel, rien ne l'attendait à Vancouver. Elle a eu la chance d'obtenir un bon poste avec un très bel orgue, d'abord par intérim et ensuite,par voie de concours, de façon permanente. Celui de l'église unie Queen's Avenue, où elle est directrice de la musique, est un Casavant 1959 (3/40) d'esthétique néo-classique, qui a des ressemblances avec l'instrument des Saints-Martyrs-Canadiens à Québec. L'acoustique est moins généreuse qu'à Holy Rosary, mais n'est pas sèche et sert bien l'instrument qui sonne clair et puissant. C'est en essayant cet orgue pour la première fois qu'elle a su qu'elle voulait vraiment ce poste!

Il y a quelques autres beaux orgues à Vancouver. Par exemple, celui de l'église unie Ryerson, récemment restauré et complété par Casavant, était déjà intéressant et promet encore plus. Il y a un petit orgue mécanique dans une église à North Vancouver, également un Martin Pasi mécanique à West Vancouver. Il y a un grand Casavant mécanique, qui date des années soixante, à l'université, mais il est dans une salle trop petite et à l'acoustique très sèche, et sonne assez agressif. Le nouvel orgue de la cathédrale anglicane a beaucoup fait jaser récemment et est loin de faire l'unanimité. Il s'agit d'un orgue d'esthétique romantique anglaise, aux claviers mécaniques et au pédalier électro-pneumatique, d'un facteur irlandais, Kenneth Jones. L'instrument comporte également une anche en chamade... électro-pneumatique!

Denis Bédard

Mes activités musicales depuis mon arrivée à Vancouver peuvent être classées en quatre catégories : activités liturgiques à la Cathédrale, concerts (à la cathédrale et ailleurs), enseignement et composition.

Activités liturgiques. La grande différence entre mon travail ici et celui que j'exerçais dans différentes églises à Québec (mis à part l'aspect salarial!) est qu'ici je suis non seulement organiste mais également chef de choeur et directeur de la musique. Cela représente beaucoup plus de travail mais le fait de se sentir « maître d'oeuvre » est également beaucoup plus intéressant et gratifiant. À la messe du dimanche à 11 h, je dirige donc « ma » chorale, qui est un choeur amateur mixte d'une vingtaine de personnes, plus un quatuor payé formé de trois étudiants et d'un chanteur professionnel. La présence de ce quatuor est très importante et son soutien permet à la chorale d'assimiler plus rapidement et d'aborder du répertoire assez « avancé ». Nous chantons en latin et en anglais et comme je choisis moi-même la musique (sans aucune intervention du curé), notre répertoire est très « classique » : polyphonie de la Renaissance, chant grégorien, messes de Mozart, Perosi et autres, anthems de Willan, Rutter, etc. Nous chantons aussi assez régulièrement une messe (Missa Brevis II) que j'ai composée spécialement pour ma chorale, de même que plusieurs pièces d'un ancien directeur de la musique à la cathédrale, Karel ten Hoope, maintenant âgé de 87 ans. À mes débuts, je n'avais qu'une expérience assez sommaire de la direction chorale, mais j'ai acquis depuis beaucoup d'expérience en ce domaine et les performances de ma chorale sont le plus souvent très satisfaisantes, parfois magnifiques. Une belle amitié s'est également formée entre mes choristes et moi.

Contrairement aux églises où j'ai été organiste à Québec, je ne joue ici que très peu de funérailles (quatre ou cinq par année). Par contre il y a beaucoup de mariages (une trentaine l'an dernier). Mon séjour à la cathédrale a été marqué jusqu'à présent par de nombreux changements d'administration : en trois ans et demi j'ai connu trois curés, un « administrateur » et deux archevêques... J'espère que l'avenir me réservera un peu plus de stabilité sur ce plan!

Concerts. Mon travail à la cathédrale Holy Rosary inclut deux concerts d'orgue par année et une participation en tant qu'organiste et chef de choeur à un concert réunissant les trois chorales de la cathédrale (la mienne, une chorale féminine dirigée par l'organiste assistante et une chorale « gospel »). J'ai également la chance de donner des concerts (à la cathédrale et ailleurs) avec une formidable chorale professionnelle, les Laudate Singers. L'été dernier j'ai également accompagné en concert Chor Leoni, un choeur masculin de grande réputation. Rachel et moi avons donné des concerts d'oeuvres en solo et à quatre mains à nos églises respectives ainsi qu'à Victoria.

Enseignement. Comme Rachel l'a mentionné, j'ai enseigné l'orgue à UBC (en tant que chargé de cours) dès mon arrivée à Vancouver et ce pendant trois ans, en plus de donner quelques leçons en privé. Je suis resté lié avec certains de mes anciens élèves d'université, à qui je continue d'enseigner de temps à autre.

Composition. En tant que compositeur, je bénéficie actuellement d'une situation assez unique : je reçois des commandes d'oeuvres de ma propre cathédrale. J'ai donc composé pour Holy Rosary les oeuvres suivantes : Variations sur Christus Vincit pour orgue (2003), à l'occasion du 25e anniversaire de prêtrise de Fr. Donald Neumann, alors curé de la cathédrale.

Caelestis Urbs Jerusalem pour choeur et orgue (2003), à l'occasion du 50e anniversaire de la consécration de la cathédrale.

Pater Noster — huit pièces pour orgue (2004), à l'occasion de la retraite de l'ancien archevêque de Vancouver, le Révérend Adam Exner. Au moment où j'écris ces lignes, j'en suis à préparer la création de cette oeuvre de 26 minutes, prévue pour le 11 mars 2005.

J'ai également écrit Deux Motets pour choeur et orgue, oeuvre commandée par les Laudate Singers et créée en 2004. Le RCCO m'a commandé deux courtes oeuvres pour orgue, Masque et Sketch et l'organiste torontoise, Patricia Phillips Wright m'a commandé une Fantaisie sur 0 Canada » pour orgue. Je viens de terminer la composition d'une Suite romantique pour orgue, commande de l'organiste britannique Ralph Franklin. Je prépare également chaque semaine la musique du psaume pour la messe dominicale de 11 heures à la cathédrale.

Rachel Alflatt

Mes activités musicales ont lieu principalement à l'église où je suis directrice de la musique. Ma tâche principale consiste à choisir, préparer, et faire apprendre (ou ré-apprendre) à la chorale deux motets pour chaque dimanche, convenant à la saison liturgique. Je dois également accompagner les hymnes et jouer des pièces d'orgue à l'entrée, l'offrande et la sortie. Je joue aussi les mariages et les funérailles mais il y en a très peu (je joue également des funérailles à l'occasion dans une église catholique). Ma chorale compte environ 15 membres en temps normal et le répertoire va de William Byrd à Denis Bédard (un des compositeurs préférés de la chorale) en passant par le gospel et la musique contemporaine de style populaire religieux, histoire de plaire à tout le monde. Par contre ce dernierstyle de musique n'est pas qu'une ligne mélodique et des accords, mais plutôt une pièce dont l'accompagnement, habituellement pour piano et parfois assez élaboré, est écrit. J'accompagne d'ailleurs autant au piano qu'à l'orgue.

Selon la tradition à l'église Queen's Avenue, nous avons deux fois par année (le troisième dimanche de l'Avent et le dimanche des Rameaux) un « choral service », sorte de concert donné par la chorale pendant l'office religieux. Des répétitions spéciales s'ajoutent pour préparer ces offices et plusieurs choristes temporaires, qui n'ont pas le temps de faire partie de la chorale de façon régulière, viennent nous prêter main forte. Le répertoire est également plus élaboré, par exemple des extraits du Messie de Handel, du Requiem de Fauré, au encore des Sept Paroles du Christ de Dubois (eh oui! et ma chorale, qui ne connaissait pas cette oeuvre, l'a adorée!). Normalement je joue et dirige tout, mais heureusement j'ai parfois de l'aide pour les oeuvres plus élaborées de la part d'une ancienne chanteuse d'opéra et directrice de chorale, également bonne pianiste amateure... et pas du tout prima donna! Nous pouvons donc nous partager la tâche parfois, ce qui est très utile quand les choristes ont vraiment besoin de quelqu'un directement devant eux. D'autres instruments s'ajoutent parfois à l'orgue et au piano, de la trompette (professionnelle) à Pâques et au dimanche précédant le jour du souvenir, et du saxophone, de la flûte et encore de la trompette, joués par des paroissiens à d'autres occasions.

Queen's Avenue est une église très axée sur la musique; les attentes des paroissiens sont élevées mais ils savent montrer leur appréciation et je n'ai jamais l'impression de « jouer pour les bancs ». Une paroissienne organise, depuis des années, une série annuelle de concerts variés, surtout de la musique classique et occasionnellement de l'orgue. C'est dans cette série que Denis et moi avons joué, il y a deux ans, et nous y donnerons un récital (des oeuvres en solo et à quatre mains) encore ce printemps. Évidemment tout n'est pas parfait à cette église, il y a des problèmes financiers comme partout et elle a même failli fermer l'année dernière. Mais depuis, ceux qui voulaient la fermer sont partis et il y a un vent de renouveau. Ceux qui restent sont très impliqués et très déterminés à la garder ouverte; j'ai donc confiance que je garderai mon poste et « mon » orgue au moins un certain temps.

Mon autre activité musicale à Queen's Avenue est l'enseignement de l'orgue. J'ai habituellement quatre ou cinq élèves de différents niveaux et la plupart sont très intéressantes (ce sont presque toutes des femmes). Certaines ont passé l'examen de « Service Playing » du CRCO avec grand succès, une de ces élèves a même obtenu la plus haute note au pays. Il y a deux ans et demi, une de mes élèves a été acceptée en orgue au niveau du baccalauréat à l'Université de Victoria et une autre, qui détenait un baccalauréat en piano de la Corée, est entrée au mois de septembre directement au niveau de la maîtrise en interprétation-orgue à l'Université d'Alberta (où il y a une classe d'orgue florissante). Mes élèves sont un peu les Nations Unies, plusieurs Coréennes, mais aussi une Chinoise, un Hollandais et une Israélienne. J'adore ce contact avec d'autres cultures, et j'ai même pu apprendre quelques mots de coréen!

Je gère également les Éditions Cheldar, qui sont maintenant entièrement sous ma responsabilité puisque Denis n'a plus le temps de s'en occuper. Les oeuvres de Denis se vendent un peu partout dans le monde et gérer les Éditions Cheldar est devenu un vrai emploi à temps partiel.

Et finalement, je fais ce que j'avais dit en quittant le Québec que je ne ferais plus (au moins pendant un certain temps): je fais partie de comités organisateurs du monde de l'orgue! Je suis toujours active au niveau national du CRCO, mais je fais également partie du comité très informel du CRCO local. J'ai donc une ou deux réunions (avec vin et fromage ou un repas, nous tenons à joindre l'agréable à l'utile!) et une activité à organiser par année. Par contre, je suis également devenue, à la demande du curé, la présidente du comité organisateur de la série de récitals d'orgue à Holy Rosary. Cela peut impliquer plusieurs tâches dépendant des circonstances, allant de la mise en page des programmes à la négociation avec les artistes ou leurs agents et avec le consulat français qui commandite certains concerts. Ma vie est donc bien remplie!

Conclusion

Nous ne pouvons conclure sans dire un mot sur notre vie en dehors de la musique. Quand nous sommes arrivés, tout nous paraissait étrange, tour à tour excitant ou intimidant. Mais nous avons appris à beaucoup aimer Vancouver, cette ville cosmopolite où on peut côtoyer tant de cultures différentes (et goûter leurs cuisines souvent délicieuses!), cette ville où la nature, la mer et les montagnes sont si splendides et où l'hiver ne dure que deux ou trois mois et la neige, quand il y en a, que quelques jours. Il faut dire que Denis s'ennuie parfois de la neige, mais pas moi! Et puis, si on veut de la neige, onpeut toujours faire comme moi cet hiver et aller skier sur une des trois montagnes à 45 minutes de chez nous... Nous avons acheté une maison de ville (townhouse) à côté d'une rivière, à 25 minutes du centre-ville et de la cathédrale, et à 15 minutes de Queen's Avenue. Nous sommes donc bien installés tous les trois, puisque notre chat Francis a déménagé avec nous (il a plus de 20 ans, est toujours heureux etrelativement en bonne santé!). Nous retournons régulièrement au Québec; Denis y donnera d'ailleurs deux concerts au mois de juin, à Sainte-Marie de Beauce et à Chicoutimi. Nous recevons, de temps à autre, la visite d'amis du Québec et d'ailleurs, et nous nous sommes également fait de nouveaux amis ici. Nous vivons donc dans l'ensemble une très belle expérience!


Nouvel organiste titulaire à Notre-Dame-du-Cap
par Michelle Quintal


Après 16 ans de brillants services, Gilles Rioux a décidé de quitter le poste d'organiste titulaire des orgues de la Basilique Notre-Dame-du-Cap. De 1989 à 2004, il y a joué plus de huit mille (8 000) messes, y a organisé les Récitals d'été du Cap, les Concerts du Carême ainsi que les récitals des Jardins de la lumière. Il a même fondé et dirigé une chorale d'une trentaine de voix de femmes qui, de 1999 à 2004, guidait et soutenait l'assemblée tout en rehaussant la solennité des célébrations liturgiques à la Basilique. Il a aussi écrit plus de deux cents (200) arrangements et accompagnements de chants d'assemblée, d'un répertoire qui en comprend au-delà de quatre cents (400).

En octobre dernier, suite à la démission de Gilles Rioux, les autorités du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap ont publié, dans différents journaux, une offre d'emploi pour un organiste titulaire démontrant les qualifications suivantes: compétences et formation en musique, capacité d'improvisation, facilité de travail en équipe, et disponibilité. Formé de Marcel Chénier, o.m.i. (ancien chef de choeur de la Maîtrise du Cap, religieux maintenant établi à Ottawa), de Réjean Vigneault, o.m.i., directeur des pèlerinages et animateur, de Raymond Perrin, organiste (assistant à l'orgue de la Basilique pendant de nombreuses années, chef de choeur de la Maîtrise du Cap de 1987 à 1997, professeur d'orgue au Conservatoire de Trois-Rivières depuis 1988), et de Michelle Quintal, organiste (assistante à l'Oratoire Saint-Joseph de 1972 à 1974„ remplaçante à la Basilique du Cap depuis 1993, professeure dans les conservatoires de 1971 à 2000), un jury s'est réuni dans l'après-midi du 21 novembre pour fixer les barèmes d'évaluation des candidats.

Le même soir, de 19 heures à 23 heures, ce jury, présidé par Gilles Rioux (qui n'avait pas le droit de vote), a écouté les trois (3) organistes : Dominique Lupien, Martin Brossard, et Mathieu Latreille, concurrents dont l'ordre de présentation avait été fixé après un tirage au sort. Mentionnons que le public avait été invité à assister aux épreuves.

Chacun des candidats avait eu droit à deux (2) heures de travail à l'orgue de la basilique afin de se préparer à interpréter deux (2) pièces du répertoire soit une oeuvre brillante et une autre plus méditative. Lors de l'épreuve d'accompagnement de deux (2) chants liturgiques, deux (2) improvisations de caractères différents en forme de prélude, d'interlude ou de postlude devaient être interprétées. Après une lecture à vue, chacun des concurrents se présentait à une brève entrevue.

Après délibérations, le président du jury a proclamé Dominique Lupien, candidat gagnant à l'unanimité. Organiste, compositeur, improvisateur, Dominique Lupien est déménagé aux Trois-Rivières, secteur Cap-de-la-Madeleine afin d'entrer en fonction le 15 janvier 2005. Il a quitté, à Montréal, le poste d'organiste titulaire qu'il occupait, depuis 1994, à la paroisse Saint-Jean-de-Matha.

Natif d'Aston-Jonction, Premier prix d'orgue à l'unanimité du jury (classe de Gaston Arel) du Conservatoire de musique de Montréal en 1991, il a aussi étudié l'improvisation avec Raymond Daveluy, et la composition avec Gilles Tremblay et Michel Gonneville. Notons qu'il avait aussi remporté, en 1991, le Premier prix au Concours d'improvisation de la société Pro Organo (Mauricie), concours qui avait eu lieu à l'orgue de la basilique. Il avait eu l'occasion, en 1995, de remplacer Gilles Rioux alors que celui-ci s'était absenté pour aller jouer en Europe.

Toutes nos félicitations au nouvel organiste titulaire des orgues de la Basilique Notre-Dame-du-Cap, Dominique Lupien, un autre musicien de talent en Mauricie!


Le manuscrit des Ursulines de Thonon
86 noëls inédits du XVIIIe siècle (1729-1772)
par Berry Maisonnat

Cet étrange document chiffonné, sans couverture, en format à l'italienne, appartient à l'Académie Chablaisienne (société savante d'histoire) de Thonon-les-Bains, une petite ville d'Europe sise sur les bords du lac Léman, non loin de ses voisines suisses Genève et Lausanne. Cette région, la Savoie, a connu une histoire fort mouvementée au cours des siècles, depuis le Moyen-âge où elle était dans le giron du Saint Empire Romain Germanique, la Renaissance où elle fut italienne (terme quelque peu anachronique, puisqu'elle appartenait au Royaume de Piémont-Sardaigne dont la capitale était Turin) jusqu'à son rattachement définitif à la France, en 186o seulement. Elle fut le théâtre de conflits incessants et d'invasions diverses, françaises, suisses, espagnoles pour le contrôle de ces portes vers le sud qu'étaient les cols alpins. À cela, il faut ajouter des guerres de religion, puisque Genève qui était le siège de son évêché était passée définitivement au protestantisme aux côtés des Bernois.

Culturellement, cette province a donc subi tout à tour des influences ultramontaines grâce à la Cour brillante et raffinée de Turin, et gallicanes par la présence de régentes apparentées à la Cour de France entre autres. Il semble toutefois que ce soit le français qui se soit imposé très tôt comme langue « officielle » en remplacement des patois divers et même du latin, et que l'italien n'ait jamais été parlé ici. D'ailleurs, dans le manuscrit, presque tous les textes sont en français, un seul noël est en italien, et trois sont en latin.

Les Ursulines s'étaient implantées à Thonon en 1634 pour s'occuper de l'éducation des jeunes filles. Cet ordre, bien connu au Québec, dispensait un enseignement à la pointe de la modernité, si l'on peut dire, incluant les arts et les lettres. L'étude du recueil de noëls s'est vite révélé très problématique à cause de la perte irréparable de tout document de première main concernant ce couvent qui ne s'est pas relevé après la Révolution Française (et l'expulsion de ses religieuses), et dont il ne reste absolument plus rien aujourd'hui. Sur la première page, on peut observer un très joli découpage en forme de double coeur sur lequel on lit un charmant sonnet à l'éloge d'une personne qui est sans doute Mme de Bionnens, une religieuse d'origine suisse (de Fribourg) qui fut l'une des supérieures du couvent. Il est même probable qu'il s'agisse là de son propre cahier de musique, le sonnet et diverses autres annotations postérieures étant d'une autre main. Il n'y a pas de noms d'auteurs ou de compositeurs, seulement des noms de religieux Barnabites et Capucins, dont les couvents étaient voisins, et d'un certain M. Rosset, un laïc qui pourrait bien avoir été le maître de musique, le maître de chapelle, l'organiste, et à qui sont attribués les plus beaux noëls du recueil.

Ne sachant pas si l'on avait affaire à des oeuvres originales, à des copies ou des imitations, il a fallu tenter de rechercher les sources possibles. Il était clair que ces musiques n'avaient pas grand-chose à voir avec le répertoire d'origine populaire des noëls, si familier aux organistes, répandu dans les coins les plus reculés par les colporteurs et mis à toutes les sauces. Les airs copiés dans le manuscrit, presque tous pour une voix soliste (avec tout de même quelques duos et trios et quelques parties à chanter par un choeur à l'unisson), ressembleraient plutôt aux airs dans les goûts italiens et français publiés par les Ballard, et aux airs spirituels tirés des meilleurs auteurs publiés par les éditeurs parisiens Le Clerc, Desprez ou Lottin.

Outre les cas des oeuvres qui pourraient être originales (celles de Rosset par exemple?), on peut définir 4 cas :

  1. Les copies pures et simples : un motet du célèbre Giovanni Bassani (Nascere dive puellule) et un noël publié sans nom d'auteur à Paris en 1731 par Desprez.
  2. Les parodies, c'est à dire des textes nouveaux calqués sur des mélodies préexistantes, procédé le plus fréquent dans le cas des noëls ; 3 ont été repérées à ce jour, toutes issues de recueils de Ballard datés de 1706 et 1708, dont une amusante chanson à boire de Campra, L'autre jour Isabelle, un duo pour dessus et bas-dessus.
  3. L'inverse, c'est à dire des textes connus sur de nouvelles mélodies. Le principal fournisseur de textes semble bien avoir été le célèbre abbé Simon-Joseph Pellegrin, librettiste de Rameau et prolifique auteur de cantiques divers maintes fois réédités ; il utilisait lui-même le procédé de la parodie, puisqu'il indiquait sur quel air, ou timbre, chanter ses poésies spirituelles, musiques empruntées le plus souvent à des grands musiciens, avec une préférence marquée pour Lully.
  4. Plusieurs sources et emprunts divers et partiels : le langage des noëls est devenu au fil du temps quelque peu stéréotypé, et l'on retrouve dans le manuscrit maintes expressions déjà lues ailleurs dans les nombreux recueils régionaux des XVIle et XVIIIe siècles, ou très ressemblantes, avec parfois même citations ou emprunts de vers ou de strophes entières.

Le problème épineux de l'identification des sources n'est pas le seul à traiter ; il s'agit aussi de rétablir un texte lisible et jouable, le manuscrit étant inutilisable tel qu'il se présente. En effet, il y manque la partie essentielle de basse continue qu'il faut réinventer, compléter et corriger les parties instrumentales qui sont à peine ébauchées et pleines d'erreurs manifestes. Le déchiffrage de l'écriture elle-même n'est pas très aisé, bien des pages sont raturées et surchargées, les portées et les notes tracées à la va-vite. Il est clair que ce petit cahier était essentiellement à usage privé et domestique, nullement destiné à passer à la postérité! C'était le simple et humble pense-bête d'une religieuse chanteuse, complétant son répertoire d'année en année, le corrigeant et le remaniant. Il est d'ailleurs émouvant de remarquer çà et là quelques petits graffitis en formes de coeurs.

Après une longue étude, il reste encore nombre de questions sans réponses. Tel que, ce petit livre usé se présente comme un mélange de naïveté et de maladresse, mais aussi de raffinement et de culture puisés aux meilleures sources de l'époque. Il est sans aucun doute un précieux exemple de ce que pouvaient être les pratiques musicales dans les couvents de province au XVIIIe siècle, d'autant plus étonnant qu'il est encore à ce jour le seul et unique document témoignant de ce lieu à cette époque.


Ce texte de madame Betty Maisonnat, organiste titulaire de Saint-Didier-du-Mont-d'Or (Lyon), est le résumé d'une conférence que celle-ci donnait, le 1er novembre 2004„ au Grand Séminaire de Montréal dans le cadre des activités des Amis de l'Orgue de Montréal.


L'orgue sur le web
par André Côté

  • En entrée de sujet, pour cette chronique, je vous propose un site au titre bien peu révélateur « Organ history » mais au contenu colossal. Le survol des trois sections (The organ and how it works — Organ history Geographical tour) constitue une introduction détaillée au monde de l'orgue. Le tout est enrichi de nombreux schémas et photos.

  • www.concertartist.info/organhistory/

  • Bien qu'une recherche sur Internet permette de trouver des centaines de pages consacrées à Olivier Messiaen, le site « The Olivier Messiaen Page » revêt un intérêt particulier de par la quantité importante d'informations qu'il renferme. Ce site mis sur pied par Malcolm Bali présente une biographie détaillée du compositeur, une bibliographie, la liste de ses oeuvres, une liste de documents audio et vidéo, un compte-rendu de concerts, événements ou enregistrements ainsi qu'une série de photos d'archives.

  • www.oliviermessiaen.co.uk

  • Pour agrémenter vos périodes passées à naviguer sur Internet, ce site permet l'écoute en continu de musique d'orgue. Vous pouvez adresser vos demandes spéciales parmi plus de 2 000 oeuvres. Une section du site permet de connaître les détails de l'interprétation en cours ainsi que la pièce à venir. L'auditeur peut donner son appréciation des pièces et consulter un palmarès. A ajouter en priorité dans la liste de vos favoris!

  • www.organlive.com

  • L'Organ Historical Society nous offre depuis déjà plusieurs années un site très complet en accord avec ses objectifs de promotion et de conservation du patrimoine musical dans le monde de l'orgue par des publications, des congrès et une collection d'archives.

  • www.organsociety.org

  • Si votre esprit scientifique vous pousse à vouloir saisir les lois qui régissent la production du son des tuyaux à bouche, le site « Flue Pipe Acoustics » saura sûrement vous intéresser. Il vous faudra cependant peut-être revoir quelques notions élémentaires de physique...

  • rjweisen.50megs.com

  • Je vous faisais part, dans le numéro 15 de Mixtures, de l'existence de l'Encylopedia of Organ Stops. À titre de complément, en français cette fois, je vous suggère le site intitulé « Les noms des jeux de l'orgue à travers les pays ». On y retrouve, pour des centaines de noms de jeux, une brève description ainsi que la mention d'un orgue où l'on peut le retrouver. Le site est, de plus, agrémenté d'une galerie de photos de grande qualité.

  • klmt.club.fr/index.htm


Nouvelles des régions

  • Québec

  • par Irène Brisson

      Aux Amis de l'orgue de Québec

      Saison 2004-2005

      À Québec, malgré le temps froid, les salles et les églises se tiennent chaudes car la ville ne cesse de bouger et de laisser résonner ses tuyaux d'orgue! Depuis la dernière parution, Les Amis de l'orgue de Québec ont présenté deux concerts et une conférence qui ont donné aux amateurs de belle musique et aux plus curieux d'entre nous l'occasion de satisfaire leurs désirs.

      Le 31 octobre dernier, nul autre que Gaston Arel, dont les grandes qualités d'interprète sont connues, rendait un concert qui fut très apprécié du public de l'église du Très-Saint-Sacrement. Fort agréable, ce concert nous a fait revivre quelques-unes des plus grandes pages de l'orgue. Empreinte d'un grand souffle musical, l'interprétation de M. Arel, transmise avec justesse et émotion, en a séduit les auditeurs. Le 21 novembre, c'était au tour de Vincent Boucher de faire valoir ses talents : technique sûre, brio, répertoire varié et rendu avec goût et précision. Les pièces de Scarlatti et les grandes oeuvres romantiques ont remporté la palme chez les auditeurs présents à la Basilique-Cathédrale Notre-Dame de Québec.

      Chargé de projets chez Casavant Frères et historien apprécié, Simon Couture a présenté le 6 février dernier une conférence passionnante, très solidément menée, bien relevée avec des images et des documents d'archives de chez Casavant. Un survol des 150 ans de cette entreprise de facture d'orgue, des origines à nos jours, avec notamment la présentation des orgues construits ou restaurés par Casavant dans la grande région de Québec. Un franc succès et, selon Irène Brisson, « une recherche qui mériterait d'être publiée ».

      Trois concerts aux couleurs distinctes sont à venir pour bien accompagner le retour du printemps, de la chaleur et des oiseaux: le 16 avril, l'orgue des Saints-Martyrs-Canadiens fait équipe avec la trompette, Sylvain Doyon, organiste, accompagnant Louis Larouche. Le 30 avril, l'orgue s'unira aux voix de l'Ensemble de musique sacrée de Québec sous la direction de Richard Duguay. Mathieu Blain sera aux claviers de la Basilique Notre-Dame de Québec. Enfin, le 28 mai, la musique baroque se présentera sous un jour rafraîchissant en l'église Saint-Félix de Cap-Rouge. L'organiste Nathalie Gagnon a préparé un programme qui en surprendra plusieurs.

      Un événement attendu avec impatience par nos membres est l'excursion annuelle. Cette visite qui passera par Iberville et Montréal aura lieu le lundi 23 mai et promet de belles découvertes.

      Fête en l'honneur de Noëlla Genest

      Noëlla Genest, qui a pris sa retraite en juin dernier comme professeure d'orgue au Conservatoire après y avoir enseigné pendant 25 ans, est une figure importante du milieu de l'orgue à Québec et dans la province. Afin de lui démontrer toute la reconnaissance et l'appréciation qui lui sont dues, une grande fête a été organisée en son honneur le 14 janvier dernier, à l'église des Saints-Martyrs-Canadiens. Préparée dans le plus grand secret afin de lui en faire la surprise, cette fête a commencé par un court récital de trois de ses anciens élèves : Dany Wiseman (oeuvres de Buxtehude), Édith Beaulieu (Prélude et fugue en mi mineur de Bach) et Raymond Perrin (Litanies de Jehan Alain).

      La soirée s'est poursuivie par un vin d'honneur, un repas et des témoignages d'affection et de reconnaissance de ses élèves et de quelques collègues : « La vie de l'orgue au Québec n'eût certainement pas été la même sans votre présence chaleureuse et compétente » lui a écrit Yves G. Préfontaine, de Montréal. « Vous avez fait naître et développer chez nous la passion de l'orgue », a dit Manon Jobin tandis que, de Vancouver, Rachel Alflatt et Denis Bédard soulignaient qu'« en plus d'être une brillante organiste, Noëlla Genest a été un professeur d'orgue exemplaire : très soucieuse de donner une solide base technique à ses élèves, elle a également toujours été à l'affût des nouvelles tendances sur le plan de l'interprétation. »

      Une magnifique sérigraphie de Claude A. Simard a été offerte à la jubilaire.

      Échos de nos églises et leurs orgues

      Les difficultés financières des églises de nos jours sont chose connue. Sans vouloir appliquer ici la maxime « le malheur des uns fait le bonheur des autres », à Lévis, sur la Rive-Sud de Québec, une histoire triste a trouvé une belle fin : à la suite de la fermeture de l'église Saint-Antoine, de Bienville, son majestueux locataire, un orgue Casavant de trois claviers et pédalier, a trouvé refuge dans une autre église tout près. Le 20 novembre dernier, avait lieu, par Dany Wiseman, l'inauguration de cet orgue en l'église Christ-Roi. Installé et réharmonisé par Jean-François Mailhot, l'instrument d'une trentaine de jeux se prête particulièrement bien à la musique romantique et contemporaine.

      De même, le 28 octobre 2004, la paroisse Notre-Dame-de-Foy a acquis, pour l''église Sainte-Geneviève, de Sainte-Foy, un orgue de deux claviers et pédalier qui se trouvait auparavant en léglise Sainte-Croix, de Shawinigan, qui est fermée depuis avril 2004. Il s'agit d'un instrument à traction mécanique fabriqué en 1973 par la firme Providence. Toutefois, certaines transformations devant être apportées dans le choeur, l'installation de cet orgue est reportée à plus tard.

      Les Concerts Notre-Dame

      Nouvellement venus dans le paysage diversifié du monde de l'orgue, les Concerts Notre-Dame préparent une rentrée marquée pour l'automne à Québec. Fondé à l'initiative de Marc D'Anjou et Nathalie Gagnon, respectivements organistes à la Basilique Notre-Dame de Québec et à l'église Notre-Dame-de-la-Victoire à Lévis, cet organisme donnera une place de choix à la musique sacrée et à la musique d'orgue. C'est à suivre!.


    Dans le monde du disque
    par Gaston Arel

    Philip Crozier
    Petr Aben: Faust, A Festive Voluntary, Kleine choralpartita
    Sylvie Poirier
    Petr Eban: Job
    Orgue Rieger de la cathédrale de Fulda (Allemagne).

    Voici les deux premiers CD, édités à compte d'auteur par nos éminents collègues Philip Crozier et Sylvie Poirier, consacrés à l'œuvre pour orgue du grand organiste et compositeur tchèque Petr Eben. Dans Faust, inspiré de Goethe, Eben a voulu exprimer dans cette oeuvre cyclique, la polarité du Bien et du Mal et 1a lutte qu'ils se livrent dans chaque être humain. Dans Job, autre œuvre cyclique, le compositeur évoque le thème de la gageure, éternellement disputée entre Dieu et Satan, du destin humain. Ces pièces reflètent sa foi profonde et immuable qui, tout au long des années noires et répressives du communisme, le soutint sans fléchir alors qu'il devait travailler et composer dans une relative isolation. Magnifiquement exécutés sur le grand orgue Rieger du Dom à Fulda (Allemagne)

    AZIMUTH DSO-001 et 002 – Disponible chez les principaux disquaires et les interprètes.
    Renseignements : (514)739-8696 / philipcrozier@sympatico.ca



    Yves G. Préfontaine et les Chantres du Roy
    Gaspard Corrette: La Messe du 8e ton à l'usage des dames religieuses
    Orgue Julien Tribuot (1699) - Seurre (Côte d'Or).

    Avec le concours d'un ensemble vocal spécialisé dans l'interprétation du plain-chant, notre ami Yves a réalisé un enregistrement remarquable dans lequel les pièces d'orgue alternent avec le chant. À mon humble avis, l'orgue de Seurre, que j'ai eu le bonheur de visiter il y a quelques années, est vraiment l'instrument idéal pour cette réalisation discographique. Un CD que tout organiste, amoureux de la musique française du 18e siècle, devrait posséder.

    ATMA ACD 2-2345



    Jean Thibault
    Organistes-compositeurs de la Basilique Sainte-Clothilde de Paris
    Orgue Casavant de la cathédrale de l'Immaculée-Conception, Edmundston, NB.

    Grâce à la collaboration de l'Association culturelle du Haut-Saint-Jean et des Amis de l'orgue d'Edmundston, Jean Thibault a eu la bonne idée de nous faire revivre, sur ce CD, des oeuvres de musiciens qui se sont succédés à la basilique Sainte-Clotilde de Paris, tribune rendue célèbre par César Franck (Pierné, Tournemire, Bonnal et Langlais). Après des études au Québec auprès de Françoise Aubut, Dom André Laberge et Antoine Bouchard, Jean a poursuivi ses études à Paris sous direction d'André Isoir. C'est sans doute là qu'a germé ce programme dont les pièces, judicieusement choisies et admirablement exécutées, mettent en valeur les qualités sonores de l'orgue Casavant de la cathédrale d'Edmundston, N.B.

    Publication à compte d'auteur


    Dans le monde de l'édition
    par Gaston Arel

      Helmut Walcha, Nuit de lumière

      Joseph Coppey et Jean-Wlly Kunz racontent dans ce livre la vie de l'organiste et compositeur allemand Helmut Walcha né en 1907 et décédé en 1991. Même s'il n'est jamais venu en Amérique, la réputation de Walcha a traversé l'Atlantique, peu de temps après le Deuxième guerre mondiale. Rappelons qu'il fut le premier à enregistrer l'intégrale de l'oeuvre d'orgue de Bach sur des orgues historiques (Cappel, Alkmaar, etc.).

      Cette biographie bouleversante de ce musicien aveugle est vraiment fascinante. Elle est accompagné de nombreuses photos et d'émouvants témoignages tels que Michel Chapuis, Lionel Rogg pour ne nommer que ceux-là.

      Éditeur : Jérôme Do Bentzinger, 8 rue Roesselmann 68000 Colmar, France
      Renseignements : Jean-Willy Kunz : (514) 975-2843 / jwillykunz@aol.com


    Revue des revues
    compilée par Gaston Arel
    La Tribune de l'orgue
    REVUE SUISSE ROMANDE
    Guy Bovet
    CH-1323 Romainmotier, Suisse
  • 56e année, No 3 (2004)
    Éditorial — Village-Neuf et Berlin-Auenkirche, une troisième voie en facture d'orgues — L'orgue de Valère est restauré — Pour une représentation graphique simplifiée des tempéraments — L'orgue de Valère et le tempérament — Le quart d'heure d'improvisation — Neuvième année de la TDLO — Les mémoires de Don Aldo Lanini (III) — Jean Boyer — Carlo Florindo Semini — Jean-Louis Florentz — L'orgue de Dombresson — Les voyages de M. Philéas Fogg — Livres, disques, partitions, et Alia, courrier des lecteurs, revue de presse, cours, concours, congrès et académies, communications de FAOR, calendrier des concerts.
  • 56e année - No 4 - (2004)
    Éditorial — À propos d'accompagnement des cantiques — L'orgue Serassien : mode d'emploi — Un petit tour à Paris — À propos de l'article sur le tempérament del'orgue de Valère — Le quart d'heure d'improvisation — Dixième année de la TDLO — Les mémoires de Don Aldo Lanini (IV) — Jean Boyer — L'orgue expérimental de la haute école de musique de Berne — Cathédrale de Lausanne : un an après — L'orgue Hildebrandt de Naumburg — Les voyages de M. Philéas Fogg — Disques, partitions, un site internet utile, et Alia, divers, revue de presse, cours, concours, congrès et académies, communications de FAOR, calendrier des concerts.
  • Le Magazine de l'Orgue
    Rue du Trône, 200,
    B-1050 Bruxelles, Belgique
  • No 80-81 (juin-décembre 2004)
    Prélude — 22 CD's classés par compositeurs — La Boutique du M'0 — Les Folies françoises — 36 CD's récitals classés par interprètes — Carnet de Toulouse — XIV questions à Bernard Lagacé — 3 CD's en bref — 12 livres sur l'orgue — L'orgue dans la Gazette et Revue Musicale de Paris, 1851 — 44 partitions d'orgue — Agenda des concerts.
  • No 82 (premier trimestre 2005)
    Prélude — 21 CD's classés par compositeurs — L'orgue dans la Gazette et Revue Musicale de Paris, 1851 — 13 CD's récitals classés par interprètes — La Boutique du M'0 — 9 livres sur l'orgue — 11 partitions d'orgue — Agenda des concerts.
  • Musica et Memoria
    ASSOCIATION ÉLISABETH HAVARD DE LA MONTAGNE,
    Le Moulin Blanc,
    87300 Bellac, France
  • no 93-94 (janvier-juin 2004, 25e année)
    La formation musicale au Petit séminaire de Nancy — La musique au Petit séminaire de Pont-à-Mousson — Napoléon Alkan — Il y a 50 ans, à propos d'une émission à Paris-Inter — Dynastie Philidor : le Joueur d 'échecs et le Copiste — Obtiuaire des musiciens de janvier à juin 2004 (incluant Jean Boyer & Roger Matton) — Guillaume Lekeu, génie postromantique — Stravinsky, vénitien éternel — Ernest Boulanger, père de Nadia et de Lili.
  • L'Orgue
    Revue indépendante
    F. Widmer
    4, chemin de la Criblette
    CH-1091 Grandvaux, Suisse
  • no 1 (mars 2004)
    Une histoire de choeurs — Courrier des lecteurs — L'orgue Spaich de Belfaux FR — Hommages à Georges Lhôte — « Souffles lausannois ».
  • no 2 (juin 2004)
    Jubilate Deo — Un nouvel orgue à la cathédrale de Bâle — Une visite au jardin organistique de Bâle — L'orgue romain d'Avenches VD — Marcel Dupré (1886-1971)
  • no 3 (septembre 2004)
    Bandes d'amateurs! — Anniversaires en musique — Un renouveau du multiplex — Concours de mots croisés no 59 — Joseph Bonnet (1884-1944) — In memoriam de Georges Cattin — L'orgue Spaich/Wolf-Bénett de Promasens FR — La chronique discographique.
  • no 4 (décembre 2004)
    Le Billet — Courrier des lecteurs — Cantate Domino: Cinquante ans d'édition — La facture d'orgues en France de 1800 à 1870 — Huitième Festival Bach de Lausanne — Hommage à Marcel Dupré — Le nouvel orgue Saint-Martin de Cambridge — Georges Lhôte et l'évolution de la facture d'orgues — Chroniques discographique et bibliographie.
  • Arte organaria e organistica
    Casa Musicale Edizioni Carrara,
    Via Calepio 4-24125
    Bergamo, Italia
  • Anno XI, no 52 (Luglio-Settembre 2004)
    L'organo del Sol Levante — Prevenire il logorio del tempo — Uno strumento coinvolgente — L'organo della Chiesa parrocchiale di Fierozzo Tn — Il collaudo di Bossi dell'organo Inzoli (1892) — Una Sonata inedita di Giovanni Tebaldini — Camille Saint-Saëns, organisa giramondo — Rubriche : In Breve, A.I.0., Recensioni CD. Libri, Riviste, Spartiti, Internet, Attività Artistica (Concerti, Corsi e Concorri), Organo e Letteratura.
  • Le Tuyau
    Bulletin de liaison de l'Association
    « Connaissance et pratique de l'orgue »
    Montpellier, France
  • no 36 (2e semestre 2004)
    Edito : Jacques Bétoulières — Bonaventure Laurens et Johann Christian Heinrich Rinck : une amitié franco-allemande — Disques reçus — Rubrique DVD — Jean Boyer, essai de discographie — Revue des revues, livre, partitions.
  • Notes d'agrément
    Bulletin de liaison
    des Amis de l'orgue de Rimouski
  • volume 10, no 3 (novembre 2004)
    Deux artistes et trois instruments à Saint-Pie X — La guerre des «tunes» — Convergence réussie.