Biographies d'organistes d'hier
Biographies of organists of the past

(Available, for the time being, in French only)



D


Antoine Dessane

Né à Forcalquier (France) le 9 décembre 1826 et mort à Québec le 8 juin 1873.

Organiste, pianiste, violoncelliste, professeur et compositeur.

Deuxième fils de Louis Dessane, auteur d'une théorie de la musique approuvée par Luigi Cherubini, et de Marie Maurel, il eut, pour premier professeur de composition, son frère aîné. Un autre de ses frères était organiste à Saint-Sulpice de Paris. Jusqu'en 1837, il reçut son éducation dans sa famille. Son père, qui enseignant depuis 1828 au collège des Jésuites à Billom, en Auvergne, lui imposa une discipline rigoureuse: à neuf ans, Antoine faisait quotidiennement neuf heures d'études musicales.

En 1837, la famille quitta l'Auvergne pour habiter Paris, et à dix ans et demi, il devint l'un des plus jeunes élèves du Conservatoire de Paris et l'un des rares à fléchir le redoutable directeur, Luigi Cherubini. César Franck et Jacques Offenbach furent parmi ses condisciples.

En octobre 1841, son père le retira néanmoins du conservatoire et partit avec ses fils, d'abord aux Etats-Unis, ensuite pour la province française, l'Italie, l'Autriche et l'Allemagne dans une tournée publicitaire dans le but de promouvoir son commerce de musique. Le voyage dura un an et demi. Au retour, Antoine enseigna, pendant un an, avec son père à Billom. En 1845, il se fixa à Clermont-Ferrand et y compléta son éducation musicale auprès du compositeur George Onslow. Une de ses élèves, Irma Trunel de la Croix-Nord (1818-1899), devint sa femme en 1847. Quelques mois après leur mariage éclata la révolution de 1848. Rationnée pour le nécessaire, la France, la province surtout, ne parvint pas à faire vivre ses artistes. Dessane accepta alors l'offre de succéder à T.F. Molt au poste d'organiste de la basilique Notre-Dame de Québec.

Avec sa femme et sa fille, il débarqua à Québec en juillet 1849. Retrouvant leur langue et leur religion, les Dessane s'intégrèrent rapidement à un milieu fort intéressé à la culture. Au cours des années qui suivent, Dessane et son épouse, une artiste lyrique, organisèrent des concerts et des soirées musicales. En 1857, il forma le Septett Club, un septuor de cordes et vents, qui dura jusqu'en 1871, et offrait le répertoire classique et romantique. En 1864, suite à un différend avec Ernest Gagnon sur l'accompagnement du plain-chant, Dessane remet sa démission comme organiste de la basilique.

En 1865, la famille s'installa à New York où les Jésuites offrirent à Dessane un poste d'organiste à l'église Saint-François-Xavier. Même si ce nouveau poste était pécuniairement intéressant pour le père de sept enfants, ce séjour dans la métropole américaine fut assez pénible. En outre, la santé de Dessane était déjà déficiente. Il n'en organisa pas moins des concerts, surtout de musique religieuse, avec solistes, chœur et orchestre.

En 1869, Damis Paul quitte l'église Saint-Roch de Québec où il était organiste depuis 18 ans. Grâ à ses amis Adolphe Hamel et Nazaire LeVasseur, Dessane obtint le poste et entra en fonction le 1er novembre. En décembre 1869, il fonda la chorale dite Société musicale Sainte-Cécile.

En 1870, ses efforts portèrent surtout sur la mise en place d'un conservatoire sur le modèle de celui de Paris. Outre des classes de piano, d'orgue, de chant et de théorie, il prévoyait former un orchestre qui répéterait deux fois par semaine. Un concert inaugural eut lieu le 28 juin 1871 mais les cours, prévus pour le 3 novembre suivant, ne purent commencer. La santé de Dessane se dégrada et, à partir du printemps de 1872, LeVasseur dut le remplacer à l'orgue de Saint-Roch et à la direction de la Société Sainte-Cécile. Le 1er juin 1873, il put encore jouer à l'Offertoire de la messe, mais une semaine plus tard, il mourut dans sa maison de la rue Saint-Jean.

Outre ses cours à domicile, Antoine Dessane a enseigné à l'Hôpital général et collège Jésus-Marie. Son fils, Léon (Québec, 15 décembre 1863 - 7 mai 1930), élève de Calixa Lavallée, fut organiste à Saint-Roch pendant 33 ans.

Juliette Bourassa-Trépanier

Source: Encyclopédie de la musique au Canada, Montréal, Fides, 1993 (ISBN 2-7621-1688-0)

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Abbé Léon Destroismaisons

Né à La Pocatière, 2 mars 1890 et mort à Saint-Pacôme, 3 février 1980.

Organiste, professeur, compositeur.

Parallèlement à des études classiques et théologiques qui le conduisirent à la prêtrise, il fait des études musicales avec l'abbé Joseph Bourque au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, où il enseigna plus tard l'orgue et l'harmonie tout en continuant ses études de piano et d'orgue avec Henri Gagnon (1914-25).

En 1925, une bourse du gouvernement du Québec lui permit d'entreprendre un séjour de quatre ans en Europe. À Paris, il suivit les cours de Maurice Sergent et Marcel Dupré (orgue), Simone Plé (piano), Georges Caussade (harmonie et contrepoint), Henri Potiron et Auguste Leguennant (grégorien) Il obtient un diplôme de l'Institut grégorien (1929). Entre temps, il suivit les cours de composition de Vincent d'Indy à la Schola Cantorum.

Dès son retour, il reprit son poste de professeur à Sainte-Anne-de-la-Pocatière où il enseigna jusqu'en 1965 et, en 1931, il devint professeur titulaire à l'Université Laval.

Il assuma la présidence de la Commission de musique sacrée du diocèse de Sainte-Anne et rédigea la chronique historique de la musique du collège Sainte-Anne depuis sa fondation jusqu'en 1910. Entre 1929 et 1962, il donna plus de 30 concerts d'inauguration d'orgues au Québec et au Nouveau-Brunswick.

Il compte parmi ses élèves Antoine Bouchard, Sylvain Doyon, Pierre Dussault, André Gagnon, Yvon Larrivée, Maurice Lebel et Clermont Pépin.

Cécile Huot

Source: Encyclopédie de la musique au Canada, Montréal, Fides, 1993 (ISBN 2-7621-1688-0)

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G


Ernest Gagnon

Né à Louiseville, le 7 novembre 1834 et mort à Québec le 15 septembre 1915.

Organiste, folkloriste, professeur, historien, compositeur, homme de lettres, haut fonctionnaire.

Vivement impressionné par l'arrivée d'un piano au foyer paternel, Ernest Gagnon reçut des leçons de sa sœur ainée Bernardine. Durant son cours classique au collège de Joliette (1846-50), il étudia le piano avec un certain Beaudoin.

En 1850, il s'établit à Montréal où il prit des leçons de John Seebold. Tout en travaillant pour différents commerçants, il fit connaissance d'un bon nombre des principaux musiciens de Montréal à l'époque, notamment Charles Wugk Sabatier.

En 1853, il se fixa à Québec où il devint organiste à l'église Saint-Jean-Baptiste. Il est membre fondateur de l'école normale Laval en mai 1857 et devint son premier professeur de musique. Il obtient toutefois un congé d'études pour cette première année scolaire et se rendit à Paris en 1857, l'un des premiers de nombreux musiciens à se tourner vers l'Europe pour parfaire leur formation. Sans doute avait-il été stimulé par ses contacts avec des Européens immigrés comme Sabatier et Antoine Dessane. à Paris, il travailla le piano avec Henri Herz et Alexandre Gloria, l'harmonie et la composition avec Auguste Durand. Il fit aussi la connaissance d'Auber, Marmontel, Niedermeyer, Francis Planté, Rossini, Thomas, et Verdi, et fit un court séjour en Italie.

De retour à Québec, il reprit son poste de professeur à l'école normale Laval (1858-77), enseigna au Petit séminaire de Québec et chez les Ursulines, et signa des chronique sur des sujets historiques notamment dans Le Courrier du Canada. Succédant à Dessane comme organiste de la basilique de Québec (1864-76), il fut l'un des fondateur (1866) et premier directeur de l'Union musicale de Québec. Il fut aussi l'un des fondateurs de l'Académie de musique de Québec (1868)dont il sera plusieurs fois président (1868-71, 1874-76, 1887-88, 1889-90).

à partir de 1875, il délaissa peu à peu son travail d'organiste et de professeur pour entreprendre une carrière dans le fonctionnarisme provincial. Il fut d'abord secrétaire du premier ministre, sir Charles-Eugène Boucher de Boucherville (1875), puis secrétaire au ministère des Travaux Publics (1876-1905).

C'est grâ à un ouvrage paru à Québec dans six numéros du Foyer canadien, entre 1865 et 1867, Chansons populaires du Canada, «recueillies et publiées avec annotations», qu'il est passé à postérité. La seconde édition révisée parut en 1880 et eut 13 réimpressions (la dernière en 1955), faisant de l'ouvrage un des livres de musique les plus diffusés au Canada.

Organiste au style brillant et à l'improvisation facile, membre de la Société Royale du Canada (1902), membre correspondant de la Société des compositeurs de musique de Paris, officier de l'Instruction publique de France, Ernest Gagnon apparaît, tel que le décrit Arthur Letondal, comme "une personnalité riche de dons artistiques, de distinction rare, de sentiments élevés, dominée par un amour profond de l'âme et des choses des son pays".

Outre d'intéressantes études et chroniques musicales, il a laissé un recueil d'accompagnement de chants liturgiques, de compositions dont la plupart entrent dans le répertoire de musique religieuse. Il sauva de l'oubli les plus beaux cantiques du Canada français; les anciens Noëls et les cantiques des missions qui remontent, comme les vieux refrains du terroir, aux sources de nos origines nationales.

Source: Encyclopédie de la musique au Canada, Montréal, Fides, 1993 (ISBN 2-7621-1688-0)

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Gustave Gagnon

Né à Louiseville, le 6 novembre 1842 et mort à Québec le 19 novembre 1930.

Organiste, professeur, compositeur.

Musicien éminent, homme d'une haute culture intellectuelle, Docteur en musique. L'une des plus grandes figures, en musique, du Québec, membre d'une famille de musiciens. Frère cadet d'Ernest Gagnon.

Il fit ses études à Joliette; à dix-huit ans, c'est avec son beau-frère, Paul Letondal, (marié à sa sœur, élisabeth (1838-1897), en 1860) qu'il étudia le piano à Montréal (1860-64), succédant ensuite à son frère Ernest aux orgues de l'église Saint-Jean-Baptiste de Québec (1864-76). Il partit pour l'Europe en 1870, travaillant d'abord à Paris avec Alexis Chauvet (orgue), Antoine Marmontel (piano) et Auguste Durand (harmonie), puis à Liège avec étienne Ledent (piano) et Jean-Théodore Radoux (harmonie). Il séjourna également à Leipzig (étés 1871, 1872) où il étudia avec Robert Papperitz (orgue) et Louis Plaidy (piano), ainsi qu'à Dresde et en Italie. Il rencontra ainsi plusieurs musiciens réputés dont Liszt et Saint-Saëns.

De retour à Québec (1872), il devint en 1876 titulaire, jusqu'en 1915, des orgues de la basilique Notre-Dame de Québec, succédant à nouveau à son frère. Professeur à l'école normale Laval (1877-1917) et au Petit séminaire, il donna aussi des cours privés. Parmi ses élèves se trouvaient son fils Henri, J. Arthur Bernier, Daniel Dussault, Juliette Rodrigue ainsi que Léo-Pol Morin.

Il fut aussi l'un des fondateurs de l'Union musique de Québec (1866) et de l'Académie de musique de Québec (1868), dont il devint plus tard président (1878-79, 1881-82, 1883-84, 1885-87, 1893-94, 1895-96, 1897-98, 1899-1900, 1901-02). Il prit part à l'établissement à Québec du Collège de musique Dominion et fut le premier directeur de l'École de musique de l'Université Laval (1922-25), en plus d'y enseigner (1922-30).

Source: Encyclopédie de la musique au Canada, Montréal, Fides, 1993 (ISBN 2-7621-1688-0)

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Henri Gagnon

Né à Québec le 6 mars 1887 et mort à Québec le 17 mai 1961.

Organiste, professeur et compositeur. Fils de Gustave et neveu d'Ernest.

Il étudia d'abord le solfège et le piano (1895-1900) avec son père, Gustave, puis (1900-1903) le solfège et l'harmonie avec Joseph Vézina et l'orgue avec l'éminent organisme anglais William Reed. Dès 1901, il remporta un vif succès lors d'un concert, devant un vaste auditoire, au Temple de la musique de l'Exposition panaméricaine de Buffalo, le Buffalo Courrier (2 septembre 1901) le qualifia de «véritable prodige». Il donna peu après d'autres récitals à Québec et à Cliff Have, près de Plattsburg, N.Y. De 1903 à 1907, il poursuivit sa formation à Montréal avec Arthur Letondal (piano), Romain-Octave Pelletier (orgue), Guillaume Couture (harmonie et contrepoint) et Charles-Hugues Lefebvre (musique d'église), tout en étant l'organiste des élèves aux collèges du Gesù (1903-1906) et Loyola (1906-07). Il reçut un certificat du Collège de musique Dominion (1906) et, en 1907, il partit pour Paris où il travailla sous la direction d'Amédée Gastoué (plain-chant), Eugène Gigout (orgue, plain-chant, improvisation, harmonie), Isidor Philipp (piano) et Charles-Marie Widor (orgue). Il figura comme soliste aux Concerts Touche (1908, 1909) et, à l'occasion, remplaça Gigout à l'orgue de l'église Saint-Augustin. Il retourna plus tard à Paris (étés 1911, 1912, 1914, 1924) se perfectionner avec Joseph Bonnet et Charles-Marie Widor.

De retour au pays, il devint organiste auxiliaire (1910-15) puis titulaire (1915-61) à la basilique de Québec, préférant la carrière de musicien d'église à celle de virtuose. Tout en inaugurant bon nombre d'orgues au Québec et en Ontario, il se consacra avant tout à la tribune de la basilique qui acquit alors, par la religieuse attirance qu'elle exerçait, le prestige des tribunes célèbres d'Europe. Parallèlement, il enseigna à l'école normale Laval (1917-33) et au Petit séminaire de Québec. à partir de 1923, il fut professeur de piano et d'orgue à l'Université Laval et, dès la fondation du Conservatoire de musique de Québec, il y fut professeur puis directeur (1946-61). Jean-Marie Beaudet, Marius Cayouette, Léon Destroismaisons, Lucille Dompierre (Prix d'Europe 1919), Alice Duchesnay, Claude Lagacé, Joseph Turgeon furent parmi ses élèves. Ces derniers reconnaissaient en lui les qualités qui en font le vrai pédagogue: la probité, la recherche du fini, l'amour de son métier.

Source: Encyclopédie de la musique au Canada, Montréal, Fides, 1993 (ISBN 2-7621-1688-0)

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L


Conrad Letendre

Né à Saint-Zéphirin-de-Courval (Yamaska) le 9 janvier 1904 et mort à Montréal le 20 novembre 1977.

Organiste, pédagogue, théoricien et compositeur.

Fils de cultivateur – quatrième de douze enfants -, il perdit progressivement la vue entre l'âge de deux et dix ans. Néanmoins, l'enfant fréquenta l'école régulière et fut mêlé à toutes les activités de la famille.

De 1913 à 1927, il fit ses études à l'Institut Nazareth à Montréal, institution pour jeunes aveugles dirigée par les Sœurs Grises. C'est dans cette école, doublée d'un véritable conservatoire de musique, qu'il étudia le piano et l'orgue avec Arthur Letondal, le violon avec Camille Couture, l'harmonie, le contrepoint et le fugue avec Romain Pelletier et Achille Fortier.

La formation de Conrad Letendre fut largement empreinte de l'influence de maîtres dont la culture musicale découlait essentiellement de l'École française; ils avaient étudié à Paris avec Dubois, Gigout, Marmontel et Giraud.

Au terme de ses études à l'Institut Nazareth, en 1927, il obtint le double poste de titulaire de l'orgue de l'église Notre-Dame-du-Rosaire chez les Dominicains à Saint-Hyacinthe, poste qu'il occupa jusqu'en 1933, et de professeur de piano et d'orgue au Séminaire de cette ville jusqu'en 1935.

Le 10 mars 1930, il épousa Alice Daudelin, fille du facteur d'orgues Napoléon Daudelin de Saint-Hyacinthe. De ce mariage naquit une fille, Madeleine, le 30 mars 1931. À peine quelques années après son mariage, en 1933, son épouse meurt. Sa fille, elle-même musicienne, mourra en 1966.

En 1936, il s'installa définitivement à Montréal et tenta d'y poursuivre sa carrière. C'est alors qu'il connut des années pécuniairement difficiles mais riches en réflexion. Vers cette époque, il renoua avec son camarade d'études, Gabriel Cusson (Prix d'Europe 1924), rentré au pays. Petit à petit, du fruit de cette collaboration est née une véritable école.

De 1942 à 1954, il partagea son temps entre Montréal et Saint-Hyacinthe. De 1942 à 1952, à Saint-Hyacinthe, il fut de nouveau professeur au Séminaire, enseigna dans les diverses communautés religieuses et donna quelques cours d'orgue à la Cathédrale et à l'église des Dominicains. De plus, il fut aviseur artistique de «La Bonne Chanson» fondée par l'abbé Charles-Émile Gadbois, et, de 1952 à 1954, occupa le poste de rédacteur en chef de la revue «Musique et Musiciens».

Entre temps, à Montréal, il aura épousé son élève, assistante et collaboratrice, Aline Chénier-Lavergne. Les élèves de Conrad Letendre, dont la plupart deviennent organistes titulaires, sont entre autres, Gaston Arel, Jean Chatillon, Raymond Daveluy, Gilles Fortin, Kenneth Gilbert, Bernard Lagacé, Mireille Lagacé, Lucienne L'Heureux, Michel Perrault, Gertrude Perreault-Mongeau, Jeannine Vanier. Ils fondent le «Groupe Conrad Letendre». Ils n'ont pas vingt ans, et, déjà, font leurs armes en donnant des concerts sur les meilleurs instruments de la métropole. C'est parmi cette phalange d'organistes qu'il faut chercher les promoteurs du renouveau de l'orgue amorcé à Montréal au début des années soixante.

À titre privé et comme boursier du Ministère du affaires culturelles du Québec, Conrad Letendre poursuit, durant de nombreuses années, d'importants travaux de recherche dans le domaine des sciences musicales, parallèlement à son enseignement de l'orgue. Il est l'auteur d'un traité d'harmonie que d'aucuns considèrent être son œuvre la plus importante. Il en diffusa les principes dans maintes institutions, notamment à la Faculté de musique de l'Université de Montréal où il fut, de 1955 à 1962, professeur d'harmonie et d'organologie.

Les circonstances firent en sorte que, dès le début de sa carrière à Saint-Hyacinthe, lieu important de la facture d'orgue au pays, il fut irrésistiblement attiré vers cet art difficile. Il parvint à acquérir une connaissance remarquable dans ce domaine et y fit des recherches du point de vue organistique. Entre 1950 et 1960, ses idées sur la composition de l'orgue furent suivies par la maison Casavant dans la construction d'instruments de dimension imposante, dont l'orgue de l'église des Saints-Martyrs à Victoriaville, celui de Saint-Sixte à Ville Saint-Laurent, celui de Saint-Jude à Montréal, ainsi que, en 1954, dans la rénovation de l'orgue du Gesù à Montréal, instrument pour lequel son œuvre d'orgue a été conçue.

Il mourut subitement le 20 novembre 1977, entouré de confrères, en pleine activité, comme il l'avait souhaité.

Pédagogue et théoricien, esprit chercheur, il fut un maître à penser toujours disponible. D'un altruisme rare, d'un dévouement sans bornes pour tous ceux qui avaient besoin de ses conseils, il exerça auprès de ses élèves une espèce d'apostolat.

Aline Letendre

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Omer Létourneau

Québec, 13 mars 1891 - 14 août 1983

Organiste, pianiste, compositeur, marchand de musique, éditeur, professeur.

Son goût précoce pour la musique fut encouragé par son père. À l’âge de 11 ans, il put remplacer le professeur de solfège de son école durant le trimestre en cours. À partir de 1904, J. Arthur Bernier lui enseigna le piano et l’orgue et, le 28 août 1907, il devint organiste à la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes. Il poursuivit ses études tout en travaillant dans un établissement de commerce.

Après avoir obtenu, en 1912, son lauréat d’orgue, il obtint, en 1913, le Prix d’Europe. Il partit le 31 août 1913 et se fixa à Paris où il travailla l’orgue avec Louis Vierne, l’harmonie et la composition avec Félix Fourdrain. La guerre l’obligea à interrompre son séjour et il revint à Québec en 1914. Le 14 février 1915, il devient organiste à Saint-Sauveur où il succéda à son maître, J. Arthur Bernier.

Le 15 janvier 1919, il fonda la revue mensuelle «La Musique» dont il assura la direction avec Hector Faber. En novembre, il partit pour l’Europe pour profiter de la seconde année de séjour à laquelle le Prix d’Europe lui donnait droit. À la Schola cantorum de Paris, il s’inscrivit dans la classe d’orgue d’Abel Decaux et suivit les cours de chant grégorien d’Amédée Gastoué, d’improvisation de Lajealle et de direction chorale de Marc de Ranse.

De retour à Québec en juin 1920, il reprit son poste d’organiste à Saint-Sauveur de même que la direction de «La Musique». Il fut aussi actif comme pianiste et collabora, aux récitals d’Arthur LeBlanc, Paul Dufault, Théodore Botrel et surtout du violoniste Edwin Bélanger qui devint son gendre et avec qui il présenta, en 1935, une série de quelque 125 sonates à la station radiophonique CHRC.

Il fit de l’enseignement à domicile ainsi qu’à l’Université Laval (1925-1934). Il donna aussi des cours à l’Académie commerciale de Québec et aux couvents des Ursulines de Trois-Rivières et de Rimouski. Il fut président de l’AMQ (1935-1938). Le 1er juillet 1934, il fit l’acquisition, avec son frère Paul, de la maison de musique Gauvin & Courchesne dont il avait été l’un des fondateurs. Devenue la «Procure générale de musique», cette maison s’occupe de la distribution et aussi d’édition musicale. Elle a été la principale boutique de musique de l’époque, celle où s’approvisionnent toutes les institutions et les musiciens professionnels de Québec et des environs.

De la production de Létourneau, il faut retenir trois opérettes, une cantate, sept messes, des mélodies, des cantiques pour solo ou chœur et des harmonisations de chansons folkloriques. Sa production instrumentale, beaucoup moins considérable, compte des pièces pour piano ainsi que pour violon et orgue. Il fut aussi l’auteur d’ouvrages théoriques.

Juliette Bourassa-Trépanier

Source: Encyclopédie de la musique au Canada, Montréal, Fides, 1993 (ISBN 2-7621-1688-0)

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P


Romain-Octave Pelletier

Né à Montréal le 9 septembre 1843 et mort à Montréal le 4 mars 1927.

Organiste, pianiste, compositeur, pédagogue, musicologue. Peu de musiciens ont eu plus grande et meilleure influence musicale éducative.

Très jeune, il fit preuve d'une grande facilité auditive, corrigeant les fautes de ses deux sœurs qui étudiaient le piano. À 11 ans, il fut placé au collège de Montréal où il touche l'orgue sans même connaître la musique. Incapable un jour de lire la partition qu'on lui donna, il décida d'apprendre la musique. Sa formation est surtout celle d'un autodidacte, mis à part quelques leçons avec son frère aîné Orphir (Montréal, 1825-1855), organiste à l'église Saint Patrick's. À 15 ans, Romain-Octave devint organiste de la cathédrale Saint-Jacques-le-Majeur (1857-67), succédant ainsi à Jean-Chrysostome Brauneis II. Il poursuivit en même temps ses études de droit. Reçu notaire à 21 ans, il exerça très peu cette profession.

Vers 1866-67, il fit un séjour à Hartford, CT où il fit la connaissance de l'organisme Samuel P. Warren. À son retour, il devint organiste à l'église Saint-Jacques-le-Mineur (1867-75). Il étonna et choqua même le clergé et les fidèles en exécutant des œuvres de Bach et de Mendelssohn, compositeur «protestants» jugés trop austères. À la suite de son mariage (1869), il gagna difficilement sa vie avec des leçons de piano et d'orgue.

Il fit ensuite un séjour en Europe (1871-72), se rendant d'abord à Londres où il prit quelques leçons avec George Cooper, William Thomas Best et John Baptiste Calkin. À Pris, il reçut les conseils d'un nommé Lebel, organiste à Saint-Étienne-du-Mont et, à Saint-Sulpice, il joua des œuvres de Bach en présence de Charles-Marie Widor. Il prit quelques leçons de piano avec Antoine-François Marmontel puis travailla à Bruxelles avec l'organiste Jacques-Nicolas Lemmens.

À son retour, il recommença à enseigner et, dans les années qui suivirent, il fut appelé à inaugurer de nombreux instruments que Casavant installa au Canada et aux Etats-Unis. Il fut nommé professeur de solfège à l'École normale Jacques-Cartier (1876) et il y resta pendant 31 ans. Il reprit son poste à la cathédrale Saint-Jacques-le-Majeur (1887-1923) dont il était titulaire au moment de l'inauguration du temple actuel au carré Dominion en 1894.

En 1900, il se rendit de nouveau en Europe, cette fois en compagnie des frères Casavant. À Paris, il fit la connaissance d'Alexandre Guilmant et d'Eugène Gigout. En 1904, à l'ouverture du conservatoire McGill, il fut nommé professeur de piano.

Romain-Octave Pelletier fut président de l'Académie de musique de Québec (1884-85, 1894-95, 1902-04, 1909-10, 1915-16) et il enseigna dans de nombreuses institutions dont l'Institut pédagogique, le couvent du Mont Sainte-Anne, l'Institut Nazareth et le couvent des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie. La liste de ses élèves est prestigieuse: Alcibiade Béique, Victoria Cartier, Claude Champagne, Edouard Clarke, Alexandre-M. Clerk, Jean Dansereau, Joseph-Daniel Dussault, Nicholas Eichorn, Septimus Fraser, J.-J. Gagnoer, Alfred LaLiberté, Alfred Lamoureux, Alphonse Lavallée-Smith, Emery et Ernest Lavigne, Albertine Morin-Labrecque, Antonio Létourneau, Clarence Lucas, Joseph Piché, William Reed, Léon Ringuet, Amédée Tremblay, etc.

Essentiellement un improvisateur, il a relativement peu écrit. Au cours de sa carrière de pédagogue, Pelletier donna de nombreuses conférences dont plusieurs ont été réunies en volumes. On lui doit aussi de nombreux articles, notamment une série de causeries sur la facture et le jeu de l'orgue parue dans La Revue canadienne (1881-82).

Jouissant de l'estime et de l'admiration de ses contemporains, Romain-Octave Pelletier doit être considéré comme l'un des artisans les plus tenaces de la musique canadienne à une époque difficile.

Source: Encyclopédie de la musique au Canada, Montréal, Fides, 1993 (ISBN 2-7621-1688-0)

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Bernard Piché

Né à Montréal le 10 avril 1908 et mort aux Trois-Rivières le 9 décembre 1989.

Organiste virtuose, professeur et compositeur.

Né le 10 avril 1908 à Montréal tout près de l'église de l'Immaculée-Conception. Il était le troisième enfant d'une famille qui en comptait sept. Ses parents étaient tous deux organistes. Son père, Joseph Piché, avait été l'élève d'Alexis Contant, de Romain-Octave Pelletier et d'Achille Fortier. Il occupa le poste d'organiste dans plusieurs églises de la métropole (Notre-Dame-du-Rosaire, Saint-Denis, Sacré-Cœur, Saint-Victor) tout en enseignant la musique aux collèges Sainte-Marie et Jean-de-Bréboeuf (1905-1937). Sa mère, née Yvonne Corbin, avait aussi étudié le piano avec Alexis Contant et Romain-Octave Pelletier et elle avait donné un premier récital de piano à Montréal alors qu'elle n'avait que 14 ans. Mais, au lieu de se diriger vers la carrière de concertiste à laquelle elle pouvait légitimement aspirer, après son mariage, elle se tourna plutôt vers la direction chorale et se contenta d'être organiste suppléante dans quelques églises.

À la maison, il y avait deux pianos et un harmonium-pédalier. Les sept enfants furent donc initiés à la musique dès leur plus jeune âge. Bernard Piché se souvient que sa mère lui a montré à lire les notes de musique vers l'âge de trois ou quatre ans. Ensuite, il s'est débrouillé tout seul, et cela jusqu'à l'âge de 18 ans. Le fait est que ses parents ne voulaient pas qu'il entreprenne une carrière musicale.

Son premier maître de musique fut Hervé Cloutier. Organiste au Gesù et ancien élève d'Eugène Gigout, c'était un interprète remarquable. Collègue de travail de son père et ami intime de la famille, c'est Cloutier qui découvrit les dons de Bernard et qui l'invita à devenir son élève. Quatre fois par semaine, Cloutier donnait au jeune homme des cours d'orgue, de théorie, de dictée musicale, de solfège, d'harmonie et même d'histoire de la musique. Grâce à cet enseignement exceptionnel venant d'un musicien de tout premier ordre, grâce aussi à un travail acharné de huit heures par jour, Bernard Piché avance à pas de géant. Il obtient bientôt une bourse du Delphic Study Club de Montréal, gagne la médaille d'or de l'Académie de musique du Québec, laquelle lui accorde, en 1929, le titre de lauréat en orgue. Dès cette époque, Piché devient organiste à Saint-Nicolas d'Ahuntsic et ensuite à Notre-Dame-de-la-Défense. En 1932, l'abbé J. Gérard Turcotte, qui est maître de chapelle à la cathédrale des Trois-Rivières, le fait engager comme organiste de cette paroisse.

Cette même année, Bernard Piché remporte le Prix d'Europe. Mais il lui faudra attendre jusqu'en 1936 pour toucher effectivement sa bourse. Durant ce temps, tout en remplissant ses devoirs d'organiste liturgique, il donne des cours privés d'orgue et de piano et s'adonne à la composition.

À l'occasion du tricentenaire de la fondation des Trois-Rivières, en 1934, Bernard Piché avait accompli un des grands exploits de sa carrière : durant six semaines, tous les jours excepté le dimanche, il avait donné un récital d'orgue dont la moitié était consacrée à la musique de J.S. Bach. C'est ainsi que Bernard Piché fit entendre à la population trifluvienne à peu près la moitié de l'œuvre d'orgue du grand maître allemand. L'autre moitié du récital était composée, en majeure partie, de musique française, romantique et contemporaine.

Le 19 septembre 1936, Piché épouse Fabienne Arcand, native de Batiscan. Le mariage a eu lieu dans l'église du lieu; Hervé Cloutier est venu de Montréal pour toucher l'orgue, tandis que l'abbé Turcotte a amené le chœur de la cathédrale des Trois-Rivières. Ils voulaient, en plus de rehausser la cérémonie de mariage, fêter le départ du couple pour l'Europe. En effet, le soir même, muni enfin de la précieuse bourse attaché au prix qu'il a gagné quatre ans plus tôt, Bernard Piché s'embarque, avec sa femme, à destination de la Belgique.

Quelques temps avant cet événement, Bernard Piché avait rencontré Georges Lindsay qui lui avait offert ses services comme remplaçant à la cathédrale. Prix d'Europe en 1934, Lindsay revenait d'un séjour en France où il avait étudié avec Louis Vierne. Piché accepta l'offre de Lindsay et suivit aussi son conseil de se rendre en Belgique plutôt qu'en France, et ce pour une raison purement pécuniaire : le cours du franc belge était nettement plus avantageux que celui du franc français.

Piché d'inscrit donc au Conservatoire royal de Bruxelles où il étudie le piano, l'orgue, le contrepoint et la fugue sous la direction de Paul de Maleingreau. Chaque dimanche, cet excellent musicien, qui connaissait à fond l'œuvre de J.S. Bach, donnait un récital pour la radio. Piché avait l'honneur de lui tourner les pages.

À l'automne de 1937, de retour au pays pour quelques mois, Bernard Piché fait treize émissions radiophoniques, au poste CHLN, qui vient d'ouvrir ses portes, mais cette fois comme pianiste. Il joue en direct, comme on le faisait à l'époque, des œuvres de Chopin, de Debussy, de Mendelssohn, de Schumann. L'argent qu'il gagne avec ces concerts permet à sa femme de retourner en Europe avec lui pour une deuxième année. Mais cette fois, le couple Piché se rend en France. À la recommandation de Marius Cayouette, Piché devient l'élève de Charles Tournemire. Piché resta deux ans en France. Il devint organiste assistant à l'Institut catholique de Paris et eut, à quelques reprises, le privilège de remplacer Tournemire aux grandes orgues Cavaillé-Coll de Sainte-Clothilde, celles même que César Franck avait tenues.

Revenu de France, Bernard Piché reprend son poste d'organiste à la cathédrale des Trois-Rivières et se met à enseigner privément le piano. Il a bientôt une trentaine d'élèves, ce qui lui demande cinq ou six heures de travail par jour. Entre deux leçons, il répète des exercices techniques, qu'il a consigné lui-même, à la main, dans un cahier sur lequel il a écrit «Difficultés du répertoire».

Pendant des années, tant avant son voyage en Europe qu'après, Piché s'astreint à copier de sa main quelques 990 pages d'œuvres des grands maîtres (où l'on retrouve les noms de Bach, de Bonnet, de Clérambault, de César Franck, de Frescobaldi, de Pierné, de Reger, de Vierne) qu'il répartit en 6 volumes et qu'il reluie lui-même. Par mesure d'économie et aussi pour la commodité de la chose, il trace lui-même les portées sur du papier blanc avec une plume à cinq pointes. Il remanie aussi ses partitions de manière à pouvoir les jouer sans personne pour lui tourner les pages. Malgré tout ce travail, il trouve encore le temps de composer. Entre 1932 et 1945, il donna une cinquantaine de récitals.

En 1945, l'Office national du film demande à Piché de participer à un film intitulé Le vent qui chante (The Singing Pipes) : il s'agit d'un documentaire qui illustre la fabrication des orgues de la maison Casavant. Cette année-là, il rencontre aussi l'impresario Bernard Laberge, notaire, critique musical, organiste et pianiste, dont la femme est organiste et qui a organisé les tournées du Canada de Joseph Bonnet, de Marcel Dupré, d'André Marchal, de Louis Vierne et qui a même fait venir Ravel et Milhaud. C'est à sa suggestion que Piché commencera à jouer de mémoire et c'est grâce à lui qu'il fera une première tournée de concerts en Ontario. Puis il fera plusieurs tournées aux États-Unis et jouera dans de nombreuses villes, comme New York, Chicago, Cleveland, Princeton, etc. Sa carrière de concertiste est désormais lancée.

Au cours d'une de ces tournées aux États-Unis, il est remarqué par les dominicains de la paroisse Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Lewiston dans le Maine. À cette époque, ceux-ci se cherchaient un organiste pour leur paroisse. Ils offrirent le poste à Piché, qui accepta. Les Piché quittèrent Trois-Rivières à regret. Mais à Lewiston, l'organiste était beaucoup mieux payé qu'à Trois-Rivières. Cela allait permettre à Piché de réduire ses heures d'enseignement et donc de consacrer plus de temps à la préparation de ses concerts et à la composition. De plus, Lewiston était une ville qui comptait à l'époque de nombreux francophones venus du Québec. Ce n'était dont pas tout à fait l'exil, et l'église à laquelle Piché allait être attaché était fort bien pourvue en orgues.

En effet, l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul possède pas moins de trois orgues Casavant, dont l'un de 32 jeux à 3 claviers, construit en 1912, est installé dans la crypte. Un deuxième, d'une douzaine de jeux, se trouve dans le chœur, mais peut être joué directement de la tribune où se trouve le troisième. Celui-ci est un véritable grand orgue, avec 4 claviers et 66 jeux. Il a été construit en 1938 par Casavant, qui avait offert aux prêtres de cette paroisse de leur construire un orgue au prix coûtant de manière à faire travailler ses ouvriers dans une conjoncture économique difficile. Les affiches de concert de l'époque annoncèrent : « One of the Finest Organs in New England ». L'instrument, qui avait été harmonisé par Harrison, comprenait, entre autres jeux, deux 32 pieds réels, un cornet de 7 rangs et une trompette de cuivre.

Avec son installation aux États-Unis s'ouvre, pour Bernard Piché, une période assez intense de création. Mais c'est plutôt comme interprète que Piché s'affirme et se fait connaître. De 1945 à 1978, il donnera à Portland seulement, 52 récitals sur l'orgue Austin de 100 jeux et 4 claviers, offert à la ville par le millionnaire Cyrus H.K. Curtis. En 1948 – il est alors dans sa pleine maturité – Piché accomplit sur cet orgue un autre de ses exploits de sa carrière : il joue, en quatre jours consécutifs, de mémoire entièrement, quatre programmes différents. Au total une quarantaine d'œuvres pendant plus de huit heures. Les critiques sont unanimes à reconnaître qu'il s'agit là d'un événement artistique mémorable.

Mais ce n'est pas tout, Piché fut l'artiste invité de plusieurs congrès d'organistes, tenus, entre autres, dans les villes de Baltimore, de Détroit, de New York, et de Toronto. Il participera également au Festival Bach, au Michigan, en 1945. De la fin de la guerre jusqu'au milieu des années 50, Bernard Laberge, impresario aux États-Unis, organise, pour lui, plusieurs tournées. Mais Piché se lassera de ces voyages continuels qui auraient pu pourtant lui assurer une renommée plus grande et il se contentera de donner une dizaine de concerts par année. Par contre, il accepte d'enseigner au Gregorian Institute of America, à Manchester, NH où, de 1950 à 1956, il donne des cours non seulement d'orgue mais aussi d'harmonie et d'accompagnement grégorien. Et tout cela ne l'empêche pas d'enseigner privément l'orgue et le piano à une dizaine d'élèves de Lewiston et de revenir fréquemment au Québec pour y donner des concerts.

Grandement apprécié comme organiste liturgique, les paroissiens et même le curé restaient, après la messe, pour l'entendre jouer, et lors des grandes fêtes, il se trouvait toujours des juifs et des protestants pour se glisser dans l'assemblée. Mais, dans les années 60, comme chacun sait, le métier d'organiste liturgique est devenu de moins en moins intéressant. Les Piché, ayant toujours souhaité revenir au Québec, profiteront d'une offre du Conservatoire de musique des Trois-Rivières pour rentrer au bercail. De 1966 jusqu'à sa retraite en 1973, Bernard Piché y enseignera l'orgue, le solfège et la dictée.

En 1966, il a le triste privilège de donner le dernier concert sur l'orgue de la cathédrale des Trois-Rivières, orque qui avait été « le sien » au tout début de sa carrière. En effet, le lendemain, on fermera l'église pour la rénover, et l'orgue - personne ne sait trop comment - disparaîtra. Piché avait mis à son programme des œuvres de Pierné, de Vierne et de Widor, choisies pour montrer que l'orgue était bon encore mais qu'il avait seulement besoin d'être restauré. Cet orgue à traction électro-pneumatique, construit par Casavant au début du siècle, comprenait une cinquantaine de jeux répartis sur quatre claviers. Arthur Bernier, Joseph Bonnet, Renée Nizan, Georges Lindsay, Sir Ernest McMillan y avaient donné eux aussi des concerts fort remarqués.

Au cours de sa longue et fructueuse carrière, il avoue n'avoir jamais refusé de donner un concert et ce, même si le cachet ou l'instrument était peu alléchant. Il a ainsi contribué à faire connaître tant aux Canadiens qu'aux Américains, non seulement J.S. Bach, mais les grands compositeurs français, tels César Franck, Charles Tournemire, Louis Vierne, Charles-Marie Widor, Marcel Dupré, etc. Il n'a pas non plus négligé ses compatriotes : on peut voir à ses programmes des œuvres d'Arthur Letondal, de Benoît Poirier, de Georges-Émile Tanguay, d'Amédée Tremblay, d'Antonio Thompson, etc. On serait donc mal venu de lui reprocher de s'être expatrié aux États-Unis, d'autant plus qu'il en est revenu avec une œuvre qu'il n'aurait peut-être jamais écrite ici et qu'il s'est employé ensuite à former des musiciens dont quelques-uns, tels Pierre-Michel Bédard ou Raymond Perrin, se font déjà remarquer comme compositeurs.

Michelle Quintal

Source: Mixtures, Bulletin # 10, Montréal, FQAO, Avril 1999

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Lucien Poirier

Né à St-Alphonse-Rodriguez, près Joliette, 29 novembre 1943, et mort à Québec, le 7 juin 1997.

Organiste, musicologue, professeur.

Il commença ses études musicales en 1958 au séminaire de Joliette (piano et orgue) puis les continua au Conservatoire de musique de Montréal avec Bernard Lagacé (orgue) et Kenneth Gilbert (clavecin) où il obtint, en 1969, un Premier Prix d'orgue avec Grande Distinction.

Boursier du ministère de l'Éducation du Québec, il poursuivit sa formation en Europe (1969-72) auprès d'Eduard Müller à Bâle (clavecin) et de Gaston Litaize à Paris (orgue).

Il fut organiste titulaire de la cathédrale de Saint-Jean, Québec (1965-69). Professeur à l'Université Laval depuis 1966, il y enseigne la musicologie à partir de 1972 et fut nommé directeur de son École de musique en 1991; il a également été chargé de cours à d'autres universités. Parallèlement, il obtient, en 1972, une maîtrise en musicologie de l'Université de Strasbourg et un doctorat, en 1980, de la même institution. Il a donné de nombreux concerts et fait des enregistrements d'orgue et de musique de chambre pour la radio de la Société Radio-Canada.

Comme musicologue, il s'est surtout intéressé à la musique du Moyen-Âge, de la Renaissance, de J.S. Bach et ses prédécesseurs immédiats. Il s'est aussi spécialisé dans l'œuvre du compositeur contemporain Georges Migot. À partir de 1981, ses recherches et publications ont porté principalement sur la musique canadienne et son histoire, celles du Québec en particulier. À compter de 1982, il est membre des comités de publication et d'administration de la Société pour la patrimoine musical canadien pour laquelle il a édité deux anthologies : le volume IV consacré à l'orgue et le volume VII aux chansons sur des textes français. Par ailleurs, il a dirigé la collection de musique pour orgue aux Éditions Jacques Ostiguy. Mais sa contribution la plus importante réside probablement dans l'inventaire et l'étude des données musicales de la presse québécoise depuis sa fondation (1764) dont les résultats figurent dans la « Répertoire des données musicales de la presse québécoise ».

Frère de Réjean Poirier, il a épousé la fille de Jacques Le Comte, Louise, flûtiste, Prix d'Europe 1969.

Hélène Panneton

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Sylvie Poirier

Text in English

Sylvie Poirier naît à Montréal, le 15 février 1948, dans une famille d’artistes dont le père était orfèvre-joaillier et la mère est peintre et sculpteur. Dès sa plus tendre enfance, elle démontre un talent aussi précoce qu'inoubliable pour le dessin et la peinture, mais également une étonnante sensibilité musicale.

Elle fit ses études en piano et en orgue à l’École de Musique Vincent-d’Indy. En 1970, elle obtint un baccalauréat en orgue dans la classe de Françoise Aubut, puis étudia au Conservatoire de Musique de Montréal sous l’égide de Bernard Lagacé et obtint un Premier Prix d’orgue en 1975. L’année suivante, elle étudie à l’Université de Montréal avec Antoine Reboulot. De 1977 à 1983, elle enseigne, en tant que professeur affilié, à l'École de Musique Vincent-D'Indy. Durant cette période, elle enseigne la musique et le dessin en privé dans la région de Montréal.

En 1983, elle fonde la société Unimusica dont l'objectif sera de réunir à la fois les arts de la musique, de la peinture et des émaux sur cuivre, ainsi que ceux de la poésie, de la photographie et autres. Au cours des années 1980, à l'invitation de l'oncologiste fondateur de "Vie nouvelle" à l'hôpital Hôtel-Dieu, elle y donne un cours, intituté "Psychologie de la vie à travers le dessin", spécifiquement destiné aux patients atteints du cancer.

Elle a donné des concerts en Amérique du Nord, en Europe et fit plusieurs enregistrements pour Radio-Canada. Sa carrière, en tant que duétiste avec son mari, Philip Crozier, dura durant 18 ans. Ils commandèrent, à des compositeurs aussi bien canadiens qu’étrangers, et exécutèrent, en première, huit nouvelles oeuvres pour duo d'organistes. Ils ont enregistré trois disques d’œuvres originales pour duo d'organistes.

Sylvie a gravé sur disque la Première symphonie pour orgue de Jean Langlais et des oeuvres de Petr Eben, dont « Le labyrinthe du monde » et « Le paradis du cœur », œuvres dont elle a fait la création nord-américaine, à Montréal, en 2005.

Elle est décédée à Montréal le 21 décembre 2013 à la suite d'une vaillante bataille contre le cancer.

Philip Crozier

Enregistrements

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Sylvie Poirier was born in Montreal, on February 15th, 1948, into a family of artists of whom her father was a goldsmith jeweller and her mother, a painter and sculptor. Influenced by her parents she began drawing and painting and took piano lessons from an early age.

She studied piano and organ at l'École de Musique Vincent-d'Indy, in Montreal. In 1970, she gained her baccalaureat in the class of Françoise Aubut and went on to study with Bernard Lagacé at the Conservatoire de Musique de Montréal with whom she obtained her Premier Prix in 1975. The following year, she studied at l'Université de Montréal with the blind French organist Antoine Reboulot. From 1977 to 1983 she was professeur affilié at l'Ecole de Musique Vincent d'Indy, presenting private music and drawing courses around Montreal.

In 1983, she became the Founding President of "Unimusica Inc." whose objective was to bring together the art forms of music, painting, enamels, as well as poetry and photography. At the invitation of the oncologist founder of "Vie nouvelle" at Hôtel-Dieu Hospital, Montreal she taught a course specifically designed for cancer patients entitled "Psychology of Life through Drawing" in the 1980s.

She gave recitals in North America and Europe and broadcast many times for Radio-Canada. Her organ duet career with her husband Philip Crozier spanned 18 years with eight commissioned and premièred works, numerous concerts in many countries, several broadcasts at home and abroad and three CDs of original organ duets.

Sylvie also recorded on CD the Première Symphonie by Jean Langlais and Job and The Labyrinth of the World and the Paradise of the Heart by Petr Eben whose North American première of the published version she gave in Montreal in 2005.

She died in Montreal on December 21st, 2013 after a courageous battle against cancer.

Philip Crozier

Recordings

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R


Antoine Reboulot

Text in English

Né le 17 décembre 1914 à Decize, Nièvre, France et naturalisé canadien en 1978.
Mort à Montréal, le 11 juillet 2002.

À Paris, il étudia à l'Institut national des jeunes aveugles, puis au Conservatoire avec Marcel Dupré (orgue), Henri Busser (composition), Georges Caussade (contrepoint) et Simone Plé (fugue). Il obtient le Premier prix d'orgue au Conservatoire de Paris en 1936 et, en 1939, il remporta le Grand prix d'improvisation et d'exécution de la Société des Amis de l'orgue de France. Il enseigna le piano et la pédagogie et il fut successivement organiste à Perpignan, à Versailles puis à Saint-Germain-des-Prés à Paris où il succéda, en 1946, à son maître André Marchal. En 1947, il obtient le Premier prix de composition du Conservatoire de Paris. Comme pianiste et organiste, il se produisit en France et dans plusieurs pays d'Europe ainsi qu'au Canada et aux États-Unis.

En 1967, il s'établit au Québec où il fut professeur de piano au Conservatoire de Trois-Rivières jusqu'en 1970, puis au Conservatoire de musique de Québec de 1970 à 1972. Il enseigna des cours d'improvisation, de piano, d'orgue et d'harmonie au clavier à l'Université Laval (1970-78), et ensuite à l'Université de Montréal (1972-1989). Il a donné de nombreux récitals d'orgue et de piano en Ontario et au Québec.

En matière de composition, on doit à Antoine Reboulot des pièces pour orgue, une sonate et des pièces pour piano, de la musique de chambre, des mélodies et une cantate. Plusieurs de ses oeuvres ont été publiées et enregistrées.

En janvier 1995, il a été promu au grade de Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'Honneur, pour « services rendus à la musique française à l'étranger ». Et, en 1998, il faut nommé «membre honoraire» de la FQAO.

Parmi ses élèves, on note Antoine Bouchard, Victor Bouchard, Lise Boucher, Gilles Manny, Renée Morisset et Jean-Guy Proulx.

Isabelle Papineau-Couture

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Born on December 17, 1914 in Decize, Nièvre in France and was granted Canadian citizenship in 1978.
Died in Montreal, on July 11, 2002.

In Paris, he studied at the National Institute for the Yound Blinds and then at the Conservatory with Narcel Dupré (organ), Henri Busser (composition), Georges Caussade (counterpoint) and Simone Plé (fugue). He was awarded the First prize in organ by the Conservatory of Paris in 1936 and, in 1939, he won the Grand Prize for improvisation and playing awarded by the Society of the Friends of Organ of France. He taught piano and educational methods. He was successively organist in Perpignan, in Versailles and then at St-Germains-des-Prés in Paris where, in 1946, he succeeded his teacher André Marchal. In 1947, he won the First prize in composition from the Conservatory of Paris. As pianist and organist, he performed in France and in many European countries as well as in Canada and the United States.

In 1967, he emigrated in Quebec and became a piano teacher at the Conservatory of Trois-Rivières until 1970, and then at the Conservatory of Music of Quebec from 1970 to 1972. He taught improvisation, piano, organ and harmony at the keyboard at Laval University (1970-1978) and then at University of Montreal (1972-1989). He performed as pianist and organist in Ontario and in Quebec.

Antoine Reboulot composed works for organ, a sonata and pieces for piano, chamber music, melodies and a cantata. Many of them have been published and recorded.

In January 1995, he was awarded the rank of Knight in the Ordre national de la Légion d'Honneur, for “years of service to the cause of French music abroad”. In 1998, he was named «honorary member» of the FQAO.

Antoine Bouchard, Victor Bouchard, Lise Boucher, Gilles Manny, Renée Morisset and Jean-Guy Proulx were among his students.

Isabelle Papineau-Couture

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